Escalade Mag n°8 nov/déc 2006
Escalade Mag n°8 nov/déc 2006
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°8 de nov/déc 2006

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Press'Evasion

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 52

  • Taille du fichier PDF : 28,1 Mo

  • Dans ce numéro : interview de Jacky Godoffe

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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Jacky Godoffenterview 24 L : Ce n’est pas trop dur de ne pas se projeter sur eux ? J : Ça ne risque pas : le fait d’avoir été enseignant te fait comprendre que chacun a une place et doit la garder : le parent, l’enfant, ou encore l’entraîneur. J’ai vu des parents en compétition qui m’ont vraiment navré. Si mes gosses ne font pas d’escalade, tant mieux, et tant mieux aussi s’ils se font plaisir en grimpant ! L : On dit que tu ne fais rien à la fédé, et que t’es payé pour aller grimper, c’est vrai ? J : D’une part, j’ai besoin de me défouler car sinon, je ne peux pas bosser efficacement. Je suis incapable de bosser à 200% le cul rivé sur une chaise toute la journée, donc je m’organise autrement. J’ai suffisamment de conscience professionnelle pour le faire, donc je me tape que les gens pensent le contraire, même si je comprends que ça puisse heurter. En plus, j’aime mélanger les différentes choses que je fais, ce qui me permet d’appréhender les diverses facettes de l’activité et de gagner en efficacité. L : À la Fédé, tu travailles entre autres sur la communication : pourquoi ne lit-on toujours pas les résultats des compets dans l’Équipe ? J : Je pense que les problèmes sont multiples. Tout d’abord, les médias considèrent l’escalade comme une activité sympa et fun mais destinée à un public de marginaux. D’autres paramètres tels que l’argent (à travers la pub et les annonceurs), la distance des événements, l’actualité… font que les résultats n’apparaissent pas forcément. On nous demande encore des images d’extérieur dans le Verdon, d’Edlinger, d’Alain Robert ou d’Isabelle Pâtissier. L : Tu dois respecter la loi sur le cumuldes mandats et enlever 2 casquettes parmi : Journaliste à Vertical et Directissime, cadre à la Fédé, ouvreur, grimpeur responsable des ouvreurs à l’UIAA ? J : Impossible ! Je ne suis pas monotache, et la connaissance d’une activité passe un peu par tous les axes. J’ai l’impression d’être plus performant, mieux informé tant que ce n’est pas incompatible ! Il est évident que je fais rien qui soit en opposition. L : Pourquoi ce mutisme de la Fédé sur l’affaire Chabot ? J : Je ne peux pas m’exprimer dessus : j’ai une obligation de réserve, et comme l’affaire est toujours en cours, je ne dirai rien. L : Peut-on dire que c’est comme si Thierry Henri ne voulait pas porter le maillot Adidas de l’Équipe de France ? J : À la base, c’est exactement ça ! L : Si tu enlèves ta casquette fédé, et que tu mets celle du grimpeur : est-ce que l’affaire FFME/Chabot te choque ? J : Je ne peux pas l’enlever ! ! Dans tout ce que je fais, je la porte donc je suis vigilant ! Simplement, ça me désole, je trouve ça triste d’en arriver là ! L : À l’époque, tu l’aurais fait ? J : On a fait bien pire au niveau de la transgression des règles et de leur évolution, mais c’était aussi parce que rien n’était institué. On n’était pas toujours bien malin… On faisait aussi ça pour satisfaire un ego surdimensionné avant de voir l’intérêt de l’activité ! ! L : Tu gagnais combien quand t’étais professionnel ? J : Très variable mais jusqu’à, 40 000/50 000 F sans les primes de compets, bien plus élevées qu’aujourd’hui… Suffisamment pour se faire plaisir. À l’époque, on n’était pas des athlètes, mais plutôt des grimpeurs, iconoclastes. L’escalade était alors pour tout le monde un jouet tout beau, tout nouveau. Au fil du temps, le jouet s’est peut-être usé et les gens sont partis ailleurs… Ça reviendra peut-être ! Prise de tête ou de clé - Radek Kadek. Prise de tête ou de clé - Radek Kadek. L’ambiance était vraiment à chier : chacun faisait son truc dans son coin, et voulait pisser plus loin que l’autre, faire des blocs avant l’autre. Ouverture de Partenaire particulier (8a) - Collection Godoffe
