Escalade Mag n°12 mai 2007
Escalade Mag n°12 mai 2007
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°12 de mai 2007

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Press'Evasion

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 52

  • Taille du fichier PDF : 9 Mo

  • Dans ce numéro : les gorges de l'Aveyron.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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’antan Texte : David Chambre Emilio Comici, Emilio Comici, portrait d’un artiste en grimpeur portrait d'un artiste en grimpeur L’été 1940 touche enfin à sa fin dans ce charmant vallon des Dolomites de Selva di Val Gardena. Au pied, étendu parmi les pins, comme endormi dans les herbes, Emilio Comici, 39 ans, s’est posé pour l’éternité. Quelques instants auparavant, afin de permettre à une jeune fille de découvrir l’escalade, il a rabouté trois vieilles cordelettes de rappel pour confectionner une corde improvisée. Celle-ci ne résistera pas à son poids lorsqu’il se pendra dessus 50 mètres plus haut… Une mort à l’italienne, stupide, de dandy un peu dragueur, à l’opposée de la modestie et de l’intégrité du probable plus grand grimpeur de l’histoire, superlatif souvent galvaudé mais ici justifié. Ayant découvert l’alpinisme sur le tard, il aura été le premier à intégrer en escalade la dimension esthétique, le souci du beau geste. Emilio Comici naît avec le siècle en 1901, non pas en montagne, mais à Trieste sur les bords de l’Adriatique. Très Dessin original et visionnaire de Comici imaginant un « Rocodrome », mur d’escalade bien avant l’heure. 44 tôt, il cultive ses dons intellectuels et toute sa courte vie durant va transposer ses goûts musicaux et poétiques à l’escalade, tentant de donner à cette dernière une dimension proprement artistique, s’inspirant même de la danse pour sa gestuelle. Ce n’est pourtant qu’à 24 ans qu’il découvre réellement la montagne et l’application possible sur le rocher de ses prédispositions sportives et athlétiques. Délaissant sa passion précédente, la spéléologie (où il détint en 1926 un record mondial de profondeur), il profite de la proximité des Dolomites pour pousser ses nouvelles limites. Ses progrès sont rapides puisque dès 1929, il ouvre la première voie italienne de sixième degré, ce dernier définissant officiellement alors les limites des possibilités humaines. En mai 1931, il signe en deux jours épiques la première ascension des austères et dangereux 1500 mètres de la face nord de la Civetta, un autre sixième degré qui attendra des décennies avant d’être répété ! À cette époque, Comici quitte son travail et devient guide à Misurina, mais il est rapidement mis à l’écart par les autres guides « traditionnels » qui le considèrent comme un extraterrestre à tous points de vue... Éditions Hoepli Éditions Hoepli Entraînement volontaire et très audacieux à la chute ! Entraînement volontaire et très audacieux à le chute ! Il imagine aussi déjà ce que pourrait être un Il imagine aussi déjà ce que pourrait être un rocher d'entraînement spécialement dédié à l'escalade et qu'il baptise « Rocodrome ». En témoigne son dessin quasi humoristique ; il ne s'agit ni plus ni moins que la vision de nos futurs murs d'escalade. Août 1933 : accompagné des frères Dimai, il entre dans le cercle des très grands avec la convoitée première de la face nord de la Cima Grande di Lavaredo au coeur des célèbres Tre Cime. Cette voie mythique, qui impose encore le respect aujourd'hui, traduit bien les préoccupations éthiques et esthétiques de Comici. Ce n'est pas le sommet ou la première qui importent à tout prix mais bien les moyens mis en oeuvre (un minimum de pitons et d'escalade artificielle) pour y parvenir et surtout la trace qui sera laissée qui se doit d'être aussi idéale et directe « que la goutte d'eau qui tombe du sommet ». rocher d’entraînement spécialement dédié à l’escalade et qu’il baptise « Rocodrome ». En témoigne son dessin quasi humoristique ; il ne s’agit ni plus ni moins que la vision de nos futurs murs d’escalade. Août 1933 : accompagné des frères Dimai, il entre dans le cercle des très grands avec la convoitée première de la face nord de la Cima Grande di Lavaredo au cœur des célèbres Tre Cime. Cette voie mythique, qui impose encore le respect aujourd’hui, traduit bien les préoccupations éthiques et esthétiques de Comici. Ce n’est pas le sommet ou la première qui importent à tout prix mais bien les moyens mis en œuvre (un minimum de pitons et d’escalade artificielle) pour y parvenir et surtout la trace qui sera laissée qui se doit d’être aussi idéale et directe « que la goutte d’eau qui tombe du sommet ». Quatre ans plus tard, il retourne suruatre ans plus tard, il retourne sur cette paroi, dans « sa » voie mais en s'y presentant seul. 3h30 et 500 mètres plus tard, il débouche au sommet. 