Époque Times Montréal n°351 4 mar 2013
Époque Times Montréal n°351 4 mar 2013
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°351 de 4 mar 2013

  • Périodicité : bimensuel

  • Editeur : La Grande Époque Inc.

  • Format : (279 x 559) mm

  • Nombre de pages : 12

  • Taille du fichier PDF : 2,5 Mo

  • Dans ce numéro : gratuité scolaire à quel prix.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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2 Actualité 4 au 17 mars 2013 ÉpoqueTimes Rien ne se termine, tout se poursuit Entretien avec Martine Desjardins La présidente de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ) a été très active lors du Sommet sur l’enseignement supérieur les 25 et 26 février derniers et continuera de l’être jusqu’à la fin de son mandat. FEUQ Mathieu Côté-Desjardins Époque Times Martine Desjardins, présidente de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ), vient de participer une nouvelle fois intensément à l’histoire lors du Sommet sur l’enseignement supérieur. À quelques mois de terminer son mandat, elle s’entretient avec Époque Times dans une énergie infaillible qui pourrait faire croire qu’elle sera à la tête de la FEUQ pour au moins les dix prochaines années. La FEUQ regroupe 125 000 étudiants reliés à 15 associations membres. Créée en 1989, elle est un des fruits du dégel des frais de scolarité de l’époque. Elle a pour principal mandat de défendre les droits et intérêts des étudiants. Époque Times (ÉT) : Nous voilà après le Sommet de l’enseignement supérieur. Peut-on dire à en juger par votre réaction à la suite du Sommet (ne pas vouloir prendre une photo avec Pauline Marois) que «ce n’est pas fini, ce n’est qu’un début»? Martine Desjardins (MD) : L’indexation ne veut pas dire que c’est terminé. La suite, c’est la participation à divers chantiers annoncés. Il y a beaucoup de détails qui restent à fignoler. Si on n’est pas là, on sait déjà où ça va aller : un Conseil national des universités (CNU) sans mordant, une grille de financement qui favorise la modulation des frais de scolarité [variation des frais de scolarité selon divers facteurs], etc. Il y a énormément de problématiques qui pourraient survenir dans plusieurs chantiers. À l’intérieur de la FEUQ, il reste encore à élaborer comment remettre différents mémoires, regrouper et préciser différentes propositions pour être plus efficaces dans de prochaines rencontres, etc. ÉT : Pourriez-vous nous parler précisément des problématiques de quelques chantiers? MD : Commençons par le chantier d’un Conseil national des universités [visant à garantir la transparence du réseau universitaire], idée proposée par la FEUQ. M. Guy Breton, recteur à l’Université de Montréal, disait : «Il n’est pas question qu’on vienne nous dire comment gérer notre argent.» C’est exactement l’inverse que veut la FEUQ. Sans une présence critique telle que la nôtre, ce serait non seulement une grande perte de temps comme chantier, mais surtout une grande perte pour tout le système universitaire. ÉT : Avez-vous des doutes sur la capacité des universités à gérer le budget? MD : (Elle éclate de rire.) Tout à fait et avec raison. Il faut voir cela de plus près. Pour ce qui est du chantier sur la grille de financement des universités… le gouvernement va se pencher sur la question des frais institutionnels obligatoires [FIO, aussi appelés «frais afférents»] qui peuvent représenter 500 $ à 1000 $ de plus sur une facture de plus que les frais de scolarité [un peu plus de 2100 $] pour un étudiant par année. C’est une aberration si c’est inclus dans la grille de financement et qu’on les ramène dans la facture totale au lieu de les prendre à part. Ce serait déjà une énorme avancée par rapport à ce qu’on a vu dans les vingt dernières années. Pour avoir été à une table avec la CREPUQ [Conférence des recteurs et des principaux des universités du Québec] l’an dernier, ils voulaient abolir la règle pour pouvoir davantage charger les étudiants. Ce serait comme une taxe supplémentaire. On aurait beaucoup à perdre si on n’était pas là. ÉT : Et le chantier sur l’accessibilité et la participation aux études supérieures? MD : Cela va nous permettre de rapporter la question du gel des frais de scolarité. On y abordera de la condition de vie des étudiants et on s’attaquera au programme de prêts et bourses. On nous chante que ce programme est un généreux système, mais «généreux» ne veut pas nécessairement dire bon. Il faut le revoir. Plusieurs éléments sont archaïques. Et le gouvernement propose une enveloppe de 150 millions d’argent neuf dans le cadre de ce chantier, mais on va voir si on peut aller chercher plus. L’an dernier, le Parti libéral du Québec avait modifié le programme et proposé des mesures qui avaient comme effet de tripler l’endettement étudiant. Quand on dit «généreux», il faut voir de quel côté on se trouve. ÉT : Que pensez-vous de tous ces arguments des recteurs qui disent que les universités ne sont pas compétitives au niveau du Canada? MD : C’est beau de se comparer avec les autres universités dans le monde, mais nous n’avons pas le même type d’universités que dans le Canada, ni les mêmes étudiants qui les fréquentent. Au Québec, on a encore beaucoup d’étudiants de première génération [ayant des parents qui n’ont pas fait d’études postsecondaires], beaucoup en région, aussi dans les universités montréalaises. Il y a plusieurs considérations à prendre en compte. ÉT : Comment expliquez-vous cette tendance marquée de la part des politiciens et des médias à utiliser les expressions «la page est tournée», «la crise est derrière nous», «tout appartient au passé», «en finir avec le printemps érable»? MD : C’est drôle d’entendre ça six mois après que les grèves sont terminées. Quand il y a eu l’annulation de la hausse et l’abrogation de la loi 12 [découlant de l’ancienne loi 78, permettant aux étudiants d’avoir accès à l’enseignement offert par les établissements de niveau postsecondaire qu’ils fréquentent], on était déjà passé à autre chose. On est dans un autre contexte. Disons que ça sonne comme la ligne politique des prochaines élections. Souvenons-nous que le printemps érable n’a pas été que de la confrontation. Cela a été des débats de société et cela n’est pas terminé. Il va y avoir d’autres débats, avec les chantiers qui s’en viennent, c’est inévitable. ÉT : Quels seront les prochains rendez-vous de société pour parler d’éducation? MD : C’est à nous de les créer. Le printemps érable aura permis à différents mouvements, groupes et communautés de naître et à d’autres de se fortifier. On n’a pas fini de parler d’éducation, du moins dans le réseau postsecondaire. C’est à chaque association de faire en sorte que le sujet demeure vivant. Je ne pense pas qu’on va créer un autre Sommet. L’idée d’avoir de nouveaux États généraux [initiative à revoir en profondeur le système éducatif ayant l’approbation du gouvernement] en éducation demeure. C’est plus difficile avec un gouvernement minoritaire comme actuellement, mais ça risque de changer ultérieurement. Manifestation du mardi 26 février Georges Su/Époque Times ÉpoqueTimes ISSN#1712-8099 1099, rue Clark, bureau 2 Montréal QC H2Z 1K3 www.epoquetimes.com Téléphone : 514 931-0151 Télécopieur : 514 868-0843 Directeur Olivier Chartrand [olivier.chartrand@epochtimes.com] Rédaction Mathieu Côté-Desjardins [mathieu.cote-desjardins@epochtimes.com] Ventes Kathia Myriam Guay [kathia.myriam@epochtimes.com] Distribution John Halas Tirage : 10 000 exemplaires distribués gratuitement, en main et en présentoir, deux fois par mois au coeur de la ville de Montréal Publié par : Époque Times ÉpoqueTimes fait partie du réseau d’information le plus largement distribué au monde. 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ÉpoqueTimes 4 au 17 mars 2013 Actualité 3 Près de 10 000 manifestants étaient dans les rues de Montréal pour protester contre l’indexation de 3 % des frais de scolarité, le mardi 26 février. Georges Su/Époque Times L’éducation gratuite ou à rabais Mathieu Côté-Desjardins Époque Times La semaine dernière, le Sommet de l’enseignement supérieur s’est conclu en laissant des milliers de mécontents. L’indexation des frais de scolarité de 3 % (hausse graduelle d’environ 70 $ par année) a été annoncée par le gouvernement Marois. Si l’évènement s’était terminé par la gratuité scolaire, aurait-on retrouvé dans la société québécoise un vent d’épanouissement global? Qualité de l’éducation Dans un contexte où la gratuité scolaire pourrait être offerte à tout un chacun, peuton être d’accord avec l’affirmation «ce qu’on ne paie pas n’a pas de valeur»? Cet