Escalade Mag n°15 jan/fév 2008
Escalade Mag n°15 jan/fév 2008
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°15 de jan/fév 2008

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Press'Evasion

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 52

  • Taille du fichier PDF : 15,9 Mo

  • Dans ce numéro : bloc en Corse.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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HOLLOWAY le chemin de l'ombre FORCE MALADE, , quartier résidentiel de 199 Li Boulder, ville de 100 000 âmes au coeur du Colorado. Icône vivante de l'escalade de bloc, John Gill rend visite à un ancien grimpeur dont la vie a basculé depuis un grave accident de vélo. Les opérations doublées d'interminables séjours à l'hôpital l'ont ruiné, nous rappelant que dans ce pays, fortunes et misères se succèdent insolemment. À 38 ans, l'ami de Gill n'avait pas eu d'autres choix que de retour- Jim Holloway dans un bloc à Pueblo, Colorado. 44’antan Texte : Florent Wolff – Photos : Andy Mannet collection Jim Holloway ner habiter chez sa mère. Aujourd'hui, il ne sent plus ses pieds, les nerfs de ses jambes sont morts : les chirurgiens n'ont d'ailleurs pas pris la peine de l'anesthésier pour lui poser 70 broches lors de sa dernière opéra- tion. Son esprit voudrait grimper, mais le corps ne suit plus. On pense à Beethoven, devenant sourd, incapable de composer un nouveau concerto. Douloureuse frustration que celle de l'implacable inaction. Ainsi va la vie de Jim Holloway : talentueux, talent tué. JOHN & JIM john Gill se rappelle sa première rencontre avec _lie) en 1972, à Pueblo, à l'est des Rocheuses. Féru de mathématique comme John, Bob Williams lui présente ce grand gaillard de 18 ans, qui grimpe depuis 2 ans. Sur les anneaux fixés devant la maison, s'improvise une séance de « planche » (2), un exercice où John entretient une solide réputation. Le mètre quatre-vingt-treize de Jim reste parfaitement droit pendant 30 secondes, soit 20 de mieux que John, lui qui était persuadé que cet exercice était plus favorable aux petites tailles ! Jim avoue qu'en plus de pratiquer l'escalade, il lui arrive de faire quelques exercices de gymnastique... Mais contrairement à ce que l'on a pu lire ici ou là(3), il n'a jamais eu de poutre et n'est pas le précurseur du Campus Board. Tout au plus pouvait-on l'apercevoir faire du « buildering » (« bouldering on building ») sur des immeubles de Boulder, ville au nom prédestiné. Aujourd'hui, il affirme que « si nous avions eu des structures d'escalade indoor, peut-être que nous n'aurions pas été aussi motivé à grimper dehors le moment venu ». Assez dubitatif face aux évolutions de l'escalade, il n'hésite également pas à critiquer la pratique de la parade » : « ça me rendrait fou qu'une personne ait tout le temps ses mains derrière mon dos quand je grimpe. Tu serres bien plus les prises quand personne n'est là pour te rattraper. » Jim Holloway, aujourd’hui. Jim Holloway sur le mur « Cloud Shadow » (Flagstaff Mountain). SEUL À L'AVANT-GARDE On l'aura compris : Jim est un pur et dur dont le style « aussi élégant qu'un gymnaste russe(5) » impressionne. Pourtant franchement avare en louanges, John Bachar a dit de lui qu'il n'avait jamais vu quelqu'un grimper aussi élégamment. Un talent d'Achille flanqué d'un humour décalé. Ainsi, Jim Michael, le plus fidèle partenaire d'Holloway se souvient d'un étrange rituel : lorsqu'il allait grimper avec quelqu'un qui lui semblait trop impatient, Holloway s'arrêtait au bord d'un lac pour y jeter des pierres. Curieuse pratique visant à rappeler au bouillonnant béotien que l'escalade est avant tout affaire d'amitié, en communion avec la nature. Jim ne se privait d'ailleurs pas de nuancer sa passion en répétant : « ne prenez pas l'escalade trop au sérieux, vous deviendrez son esclave ». Jim Holloway est aussi connu pour être un grimpeur solitaire, capable de s'acharner un mois entier sur un même passage. Ainsi, en 1976/77, il n'hésita pas à passer plus de 20 jours dans Slapshot, un bloc encore non répété aujourd'hui, peut-être à cause de la « marginalité » de ses prises : « si tu collais une pièce de 25 cents dans le mur de Slapshot, ce serait vraiment une bonne prise ! ». Puis Jim rajoute que ce problème reste moins exigeant, notamment sur le plan technique, que Meathook, autre bloc non répété...
J'entends déjà : « Jim n'était-il pas aidé par sa grande taille ? ». Non. Ceux qui ont essayé ces passages ont indiqué qu'ils n'étaient pas « morpho ». Sans vouloir paraphraser Pernod (Jean-Pierre, pas Ricard), une autre question nous brûle naturellement les lèvres : « combien ça cote ? ». Holloway ne se retrouvait pas trop dans les alphabets en vigueur, pas plus dans les « B » de John Gille que dans les « V » de John Shermann. Revendiquant le fait que la difficulté d'un bloc ne soit jamais qu'une perception ressentie, il évaluait selon trois mesures, vo- Cameron Cross travaille les mouvements de Meathook Horsetooth Resevior. lontairement vaporeuses : « easy », « medium » et « hard ». Position « fourre-tout » qui ne manque pas de nous rappeler celle d'un Sharma (« V Sharma ») ou d'un Laurence (« ça passe » vs « ça passe pas »). Mais puisqu'il faut aujourd'hui se plier devant l'oukase du chiffre, certains problèmes de Jim sont estimés entre 8a+ et 8b (bloc !). Soit 10 ans avant le premier 8ae de Bleau, et presque 20 avant le premier 8W « Précurseur » : pour une fois, on emploiera ce mot sans retenue. SÉDENTAIRE Cette capacité à travailler sans relâche un passage extrême se complétait d'un relatif immobilisme. Loin des Phileas Fogg de l'escalade actuelle, domptés à la doxa du nomadisme, Jim quittait rarement les montagnes de Flagstaff. Une sédentarité qui ne l'empêchait toutefois pas de marcher longuement pour découvrir de nouveaux blocs. S'il n'a effectué qu'un seul séjour en dehors du Colorado (dans le Midwest("), avec John Gill et Jim Michael), il lui arrivait toutefois de partir pour la journée à Vedauwoo (au sud du Wyoming). Il faut rappeler que le rocher n'est pas une denrée rare dans les Flagstaff Mountain, une région où Corwin Simmons, Ray Northcutt et Bob Culp écrirent d'ailleurs les premières pages de l'histoire du bloc états-unien au début des années 50. ON RÉPÈTE net automne, après de dures V.../journées de travail dans une pizzeria de Boulder, Carlos Travesti avait pris l'habitude d'essayer Trice("), le dernier des « Big Three » d'Holloway avec Slapshot et Meathook. Mi-novembre, après une dizaine de jour de travail, Carlos et Jamie Emerson ont pu enfin accrocher les premières répétitions de ce bloc, en utilisant les mêmes prises de main que Jim Holloway, il y a 32 ans... Jamie estime qu'« à Hueco, ce bloc pourrait être côté 8b. » Très heureux de voir un de ses blocs enfin répété, Jim souligne néanmoins les Big Three ne sont pas ses blocs les plus durs, juste ceux que l'on a bien voulu retenir. L'histoire se montre décidément bien sélective avec Jim Holloway. Merci à Andy MannetJacky Gode pour leur aide.'(1)Jim croit avoir rencontré John Gillavant cette date, sur les blocs de Flagstaff Mountain, mais Gill (s'il s'agissait bien de lui) l'aurait ignoré et n'aurait ainsi pas pu confirmer (ou infirmer) sa propre identité. (2)Une planche est une figure de gymnastique où, accroché par les mains, le corps doit se tendre à l'horizontal. (3)Notamment sa notice biographique sur Wikipedia qui affirme que, pour certains de ses blocs, il a suivi un entraînement spécifique à l'image de Güllich pour Action directe. (4)Jusqu'aux années 80, la parade, y compris à Fontainebleau, était très peu répandue. L'usage du crash pad a systématisé le recours à la parade, au milieu des années 90. (5)John Gill, « Holloway's way », p.85, Climbing août 2007. (6)John Gill proposa trois niveaux (sans compter les niveaux intermédiaires, + et -) : de B1 à B3. Un B3 étant automatiquement requalifié en B2 voir B1 dès la première répétition du bloc, Gill proposa ensuite une variante « E » suivi d'un chiffre correspondant au nombre d'ascensions du problème. (7)John Sherman a développé l'échelle de cotation V (en référence à son surnom Wenn », diminutif de « Vermine ») à HuecoTanks, au Texas. Pour l'anecdote, Holloway croit que Sherman a cassé une prise dans Slapshot, et en aurait recollé une « deux fois plus grosse » que l'originale. (8)Le premier 8a de Bleau, C'était demain, fut ouvert par Jacky Godoffe en 1984. (9)Le premier 8b de Bleau est Fat Man, toujours ouvert par Jacky Godoffe au Cuvier Rempart, en 1993. (10)Jim a notamment grimpé à Taylor Falls (Minnesota) et Dixon Springs (Illinois). Le Midwest désigne également les États suivants : Wisconsin, Indiana, Ohio, Michigan, Kentucky et Indiana. (11)L'autre nom de Trice est A.H.R. (Another Holloway Route). Jamie Emerson effectue la deuxième ascension de Trice (Flagstaff Mountain), 32 ans après. 45



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