Escalade Mag n°21 nov/déc 2008
Escalade Mag n°21 nov/déc 2008
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°21 de nov/déc 2008

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Press'Evasion

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 52

  • Taille du fichier PDF : 17,4 Mo

  • Dans ce numéro : interview Tony Lamiche.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Brève histoire de "Bleau" Première partie : Des Origines à la Deuxième Guerre Mondiale l'origine, il y eut la mer, le sable et le vent. Il y a quelques millions d'années, de l'osmose de ces trois éléments, naquirent dans l'indifférence générale les rochers de Fontainebleau... Néanmoins, il aura fallu attendre la fin du dix-neuvième siècle pour que ces rochers soient inquiétés par une première génération de grimpeurs. Difficile en l'absence de témoins vivants, de fixer une année zéro à la pratique de l'escalade dans la forêt. Dès 1870, on sait qu'un certain écrivain répondant au nom d'Hippolyte Taine « aimait à escalader les rochers comme un gamin » ! Il fallait en effet à l'époque ne pas craindre le ridicule pour se lancer sans retenue à l'assaut des blocs, tant cette pratique pouvait paraître saugrenue aux habituels promeneurs parisiens. Stendhal, lui-même, avait écrit dédaigneusement en 1838 dans Les Mémoires d'un touriste : « Les rochers de Fontainebleau sont ridicules ; ils n'ont pour eux que les exagérations qui les ont mis à la mode. Le parisien qui n'a rien vu se figure, dans son étonnement, qu'une montagne de deux cents pieds de haut fait partie de la grande chaîne des Alpes ». N'en déplaise à Stendhal dont la postérité littéraire semble toutefois mieux assurée que celle d'Hippolyte Taine, c'est en l'occurrence ce dernier qui a eu raison avant 44’antan Texte et photo : Emmanuel Ratouis l'heure. Du reste à cette époque, l'escalade, ou plutôt l'alpinisme, est en train de gagner ses lettres de noblesse, notamment par l'intermédiaire de quelques aristocrates ou riches rentiers britanniques qui se sont mis dans l'idée de parcourir l'Alpe. Naturellement, avec l'accroissement des difficultés alpines envisagées, un entraînement sérieux devient utile, voire nécessaire, durant la morte saison. On se met peu à peu à grimper pour grimper, sans l'alibi d'un sommet. L'escalade cesse progressivement d'être un moyen pour conquérir des sommets, et devient une fin en soi. C'est une petite révolution. Mais revenons-en à la forêt : en 1874, le Club Alpin Français est créé. Lors de randonnées pédestres, ses membres découvrent à leur tour la magie des blocs de grès. Certains tombent sous le charme et ont le déclic : « Ne serait-ce pas là un excellent moyen de se préparer à nos futures courses alpines ? ». Ce sont surtout les jeunes qui accrochent. Vers 1910, plusieurs d'entre eux fondent le Groupe Rochassier. Ils entreprennent alors une exploration quasi systématique de la forêt, afin de repérer les secteurs les plus intéressants. En 1913, le groupe s'agrandit avec l'entrée des frères de Lépiney. Ses membres font encore office de pionniers et éprouvent bien du mal à convaincre les alpinistes parisiens de l'utilité de leur démarche, comme en témoigne ce texte avant-gardiste paru dans un numéro de la montagne en 1913, intitulé « A l'entraînement » et signé Jacques Wehrlin : « Certes ce ne sont point là des aiguilles élevées ; le plus haut bloc ne dépasse pas quinze mètres ; mais le grès est bien lisse et les prises y sont rares ; nulle part, on ne saurait mieux apprendre à grimper à l'aide d'aspérités microscopiques, de vires infiniment petites, de cheminées qui feraient la joie du ramoneur le plus endurci ! ». Ces pionniers qui n'étaient guère plus d'une vingtaine à chaque sortie, grim- 1899, la ligne de chemin de fer Paris-Melun emmène les visiteurs sjusqu’à Barbizon paient en souliers ferrés bardés d'ailes de mouches et de tricounis qui pesaient près de deux kilos chacun. C'est ainsi que fut réalisée la fissure Wehrlin (3) au Cuvier, ce qui nous permet de réaliser à quel point les performances d'hier constituaient bien des exploits, compte tenu des moyens utilisés. Heureusement pour nos rochers, ces chaussures d'acier furent très vite abandonnées au profit d'espadrilles à semelles de corde, infiniment plus légères et plus souples. A cet égard, la première de la fissure de la Prestat, jusque là réputée impossible et réalisée en 1914 par Jacques de Lépiney à l'aide d'espadrilles à tiges montantes, fut déterminante. Prestat qui s'était aventuré à médire sur les chances de succès de Jacques, dut offrir le champagne. Le quatrième degré de difficulté venait d'être franchi. Bien plus tard, l'illustre guide chamoniard Armand Charlet qui manqua de peu la première ascension de la face nord des Grandes Jorasses, ne parvînt à franchir cette fameuse fissure qu'à l'aide de plusieurs coincements de piolet ! Cbague année, au mois de juin, un banquet clôturait la saison d'entraînement. Suivant l'exemple des clubs anglais, les femmes n'y étaient pas admises. On y buvait copieusement et du coup, les chansons paillardes allaient plus facilement bon train. A la fin de la journée, tout le monde se trouvait d'aplombpour s'encorder et arpenter, lanterne et piolet en mains, les rues de Paris. Puis la Première Guerre Mondiale arriva. Elle se chargea avec diligence de mettre un terme à ces joyeuses pérégrinations et sonna le glas du Groupe des Rochassiers. Wehrlin mourut au combat dans les tranchées. En 1919, quelques-uns des plus prestigieux survivants fondèrent le Groupe de Haute Montagne qui devait permettre aux plus motivés de réaliser des courses de très haut niveau dans les Alpes. Le lancement du GHM marqua les débuts révolutionnaires de
l'alpinisme sans guide. Au début des années 30, Pierre Allain rejoignit le groupe. Très vite, il réalisa des prodiges aussi bien à Bleau que dans les Alpes. Ainsi, en 1934, il réussit l'Angle Allain au Rempart, une voie en avance sur son temps (premier 5+ de la forêt). Un an plus tard, dans un tout autre genre, il réussit avec Raymond Leininger la première de la mythique face nord des Drus, jugée jusque là totalement impossible par les guides chamoniards et les meilleurs alpinistes du moment. Cette exceptionnelle réalisation fit grand bruit et donna incontestablement aux yeux des étrangers ses lettres de noblesse à l'escalade bleausarde. Sans la fissure Allain à la face Nord des Drus, qui sait en effet si l'illustre Armand Charlet, et plus tard les Terray et Rébuffat auraient jugé utile le déplacement à Bleau ! cette époque, les voitures n'étaient pas répandues. Les Agrimpeurs utilisaient le train pour se rendre en forêt. C'est pourquoi, sur la soixantaine de sites que compte la forêt, ceux qui étaient proches des gares furent exploités en priorité. Les bivouacs du samedi soir étaient l'occasion de sacrés délires : on n'hésitait pas par exemple à s'en prendre aux scouts qui avaient eu la mauvaise idée d'installer leur campement dans les parages, ou plus souvent aux bandes rivales qui tentaient de dormir dans les bivouacs voisins. On se tendait des pièges mutuellement. On cherchait à se faire peur. Ainsi, André Tournon, s'est plus d'une fois lancé de nuit, en pendule, du haut d'un vieux chêne, vêtu de son sac de couchage blanc et éclairé par les copains dissimulés dans un sous-bois tout en émettant des sons étranges. n ce qui concerne l'évolution du matériel, cette période Efut marquée par quelques avancées importantes : les espadrilles à semelles de corde, qui avaient trop tendance à se charger de sable, furent peu à peu délaissées pour les « Gouick », espadrilles à semelles de caoutchouc vendues par un épicier d'un village du sud de la forêt. Par ailleurs, le célèbre Pof fit son apparition et permit, grâce aux qualités évidentes de la résine, de résoudre bien des problèmes d'adhérence. Il faut toutefois signaler que les plus belles réalisations de l'époque de niveau 5/5+ ne sont pas exclusivement le fruit des progrès du matériel ou du niveau technique des grimpeurs. La taille des prises y est également pour beaucoup. Quasiment toutes les voies étaient travaillées au burin, du « sur mesure » en quelque sorte ! On n'avait pas réalisé à l'époque à quel point ce qui paraissait impossible à un moment « t » pouvait un jour devenir accessible aux meilleurs de l'époque d'après. Il faut dire que le domaine grimpable, encore largement inexploité, paraissait inépuisable. Enfin, tout le monde se connaissant et approuvant cette pratique, le consensus était parfait. Les choses allaient de soi. Pour toutes ces raisons, la taille de prises avait encore de belles années devant elle. Il suffit d'observer le bloc de l'Abattoir et du Carnage pour le constater. Inutile de dire qu'elle es aujourd'hui prohibée ! Retrouvez la suite dans le prochain numéro d’EscaladeMag Abonnez-valus et irecevez cacalarinm chez vous, avant tout le monde ! pour 7 numéros 1 Nom : Prénom : Adresse : Code postal : Tel. : 1 7 1 8 www.escalademag.com www.escalademag.com Ville : emall : - lU ru/UMM Chèque de 20 f à renvoger à l'ordre de ness'Evaslon - ZA du Clayon - 26 230 Valaurle Abonnement en ligne sur www.escalademag.com 1 9 2 0 21



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