énoncé est l’essentiel de l’argumentaire de Louis-Joseph Papineau, chef du Parti patriote et d’autres politiciens, en 1829, dans le processus de la création des écoles primaires et secondaires. «Si on avait adopté cette logique, on paierait encore pour l’école primaire et secondaire», affirme le journaliste et professeur à la retraite du milieu de l’éducation, Jean-Pierre Proulx. Selon lui, la valeur ne réside pas dans le prix payé pour une formation, mais bien dans l’effort qui est investi dans cette dernière. «C’est comme pour un alpiniste. Le coût de son équipement et de ce qu’il a appris n’a pas d’importance au bout de la ligne. Ce qui ressort, c’est l’exploit accompli. C’est la même chose en éducation. La vraie valeur, c’est le défi que représente le succès que l’on veut obtenir», assure M. Proulx également ancien président du Conseil supérieur de l’éducation (2002-2006) ayant eu comme fonction de conseiller le ou la ministre sur toute question relative à l’éducation. «La gratuité scolaire fait miroiter une certaine générosité, une grandeur d’âme, mais elle viendrait avec son lot de règles, beaucoup plus contraignantes qu’aujourd’hui», fait remarquer Jocelyn Maclure, professeur en philosophie à l’Université Laval. M. Maclure a également été analyste expert et rédacteur pour la Commission Bouchard-Taylor (2007-2008) sur les pratiques d’accommodement de la diversité culturelle et religieuse. «Il y aurait des règles pour réguler le nombre d’années aux études, d’autres pour limiter le temps afin de faire ses preuves. C’est le cas dans les pays scandinaves. C’est beaucoup plus difficile d’avoir accès à un programme de notre choix, c’est beaucoup plus compétitif et sélectif. Plusieurs se contentent de leur troisième ou quatrième choix. On n’aurait pas le choix d’en arriver à un système comme ça. Tout ça pourrait avoir des résultats très loin des intentions des promoteurs de la gratuité aujourd’hui», soutient M. Maclure. La gratuité ne semble pas garante de la qualité de l’enseignement non plus. Étonnamment, dans les cent premières universités classées dans le World University Rankings 2012-2013, les seules universités des pays scandinaves qui parviennent à se classer viennent de la Suède et se fraient une place en 42 e position (Karolinska Institute) et en 82 e position (Lund University). Quant au Canada, on y retrouve en 21 e position, l’Université de Toronto; en 30 e position, l’Université de Colombie- Britannique; en 34 e position, l’Université McGill; en 84 e position, l’Université de Montréal. Les premières places du palmarès sont occupées par les États-Unis et le Royaume-Uni. L’étude est produite par l’agence internationale Thomson Reuters et compte plus de 400 universités de par le monde. Thompson Reuters est une société d’édition professionnelle et une agence de presse canadienne. Pour rebondir sur le point soulevé par Jean-Pierre Proulx concernant l’effort et le gain, M. Maclure affirme que certaines disciplines pourraient devenir beaucoup plus exclusives et réservées, pas nécessairement aux plus riches, mais aux plus talentueux, aux plus performants. À son avis, voilà une conséquence un peu surprenante et décevante pour ceux qui militent pour la gratuité scolaire. «C’est normal de se préoccuper de l’impact des droits de scolarité et de l’endettement, mais si notre objectif est l’égalité des chances, il faut aller et commencer dès la petite enfance. […] Il faudrait revoir de fond en comble nos standards, et ce, en amont dès la maternelle. Ce sera une adaptation plutôt difficile pour un système scolaire qui a tendance à relâcher ses exigences. Si on ne veut pas faire de compromis, si on ne veut pas laisser de côté notre quête de qualité de l’éducation, il faudrait récompenser l’excellence davantage qu’aujourd’hui», tranche M. Maclure. Techniciens demandés «N’oublier personne» fait généralement partie de l’esprit d’un pays en santé socialement. En voulant favoriser tout le monde avec la gratuité scolaire, les intérêts collectifs pourraient risquer d’être confondus. Le professeur retraité en administration et fondement de l’éducation à l’Université de Montréal, Manuel Crespo, pense qu’on passe à côté d’un enjeu fondamental, celui des techniciens. «Une politique tous azimuts de diplomation universitaire peut faire oublier que l’on