Escalade Mag n°18 mai/jun 2008
Escalade Mag n°18 mai/jun 2008
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°18 de mai/jun 2008

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Press'Evasion

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 52

  • Taille du fichier PDF : 23,3 Mo

  • Dans ce numéro : interview de Josune Bereziartu et Rikardo Otegui.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Propos recueillis par Laurence Guyon — Photos : Laurent de Senarclens et Rikardo Otegui Rikardo etJosune i1 Ordesa. Double mixte ? Josune KIRrde Après Arnaud Petit et Stéphanie Bodet dans EM 17, c'est Josune Bereziartu et Rikardo Otegui qui se sont prêtés au jeu de l'interview croisée. Rencontre avec un couple de grimpeurs basques au carnet de croix bien rempli et à la motivation indestructible I 22nterview En quoi votre rencontre a t-elle modifié la vision que vous aviez de l'escalade ? Josune : Depuis mes débuts, j'ai toujours cherché à grimper avec des copains en qui j'avais confiance. Quand nous avons commencé à grimper ensemble avec Rikar, ça s'est fait assez naturellement. C'est quelqu'un de très spécial pour moi, mais l'esprit de l'escalade reste le même. Ce qu'il m'a apporté en fait, c'est comment aller plus loin en escalade. Au début de notre relation, dans les années 90, il essayait des voies en 8b+ et c'étaient des voies d'un niveau bien supérieur à mon niveau alors. Nous allions là où il avait des projets et moi, j'allais en moulinette dans les voies qu'il tentait, sans avoir aucune chance d'enchaîner. C'est comme ça que j'ai commencé à essayer des voies dures.
Rikar : Je suis plus âgé que Josune. Je grimpe depuis plus longtemps et avec mes copains, on a très vite commencé à regarder ce qui se faisait en France, à réfléchir sérieusement sur comment atteindre le haut niveau. Quand on s'est rencontré avec Josune, j'avais déjà mes habitudes, ma vision de l'escalade et de l'entraînement. Mais peu de temps après, son niveau a explosé, elle pouvait essayer toutes les voies dures et les faire rapidement. Josune a cette obsession en escalade : être la plus régulière possible dans tous les registres de l'escalade (toit, dévers, trous, réglettes...) quelle que soit la falaise. Et ça m'a fait évoluer car je me cantonnais beaucoup dans mon style de prédilection : des voies de continuité, très déversantes, type Rodellar. Sa vision m'a ouvert l'esprit sur autre chose et c'était chouette. J'ai compris que je pouvais aussi développer mes points faibles et faire d'autre type de voies. Est-ce que vous grimper toujours ensemble ? J : On essaie, mais ce n'est pas toujours possible. Quand on voyage, bien sûr, on grimpe tous les deux mais à la maison, pas nécessairement. Parfois on est en synergie quand on essaie la même voie. Mais ça dépend. On a des qualités tellement différentes, à commencer par la façon d'utiliser les prises (Rikar aime le tendu, je prends tout en arqué ; il aime les voies de conti très très longues et très déversantes, moi je préfère des voies en léger dévers, de longueur moyenne...). On est un couple, mais on a des tensions, comme tout le monde. Quand on est concentré sur un projet en falaise, on essaie de faire abstraction de ça, ce qui n'est pas toujours simple ! R : Oui, je ressens les choses comme le dit Josune. Simplement moi, je ne suis pas un grimpeur pro, donc c'est un peu différent. Je ne suis pas obligé de faire des photos à chaque croix, ou à répondre à des interviews ; -) Cela me donne plus de liberté, celle du grimpeur « amateur ». Comment vous organisez-vous en grande voie ? J : Si la voie que nous faisons est homogène, nous grimpons en réversible. En revanche, si les longueurs sont de difficulté très inégale, avec des longueurs dures, nous essayons d'enchaîner tous les deux en tête les longueurs clefs. Ça dépend vraiment des caractéristiques de la voie. R : Les grandes voies, c'est réellement appréciable car on grimpe ensemble et on partage les mêmes sensations dans une même voie, on s'investit pour sortir et c'est vraiment spécial ! Plus qu'en falaise, on ressent la tension implicite de l'activité. Surtout, quand il faut placer le matériel. C'est un peu l'aventure et c'est bien de vivre ça ensemble. Josune dans El Ojo Crilico (8a) Rikardo dans Yeah Man (8b+). On est un coupler mais on a des tensions, comme tout le monde. Quand on est concentré sur un projet en falaise, on essaie de faire abstraction de ça, ce qui n'est pas toujours Mule Vous considérez-vous plus comme une cordée ou comme deux grimpeurs vivant ensemble et ayant chacun ses propres objectifs ? J : Le plus important, c'est d'avoir du plaisir à grimper ensemble. La notion de cordée est un peu désuète aujourd'hui, mais je suis d'accord avec toi sur le fait que la scène actuelle est assez individualiste, compétitive et égoïste. Si quelqu'un veut atteindre le haut niveau, il doit penser spécifiquement à lui, s'entraîner, évoluer dans sa propre direction. C'est pour cela que j'aime les grandes voies où l'esprit de cordée est plus fort et où l'on va tous deux dans la même direction. R : C'est vrai qu'aujourd'hui l'escalade est un peu le reflet de la société, plus individualiste que par le passé. Mais les choses vont sans doute évoluer vers plus de maturité. Josune et moi, quand nous partons faire une grande voie, nous prenons la décision ensemble et si l'un d'entre nous n'en a pas envie, on laisse tomber. Alors qu'en falaise, chacun est sur son projet, et c'est souvent une ligne différente l Quelle est votre plus belle réalisation et quel rôle a joué votre relation dans sa concrétisation ? J : Notre relation joue souvent un grand rôle dans la concrétisation des voies que je travaille. Mais évidemment parfois, il y a aussi des moments où c'est une personne extérieure ou juste un copain qui apporte son soutien. Je me sou- viens qu'à l'époque où j'ai fart de la compétition et où j'étais déçue par mes résultats, c'est mon ami PedroPons qui a eu les mots justes en me faisant comprendre que la compétition ne m'apportait rien. Ça m'a permis de prendre conscience que mon désir profond était de faire des voies dures dehors. Je me souviens que les moments les plus difficiles ont été à l'époque où je travaillais mon premier 8c, il y a tout juste 10 ans, en avril 98. Si j'enchaînais, je devenais la première fille au monde à réaliser une voie de cette difficulté. Les gens autour de moi me mettaient la pression avec celte idée et je ne parvenais pas à m'enlever ces choses de la tète. Puis j'ai commencé à me voir comme un grimpeur en général, et pas comme une « fille » grimpeuse, qui pouvait peut-être faire Honky Tonky. Ça a été une grande expérience pour moi. R : Je me souviens de mon premier 9a à la grotte de Batzola, comme la voie la plus dure que j'ai faite et je me souviens surtout que Josune m'a beaucoup aidé à ce moment-là. En particulier, quand je tombais toujours au même mouvement et que le doute a commencé à germer... Dans votre approche de l'escalade, ôtes-vous dans une démarche totalement maîtrisée ou laissez-vous la place à l'improvisation ? J : J'aime contrôler les choses et de plus en plus, mais vivre avec Rikar, ça veut dire aussi 23



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