Escalade Mag n°6 jui/aoû 2006
Escalade Mag n°6 jui/aoû 2006
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°6 de jui/aoû 2006

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Press'Evasion

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 52

  • Taille du fichier PDF : 12,5 Mo

  • Dans ce numéro : Québec... grimpe au pays du tabernacle.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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Michel Béal dans son bureau. 22nterview une table à dessins, je me suis dit que je n’étais pas fait pour ça. Mes parents, qui avaient une petite entreprise de lacets et de cordons, m’ont proposé, à l’automne 1974, de faire mes preuves auprès d’eux. On s’est donné un an pour que je fasse ma place. En février 1975, je suis allé au salon de Grenoble pour voir des clients qui utilisaient nos cordons pour le serrage des anoraks. Au détour d’un stand, j’ai rencontré Frendo, distributeur de matériel de montagne et en particulier des cordes Edelrid. J’ai immédiatement pensé que là pourrait être notre voie. Nous commençons par des essais de cordes spéléo mais après quelques mois nous devons arrêter, Frendo étant alors en difficulté. L’idée est pourtant loin d’être abandonnée et l’été suivant, je rencontrais Yannick Seigneur, l’un des meilleurs alpinistes du moment, qui donnait une conférence à Chamonix. Il s’est montré enthousiaste à l’idée de développer des cordes d’escalade. Ce fut le début de notre collaboration, très vite décisive. Nous avons donc travaillé ensemble et, en mars 1976, nous avons présenté notre première corde d’escalade, distribuée par Charlet-Moser, le fabricant de piolets, dont la renommée facilita d’ailleurs la commercialisation de nos produits. EM - Yannick Seigneur vous a principalement aidé sur la technique ? MB - Pas uniquement. En plus de ses compétences d’ingénieur, il avait perçu que l’escalade moderne allait percer. Il nous a très tôt suggéré de proposer des cordes différentes de celles que l’on offrait Propos recueillis par Philippe Mathieu et Florent Wolff - Photos : Florent Wolff Q habituellement aux alpinistes traditionnels. Ainsi, dès 1976, nous avons sorti des cordes fluos, bien avant la mode qui allait s’établir autour de ces couleurs. Yannick nous a également orienté vers une politique de sponsoring, alors même que cette pratique était encore assez marginale à l’époque. Sur ses conseils, nous avons équipé une dizaine d’alpinistes de haut niveau, principalement influents dans ce petit monde. À l’époque, ces alpinistes étaient également les leaders de l’escalade. Nous publiions leurs noms sur une liste qui s’est vite allongée et est devenue une référence honorifique dans le milieu. Certains grimpeurs me disaient même « ça ne fait rien si tu ne me donnes pas de matériel, j’aimerais juste être sur la liste ! ». Il y avait aussi la crainte de disparaître de la liste ! Enfin, dès la première année, Au Vieux Campeur, Caribou à Lyon ou les magasins de Chamonix nous ont fait confiance. Nos concurrents qui avaient une attitude commerciale un peu rigide, n’ont pas perçu que nous leur prenions des parts de marché car ils ont compris trop tard l’émergence de ce nouveau marché de l’escalade libre. uel grimpeur ne connaît pas Béal ? Quel grimpeur ne connaît pas Béal ? L’été suivant, je rencontrais Yannick Seigneur, l’un des meilleurs alpinistes du moment, qui s’est montré enthousiaste à l’idée de développer des cordes d’escalade. Par contre, qui connaît la genèse et les personnes qu'il y a derrière cette marque emblématique de notre sport ? Par contre, qui connaît la genèse et les personnes qu’il y a derrière cette marque emblématique de notre sport ? Rencontre avec Michel Béal : en 1976, l’année de l’avènement du libre en France, il a choisi d’orienter cette petite entreprise familiale vers la corde d’escalade et de montagne, marché sur lequel il est devenu leader... Rencontre avec Michel Béai : en 1976, l'année de l'avènement du libre en France, il a choisi d'orienter cette petite entreprise familiale vers la corde d'escalade et de montagne, marché sur lequel il est devenu leader... EscaladeMag - Étiez-vous d’abord intéressé par la corde ou l’escalade ? Michel Béal - Même si l’histoire aurait été plus belle autrement, ce n’est pas l’amour de l’escalade qui m’a amené à la corde, mais l’inverse. Le choix de mes études d’ingénieur s’est d’ailleurs fait indépendamment de mon goût pour la montagne. Après une école à Grenoble, j’ai trouvé un poste en ingénierie d’usine à papiers, et au bout de quelques mois à rester principalement assis derrière EM - Avez-vous vite exporté vos produits ? EM - Avez-vous vite exporté vos produits ? MB - Oui, nous nous sommes immédiatement placés sur un terrain international. Notre premier distributeur étranger était japonais. Aujourd'hui, nous sommes présents dans 50 pays. Mais, compte tenu de l'ampleur du marché français, notre part de marché à l'export ne représente que 60% de notre chiffre d'affaires. MB - Oui, nous nous sommes immédiatement placés sur un terrain international. Notre premier distributeur étranger était japonais. Aujourd’hui, nous sommes présents dans 50 pays. Mais, compte tenu de l’ampleur du marché français, notre part de marché à l’export ne représente que 60% de notre chiffre d’affaires. EM - Est-ce l'émergence de l'escalade libre qui a aidé Béat ou est-ce l'apparition des cordes modernes, autorisant la chute, qui a facilité la haute difficulté