Escalade Mag n°8 nov/déc 2006
Escalade Mag n°8 nov/déc 2006
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°8 de nov/déc 2006

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Press'Evasion

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 52

  • Taille du fichier PDF : 28,1 Mo

  • Dans ce numéro : interview de Jacky Godoffe

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Un petit tour sur les grès du Palatinat en Allemagne - Jo Montchaussé. 22 r -.J i L1J Propos recueillis par Ludo Laurence Jacky Godoffe Un numéro spécial sur la forêt de Bleau ne pouvait se concevoir sans l’esprit malin qui la hante depuis 30 ans, et qui se matérialise la plupart du temps sous la forme d’un grand échalas roux. Vous avez peu de chance de le croiser dans les secteurs fréquentés, mais si d’aventure, vous apercevez deux chiens qui tiennent plus du croisement entre fouine & ragondin que d’une race connue, ouvrez l’œil, Jacky Godoffe n’est pas loin. À presque cinquante ans, sa passion ne se dément pas, et il sert les prises plus que jamais... Ludo Laurence : Comment as-tu commencé l’escalade ? Jacky Godoffe : Par hasard, à l’école normale quand j’avais 21 ans et le virus a été inoculé instantanément. L’escalade est devenue du jour au lendemain une passion et a remplacé pour moi la musique, qui prenait à l’époque autant de temps et de place dans ma vie. L : Quel a été ton niveau max ? J : Après 7 ans sur les circuits de compétition, il me semble avoir fini 2ème au classement général de la coupe du monde, après 2 ou 3 victoires d’étapes, je ne sais plus très bien. Comme j’avais l’impression d’avoir fait le tour de la question, et que je ne pensais pas pouvoir progresser, je suis passé à autre chose. En fait, je ne saurai jamais si j’aurais capable d’améliorer ce classement. À Bleau, ce que j’ai fait de plus dur correspond à environ 8b dans les cotes actuelles, mais je peux te dire que certains 7b m’ont bien plus coûté. Alors il est difficile de te dire ce que signifie réellement une perf ! En dehors de Bleau, j’ai pas mal voyagé, mais plus dans l’optique de faire des images que de cocher le carnet à croix. Je faisais régulièrement 8a à vue. En bloc, je ne reste jamais assez longtemps pour perfer vraiment, parce que ce n’est pas l’objet du voyage, en général ! L : Comment fait-on pour n’être jamais ni malade, ni blessé, ni fatigué et toujours motivé ? J : J’ai vraiment du bol génétiquement parlant, mais surtout je ne m’écoute pas trop… Je gère mieux mon entraînement : je grimpe moins qu’avant mais plus souvent. Et la motivation est là parce que je m’éclate vraiment, et je n’ai aucune raison de me priver, alors… L : Qu’est ce que tu cherches à Bleau et qu’est-ce que tu y a trouvé ? J : Sans aucune hésitation : la surprise. Tu ne peux jamais te reposer sur tes lauriers parce que le grain est particulier : au contraire d’un exercice sur un dévers, tu n’es jamais sûr de tenir les mêmes prises d’un jour sur l’autre ! !
Lilou sur les champignons de Bleau - Aurore Godoffe. L : S’il ne devait rester qu’un seul bloc ? J : Partenaire particulier, un bloc que j’ai ouvert : à la fois une surprise et une grosse question. En fait, après l’avoir brossé, il paraissait absolument infaisable et finalement, il a été réalisé dans la séance ! ! Encore cet effet de surprise dont je te parlais. Ça n’a rien de rationnel, aucun rapport avec la difficulté, mais ce bloc est peut-être celui qui m’a laissé le plus d’impressions. L : Quel est le passage le plus dur que tu aies fait ? J : Celui qui m’a pris le plus de temps, c’est Fatman, bien qu’il soit loin d’être le plus beau. Le problème : je n’avais pas les méthodes et j’étais un peu seul pour l’essayer. C’était vraiment dur de trouver les mouv, dur de trouver des gens pour venir me pousser au cul et j’ai souffert pendant longtemps. D’ailleurs, c’est le seul pour lequel je me sois vraiment entraîné. Avec ce projet, je ne recherchais pas la ligne : 60°, petites prises, plutôt mon style, mais je courais derrière le chiffre ! J’en ai aussi bavé dans Big Boss, je n’avais pas non plus la méthode (un pied en carre externe). Il faut dire que comme il y avait moins de grimpeurs à cette époque, on avançait nettement moins vite. L : Bleau, référence en bloc ? J : Référence absolue ! L : Pourquoi les cotations ne décollent pas aussi vite que dans les autres spots de bloc ? J : Ça n’a pas toujours été le cas. Les cotes ont eu tendance à monter quand on était peu, ce qui est humain : quand on propose un nouveau passage, on est tous un peu obsédé par l’idée de proposer également une difficulté nouvelle, et c’était mon cas. Au bout d’un moment, le chiffre précède même le résultat, et là, ça coince. Avec le temps et le nombre croissant de grimpeurs qui jouent le rôle de modérateurs, les cotes se sont tassées, et sont aujourd’hui plutôt dans la norme. Je ne connais pas tous les spots, mais pour en avoir parlé avec Ben Moon et Dave Graham, je crois qu’il n’est pas bon que les cotes montent trop : ça nuit à l’activité. Finalement, 8a, c’est déjà très dur, 8b me semble correspondre à un maximum actuel. Pour parler de la Suisse, où je suis allé, la contrainte est exclusivement physique et il n’y a que peu de sensation. La clé, c’est d’avoir du temps, des gens pour tester, et de l’humilité : autant de facteurs qui sont parfois difficiles à réunir, surtout quand on est jeune. L : Quel est le pire truc qui te soit arrivé dans la forêt ? C’est pas très