Escalade Mag n°6 jui/aoû 2006
Escalade Mag n°6 jui/aoû 2006
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°6 de jui/aoû 2006

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Press'Evasion

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 52

  • Taille du fichier PDF : 12,5 Mo

  • Dans ce numéro : Québec... grimpe au pays du tabernacle.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Les rochassiers : une prophétie de l’ombre 44 D’antan Suis-je obnubilé par la question nuptiale ? Après trois chroniques sur les naissances de la presse d’escalade, je vais désormais vous parler (d’une) des origines du film d’escalade. Encore une fois, et sans en faire un effet de style, le pluriel est de rigueur pour aborder ces « prémisses » car le sujet est à peu près aussi complexe que la question de l’invention du cinéma : Lumière pour les uns (les français), Edison pour les autres (les américains)... La première difficulté est ici de définir le film d’escalade car plusieurs critères cohabitent : si l’on s’en tient au titre, le mot « climbing » apparaît dès 1898 avec French Soldiers in a Wall-Climbing Drill. Ce « film » anglais(1), au titre séduisant, présente des soldats gravir une paroi d’une dizaine de mètres sur des échelles de cordes. Tout film de guerre soit-il, cela ne le fait pas répondre aux canons du genre… Il faut faire un bond d’une trentaine d’année pour trouver de véritables scènes d’escalade, c’est-à-dire effectuées par des grimpeurs (encore de style alpin). Retenons deux réalisateurs : Arnold Franck(2) et Leni Riefenstahl. L’Allemagne nazie, qui avait fait de la conquête des sommets alpins un enjeu politique, a poussé au développement du film de montagne : une médiatisation complète de l’ascension rendait la propagande opérante(3). Mû par l’exaltation patriote, et par celle du renouveau après les stigmates et autres humiliations subies lors de la seconde guerre mondiale, le cinéma de montagne connaît un deuxième souffle dans les hautes altitudes ; l’attention se polarise désormais par la réussite du premier « 8000 ». Victoire sur l’Annapurna(4) qui relate l’ascension française de 1950 demeure une bonne illustration de cette course politico-sportive. Étonnement, ce n’est pas à Katmandou mais à Hollywood qu’il faut aller pour retrouver de l’escalade rocheuse ! Avec North by Northwest(5) et son fameux combat final au sommet du mont Rushmore, Hitchcock installe une dramaturgie rendue possible par la verticalité. De nombreux blocks busters américains emprunteront ensuite cette brèche : The Guns of Navarone(6) avec Gregory Peck dans le rôle de l’alpiniste qui n’a pas froid aux yeux, The 1- Comme la plupart des films du 19ème siècle, le réalisateur est inconnu car celui-ci n’avait pas encore de statut d’auteur. Si l’on a gardé une trace de cette vue, c’est certainement parce qu’elle appartient au catalogue de la Mutoscope, premier distributeur américain, qui s’est ensuite rendu célèbre pour avoir fait travaillé Griffith, l’un des fondateur du cinéma narratif. 2- Arnold Franck, méconnu de nos jours, doit certainement être considéré comme le premier réalisateur de films de montagne (Le Grand Saut, Tempête sur le Mont-Blanc, Ivresse Blanche, …). Il Eiger Sanction(7) où Clint Eastwood mène une enquête glaciale au cœur de la terrible face nord helvète, Mission Impossible 2(8) et un Tom Cruise en « solo no foot » sur les parois friables du Grand Canyon, Cliffhanger(9) avec un Stallone réchauffé dégainant sans frémir son pistolet à pitons sur un rocher recouvert de glace… Plus notable, et plus réaliste, on trouve une belle scène d’escalade dans la forêt de Fontainebleau dans le documentaire phare de Rouch et Morin, Chronique d’un été(10).•1, y 1, révéla les talents de l’alpiniste Leni Riefenstahl dans Der heilige Berg (La Montagne Sacrée), 1926. 3- Goebbels, ministre de « l’information » dès 1933, porta une attention toute particulière au filmage de l’exploit sportif, celui-ci étant perçu comme un encouragement au dévouement du corps à sa patrie, et à l’alpinisme, actualisant l’ambition territoriale et le mythe nietzschéen du sur-homme. Ainsi, on retiendra la mise en scène des J.O. de Berlin de 1936 (Olympia, Leni Riefenstahl) ou encore la course effrénée pour la première ascension de la face nord de l’Eiger. I Images extraites des Rochassiers (1969) Par Florent Wolff Ses longs plans-séquences(11) inaugurent la représentation filmique de l’escalade de bloc, et l’ancrent d’emblée dans une certaine convivialité -ici, celle de l’insouciance de la Nouvelle Vague-, une idéologie qui fera ensuite autorité au sein de cette pratique et de sa mise en scène. Ses lon,gs plans-séquences(11) inaugurent la representation filmique de l'escalade de bloc, et l'ancrent d'emblée dans une