Époque Times Montréal n°365 30 sep 2013
Époque Times Montréal n°365 30 sep 2013
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°365 de 30 sep 2013

  • Périodicité : bimensuel

  • Editeur : La Grande Époque Inc.

  • Format : (279 x 559) mm

  • Nombre de pages : 12

  • Taille du fichier PDF : 2,5 Mo

  • Dans ce numéro : Denis Coderre, politicien aguerri.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 6 - 7  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
6 7
6 International Bo Xilai condamné à la prison à vie Matthew Robertson Époque Times Bo Xilai, qui – de mémoire récente – est le politicien le plus important du Parti communiste chinois à avoir été purgé dans le cadre d’une lutte politique, a été condamné à la prison à vie le 21 septembre. Ses droits politiques lui ont été retirés et tous ses biens personnels seront également confisqués. La peine a été prononcée par la Cour populaire intermédiaire de Jinan et diffusée par le biais du compte Weibo (le Twitter chinois) de l’institution, à la fin d’une décision de neuf pages expliquant les détails de la poursuite contre Bo et reposant sur les crimes de « subornation, corruption et abus de pouvoir ». Le procès de Bo Xilai et les événements extraordinaires qui ont mené au procès ont été suivis de près par les observateurs de la Chine durant la dernière année. Le cas de Bo était extrêmement important pour le système politique chinois en raison du danger qu’il représentait pour la direction centrale. L’annonce du jugement de Bo Xilai le 22 septembre a été précédée d’un niveau intense de spéculations, de discussions et de suspense. La seule et unique source d’information concernant ce procès était le compte Weibo de la Cour populaire intermédiaire de Jinan, la capitale de la province du Shandong. Weibo est une plateforme populaire de microblogue en Chine. Un peu passé 10 heures, le tribunal a affiché sur son compte Weibo : « Le juge président lit la décision. » Dans les minutes suivantes, cette phrase a été retransmise plus de 4000 fois par les utilisateurs. La décision a été publiée en neuf segments, chacun d’eux étant retransmis des milliers de fois. Une photo de Bo Xilai, debout entre deux policiers plus grands que lui (peut-être par exprès) a également été diffusée. Dans la décision, le juge a réfuté, page après page, les arguments combatifs de Bo en expliquant pourquoi toutes les Chris Jasurek Époque Times accusations étaient maintenues et soutenues par les preuves fournies. « Les arguments et la défense du défendeur et de son avocat ne peuvent être prouvés, et ce tribunal ne les accepte pas », a répété la décision plusieurs fois. Le tribunal a déclaré que Bo était coupable d’avoir accepté des pots-de-vin de 20 millions de yuans (3,2 millions de dollars), d’avoir détourné 5 millions de yuans (816 000 dollars) et d’avoir abusé de son pouvoir dans le cas de l’assassinat de Neil Heywood, commis par son épouse. De nombreux analystes ont fait remarquer la petite quantité des sommes annoncées, alors qu’on rapporte que des responsables du Parti communiste au niveau des villages s’enfuient avec des centaines de millions de dollars. « Ce résultat correspond essentiellement à ce que tout le monde attendait », a déclaré dans un entretien téléphonique Shi Cangshan, un analyste indépendant des affaires du Parti et habitant à Washington. M. Shi a affirmé que les accusations auxquelles Bo faisait face aboutissent rarement à la peine de mort, LEIDSCHENDAM, Pays-Bas – Plus d’une décennie après que Charles Taylor a aidé des rebelles à saccager et massacrer en Sierra Leone, il a été définitivement condamné à 50 ans d’emprisonnement le 26 septembre. Cette décision a offert aux victimes une forme de rédemption et a souligné à quel point il est difficile pour les tribunaux internationaux de traduire en justice les dirigeants