méchant : un jour, on part grimper en famille et on s’éloigne un peu en laissant mon fils dormir dans son couffin. À notre retour, il avait disparu. Il s’était réveillé et sauvé dans les fougères. C’est finalement mon chien qui l’a pisté et retrouvé ! Rétrospectivement c’est plutôt marrant, d’autant que ça n’a pas duré longtemps et que ça s’est bien terminé. L : Est-ce que les problèmes de Bleau (écologie, surfréquentation, promeneurs, grimpeurs...) te touchent ? J : Honnêtement, je ne peux pas dire que ce soit une priorité. Je ne vais pas prétendre être écolo, simplement, j'essaie de faire attention à ce que je fais, sans plus. Je crois que, partageant le même terrain de jeu avec beaucoup de monde, les dommages sont inéluctables et je ne vois pas de solution magique. L : Est-ce que les problèmes de Bleau (écologie, surfréquentation, promeneurs, grimpeurs…) te touchent ? J : Honnêtement, je ne peux pas dire que ce soit une priorité. Je ne vais pas prétendre être écolo, simplement, j’essaie de faire attention à ce que je fais, sans plus. Je crois que, partageant le même terrain de jeu avec beaucoup de monde, les dommages sont inéluctables et je ne vois pas de solution magique. L : Y a t-il eu une évolution de la pratique à Bleau ? J : En terme de mentalité, je ne crois pas, on grimpe finalement tous pour la même chose. Par contre, il y a eu une évolution très marquée concernant la taille des prises. Avant, tailler était normal et reconnu, et personne ne se posait trop de questions. Maintenant, on essaie de trouver des lignes qui correspondent directement à ce qu’on veut faire, les gens s’adaptent au terrain de jeu et pas l’inverse. L : Y a t-il eu une évolution de la pratique à Bleau ? J : En terme de mentalité, je ne crois pas, on grimpe finalement tous pour la même chose. Par contre, il y a eu une évolution très marquée concernant la taille des prises. Avant, tailler était normal et reconnu, et personne ne se posait trop de questions. Maintenant, on essaie de trouver des lignes qui correspondent directement à ce qu'on veut faire, les gens s'adaptent au terrain de jeu et pas l'inverse. L : Quelles sont les rencontres qui t’ont marqué ? J : En premier, Alain Michaud : à mes débuts, ça devait être un prototype de John Gill [NDLR : grimpeur précurseur américain, notamment en bloc], un visionnaire. Il avait pressenti ce qu’allait devenir l’escalade, il s’entraînait déjà comme on le fait aujourd’hui, avec beaucoup de physique, du spécifique. Il était très attachant, un peu anarchiste, végétalien… Aujourd’hui, il a laissé complètement tomber l’escalade. Ensuite, c’est Jo Montchaussé, avec qui j’ai grimpé très longtemps, et c’est une histoire d’amitié qui dure depuis 30 ans. Il m’a donné des clés à une époque où il était un peu le boss, donc pas obligé. L’esprit que j’ai aujourd’hui, je le lui dois. L’escalade m’a permis de rencontrer beaucoup de gens variés ! À l’époque où Edlinger présentait ses films, on était appelé sans arrêt pour faire des émissions de télé ou de radio. De cette manière, j’ai rencontré des mecs étonnants, tels qu’un mathématicien qui venait parler sur France Inter d’un problème de maths qu’il venait de résoudre, mais voulait causer escalade avec moi… Assez énorme ! Je crois que c’est aussi la magie de Bleau, qui arrive à générer des rencontres inattendues entre les gens. L : Quelles sont les rencontres qui t'ont marqué ? J : En premier, Alain Michaud : à mes débuts, ça devait être un prototype de John Gill [NDLR : grimpeur précurseur américain, notamment en bloc], un visionnaire. Il avait pressenti ce qu'allait devenir l'escalade, il s'entraînait déjà comme on le fait aujourd'hui, avec beaucoup de physique, du spécifique. Il était très attachant, un peu anarchiste, végétalien... Aujourd'hui, il a laissé complètement tomber l'escalade. Ensuite, c'est Jo Montchaussé, avec qui j'ai grimpé très longtemps, et c'est une histoire d'amitié qui dure depuis 30 ans. Il m'a donné des clés à une époque où il était un peu le boss, donc pas obligé. L'esprit que j'ai aujourd'hui, je le lui dois. L'escalade m'a permis de rencontrer beaucoup de gens variés ! À l'époque où Edlinger présentait ses films, on était appelé sans arrêt pour faire des émissions de télé ou de radio. De cette manière, j'ai rencontré des mecs étonnants, tels qu'un mathématicien qui venait parler sur France Inter d'un problème de maths qu'il venait de résoudre, mais voulait causer escalade avec moi... Assez énorme ! Je crois que c'est aussi la magie de Bleau, qui arrive à générer des rencontres inattendues entre les gens. L : Tu as été instit pendant une quinzaine d’année, tu as 5 enfants ; les mouflets, c’est une passion ? Au début, je n’en voulais pas : je ne me dédiais qu’à la musique puis à l’escalade, et je pensais -en bon égocentrique- que ça serait un frein. Heureusement qu’on m’a poussé au cul, car c’est vraiment extra, et au final, je crois qu’on est bien plus performant quand on est moins axé sur son nombril ! ! L : Tu as été instit pendant une quinzaine d'année, tu as 5 enfants ; les mouflets, c'est une passion ? Au début, je n'en voulais pas : je ne me dédiais qu'à la musique puis à l'escalade, et je pensais -en bon égocentrique- que ça serait un frein. Heureusement qu'on m'a poussé au cul, car c'est vraiment extra, et au final, je crois qu'on est bien plus performant quand on est moins axé sur son nombril ! ! 23



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