doit également former des techniciens de haut niveau. Le succès de l’Allemagne, par exemple, est en partie attribuable à une main-d’œuvre qualifiée au niveau technique. La question fondamentale est la suivante : est-ce que tous doivent aller à l’université? Est-ce que tous peuvent réussir des études universitaires de calibre? Pour moi, la réponse à ces deux questions est non.» M. Crespo constate qu’en Amérique latine la course à la diplomation universitaire produit à terme des chômeurs, car il n’y a pas suffisamment d’emplois de haut niveau pour tous les diplômés. «Ne seraitce pas mieux alors de former de très bons techniciens?», se questionne-t-il. L’expert en éducation et en créativité et auteur de renom international, Sir Ken Robinson, a dit dans une conférence intitulée Changing Education Paradigms que l’on peut retrouver sur Internet : «Quand notre génération allait à l’école, nous étions retenus par l’histoire qui disait que si nous travaillions dur, nous aurions un diplôme qui nous permettrait de trouver un emploi. Nos enfants ne croient plus en ça. Et ils ont raison. Vous pouvez bien avoir un diplôme en lettres et sciences humaines, mais ce n’est plus une garantie. Et encore moins si le chemin qui vous y mène laisse de côté tout ce que vous trouvez vous-même important [traduction libre].» La gratuité scolaire n’aurait pas le pouvoir de réduire l’écart entre les riches et «L’éducation a un double statut : c’est en partie au bénéfice des étudiants, mais l’autre côté de la médaille, c’est aussi un bien collectif.» les pauvres de la société. Au contraire, elle avantagerait la classe qui est déjà favorisée. «On y traite ces deux groupes également par cette politique», en arrive à l’évidence le professeur Maclure. Comme un camp est déjà en meilleure partance, les deux extrêmes continueraient d’exister. Un autre fossé entre les deux classes sociales opposées se ferait sentir par le système de prêts et bourses qui, sous une forme ou une autre, continuerait d’exister même dans un contexte de gratuité scolaire. «Les étudiants aux familles à faible revenu devront utiliser un système semblable à l’actuel programme de prêts et bourses pour financer leur subsistance : transport, logement, nourriture. L’endettement étudiant existerait encore, même si la gratuité scolaire était décrétée», entend M. Maclure. Engagements du passé Pour plusieurs, conserver et cultiver un lien étroit avec son histoire et agir avec cohérence dans le futur peuvent être des indicateurs d’une plénitude sociale. C’est du moins ce que croit l’ancien président du Conseil supérieur de l’éducation, Jean-Pierre Proulx. Étant pour la gratuité scolaire, il rafraîchit la mémoire collective de ses engagements passés. «Il existe le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels [entrée en vigueur en 1976] auquel le Québec a adhéré. Dans ce pacte, dans l’article qui touche l’éducation, on dit qu’on doit tendre vers la gratuité scolaire, d’abord l’établir au primaire et au secondaire, mais aussi tendre jusqu’au niveau universitaire. On a accepté d’adhérer à ce pacte international. Et pourtant, un pacte, c’est un engagement qui entend à être respecté», soulève-t-il. M. Proulx rappelle aussi le consensus sur la gratuité scolaire de 1960. «Dans le programme du Parti libéral du Québec à cette époque, on prônait la gratuité scolaire à tous les niveaux de la maternelle jusqu’à l’université. C’est d’ailleurs ce que Jean-Martin Aussant prône à l’heure «Est-ce que tous doivent aller à l’université? Est-ce que tous peuvent réussir des études universitaires de calibre? Pour moi, la réponse à ces deux questions est non.» actuelle avec son parti Option nationale. Au moment de la Commission Parent [commission royale d’enquête qui a pris le pouls de l’éducation au Québec dans les années 1960], lorsqu’on a étudié cette question-là, on a examiné la situation d’ici et d’ailleurs. Et, d’un point de vue de philosophie sociale, on en a conclu que la gratuité scolaire était souhaitable.» Georges Su/Époque Times Anarchopanda, la figure marquante du printemps érable, est toujours présent et a pris part à la récente manifestation contre l’indexation des frais de scolarité, tout en égayant autant les grands manifestants que les tout-petits.



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