du monde. La chambre des appels du Tribunal spécial pour la Sierra Leone a maintenu la condamnation de l’ex-président du Libéria sur 11 chefs de crimes de guerre et crimes contre l’humanité, y compris terrorisme, meurtre, viol et utilisation d’enfants-soldats. Taylor est le premier ex-chef d’État à être condamné par un tribunal international sur des crimes de guerre depuis la Seconde Guerre mondiale. La confirmation du verdict le 26 septembre a été accueillie comme le début d’une nouvelle ère d’obligation de rendre des comptes pour les chefs d’État. « La condamnation de Taylor envoie le message puissant que les dirigeants peuvent être tenus pour responsables pour les crimes les plus graves », a déclaré Elise Keppler de Human Rights Watch. Stephen Rapp, le responsable du dossier des crimes de guerre au département d’État américain et l’ex-procureur du Tribunal pour la Sierra Leone, a déclaré que la décision « envoie un message clair au monde entier : quand vous commettez des crimes de la sorte, le jour du jugement viendra, même si ce n’est pas du jour au lendemain ». Toutefois, la décision semble avoir généré une jurisprudence contradictoire à deux tribunaux internationaux ailleurs à La Haye sur la question de l’appui de hauts dirigeants à une faction dans une guerre civile dans un autre pays. Cette question est d’actualité alors que la guerre civile fait rage en Syrie et que les factions sont appuyées par des pays étrangers. La chambre des appels pour la Sierra Leone a rejeté une décision controversée de février dernier du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie, qui indiquait que pour prouver qu’un dirigeant a aidé ou encouragé un crime, l’aide doit être spécifiquement apportée pour commettre le crime. Dans ce cas, l’ex-chef d’état-major de l’armée yougoslave a été acquitté d’avoir aidé et encouragé les atrocités commises par les forces des Serbes de Bosnie bien qu’il leur avait envoyé des armes et autres provisions. L’affaire Taylor semble avoir créé un retour du balancier en faveur d’un fardeau de la preuve moins important pour les procureurs. Ses avocats se sont plaints que les deux jugements ont créé une « jurisprudence complètement chaotique » aux tribunaux internationaux. Si Taylor avait été poursuivi par le tribunal sur l’ex-Yougoslavie, « J’ose dire que le résultat aurait été différent, et cet autre palais de justice est à moins de 10 km de celui-ci », a déclaré Morris Anyah, avocat de Taylor. Toutefois, l’expert en droit international Michael Scharf, de l’Université Case Western Reserve à Cleveland, Ohio, a déclaré que la décision du 26 septembre avait « donné un coup de barre dans la bonne direction » après que le tribunal sur l’ex-Yougoslavie avait rendu beaucoup plus difficile la poursuite de dirigeants qui viennent en aide à des groupes rebelles. M. Anyah s’est également plaint que son client avait été poursuivi parce qu’il n’avait pas le soutien d’amis puissants, en référence à la Syrie. « Si ce n’était de deux puissants pays, deux membres du Conseil de sécurité – la Russie et la Chine – Bachar Al-Assad aurait été accusé et condamné par la Cour pénale internationale. Ça ne s’explique pas seulement par des raisons politiques », a-t-il ajouté. « Si Charles Taylor avait des amis au sein des cinq membres permanents du Conseil de sécurité […] j’ose dire que ce cas n’aurait pas été autant propulsé. » Étant donné que la Syrie n’est pas membre de la Cour pénale internationale (CPI), seule une demande du Conseil de sécurité de l’ONU à la CPI d’enquêter 30 septembre au 14 octobre 2013 ÉpoqueTimes 1.peoplt.ciarn,crOjirhqnzhorkgyu Weibo.com Bo Xilai entre deux policiers lors de son jugement à Jinan, capitale du Shandong ce qui éliminait la possibilité de le voir être condamné à mort avec sursis. Avant le 6 février 2012, Bo était connu seulement comme un dirigeant du Parti communiste, ostentatoire et à l’humeur changeante, qui gouvernait la mégapole de Chongqing dans le Sud-Ouest. Il incitait la population à entonner des chants communistes révolutionnaires, à l’instar des rassemblements et défilés de l’air maoïste, et s’en prenait vicieusement à ses adversaires politiques qu’il qualifiait de bandits. Ses services de sécurité, dirigés par son bras droit de longue date Wang Lijun, obtenaient sous torture des confessions de ses compétiteurs d’affaires tout en leur confisquant leurs avoirs. Cette campagne s’appelait « chanter le rouge [communisme] et frapper le noir [les soi-disant criminels] ». Puis, en février, Wang Lijun a tenté de faire défection au consulat américain à Chengdu, soit à plusieurs heures de route en voiture. Le consulat s’est rapidement retrouvé entouré de véhicules paramilitaires, grâce au soutien de l’un des puissants dirigeants collaborant avec pourrait lui accorder la juridiction. Vêtu d’un complet noir et d’une cravate dorée, Taylor a démontré peu d’émotion lorsque le juge président, George Gelaga King, a annoncé le verdict unanime du panel de six juges. M. Anyah a dit que son client était amèrement déçu par la décision qui le verra probablement passer le restant de sa vie derrière les barreaux, mais il est « demeuré stoïque et calme ». Il n’est pas encore clair où il purgera sa peine. La Grande-Bretagne a offert de l’accueillir, mais le tribunal a également des ententes avec la Finlande, la Suède et le Rwanda pour accueillir des prisonniers. Le tribunal a déterminé que Charles Taylor avait fourni une aide essentielle aux rebelles en Sierra Leone durant la guerre civile de 11 ans dans ce pays, causant la mort d’environ 50 000 personnes avant sa fin en 2002. Des milliers d’autres sont restés mutilés par un conflit reconnu pour son extrême cruauté, alors que les groupes rebelles rivaux tranchaient les membres de leurs victimes et gravaient leurs initiales dans leurs adversaires. Les rebelles ont inventé des termes sordides pour les mutilations, offrant à leurs victimes le choix de « manches courtes » ou « manches longues », soit avoir leurs mains tranchées ou leurs bras en haut du coude. En Sierra Leone, Edward Conteh, qui a perdu une partie de son bras gauche lorsque des rebelles l’ont tranché avec Bo, Zhou Yongkang, l’ancien chef de la sécurité du pays. Plus d’une trentaine d’heures après son arrivée, les responsables américains ont laissé aller Wang, le remettant aux agents de la sécurité centrale du Parti et non aux forces alliées à Bo Xilai et Zhou Yongkang. Le récit propagé ensuite par les organes de propagande du Parti communiste, et tacitement accepté par les médias occidentaux, fut que Wang Lijun s’était rendu au consulat américain pour dévoiler la tentative de dissimulation de l’assassinat de l’homme d’affaires britannique Neil Heywood, commis par la femme de Bo, Gu Kailai, homme d’affaires avec qui elle était impliquée. Les cinq jours de procès de Bo, en août, ont été remplis de drames concernant le triangle Wang-Bo-Gu, qui impliquerait une histoire d’amour, mais aussi concernant la dynamique familiale entre Bo Xilai, son épouse et son fils, Bo Guagua, étudiant actuellement à l’école de droit de l’Université Columbia à New York. Époque Times a rapporté, en se basant sur des informations fournies par des sources en Chine, que Bo faisait partie d’un complot avec d’autres hauts responsables du Parti pour s’emparer du pouvoir. Un des membres principaux de cette alliance était Zhou Yongkang. Zhou est maintenant, selon de récentes révélations, au centre d’une convergence d’enquêtes sur la corruption. Elles portent sur les divers portefeuilles qu’il a tenus au cours de sa carrière, notamment ceux de l’industrie pétrolière et de la province du Sichuan. Zhou et Bo étaient au cœur de la tentative