Escalade Mag n°5 mai/jun 2006
Escalade Mag n°5 mai/jun 2006
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°5 de mai/jun 2006

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Press'Evasion

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 52

  • Taille du fichier PDF : 21,8 Mo

  • Dans ce numéro : direction Patagonie !

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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intervieuw intervieuwnterview 22 OnLFzu vrIF=3,1u 1976 : une année considérée comme l’avènement de l’escalade libre en France. Mais qu’est-ce donc que ce mouvement qui a définitivement marqué notre pratique de la grimpe ? Les commémorations étant habituellement le moment de dresser des bilans, voici un entretien exceptionnel entre notre rédac’chef et Jean-Claude Droyer, principal promoteur du libre en France après avoir été un alpiniste de premier plan. Il revient sur ses 30 dernières années d’escalade, ces 30 premières années d’escalade libre… Florent Wolff – Tu es considéré comme le père de l’escalade libre en France. Comment définirais-tu ce mouvement et quand dateraistu son développement ? Jean-Claude Droyer – Il y a 30 ans, en 1976, j’ai enchaîné mes premières voies entièrement en libre, d’abord au Saussois (L’arête jaune étant le début d’une longue série qui allait aboutir l’année suivante au premier 7a, L’échelle à poissons) et à Safres. Deux voyages marquants ont préparé cet investissement dans la recherche du libre : l’Angleterre en 1973 (Peak district et Pays de Galles) où j’ai découvert la tradition d’escalade naturelle avec le refus de l’usage de pitons, et le Yosemite (USA) en 1976, où les locaux grimpaient déjà des fissures de 7ème degré. En France, on a certes grimpé en libre avant 1976, jusqu’à 5c/6a dans des passages engagés (quelques grimpeurs dans les Dolomites avaient atteint ce niveau avantguerre), mais les sections plus raides et difficiles se franchissaient en escalade artificielle, c’est-à-dire en tirant sur les pitons, parfois avec des points de repos et en s’y reposant systématiquement. Dès 1974, j’étais déjà convaincu que pour faire évoluer l’escalade, il fallait que les choses soient claires : grimper seulement avec les aspérités du rocher sans aucune aide artificielle donnait un vrai sens à l’escalade sportive en même temps qu’une cotation intrinsèque à la voie (avant, la cotation pouvait fluctuer en fonction du nombre de pitons utilisés). Les choses ont mis un peu de temps : l’alpinisme, les rêves de big wall m’occupaient aussi beaucoup et c’est en 1975-76, avec cette démarche systématique, que j’ai introduit en France la notion d’enchaînement en libre de la totalité d’une voie. Presque aussitôt, j’ai réussi et proposé les premiers 6c, un boom à l’époque ! En même temps que je grimpais en libre, je cherchais aussi à diminuer le nombre de points fixes en utilisant les possibilités d’assurage Jean Claude Droyer Interview par Florent Wolf Plus tard, avec la banalisation de l’escalade sportive, les choses ont plutôt évolué différemment, c’est dommage ! Plus tard, avec la banalisation de l'escalade sportive, les choses ont plutôt évolué différemment, c'est dommage ! L FW - Tu as été critiqué pour être radical dans ta promotion de l'escalade libre. Les accusations portaient notamment sur le fait que tu aies retiré des pitons dans des voies existantes... Cette virulence était-elle indispensable au développement du libre ? ] CD - Oui, je le pense parce qu'il y avait alors une vraie résistance au changement : l'escalade traditionnelle et un scepticisme à l'égard du libre étaient ancrés dans les mentalités. En enlevant des pitons dans des passages équipés en tire-clou, je provoquais peutêtre un sentiment de frustration chez certains qui voulaient continuer à faire la voie « comme avant » mais c'était d'abord un moyen efficace de rendre évident le potentiel de progrès offert par le libre. Les choses étaient aussi plus claires : s'il n'y a plus de pitons, il faut passer par les prises ! Et moins de pitons ne voulait pas dire moins de sécurité. J'en profitais toujours pour vérifier les points d'assurage restants, en les scellant au besoin pour que la voie ne devienne pas dangereuse contrairement à ce que certains ont voulu faire croire. FW – Tu as été critiqué pour être radical dans ta promotion de l’escalade libre. Les accusations portaient notamment sur le fait que tu aies retiré des pitons dans des voies existantes… Cette virulence était-elle indispensable au développement du libre ? JCD – Oui, je le pense parce qu’il y avait alors une vraie résistance au changement : l’escalade traditionnelle et un scepticisme à l’égard du libre étaient ancrés dans les mentalités. En enlevant des pitons dans des passages équipés en tire-clou, je provoquais peutêtre un sentiment de frustration chez certains qui voulaient continuer à faire la voie « comme avant » mais c’était d’abord un moyen efficace de rendre évident le potentiel de progrès offert par le libre. Les choses étaient aussi plus claires : s’il n’y a plus de pitons, il faut passer par les prises ! Et moins de pitons ne voulait pas dire moins de sécurité. J’en profitais toujours pour vérifier les points d’assurage restants, en les scellant au besoin pour que la voie ne devienne pas dangereuse contrairement à ce que certains ont voulu faire croire.'accusation de dépitonnage a été enflée par des opposants au libre ou des grimpeurs locaux qui vivaient mal mon activité sur « leurs » falaises. L’accusation de dépitonnage a été enflée par des opposants au libre ou des grimpeurs locaux qui vivaient mal mon activité sur « leurs » falaises. - lu as également ouvert de nouvelles voies ? ] CD - Oui, au Saussois avec La Maestria et d'autres, à Buoux avec Dresden, à Saffres, Surgy... Il y a aussi eu mes déplacements continuels pour visiter les falaises, promouvoir le libre en enchaînant les voies-phares de ces sites. Didier Laisné et Martine Huck furent mes partenaires assidus, ainsi que Gérard Bobin, principalement pour les photos. C'était comme un tour de France des falaises : Eaux- En quête du libre JCD avant son ascension d’Entrez dans la légende (8a), massif du MontC. Neuhauser FW – Tu as également ouvert de nouvelles voies ? JCD – Oui, au Saussois avec La Maestria et d’autres, à Buoux avec Dresden, à Saffres, Surgy… Il y a aussi eu mes déplacements continuels pour visiter les falaises, promouvoir le libre en enchaînant les voies-phares de ces sites. Didier Laisné et Martine Huck furent mes partenaires assidus, ainsi que Gérard Bobin, principalement pour les photos. C’était comme un tour de France des falaises : Eauxcollection J.C. Droyer
-Blanc. Ouverture de La figure de proue (7a), Éléphant, Fontainebleau. P.Mouly FW – Où se situent les évolutions les plus notables de l’escalade libre ces trente dernières années ? JCD – Il y a bien sûr le développement des structures artificielles (SAE) qui ont permis de s’entraîner plus simplement et d’acquérir des aptitudes physiques Claires, Buoux, Martinswand, Verdon et même en Belgique, à Freyr. On rencontrait les grimpeurs locaux pour échanger des idées avec eux et souvent, à notre départ, il y avait des nouvelles voies en libre, des 6c et parfois même les premiers 7a du site. À la fin des années 70, c’était devenu mon mode de vie : du bloc à Bleau, à bonne dose, et bouger en falaise pour faire évoluer la difficulté. C’est parce que les jeunes grimpeurs ont lu mes articles et les chroniques des falaises, qu’ils ont eu envie de s’investir dans cette nouvelle manière de grimper. C'est parce que les jeunes grimpeurs ont lu mes articles et les chroniques des falaises, qu'ils ont eu envie de s'investir dans cette nouvelle manière de grimper. importantes. Hélas, ces SAE ont tendance à développer une façon de grimper qui est rarement dans la logique de l’escalade libre et du goût pour le rocher. Sinon, le développement de la compétition est notable même si celle-ci n’a pas eu le succès qu’on pouvait espérer à l’origine. Je retiens également la recherche, aujourd’hui, de la difficulté pour la difficulté au risque d’évacuer les critères qualitatifs. Nous Le chaos et la nuit (7b+), la Guignoterie à Angles sur l’Anglin. FW – Tu as également beaucoup écrit dans les revues à l’époque : fallait-il populariser à tout prix l’escalade libre ? JCD – La grimpe était alors très fortement rattachée à l’alpinisme, un milieu plutôt conservateur. Les gens grimpaient en falaise pour se préparer à la montagne, où il s’agit avant de tout de « sortir » la voie sans se soucier du style. Pour faire comprendre l’intérêt et le plaisir d’une pratique autonome, il fallait joindre la parole à l’action ! Le libre aurait eu du mal à s’imposer dans la confidentialité. manifestions une volonté de faire progresser la difficulté, mais il y avait aussi la recherche d’une esthétique des mouvements et des lignes, relever les problèmes extraordinaires posés par le rocher. Trop souvent, la difficulté est devenue le seul critère et certains grimpeurs préfèrent une voie moche d’un niveau élevé plutôt qu’une belle ligne et des mouvements magnifiques dans une voie d’un niveau plus modeste. 23



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