Escalade Mag n°7 sep/oct 2006
Escalade Mag n°7 sep/oct 2006
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°7 de sep/oct 2006

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Press'Evasion

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 52

  • Taille du fichier PDF : 15,4 Mo

  • Dans ce numéro : cap sur la Corse.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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La vie au bout des doigts : lumière ! 42 D’antan Fan de « Sortez couverts » que vous êtes, la vie de Pat le Lego n’a plus guère de secrets pour vous. Vous savez même qu’il plonge à Malo-les-Bains en ce moment ! Mais qui est l’authentique grimpeur se cachant derrière Pat, et quelle est la source de sa célébrité ? Même si vous commencez l’escalade, je parie que vous avez entendu parler de Patrick Edlinger, seule « vraie » star de l’escalade française avec Alain Robert. Comment, en 1982, un jeune inconnu de 22 ans s’est vu propulser « personnalité préférée des français » ? D’abord par la grâce d’une rencontre, celle d’Edlinger avec Jean-Paul Janssen. Ce réalisateur officiait alors sur Antenne 2, pour « Les carnets de l’aventure », sorte de pré-Ushuaïa davantage axé sur l’exploit sportif. Bien sûr, ni Edlinger, jeune grimpeur vagabondant de falaise en falaise, ni Janssen, réalisateur confidentiel et chef opérateur, ne pouvaient anticiper le succès immédiat du film, réalisé en moins d’un mois (4 jours de tournage, 3 semaines de montage). Le présentateur bonhomme de l’émission, Pierre François Degeorges, avait choisi de diffuser « La vie au bout des doigts » le 11 décembre 1982, soit la même semaine que sa projection officielle au sixième « Festival international du film d’aventures vécues » (à La Plagne). Le documentaire de Janssen, aux vertus fédératrices évidentes, y avait été choisi pour représenter Antenne 2, rien que ça ! Puis, le film fut ensuite distribué en salles, ce qui lui valut une nomination aux Césars (et non aux Oscars comme on l’entend souvent). La machine médiatique lancée, elle s’est vite emballée ! On s’arrache « Patriiiiick » Edlinger qui passe brutalement de son combi Volkswagen aux limelights des plateaux télés et unes de magazines. « Ma vie a complètement changé […] J’ai vraiment été surpris du nombre de gens que ça intéressait. Pour moi, ça n’était rien d’autre qu’une passion que j’entendais vivre à fond » (« Patrick Edlinger, la mémoire calcaire », Paul Molga, Quechua Magazine n°6). « La vie au bout des doigts », unique film d’escalade ayant touché un public qui rassemblait plus que les seuls initiés, propose une vision contextuelle et totale de l’activité (comme « mode de vie ») alors qu’aujourd’hui, la conception « sport-trip » (des croix, encore des croix !) semble prévaloir. A ce titre d’ailleurs, on notera que les films actuels sont très musicaux (le paradigme stylistique du clip devient, il est vrai, écrasant) là où « La vie au bout des doigts », film manifeste, est presque bavard ! Les commentaires d’Edlinger en voix-off sont omniprésents dans les huit premières minutes du film, plus parsemés ensuite afin de ne pas perturber la mise en scène du risque, mise en scène soulignée non par la voix mais par le souffle et les battements de cœur. Cette voix-off, d’abord très informative (le film s’ouvre assez étonnement sur une définition précise de la magnésie) prend une tournure nettement plus emphatique, voir idéologique, qui aura pour effet d’annoncer le solo final. Alors que son escalade en bord de mer est encore sans réel danger, Edlinger dispense une définition du solo intégral, soit « l’escalade suprême », un jeu avec la mort. Cette explication, par son décalage avec ce qui est vu à l’image, interpelle le spectateur en lui soufflant l’enjeu dramatique des séquences finales : une expérience des limites. La passion du risque, le lyrisme du sportif I Par Florent Wolff solitaire, le modèle d'une vie dépouillée mais intense, tous ces thèmes de « La vie au bout des doigts » ont trouvé un écho dans ce début des années 80. 1982 fut une année remuée (avec de nombreux points communs avec 2006...) : marasme au Proche-Orient (guerre Iran-Irak, massacres de Sabra et Chatila sous les yeux des troupes israélienne qui occupent alors le Liban), crise des Malouines, attentats en France (rue des Rosiers, restaurant Goldenberg, train Paris- Toulouse), humiliation sportive (la défaite, en demi-finale de la Coupe du Monde, des français contre les allemands, aux tirs au but)... La quotidienneté du risque, ces tragédies de routine ont-elle favorisé l'accueil du film de Janssen, révélant un sportif atypique, loin des canons et des canons du genre ? Pas plus que je me risquerai dans « La Béda » en solo, je n'oserai m'engager davantage dans cette analyse sociohistorique hasardeuse. Tout au plus fallaitil l'évoquer ! solitaire, le modèle d’une vie dépouillée mais intense, tous ces thèmes de « La vie au bout des doigts » ont trouvé un écho dans ce début des années 80. 1982 fut une année remuée (avec de nombreux points communs avec 2006…) : marasme au Proche-Orient (guerre Iran-Irak, massacres de Sabra et Chatila sous les yeux des troupes israélienne qui occupent alors le Liban), crise des Malouines, attentats en France (rue des Rosiers, restaurant Goldenberg, train Paris- Toulouse), humiliation sportive (la défaite, en demi-finale de la Coupe du Monde, des français contre les allemands, aux tirs au but)… La quotidienneté du risque, ces tragédies de routine ont-elle favorisé l’accueil du film de Janssen, révélant un sportif atypique, loin des canons et des canons du genre ? Pas plus que je me risquerai dans « La Béda » en solo, je n’oserai m’engager davantage dans cette analyse sociohistorique hasardeuse. Tout au plus fallaitil l’évoquer !
:= « La Vie au bout des doigts » est certainement le film d’escalade le plus vu et le plus emblématique. Il traverse les années sans mal et reste une référence même pour les nouvelles générations. Il fut tout aussi décisif pour son acteur principal puisqu’il reconnaît ces films (avec « Opéra Vertical » du même Janssen) comme « la chose la moins débile » qu’on lui ait demandé de faire (interview de Patrick Edlinger par Laurent Belluard, Grimper n°6). Reste un mystère : qu’aurait été Patrick Edlinger sans ce film ? Une vie au goût des doigts ? Screenshots du film. www.thuria.com Yes ! simond.com



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