de l’ex-chef du Parti Jiang Zemin de conserver un fort niveau d’influence dans les opérations du régime, plus d’une décennie après que ce dernier ne tient plus de poste officiel. Cela cadrait avec les tentatives de Jiang Zemin visant à s’assurer que les éléments importants de son héritage politique, en particulier la persécution de la discipline spirituelle Falun Gong, ne soient pas renversés par les prochains dirigeants. Charles Taylor perd son appel et est condamné à 50 ans de prison Mohamad Traore porte les marques de la guerre civile en Sierra Leone. Issouf Sanogo/AFP/Getty Images une hache, s’est dit réjoui de la condamnation de Charles Taylor. « L’impunité doit cesser en Afrique, alors la décision me rend très heureux », a-t-il mentionné à l’Associated Press. « À 65 ans, je ne sais pas s’il sera en mesure à nouveau de respirer l’air libre que je respire. » M. Conteh, qui aujourd’hui est à la tête d’une organisation venant en aide aux amputés de guerre, a dit que la peine de Taylor ferme un chapitre, mais qu’il y a encore environ 2000 personnes qui vivent avec des amputations ou d’autres blessures graves encourues durant la guerre. Beaucoup vivent dans l’extrême pauvreté avec presque rien pour soutenir leurs familles. Toutefois, les partisans de Taylor au Libéria demeurent toujours fidèles à l’ex-seigneur de guerre ayant été par la suite élu démocratiquement à la présidence du pays. « Nous sommes ici. Nous serons toujours ici et nous serons toujours loyaux à M. Taylor, peu importe ce que pense la communauté internationale », affirme Henry Brown, chargé du palais de Taylor dans la municipalité de Congotown de la capitale Monrovia. Le beau-frère de Taylor, Arthur Saye, a dit ne pas être surpris du verdict. « Depuis le tout premier jour, ma position est que le procès de M. Taylor a été orchestré par les puissances occidentales », a-t-il déclaré à l’Associated Press. « C’est un complot international. »
ÉpoqueTimes 30 septembre au 14 octobre 2013 Rush Vivre de vitesse et de risques Mathieu Côté-Desjardins Époque Times Don Jon Mathieu Côté-Desjardins Époque Times Les films ayant comme thème le mal contemporain de la dépendance au sexe émergent en quantité depuis un certain nombre d’années. On n’a qu’à penser à Choke (2008), à Shame (2011) et à Thanks for Sharing (qui prendra l’affiche en octobre au Québec). Le plus récent serait Don Jon, celui proposé par Joseph Gordon-Levitt, qui signe son premier film comme réalisateur et scripteur, en plus d’interpréter le personnage principal de Jon. Gordon-Levitt a fait de cette comédie de mœurs un long métrage tout à fait accompli et respectable, tout en ayant su jouer avec un feu inextinguible de notre monde actuel. Jon (Joseph Gordon-Levitt) a sa vie bien rangée : il entretient son corps d’athlète, son appartement, il veille à son libertinage hebdomadaire, fréquente régulièrement sa famille, son église et consomme sa pornographie plusieurs fois par jour. Cette dernière habitude est particulièrement incompatible avec l’occasion d’évoluer qui se présente à lui. Jon développe peu à peu un regard nouveau sur ses acquis et les possibilités que la vie a à lui offrir. L’idée d’avoir adapté une grave et profonde problématique en comédie, bien qu’elle ait facilement pu être considérée ou scénarisée comme un drame, est un excellent moyen pour susciter la réflexion chez la plupart des gens. De plus, le tout n’est pas présenté en axant sur l’obscénité, chose vers laquelle, par exemple, le cinéma français décide de basculer de temps à autre. Merci à la rigueur nécessaire dont a fait preuve Gordon-Levitt. Il a eu vraisemblablement l’intention que le public se remette en question et s’est servi de l’humour pour assurer une progression subtile et puissante de l’œuvre. Autrement dit, les éléments drôles et originaux se veulent, en quelque