certaine convivialité -ici, celle de l'insouciance de la Nouvelle Vague-, une idéologie qui fera ensuite autorité au sein de cette pratique et de sa mise en scène. J’entends votre impatience : d’un côté des films de montagne, de l’autre des séquences d’escalade isolées, mais toujours pas d’authentiques films d’escalade ! Conscient du risque, j’ose tout de même avancer une date, 1969, et un film, Les Rochassiers, du Québécois Marc Hébert. Méconnu, ce long documentaire sur l’escalade dans les Laurentides (un endroit qui n’a plus de secrets pour vous après votre lecture de notre article sur le Québec !) est d’une importance capitale dans la filmographie d’escalade. Plus précurseur que fondateur(12), le film d’Hébert reste un épiphénomène passionnant pour qui s’intéresse à l’émergence de l’escalade libre, de sa mise en scène et de son discours. J'entends votre impatience : d'un côté des films de montagne, de l'autre des séquences d'escalade isolées, mais toujours pas d'authentiques films d'escalade ! Conscient du risque, j'ose tout de même avancer une date, 1969, et un film, Les Rochassiers, du Québécois Marc Hébert. Méconnu, ce long documentaire sur l'escalade dans les Laurentides (un endroit qui n'a plus de secrets pour vous après votre lecture de notre article sur le Québec !) est d'une importance capitale dans la filmographie d'escalade. Plus précurseur que fondateur(12), le film d'Hébert reste un épiphénomène passionnant pour qui s'intéresse à l'émergence de l'escalade libre, de sa mise en scène et de son discours. Treize ans avant La vie au bout des doigts(13), Les Rochassiers montre une escalade où les corps et les gestes des grimpeurs entretiennent un lien symbiotique et autonome au support minéral. Le propos n’est pas encore la proclamation d’Edlinger pour la « chorégraphie verticale », mais marque une attention nouvelle portée à la prévalence du geste, signe d’émancipation de l’escalade par rapport à l’alpinisme. « Ce n’est pas nécessaire de déboucher sur la haute montagne car l’escalade est un sport en soi et il porte en soi sa récompense ». Treize ans avant La vie au bout des doigts(13), Les Rochassiers montre une escalade où les corps et les gestes des grimpeurs entretiennent un lien symbiotique et autonome au support minéral. Le propos n'est pas encore la proclamation d'Edlinger pour la « chorégraphie verticale »,• mais marque une attention nouvelle portée à la prévalence du geste, signe d'émancipation de l'escalade par rapport à l'alpinisme. « Ce n'est pas nécessaire de deboucher sur la haute montagne car l'escalade est un sport en soi et il porte en soi sa récompense ». Prononcée par un des rochassiers montréalais, cette phrase dévoile sans ambiguïté la dimension prophétique du film de Marc Hébert. Une prophétie sans manifeste, sans l'éclat de la chevelure d'Edlinger, une simple voix de l'ombre qui résonne encore par sa modernité. Prononcée par un des rochassiers montréalais, cette phrase dévoile sans ambiguïté la dimension prophétique du film de Marc Hébert. Une prophétie sans manifeste, sans l’éclat de la chevelure d’Edlinger, une simple voix de l’ombre qui résonne encore par sa modernité. 4- Marcel Ichac est une des figures marquantes du cinéma de montagne. Autant alpiniste que cinéaste, il ne reculait devant aucun risque et aucune fatigue pour faire tourner sa caméra., il réalisa une cinquantaine de films et documentaires autour de la montagne, des deux pôles et de la spéléologie. 5- North by North-west (La Mort aux trousses), Alfred Hitchcock, 1959. 6- The Guns of Navarone (Les Canons de Navarone), John Lee Thompson, 1961. 7- The Eiger Sanction, (La Sanction), Clint Eastwood, 1975.
•.5• Image extraite de The Guns of Navarone (1961)• 1. Image extraite de Das Blaue Licht (1932) 8- Mission : Impossible 2, John Woo, 2000. 9- Cliffhanger, Renny Harlin, 1993. 10- Chronique d’un été, Jean Rouch, Edgar Morin, 1961. 11- Pour les besoins du film, Rouch avait fait venir le célèbre opérateur du cinéma direct québécois, Michel Brault. Il exerça une influence décisive sur le film, en particulier par l’usage systématique du son synchrone, de la caméra portée (qui rend possible l’usage du plan-séquence). 12- Il faudra attendre une dizaine d’années, avec les films de Laurent Chevallier et Jean-Paul Janssen, pour démarginaliser la production de films d’escalade et que celle-ci rencontre une véritable audience. 13- La Vie au bout des doigts, Jean-Paul Janssen, 1982. TieetsUC,P495/Ae Série krasti, arquées caille Pl Nouveauté Zoo6 Prix public conseillé : 40 € Nouveau catalogue 2006 disponible sur Simple demande Tél. : 03 86 67 16 15 Fax 03 86 67 19 05 mail contact thewallage,com The walla ge : 2o, me de Paris 8914o Villemanocherance



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