sur le rocher ? EM - Est-ce l’émergence de l’escalade libre qui a aidé Béal ou est-ce l’apparition des cordes modernes, autorisant la chute, qui a facilité la haute difficulté sur le rocher ? MB - Je suis très loin de vouloir attribuer à Béal le développement de l'escalade libre, même si nous avons apporté une petite pierre à une pratique qui est venue de grimpeurs anglais, américains puis français. Nous avons suivi les demandes et nous nous sommes aperçus que les grimpeurs tombaient de plus en plus. Grâce à l'adaptation de nos produits à ce fait, nous avons participé au développement de l'escalade libre sans en être pour autant à la source. Nos concurrents, Joanny en France, Mammut en Suisse, Edelrid en Allemagne et Edelweiss en Autriche, étaient restés complètement « montagne ». MB - Je suis très loin de vouloir attribuer à Béal le développement de l’escalade libre, même si nous avons apporté une petite pierre à une pratique qui est venue de grimpeurs anglais, américains puis français. Nous avons suivi les demandes et nous nous sommes aperçus que les grimpeurs tombaient de plus en plus. Grâce à l’adaptation de nos produits à ce fait, nous avons participé au développement de l’escalade libre sans en être pour autant à la source. Nos concurrents, Joanny en France, Mammut en Suisse, Edelrid en Allemagne et Edelweiss en Autriche, étaient restés complètement « montagne ».
Ils connaissaient peu l’escalade alors que nous aidions déjà Berhault, Droyer, Cordier… Je me rappelle parfaitement Berhault venir me présenter comme son partenaire privilégié, un jeune grimpeur très réservé qui allait devenir la star de l’escalade, Patrick Edlinger. Ce devait être en 1980. Notre histoire de grimpe et d’amitié avec Patrick se perpétue toujours. EM - Certains vous ont reproché, non pas cette fidélité vis-à-vis de « vos » grimpeurs, mais d’avoir sponsorisé trop de monde ? MB - Si l’on se place sur un plan personnel, sûrement pas. Sur un plan purement commercial, peut-être, mais on ne sait jamais où s’arrêter. C’est le problème général de la publicité dont on cerne mal le rendement. Beaucoup disent que l’on ne s’aperçoit de son bien fondé seulement le jour où on l’arrête… Je ne crois finalement pas que nous ayons distribué trop de cordes. Et puis il y avait beaucoup plus une volonté de s’intégrer au milieu qu’une approche commerciale. Cela s’est tellement su que l’on aidait le milieu, qu’on aidait au développement de l’activité que l’on ne peut pas regretter d’avoir construit cette image de générosité. EM - Votre « team » de grimpeurs s’est beaucoup construit autour d’un principe de cooptation. Pourquoi ? MB - Cette méthode permet de créer un esprit de communauté, le fait que nos grimpeurs soient bien ensemble et que l’on puisse les réunir. Il nous est arrivé d’en éloigner un parce qu’il ne s’entendait pas avec les autres. Sinon, nous essayons d’avoir des grimpeurs d’horizons différents, de nationalités, de pratiques, d’âges différents. Yannick Seigneur, partenaire historique de Béal. Collection J.M. Asselin EM - C’est vrai qu’il reste beaucoup d’anciens dans votre team ! MB - Oui, car je reste étonné de voir qu’en falaise, les anciens restent au top niveau, regardez Yuji. Il nous manque actuellement une star avec le charisme de Patrick Edlinger ou de Stefan Glowacz. Par exemple, je regrette que François Legrand, avec son palmarès exceptionnel, son physique et sa gestuelle, n’ait pas pu relever ce défi. Pour la montagne, depuis la disparition de Jean- Christophe Lafaille, nous n’avons plus d’himalayiste français qui fasse la une de l’actualité. Les plus forts en ce moment font du solo, ce qui n’est pas exactement l’image de la cordée que nous voulons renvoyer ! Beaucoup de jeunes font des choses extraordinaires en montagne mais il leur faut le temps pour confirmer sur la durée et atteindre la notoriété, s’ils la cherchent. EM - Quel regard portez-vous sur les SAE ? MB - Je suis extrêmement content que les salles se soient créées. Cela favorise le développement de la pratique et amène de nouveaux grimpeurs même si seulement une minorité va ensuite en falaise. Cela permet en tout cas de ne plus considérer les grimpeurs comme des marginaux complètement fêlés. Collection Béal EM - Est-ce que vous grimpez encore ? MB - J’ai beaucoup pratiqué, en montagne et en falaise, avec des gens qui ne sont plus là : notamment Éric Escoffier et Yannick Seigneur, avec qui j’avais une grande complicité. Je continue encore ; j’ai un immense plaisir à refaire certaines voies que j’avais faites à l’époque. J’ai un niveau modeste, par contre je veux aller dans des vraies voies ; des relais, de l’engagement, de l’incertitude. J’ai besoin de pouvoir me dire : « là, il faut passer, sinon on est mal ». La moulinette ou les couennes, ce n’est pas pour moi, je n’arrive pas à me motiver ! EM - Cette pratique un peu « à l’ancienne » semble devenir plus marginale aujourd’hui ? MB - Il faut nuancer ce discours sur l’aseptisation : quand on voit des jeunes prendre de gros risques dans des voies difficiles en montagne, il n’y a pas d’aseptisation, bien au contraire ! Si j’avais un petit reproche à formuler, il concernerait seulement l’abandon, trop souvent, de l’esthétique de la ligne au profit de la difficulté sans grâce. J’ai l’impression que le haut niveau ne va plus que dans le très physique, et ça me gène un petit peu. Certains, très forts dans le déversant



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