sorte, des comprimés antiacides au goût agréable. La promotion du film comme étant comédie occasionnera un effet surprise chez ceux qui s’attendent à rire en surface en les incitant à une introspection, autant chez l’homme que chez la femme. Gordon-Levitt a non seulement voulu dénoncer l’hyper accessibilité, la surabondance et l’omniprésence de la pornographie, mais il la compare, la place en parallèle, avec l’état critique de l’Église catholique et le sabotage émotionnel que provoquent les films romantiques. Il en profite aussi pour explorer et disséquer l’égoïsme qui motive nos actions au quotidien. En fin de compte, on retrouve une excellente critique de domination des valeurs commerciales dans Don Jon. La sœur de Jon, jouée par Brie Larson (21 Jump Street, Scott Pilgrim vs. the World) est un personnage au peu de mots, représentant très bien à sa façon la dérive sociétale de plus en plus incontrôlable. Le film Don Jon est classé 16 ans et plus, érotisme et langage vulgaire. La banalisation du sexe à l’écran, tout Art et culture Les Films Séville Les légendaires coureurs automobiles et rivaux James Hunt (Chris Hemsworth) et Niki Lauda (Daniel Brühl) sont au centre du long métrage Rush, inspiré de leur vraie histoire. Les Films Séville James Hunt (Chris Hemsworth) s’est marié sur un coup de tête à Suzy Miller (Olivia Wilde), une top-modèle qu’il a rencontrée en Espagne pour la première fois en 1974. Ron Howard (Frost/Nixon, A Beautiful Mind, Da Vinci Code) n’en est plus à son premier chef-d’œuvre. Il poursuit la tradition avec son tout dernier film Rush, inspiré d’un fait vécu. On peut sans l’ombre d’un doute affirmer qu’Howard a fait une autre marque indélébile de qualité dans l’industrie du cinéma. Il s’est assuré de garder la barre élevée, non seulement pour sa carrière, mais à l’intention du cinéphile d’aujourd’hui et de demain. L’Autrichien Niki Lauda (Daniel Brühl) et le Britannique James Hunt (Chris Hemsworth) ont longtemps été de meilleurs ennemis et se sont affrontés pendant des années en course automobile Formule 1 sur les plus importants circuits du monde. Cela n’a pas empêché qu’ils aient tous les deux contribué grandement à leur vie mutuelle, pour la plupart du temps indirectement. Le visuel de Rush, dont la direction photo est simplement une merveille, est l’un des plus ahurissants films qu’il m’ait été donné de voir. Cela transparaît dans les prises de vue à l’intérieur du moteur des F1, dans celles à l’intérieur du casque des coureurs automobiles, durant les séquences où la piste est complètement trempée, quand on voit les voitures rasant les coins du circuit, pendant l’historique des victoires et des défaites des deux protagonistes comme un jeu vidéo, etc. On n’a même pas lésiné sur les paysages extérieurs : chaque image, ou presque, est un petit tour de force en soi. L’incertitude narrative volontaire entre Lauda et Hunt est extraordinaire. En d’autres mots, il est vraiment intéressant de découvrir qu’il n’y a pas un seul narrateur, mais les deux personnages principaux se passent le micro. Cela donne des perspectives différentes sur leur vécu, dont celui de leur adversaire respectif. On aurait pu craindre, avec la publicité du film centrée sur Chris Hemsworth, qu’on aurait strictement la version de Hunt, venant avec une tonne de valeurs américaines douteuses et redondantes. Comme l’œuvre a du sang américain, allemand et britannique, on peut compter sur un impressionnant équilibre et un incontestable trésor artistique. Dans cette optique, la performance d’acteur et la place laissée aux deux personnages, plus grands que nature, dans le scénario ont aussi été bien calibrées. Difficile d’affirmer si Chris Hemsworth (Thor, Star Trek : Into Quand la pornographie a raison de l’homme comme la violence, fait que si nous avions été une, deux ou trois décennies