70 ans plus tard, que dire de cet exploit lunaire ? Qu'il se situait des décennies en avance sur son temps ? On songe à Paul Preuss, le père spirituel, à HermannBuhl au Nanga Parbat, cette paroi, dans « sa » voie mais en s’y présentant seul. 3h30 et 500 mètres plus tard, il débouche au sommet. 70 ans plus tard, que dire de cet exploit lunaire ? Qu’il se situait des décennies en avance sur son temps ? On songe à Paul Preuss, le père spirituel, à HermannBuhl au Nanga Parbat,
à Reinhold Messner réalisant en 1968 la première solo et deuxième ascension de la face nord des Droites, ou bien sûr à Claudio Barbier et son enchaînement des Tre Cime (1) qui était en quelque sorte un hommage à « l’Ange des Dolomites ». La rupture mentale et technique par rapport à ce qui se fait à l’époque est telle que peu de personnes en saisissent alors la portée. Il est aussi le premier à initier la notion d’enchaînement solitaire. La même année 1937, au Campanile Basso, rendu célèbre par la première ascension solitaire de Paul Preuss, il avale les 350 mètres de la voie Ferhman en 1h15, un chrono toujours d’actualité. Puis enchaîne par la voie Preuss en une demi-heure, initiant même une nouvelle sortie directe et redescend par le même itinéraire en désescalade et solo intégral ! Il faut voir ces photos hallucinantes des années 30 où, sans baudrier, simplement armé de pitons acier, d’espadrilles et d’une corde en chanvre à la taille, Comici pousse le plus loin possible le jeu de l’escalade libre. Il suffit pour cela de feuilleter l’extraordinaire biographie illustrée que lui consacra son ami et compagnon de cordée Severino Casara (2). Le plus frappant dans ces photos d’époque, c’est leur intemporalité : les gestes, les expressions, les muscles sont exactement les mêmes que ceux que nous voyons aujourd’hui en falaise. Il s’assure peu, utilise le minimum de points d’aide, développe toute la gestuelle moderne du grimpeur de falaise, allant même jusqu’à s’entraîner à prendre des chutes volontaires. Et ceci à une époque où le credo de tout bon grimpeur est avant toute chose de ne pas tomber, ce qui le marginalise encore plus aux yeux des traditionalistes ! Petit et léger, il possédait la morphologie du grimpeur moderne. Charismatique et avant-gardiste comme seul aujourd’hui un Chris Sharma peut l’être, nul doute qu’embarqué dans la machine à voyager dans le temps et propulsé en 2007, il naviguerait dans le 8c et au-delà. Peu attiré par les grandes parois alpines, il restera en retrait de la compétition pour la conquête des faces nord du Cervin, des Grandes Jorasses et de l’Eiger. Dommage ! Il découvre par contre de nouveaux horizons verticaux exotiques lors de voyages en Egypte, en Espagne, en Croatie ou en Grèce. Si Comici est devenu une légende, nul doute aussi qu’il le doit à sa disparition précoce. Rien ne marque autant les esprits qu’une étoile filante. C’est le privilège de ne pas vieillir, on ne conserve de ces « visiteurs » qu’une image jeune et magnifiée. En peu d’années, à peine plus d’une décade, Comici aura accumulé les exploits comme s’il pressentait que son temps était compté. Aujourd’hui plus que jamais, son étoile brille au firmament et devrait tous nous inspirer pour ajouter aux chiffres des performances une légère touche d’élégance ! (1) Voir la rubrique D’antan d’EscaladeMag n°10. (2) « L’Arte di arrampicare di Emilio Comici » par Severino Casara, Editions Hoepli, 1947. Éditions Hoepli Comici en septembre 1934 au sommet du Cadin di Misurina. Confort et performance Secoiele fse,e l'ij-y j Nouveau ! Chaussons STREAM Velcro Les champions Tomas Mrazek, Salavat Rakhmetov… grimpent avec Rock Pillars ! ! Pieds nus : l’instinct nature… Avec FiveFingers by VIBRAM, retrouvez l’instinct naturel d’être pieds nus. Bougez, courrez, dansez, jouez, escaladez…. avec une protection tout en ayant la sensation d’être pieds nus… plus d’infos sur www.fivefingers.fr À découvrir… Nouveau ! …chez Lizard : une gamme complète de sandales et chaussures pour toutes vos activités « Outdoor ». LIZARD, FIVEFINGERS et ROCK PILLARS sont des marques distribuées en France par : distribution ALP Distribution sarlBP 13 - 38680 AUBERIVES Tél. 04.76.36.05.76 www.alp-distribution.fr



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