L : Revenons à l’époque de tes débuts. Pourquoi tu n’étais pas ami avec le groupe des Parisiens ? J : Ah ça c’est sûr, pas du tout ! Ça ne me convenait pas : d’abord, j’ai commencé bien après eux, donc ils grimpaient nettement mieux. Ensuite, ils avaient une sorte de doctrine, de religion, de fonctionnement qui ne me séduisait pas. J’étais plutôt freeride, je ne savais pas grimper et il était pour moi hors de question de rentrer dans un système avec des codes, des règles. L’ambiance était vraiment à chier : chacun faisait son truc dans son coin, et voulait pisser plus loin que l’autre, faire des blocs avant l’autre. Les Parisiens ne me respectaient pas parce que j’étais un bouffon : j’allais grimper aux Seychelles sur les cocotiers, et je faisais aussi des blocs durs, donc ça les saoulait. De mon côté, je les voyais grimper super bien, je n’arrivais pas à faire leurs blocs… Une espèce de cercle vicieux. En fait, j’étais complètement mégalo, et je ne supportais pas de perdre. En compet, je classais les gens en trois catégories : la majorité, dont il était hors de question qu’elle me batte, d’autres pour lesquels c’était relativement acceptables, et quelques uns (mais très peu), pour qui c’était possible. L : L’époque où tu tirais la bourre avec Le Ménestrel, n’est-ce pas ce qui a contribué à la réputation de Bleau ? J : On n’était pas les seuls à se tirer la bourre, même si on était peut-être les plus médiatisés. Je le sentais plus fort que moi dans beaucoup de choses : ça m’exaspérait et me guronsait, bien qu’on se soit toujours respecté (enfin pour ma part). Ça nous a permis d’ouvrir beaucoup de blocs, à une époque où les ouvreurs n’étaient pas légion : principalement Alain (Ghersen), Marc (Le Ménestrel) et moi. L : T’as failli arrêter, t’aurais fait quoi ? J : En effet, j’ai failli arrêter lorsque pas mal de prises ont commencé à péter, dans les années 90 : il y avait un tel climat de suspicion et une ambiance tellement glauque que ça m’a foutu les boules et j’ai pensé faire autre chose… Je ne sais pas quoi ! L : Tu as toujours été au centre de polémiques (réalisations de voies/blocs mises en cause, prises taillées...) ; c’est de la médisance, de la jalousie, la vérité ? J : C’est vrai… Derrière toute médisance, il y a une part de vérité dans le sens où j’ai dû agir -sans doute par excès de mégalomanie ou d’égocentrisme- de manière à donner à penser aux gens que j’avais été capable de faire ce qu’ils me reprochaient. J’ai dû laisser trop la porte ouverte : c’est vrai que j’ai taillé des prises, et au niveau des réalisations, j’ai une fois anticipé sur une réalisation. Quand tu es pris dans une spirale, c’est difficile de ne pas se laisser entraîner à glisser un peu trop, à faire des maladresses… Qu’on me jette la première pierre. L : Tu as quand même une carapace, une force pour laisser glisser les choses… J : Ah non, justement pas, mais je crois que c’était une part de mystère, qui participait à l’image que les gens me donnaient -et que je voulais aussi qu’ils me donnent- mais une fois ou deux, ça a été trop loin et j’ai refait des blocs sous le nez de ceux qui les remettaient en cause ! L : Ta couleur de cheveu, c’est naturel ? J : 100% naturel, garanti sans cheveux blancs ! L : Est-ce à cause de cette couleur et de ta peau que t’es resté seulement deux ans dans le sud ? J : Du tout, mais je n’aime pas trop les gens dans le sud, ni l’ambiance, et en plus il y a trop de vent, il fait trop froid en hiver, trop chaud en été… J’ai vécu un an à Buoux et j’ai adoré, mais je me sens mieux ici. L’endroit où je vis est quand même important pour moi, et le seul endroit où je me sois senti aussi bien qu’à Bleau est Arco. Bien que ce soit complètement différent, il y a la même alchimie. L : Tu es encore au top à Bleau, mais ça ne peut pas durer. Est-ce qu’à 70 ans tu te motiveras encore pour enchaîner des 7a et des circuits ? J : On ne va pas se mentir : en effet, ça ne durera pas, mais je ne l’envisage pas encore… Je ne sais pas trop comment je serai physiquement, mais une chose est sûre : faire des blocs faciles ne m’a jamais intéressé. Une des premières répétitions d’Ubik assis (8b) - Aurore Godoffe J’en viendrai peut-être à faire tout autre chose, de la même façon que je suis passé de la musique à l’escalade ! J'en viendrai peut-être à faire tout autre chose, de la même façon que je suis passé de la musique à l'escalade ! P our courir derrière Jacky régulièrement lorsqu’il arpente la forêt à la recherche de nouvelles surprises, je peux vous dire quand même que l’heure de la retraite (la sienne) n’a pas encore sonné… our courir derrière 3acky régulièrement lorsqu'il arpente la forêt à la recherche de nouvelles surprises, je peux vous dire quand même que l'heure de la retraite (la sienne) n'a pas encore sonné... 25



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