plus tôt, le film aurait été classé 18 ans et plus. Le premier film de Joseph Gordon-Levitt demande curieusement une certaine maturité, un certain sérieux qui n’est pas donné à tous. L’évolution du personnage de Jon est écrite avec finesse, aidée par une performance d’acteur de Joseph Gordon- Levitt tout aussi recherchée. Le résultat est intéressant surtout qu’en sachant que cela vient de la même personne. Le personnage de Jon, à la fois caricatural et très commun est éminemment drôle seulement parce que Gordon-Levitt lui donne une touche mi-sérieuse. Sachant aussi qu’il joue avec ses premiers choix d’acteurs, l’œuvre possède une sorte d’exactitude cinématographique tant 7 Darkness) ou Daniel Brühl (The Edukators, Good Bye Lenin !) a eu un meilleur jeu que l’autre. Hemsworth a certainement plus de nuances, non pas parce qu’il est supérieur comme acteur, mais bien parce que le réel James Hunt est très coloré, tandis que Niki Lauda est mesuré et renfermé, jouant plutôt la même note. Bien que les deux vrais coureurs automobiles soient de calibre équivalent, on peut en dire de même à propos des deux acteurs. Les femmes au bras de leur mari, Suzy Miller, femme de Hunt jouée par Olivia Wilde (In Time, TRON : Legacy), et Marlene Lauda, femme de Lauda interprétée par Alexandra Maria Lara (Je n’ai rien oublié, Control), sont de bonnes compagnies, très expressives pour ce qui est du faciès, mais elles sont bien secondaires dans l’histoire choisie par Howard. La soif de la vitesse et de gagner prend plus de place, non seulement dans la vie de Hunt et de Lauda, mais aussi à l’écran. Qu’on aime la course automobile ou non n’est qu’un détail. La trame dramatique est très bien travaillée et s’étend sur tout le film. À elle seule, elle satisfait pleinement, tout comme l’intensité des moments consacrés à la course automobile saura rassasier les plus grands amateurs de ce sport. Howard a eu raison de ne pas mettre l’accent uniquement sur la compétitivité exacerbée entre les deux pilotes automobiles. Il a aussi considéré d’inclure la compréhension et les réalisations qu’ont eues Lauda et Hunt plus tard dans leur vie par rapport à leur rivalité légendaire, tout comme sur les risques du métier. On sent une fibre de grands guerriers asiatiques d’antan entre les deux, ce qui est un élément très appréciable dans le long métrage de Ron Howard. La conclusion vient justement renforcer cet aspect et se veut plus philosophique, traitant, entre autres, des choix que l’on fait dans la vie et des impacts directs qui en découlent. Quelques pistes épiques de l’éminent compositeur de musique de film, Hans Zimmer (Gladiator, The Dark Knight Rises, The Last Samurai), emportent l’œuvre sans hésiter à un niveau plus élevé qu’elle l’est déjà. Trois pistes, au minimum, risquant de jouer en boucle pendant longtemps dans votre lecteur musical, valent l’achat : 1976, Lost But Won et My Best Enemy. Le couple Jon (Joseph Gordon-Levitt) et Barbara (Scarlett Johansson) n’est pas à l’abri des désastres qu’engendrera leur égoïsme respectif. Remstar pour son rythme, son montage, son choix d’image et la complémentarité entre les professionnels d’Hollywood. Scarlett Johansson (The Avengers, Lost in Translation) est d’abord présente dans Don Jon pour son corps, mais elle n’aurait pas fait partie de la distribution si elle n’avait pas été une très bonne actrice. Son rôle met davantage l’accent sur ses rondeurs et la façon agaçante qu’elle a de mâcher de la gomme, mais on sent le fond de l’actrice qui est en contrôle. Julianne Moore (Crazy, Stupid, Love, Magnolia) et son personnage d’Esther sont une belle révélation tout en apportant une certaine harmonie à l’histoire. Gordon-Levitt lui a donné une belle occasion de rayonner avec une petite palette d’émotions appréciée.



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :