Escalade Mag n°20 sep/oct 2008
Escalade Mag n°20 sep/oct 2008
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°20 de sep/oct 2008

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Press'Evasion

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 52

  • Taille du fichier PDF : 24 Mo

  • Dans ce numéro : interview Liv Sansoz.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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ginhold Mesmer est avant tout connu our figurer comme le plus grand himalayiste vivant, le premier à avoir gravi les 14 « 8000 » ou encore l'Everest sans oxygène et en solitaire. Or, avant cela, il fut probablement le meilleur alpiniste de la planète : de 1969 avec la deuxième ascension et première solitaire de la face Nord des Droites, armé d'un poignard à glace style Basic Instinct dans le temps alors extra-terrestre de 8 heures, jusqu'à la face Nord de l'Eiger, expédiée en 1975 en à peine 10 heures avec Peter Habeler, son compagnon d'exploit de l'époque. C'est là où Walter Bonatti voit en lui « l'ultime espoir du grand alpinisme ». Moins connue est sa période « grimpeur » des années soixante. Alors que les américains sont à la pointe tant en bloc qu'en big walls, c'est Messner, suivant les traces du fantasque et génial belge Claudio Barbier, qui va rationaliser et théoriser l'escalade moderne de ce côté de l'Atlantique. Dès sa prime jeunesse, à l'orée des années cinquante, il est initié à la montagne par son père et se retrouve vite encordé à son frère Gunther, qui l'accompagnera souvent jusqu'à la terrible et célèbre tragédie du Nanga Parbat où Gunther disparaîtra dans la descente (à la suite d'une inlassable quête de 35 ans, ses restes ont été retrouvés et formellement identifiés par test ADN très récemment). 44’antan Texte : David Chambre Tony Federico Reinhold Messner Grimpeur avant d'Devenu étudiant à l'université de Padoue (il sera ensuite brièvement professeur de mathématiques), il s'astreint à courir de fortes dénivelées tous les matins, se suspend sur toutes les corniches qu'il peut trouver, enchaîne en solo les mètres dans les écoles d'escalade avoisinantes. A 20 ans, sa liste de courses est déjà incroyablement fournie, particulièrement dans les Dolomites. Ses héros s'appellent Mummery, Paul Preuss, Comici et Bonatti. Leur point commun hormis leur génie vertical : tous ont été des francstireurs à leurs époques respectives, des visionnaires qui ont compris que les limites étaient là pour être transcendées. Bien qu'italien de nationalité, il est L'avant tout tyrolien et germanique de coeur. C'est dans ses Dolomites natales qu'il va, passées les années d'apprentissage, se focaliser sur les notions de compétition, de professionnalisme, de nécessaire reconnaissance sociale des performances et mettre au point de nouvelles méthodes d'entraînement. C'est encore l'époque où le sixième degré représente « la limite des possibilités humaines ». Mais Messner voit déjà poindre un degré supplémentaire, la nécessité « d'ouvrir vers le haut l'échelle des difficultés » et c'est dans son fameux ouvrage Le 7 degré (Ed. Arthaud, 1975) que tout cela va mûrir. Passionnante combinaison de réflexions sur l'évolution de la pratique et de récits de courses, ce livre aura un impact retentissant sur les grimpeurs et alpinistes du monde entier car les concepts énoncés dedans s'appuient sur des performances sur le terrain que personne ne peut contester, ni même égaler à l'époque ! II y décrit notamment son entraînement sur « pan » : une traversée au ras du sol de 80 mètres, qu'il arrive à enchaîner plus de 6 fois, soit près de 500 mè- tres avant de craquer ! Pas grand monde devait s'amuser à cela au milieu des années soixante. Résultat : des répétitions et des premières à gogo, des solos audacieux et une éthique du libre déjà intransigeante : « Dans les premières, je renonce aussi aux pitons de progression, à toute traction artificielle. Quand je ne peux pas continuer sans ces moyens, je suis déjà prêt à renoncer, à laisser le problème ouvert... » Seul contrecoup de cette éthique stricte : le refus absolu des spits, ce qui constitue à l'époque une réponse légitime aux invraisemblables abus des « lignes droites » de l'ère de l'artif à tout prix. Mais au bout de compte ce sera aussi la limitation de sa progression : l'augmentation des difficultés en libre, particulièrement en calcaire, ne pouvant se faire sans un recours aux points à expansion. Messner n'a pas vraiment inventé une nouvelle escalade libre, mais certainement un nouvel alpinisme sportif où sont constamment mises en avant les notions d'engagement et d'aventure. Messner
être alpinis En 1968, toujours accompagné de son frère, il ouvre le Mittelpfeiler sur la Heiligkreuzkofel. Difficile à retenir mais il s'agit pourtant d'une pierre angulaire : la voie comporte un passage obligatoire en 6c actuel, qui ne sera répété qu'en 1979 ! A25 ans, l'été 69 restera celui des grands exbits alpins solitaires (comme une décennie plus tard, l'été 79 sera celui de Patrick Berhault) : la face nord des Droites bien sûr mais aussi de grands solos dolomitiques sur des voies icônes : les mille mètres du dièdre Philipp-Flamm de la face nordouest de la Civetta, la face nord du Sassolungo ou encore l'ouverture de la sortie directe de la voie Vinatzer à la face sud de la Marmolada, qui peut encore rendre nerveux de nos jours les grimpeurs modernes et qui de son point de vue constitue l'apogée de sa carrière de pur « rochassier ». C'est paradoxalement cette forme éblouissante qui va l'éloigner presque à jamais du rocher et de ses Dolomites chéries. Sa réputation grandissante lui vaut d'être invité par le terrible Dr Herrligkoffer à participer à l'expédition sur les 4500 mètres du versant Rupal du Nanga Parbat, la plus grande paroi du Monde. On connaît la suite. La perte de son frère, sa lente renaissance psychologique et les graves gelures subies vont orienter la suite de sa carrière quasi exclusivement vers les plus hauts sommets de la planète. Désormais concentré sur la « zone de la mort », il restera complètement à l'écart de l'explosion de l'escalade en tant qu'activité autonome. Aujourd'hui, r patriarche et presque gouou pour les générations suivantes, nul doute que du haut des remparts de son château du Sud Tyrol natal, il continue d'observer d'un oeil amusé et acerbe les performances des « gymnastes » modernes, désormais aux prises avec le neuvième degré sur des spits jadis abhorrés. Qu'il le veuille ou non, il y est néanmoins pour beaucoup ! i M¯ME EN PROMO, SEUL LE TR˚S BON MATOS PART EN EXPÉ⁄ Photo : Fred sur la dernière longueur avant le sommet à 6700 m du Gamesh Himal V, Bourse Expé 2007. Photo Julien Dusserre



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