Escalade Mag n°2 nov/déc 2005
Escalade Mag n°2 nov/déc 2005
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°2 de nov/déc 2005

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Press'Evasion

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 48

  • Taille du fichier PDF : 7,8 Mo

  • Dans ce numéro : au pays du grés rose.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 20 - 21  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
20 21
LEGRAND François Alors qu’en 1970 le premier 7a de l’histoire était réalisé aux USA, de l’autre coté de l’atlantique, le petit François venait au monde. N’était-ce pas là un signe des grands astres de l’escalade sportive ? D’ailleurs, il passera pas mal de temps en Amérique pour y faire fumer son carnet de croix. Grenoblois depuis plusieurs générations, avec un grand-père et un père guides de haute montagne, pas très étonnant de le voir en baudrier à 3 ans au Col des Grands Montets. Depuis il n’a pas cessé de grimper. Quintuple vainqueur de la coupe du monde (en 1990, 91, 92, 93 et 97) mais aussi triple champion du monde (en 91, 93 et 95). Avec ce palmarès il est certainement un des sportifs français les plus médaillé au niveau mondial. Il y a de quoi se poser des questions ! Te dopais-tu François ? Non évidemment ! Simplement une motivation à faire reculer une armée de trolls, de l’abnégation à faire pâlir un régiment de mormons, beaucoup de technique et une lecture de voie à démoraliser ses adversaires. 20 AliasThe Big Par Cathy Jolibert Photos : Laurent Aublette Alors, quand on est resté si longtemps au top, comment voit-on sa carrière avec un peu de recul ?
Alias The Big LEGRAND François Cathy : Te souviens-tu de tes débuts en escalade ? François : Le déclic s’est produit au lycée à Grenoble, dans les années 85 à 88. La pratique devenait régulière : 3 fois par semaine. Les premiers potes avec qui je grimpais à l’époque étaient : Graou, YannGhesquiers et Vincent Albrand. En cours, je passais mon temps à faire des dessins de voies avec toutes les prises numérotées et les méthodes. Je mémorisais tous les mouvements et cela m’a servi après ! Cela avait fait des émules : Les copains me demandaient de leur faire des plans avec les méthodes. Cathy : Quel a été le déclic pour te lancer dans cette discipline ? François : En fait, c’était devenu difficile pour moi de combiner études et temps d’escalade et au niveau familial aussi cela posait certains problèmes. Dommage qu’à l’époque, il n’y ait pas eu de structures formatives comme les CREPS pour combiner scolarité et escalade. A 18ans, quand j’ai senti que ça ne pouvait plus durer, je suis parti dans le sud, à Buoux, avec un copain pour grimper. Cathy : Tu vivais de quoi ? François : De maigres économies que l’on avait faites avant de partir, on dormait dans la voiture mais l’essentiel était là : on pouvait grimper à fond... C’était très difficile, à un tel point que le copain est reparti. Faut dire que l’on avait mal calculé notre coup puisque l’on est arrivé à Buoux en hiver... Cathy : T’intéressais-tu déjà à la compétition et aux compétiteurs ? François : Bien sûr, on lisait les magazines et on était fan de : Patrick Edlinger, Antoine et Marc Le Menestrel, JB Tribout qui s’exprimait sur des points intéressants. Didier Raboutou était très impressionnant, il y avait aussi les étrangers comme Jerry Moffat, Stephan Glovaks et bien sûr, celles qui me faisaient rêver : Catherine Destivelle et la belle Isabelle Patissier, soupirs... Cathy : Quel a été le déclic pour la compét ? François : J’avais été champion de France Junior, je me suis incrusté aux championnats de France Seniors. J’avais vachement envie de voir tout ce monde. C’était les premiers championnats de France de l’histoire, en Avignon. J’ai passé les tours et me suis retrouvé en finale, le truc de fou ! En finale, je grimpe super bien et j’ai failli gagné mais Jacky Godoffe a eu droit à un deuxième essai parce que soit disant, la prise avait tourné ! Cathy : T’as encore les boules ? François : Oh non, rires... de toute façon j’étais content d’être là avec tous ces gens qui me faisaient rêver ! Aussi, cela m’a fait connaître et m’a mis la pression pour faire d’autres compétitions alors que je n’en avais pas forcément envie. En plus, les sponsors m’avaient repéré et m’ont clairement poussé dans ce sens. Cathy : Et en compet’ ? François : J’étais pas très investi mais je me débrouillais pas trop mal surtout parce que j’introduisais un style de grimpe différent. On avait un temps imparti pour faire une voie et contrairement aux autres compétiteurs, je passais la majorité du temps en bas à lire la voie, déchiffrer les méthodes alors du coup je grimpais plus rapidement. Après, il y eu une période où tous les compétiteurs regardaient et discutaient des méthodes en même temps, je trouvais cela moins personnel Cathy : Tu n’étais pas à l’aise ? François : Disons que vu mes qualités cela me convenait moins. Car en échangeant des méthodes, ceux qui avaient peu confiance en eux au niveau lecture de voie, en gagnaient et ceux comme moi qui avaient plus confiance, en perdaient ! Cathy : À une année 89 difficile a succédé une année faste car tu as gagné ta première coupe du monde, comment t’es-tu organisé pour y arriver ? François : J’ai rencontré Yuji Hirayama en 89, on est devenu potes lors d’une compet à Nuremberg (qu’il avait gagné d’ailleurs). C’est à ce moment là que l’on a décidé de prendre un appart ensemble, à Aix. On a construit un mur d’escalade sur lequel on s’entraînait après avoir fait une journée de grimpe en falaise ! On était tout le temps fracassés car on grimpait à bloc donc les premières compet’ne furent pas très fructueuses. Par contre, durant l’été 90, on a surcompensé d’un coup et on est passé du grade d’espoir à celui de 1er et 5ème en coupe du monde puis 1er et 2ème en championnat du monde ! Cathy : Tu as fait de la compet de 1988 à 2003 avec un palmarès étonnant. Quelle est la formule pour rester au top ? François : Bon déjà, tu n’es pas tout le temps au top, il y a les contres performances, les blessures, les injustices en compétitions, le jugement de certaines personnes quand tu es sur le devant de la scène qui t’encenses par devant, te critiques par derrière. Quand tu réalises, ça fait mal. Mais ce qui est plus fort que tout c’est vraiment la passion. Cathy : Et en dehors des compets, étais-tu entouré ? Avaistu besoin des autres pour être stimulé ? François : Je n’avais pas d’entraîneur. Par contre, je pense avoir appris beaucoup grâce aux relations que j’ai pu avoir avec certains de mes compagnons de cordée. C’est important car tu échanges des choses sur une voie, tu tapes des essais et trouves des méthodes. Ensuite, le plus important c’est vraiment d’avoir des objectifs, des projets, que ce soit en falaise, en bloc, en voyage ou en entraînement. Si tu n’as pas d’objectif, tu tournes en rond, tu n’avances pas.Enfin, et j’en ai discuté avec d’autres sportifs, je dirais que l’entourage était limité, il existe une sorte de solitude du champion lié au fait que les gens deviennent malgré eux jaloux et s’éloignent. Cathy : Comme tu gagnais tout, tu étais devenu, en quelque sorte, l’homme à abattre. T’es-tu de ce fait senti rejeté par les autres grimpeurs ? François : Oui, certains l’affichaient clairement. Cela ne m’a pas vraiment dérangé car je trouvais cela assez stupide. Ce n’était vraiment pas une bonne façon de faire de la compétition. L’escalade est un sport individuel sans confrontation directe avec les athlètes ni de combat psychologique entre les gens. C’est toi qui te confrontes avec ton objectif. Cathy : Aujourd’hui avec du recul, tu modifierais ton comportement de façon à paraître moins inébranlable ? François : Certainement, car par rapport à cette jalousie, je ne me suis jamais exprimé franchement. De plus on évolue aussi avec l’âge et ces gens ont changé aussi en vieillissant, d’ailleurs ces mêmes personnes, aujourd’hui je les adore alors que je trouvais que c’étaient des petits cons à l’époque mon rêve : faire un 8a à Bleau, ça c’est quelque chose de mythique.. on dormait dans la voiture mais l’essentiel était là : on pouvait grimper à fond... 21,



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :