Époque Times Montréal n°350 18 fév 2013
Époque Times Montréal n°350 18 fév 2013
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°350 de 18 fév 2013

  • Périodicité : bimensuel

  • Editeur : La Grande Époque Inc.

  • Format : (279 x 559) mm

  • Nombre de pages : 12

  • Taille du fichier PDF : 2,4 Mo

  • Dans ce numéro : les conditions pour que le grand ménage ait lieu, rencontre avec Louise Harel.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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4 Actualité 18 février au 3 mars 2013 ÉpoqueTimes Des députés fédéraux se penchent sur un commerce horrible Un sous-comité fait le point sur les prélèvements d’organes en Chine Matthew Little Époque Times OTTAWA – Avec l’accumulation des preuves que le régime communiste chinois tue des prisonniers de conscience pour vendre leurs organes, une enquête doit être lancée. C’est ce qu’ont affirmé des députés fédéraux dernièrement. Les allégations bouleversantes selon lesquelles le régime chinois a tué plus de 40 000 pratiquants de Falun Gong entre 2000 et 2005 pour prélever leurs organes et les vendre à profit ont fait surface en 2006. Deux enquêteurs canadiens, l’avocat spécialiste des droits de la personne David Matas et l’ex-député David Kilgour, avaient alors publié un rapport sur la question. MM. Matas et Kilgour ont fait le point sur certains développements survenus depuis la publication du premier rapport lors d’une audience du Sous-comité des droits internationaux de la personne le 5 février. David Matas a mentionné qu’il était difficile de mettre la main sur des preuves concrètes. Néanmoins, les faits appuyant le cas ne cessent de s’accumuler depuis la publication du rapport initial. Entre-temps, le régime n’a pas fait d’effort sérieux pour réfuter les allégations, bien qu’il aurait pu le faire en fournissant des informations détaillées au sujet des exécutions de criminels et du nombre de transplantations d’organes. La procédure du Xinjiang Le journaliste d’enquête Ethan Gutmann, qui n’était pas présent à l’audience, a découvert que les prélèvements d’organes sur des prisonniers politiques avaient en fait débuté une décennie plus tôt au Xinjiang (nord-ouest de la Chine), où les prisonniers politiques de l’ethnie ouïghoure étaient exécutés et leurs organes prélevés. M. Gutmanns’est entretenu avec le garde de prison Nijat Abdureyimu, qui était impliqué dans les exécutions, et le chirurgien Enver Tohti, qui prélevait les organes sur des prisonniers encore vivants. Il s’est également entretenu avec ceux qui ont acheté les organes prélevés sur les prisonniers politiques ouïghours et avec un autre médecin dont la tâche était d’identifier les groupes sanguins des prisonniers politiques du Xinjiang qui allaient être exécutés. Ce médecin a indiqué à M. Gutmannqu’il avait cessé d’entendre parler de prélèvements d’organes sur des prisonniers politiques ouïghours en 1999. Par coïncidence, c’est également l’année où le Falun Gong a été interdit et que les prisons se sont remplies d’adeptes. L’enquête de M. Gutmanna révélé une constance : la compatibilité des groupes sanguins était établie, les prisonniers étaient exécutés et les organes étaient prélevés rapidement pour être transplantés immédiatement. Ethan Gutmanna appelé ce modèle « la procédure du Xinjiang ». « La procédure du Xinjiang s’est répandue. À la fin de 1999, la répression contre les Ouïghours a été éclipsée par la plus grande opération de sécurité depuis Mao : l’élimination du Falun Gong », a-til écrit dans le Weekly Standard en 2011. M. Gutmannestime que 3 millions de pratiquants de Falun Gong sont passés par le système carcéral chinois. Human Rights Watch et le département d’État américain ont cité des sources suggérant que les pratiquants de Falun Gong composent la moitié de la population de détenus dans les camps de travail. Le nombre de détenus dans ces camps est inconnu, mais la plupart des évaluations portent le nombre à plus de 200 000. Ces camps sont « d’immenses banques de donneurs d’organes vivants », a expliqué David Matas au sous-comité. Court temps d’attente pour un organe Les prisonniers de conscience du Falun Gong, qui sont victimes de torture systématique aux mains des gardes ou des prisonniers encouragés par les gardes, sont aussi spécialement assujettis à des tests sanguins et à des examens d’organes, a ajouté M. Matas. Tandis que le régime chinois a cessé de nier que les prisonniers exécutés sont la source principale des organes pour les transplantations, il n’admet pas que les pratiquants de Falun Gong et les prisonniers politiques sont exécutés pour leurs organes. Pékin ne s’est jamais donné la peine d’expliquer comment le nombre de transplantations dépasse largement le nombre d’exécutions de criminels. Elle ne peut non plus expliquer comment les hôpitaux sont en mesure d’offrir des transplantations en l’espace d’une semaine. « Une courte période de temps d’attente pour un organe indique la présence d’une vaste banque de sources vivantes d’organes prêtes à être tuées pour garantir un temps d’attente aussi court », a expliqué M. Matas. Ce court temps d’attente était autrefois une source de fierté pour les hôpitaux chinois. Avant la publication du rapport de MM. Kilgour et Matas, les hôpitaux chinois avaient l’habitude de publiciser les courtes périodes d’attente sur leurs sites web. Le Centre de transplantations d’organes de l’Hôpital général de la police armée à Pékin a souligné la rentabilité du système. « Notre Centre de transplantations d’organes est notre département principal pour faire de l’argent », proclamait son site web en 2006. Dans leur enquête en 2006, MM. Kilgour et Matas ont trouvé 14 hôpitaux qui ont admis obtenir leurs organes de donneurs toujours en vie. En faisant des appels téléphoniques aux hôpitaux, des enquêteurs prétendant être des patients potentiels ont trouvé plusieurs médecins et autres employés qui ont admis que les pratiquants de Falun Gong étaient la source des organes. Un de ces médecins, Lu Guoping de l’Hôpital Minzu de la ville de Nanning, a plus tard déclaré dans un documentaire de la chaîne Phoenix TV de Hong Kong que MM. Matas et Kilgour avaient fabriqué l’appel. Le documentaire n’a pas mentionné que l’appel avait été enregistré. M. Matas a indiqué que le documentaire n’a fait que confirmer l’identité de Lu Guoping. Chen Rongshan, l’ex-directeur d’urologie au 205 e Hôpital de l’Armée populaire de libération à Jinzhou, a admis lors d’un appel téléphonique en 2012 que les pratiquants de Falun Gong étaient la source des organes, mais il a spécifié que cela avait été autorisé par les tribunaux. L’individu ayant téléphoné, un enquêteur avec la World Organization to Investigate the Persecution of Falun Gong (WOIPFG), s’est fait passer pour un membre d’une équipe d’enquête spéciale se penchant sur l’incident Wang Lijun. Méthode d’injection létale Wang Lijun a fait les manchettes internationales en 2012 lorsqu’il a fui son poste de chef de police à Chongqing pour tenter de faire défection au consulat américain à Chengdu. Wang et son ancien patron, le secrétaire du Parti communiste à Chongqing Bo Xilai, étaient parmi les plus ardents persécuteurs du Falun Gong en Chine. Tous deux sont actuellement en prison pour des questions reliées à la sécurité de l’État. Wang Lijun, un policier, a gagné un prix pour sa recherche sur les prélèvements d’organes en 2006. Sa recherche a porté sur une méthode d’exécution par injection qui permet le prélèvement des organes pour la transplantation avant que la victime ne décède. « Dans son discours d’acceptation du prix, il a parlé de « milliers » de transplantations d’organes sur place [dont la source était des prisonniers] auxquelles lui et son personnel ont participé », a affirmé M. Matas. « Il a dit : « De voir quelqu’un être tué et de voir que les organes de cette personne sont transplantés dans les corps de plusieurs autres personnes est profondément émouvant », une remarque digne de Josef Mengele [médecin nazi du camp d’Auschwitz]. » Une des premières sources d’information rencontrées par MM. Kilgour et Matas était l’ex-épouse d’un chirurgien de la ville de Shenyang, province du Liaoning. Elle a dit aux enquêteurs que son mari lui avait confié qu’il avait retiré les cornées d’environ 2000 pratiquants de Falun Gong sur une période de deux ans, avant de refuser de poursuivre cette tâche. « Le chirurgien a bien indiqué à son épouse que personne ne survivait à l’expérience, puisque d’autres chirurgiens enlevaient les organes vitaux et les dépouilles étaient incinérées », a indiqué M. Matas au sous-comité. Dans une confession parallèle, D r Wang Guoqi a dit au Congrès américain en 2001 qu’il avait prélevé la peau et les cornées de 100 criminels exécutés, dont un était toujours en vie. « La seule différence substantielle entre les deux histoires est la différence dans le type de prisonnier », a fait remarquer David Matas. Opérations secrètes M. Matas a expliqué que les transplantations « sont effectuées dans le plus grand secret ». Les familles de receveurs d’organes ont affirmé à MM. Kilgour et Matas qu’ils n’avaient pu obtenir aucune information sur le donneur, les médecins ou le personnel de soutien. Les enquêteurs internationaux ne peuvent aussi accéder aux camps de travail en Chine. « Ils ne permettent pas à la Croix-Rouge d’entrer dans ces camps, ou à quiconque de l’extérieur. Il n’y a pas d’information, pas d’ONG. Ils ne disent pas où sont situés les camps et ne disent pas combien il y a de détenus », souligne M. Matas. « Nous apprenons sur les camps en parlant aux gens qui en sont sortis et qui sont sortis de Chine. » Des milliers de pratiquants de Falun Gong sont disparus en Chine, dont la sœur de Michelle Zhang. Cette dernière, qui habite maintenant à Toronto, affirme que sa sœur, Yunhe, est disparue dans le système carcéral après son arrestation en 2002. Les autorités disent n’avoir jamais détenu Yunhe. Le député libéral Irwin Cotler affirme que la quantité de preuves au sujet des prélèvements d’organes en Chine exige que les autorités chinoises reconnaissent et réfutent les allégations. « Le fardeau de la preuve à ce stade repose sur les autorités chinoises », a-t-il commenté. Le député conservateur Scott Reid, qui préside le comité, s’inquiète que la rentabilité des prélèvements d’organes soit un obstacle à sa disparition. « Persécuter des citoyens productifs n’est pas rentable économiquement, mais si vous pouvez en faire de l’autofinancement […] il n’y a pas de limite à ce qu’on peut en faire », remarque-t-il. Tous les députés sur le comité ont exprimé leurs préoccupations au sujet des prélèvements en Chine. La députée libérale Judy Sgro a dit espérer que l’audience allait sensibiliser les gens sur le problème. « Les gens peuvent s’en tirer avec certaines choses quand les autres ne sont pas au courant. Mais quand assez de gens sont au courant, ils vont être consternés comme je le suis si on permet que ça continue. » L’Université McMaster fermera son Institut Confucius Les pratiques d’embauche des Instituts sont accusées d’être discriminatoires Omid Ghoreishi Époque Times L’Université McMaster a décidé de fermer l’Institut Confucius (IC) qu’elle accueillait depuis 2008, a annoncé le 7 février dernier l’établissement d’enseignement supérieur situé à Hamilton. La décision a été prise en raison des pratiques d’embauche des Instituts contrôlés par Pékin, dont les instructeurs sont recrutés en Chine. « Les décisions d’embauche en Chine ne se conformaient pas à nos critères », a déclaré à Époque Times Andrea Farquhar, la vice-présidente adjointe des relations publiques et gouvernementales à McMaster. Époque Times a rapporté en 2011 que Sonia Zhao, une jeune femme chinoise venue travailler à l’IC de McMaster, a été obligée de signer une déclaration promettant de ne pas pratiquer le Falun Gong (Falun Dafa), une discipline spirituelle persécutée par le régime communiste chinois. M me Farquhar n’a pas voulu indiquer si la décision de l’université de fermer l’IC a été prise en raison du cas de M me Zhao, mais elle a déclaré que la décision avait été prise en se basant sur la « situation générale ». « Nous avions des inquiétudes quant à la pratique d’embauche qui ne correspond pas à notre façon d’agir à l’université », a-t-elle déclaré. « Quiconque ayant un certain point de vue devrait être respecté […] Nous respectons le droit des gens d’avoir différents points de vue », a-t-elle mentionné en exemple. Nouvelle « encourageante » Lucy Zhou, porte-parole de l’Association du Falun Dafa du Canada, s’est dite heureuse de la décision de l’université de fermer l’IC. « Nous sommes très encouragés de voir que l’Université McMaster essaie de corriger une erreur qu’ils ont faite en invitant l’Institut Confucius dans leur université sans être au courant de ses pratiques d’embauche discriminatoires à l’encontre du Falun Gong », a déclaré Mme Zhou. « La persécution illégale du Falun Gong est brutale et imprègne toutes les facettes de la société en Chine, y compris le système éducatif. Cette sorte de discrimination importée au Canada est une grave violation des droits de la personne. » Sonia Zhao, à qui on a accordé le statut de réfugiée au Canada depuis, est aussi satisfaite de la décision de Mc- Master. « C’est une très bonne nouvelle et c’est encourageant. La persécution du Falun Gong n’aurait jamais dû survenir en Chine ni, bien évidemment, au Canada », a-t-elle commenté. « J’espère que d’autres universités feront des démarches similaires. » Financés par le régime communiste chinois, les IC – avec des centaines de branches dans le monde entier – sont censés promouvoir la langue et la culture chinoise. Selon des agences de renseignements, ils sont utilisés par le régime pour renforcer son pouvoir de persuasion. Richard Fadden, le directeur du Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS), a déclaré que les IC sont contrôlés par les ambassades et les consulats chinois et sont en lien avec d’autres efforts du régime pour influencer les politiques du Canada sur la Chine. Condition d’embauche discriminatoire Époque Times a rapporté en 2011 qu’une stipulation publiée en anglais sur le site web principal de l’IC indique que les instructeurs ne doivent avoir « aucun historique de participation dans le Falun Gong ». Militants et avocats ont déclaré que cette exigence viole les codes des droits de la personne au Canada, surtout si les instructeurs sont recrutés pour venir travailler au Canada. L’Association du Falun Dafa du Canada a d’abord approché l’Université McMaster pour lui faire part de ses préoccupations concernant les pratiques d’embauche des IC et du cas de M me Zhao. Selon l’association, elle a ensuite reçu une lettre du président de l’université reconnaissant la gravité de la situation. Comme l’université n’a pas pris de mesures à l’époque, M me Zhao, qui a quitté l’IC en 2011, a déposé une plainte auprès du Tribunal des droits de la personne de l’Ontario en septembre 2012. Dans sa réponse, McMaster a fait valoir que puisque Sonia Zhao a signé l’entente avec Hanban, l’organisation supervisant l’IC en Chine, le tribunal n’a aucune compétence sur cette question. David Matas, avocat spécialiste des droits de la personne représentant M me Zhao, a déclaré que cet argument ne tient pas, puisque l’IC n’est pas une entité autonome. « La réalité est que l’Institut Confucius fait partie de l’Université McMaster », a déclaré M. Matas. « Hanban ne gère pas vraiment, ce qu’ils font c’est juste lier [les instructeurs]. » L’institut sera fermé cet été L’université a déclaré que l’IC sera officiellement fermé cet été lorsque se terminera l’année scolaire en cours. L’IC à McMaster a été mis sur pied en coopération avec la Beijing Language and Culture University (BLCU). Selon un communiqué, McMaster a eu de « nombreuses discussions » avec les représentants de la BLCU pour trouver une solution au problème actuel. Toutefois, les deux parties n’ont pu s’entendre. « Le Sénat et le conseil d’administration ont été informés de l’intention de l’université de se retirer de l’entente à partir du 31 juillet 2013. Ceci assurera qu’aucun autre instructeur ne sera choisi pour McMaster et que les étudiants qui se sont inscrits à des programmes de l’Institut pourront terminer leurs sessions », indique le communiqué. « L’Université examine les options pour évaluer l’intérêt actuel de la communauté dans les cours de langue chinoise au niveau postsecondaire. » L’Institut Confucius a des ententes avec plusieurs établissements d’enseignement et organisations au Canada, dont l’Université Brock, le British Columbia Institute of Technology, l’Université de Sherbrooke (en partenariat avec le Collège Dawson), l’Université de Waterloo, le Toronto District School Board, l’Université de Regina, l’Edmonton Public Schools et le ministère de l’Éducation du Nouveau-Brunswick. Lucy Zhou espère que ces établissements et organismes d’enseignement suivront l’exemple de l’Université Mc- Master et fermeront leurs IC. « Importer la discrimination à l’encontre du Falun Gong ou tout autre groupe au Canada n’est pas acceptable et elle ne doit pas être importée par l’intermédiaire de notre système d’éducation canadien. »
ÉpoqueTimes 18 février au 3 mars 2013 Actualité 5 Les scandales sont la norme dans les acquisitions d’ordre militaire Matthew Little Époque Times L’acquisition du CH-148 Cyclone de Sikorsky, devant remplacer les Sea Kings, est qualifiée par plusieurs de la pire acquisition dans l’histoire canadienne. OTTAWA – Les acquisitions d’ordre militaire sont toujours controversées et les scandales ne sont pas prêts de s’estomper alors que le gouvernement prépare de nouveaux achats et que la technologie repousse sans cesse les limites du champ de bataille. Les accusations d’incompétence et de désinformation fusent de toutes parts alors que les prix des avions et des hélicoptères explosent, mais peu reconnaissent à quel point les questions d’acquisitions militaires sont compliquées. Avec le vide créé par le silence du gouvernement, le cynisme règne. L’achat de matériel militaire à la fine pointe, et maintenant de logiciels, est miné par les mêmes problèmes depuis des décennies. Le produit est toujours en retard, plus cher que prévu et rempli d’imperfections. Cette tendance se poursuit avec deux récentes acquisitions : l’hélicoptère CH-148 Cyclone de Sikorsky qui doit remplacer la flotte vieillissante de CH- 124 Sea Kings, et le F-35 de Lockheed Martin devant remplacer les CF-18. Entre-temps, les forces armées du monde entier sont aux prises avec une révolution dans la conduite de la guerre, où le cyberespace est le nouveau champ de bataille et les techniciens en informatique sont les nouveaux Rambos. La quantité de logiciels et d’informatique qu’on trouve dans la composition des chars d’assaut et des avions ajoute une dimension complexe à leur conception et à leur construction. Avec l’avènement des robots et des drones, les liens de communication pour les contrôler deviennent de nouvelles cibles d’attaque. Ajoutez à cela des technologies perturbatrices, comme des armes à énergie dirigée et biotechnologiques, et les programmes d’acquisitions du passé apparaissent plutôt simples. S’il y a une chose que l’expert en acquisition Randall Wakelam a pu conclure après des années d’études, c’est qu’il n’y a pas « deux acquisitions qui sont identiques, mais toutes ont ces vilains problèmes que quelqu’un doit tenter de résoudre le mieux possible ». M. Wakelam a travaillé au sein du bureau des acquisitions de la force aérienne en 1988 et 1989 pour tenter de remplacer les hélicoptères de la force terrestre. Il décrit les efforts de longue date pour remplacer les Sea Kings comme une « comédie tragique ». M. Wakelam a pratiquement écrit le livre sur les acquisitions d’avions de chasse de la guerre froide et il est actuellement professeur au Collège militaire royal. Alors que les forces armées sont de plus en plus interdépendantes, aucun achat ne peut être fait isolément, explique-t-il. Un programme dans lequel il était impliqué pour acheter des radios démontre l’ampleur du défi. « On dirait qu’on aurait juste pu aller au Radio Shack et acheter un paquet de walkies-talkies, mais ce n’est pas si simple. » L’acquisition a pris des années à se concrétiser. Les radios doivent fonctionner avec l’armée, la marine et la force aérienne. Et c’est encore mieux si elles sont compatibles avec celles des alliés. En cherchant à atteindre cet objectif, le processus d’acquisition est retardé et sous peu une nouvelle technologie est développée. En recherchant l’avantage militaire, la défense veut obtenir la dernière technologie, ce qui affecte alors d’autres programmes d’acquisitions, comme les hélicoptères. Ainsi, les délais s’accumulent et une nouvelle technologie fait son apparition. C’est un cercle vicieux. Si une commande a déjà été passée, comme dans le cas du Cyclone, alors des modifications doivent être apportées sur la chaîne de montage, ce qui augmente les coûts et occasionne des délais. Alors que seulement deux études se sont penchées sur les acquisitions d’ordre militaire au Canada, aux États-Unis, où s’effectue près de la moitié des dépenses mondiales en défense, le processus d’acquisition est scruté à la loupe. « Notre processus d’acquisition de systèmes d’armes est un scandale perpétuel », indique un rapport de Mark Cancian dans un article de la Defense Acquisition University américaine. Tout comme au Canada, les scandales débutent avec des compagnies trop optimistes. Les fonctionnaires de la défense sont heureux d’accepter des prix trop bas et des échéanciers trop courts. Mais comme le souligne M. Cancian, « Il est impossible de produire une Ferrari pour le prix d’une Chevrolet, peu importe ce que prétend le vendeur ». L’ancienne vérificatrice générale, Sheila Fraser, a souligné ce point dans son examen de l’acquisition des Cyclones, blâmant les fonctionnaires de la Défense d’avoir accepté des coûts artificiellement bas pour ensuite se procurer des options additionnelles. Selon M. Wakelam, un autre problème est le manque de savoir institutionnel. Le personnel clé change de ministère et ainsi celui qui a fait l’acquisition d’avions de chasse il y a dix ans s’occupe désormais d’acheter du matériel de voirie. Ceci signifie que le nouveau personnel doit apprivoiser la même courbe d’apprentissage que leurs prédécesseurs, ce qui augmente les délais. « Soyez assurés qu’il ne s’agit pas d’incompétence – c’est plutôt un désir d’être à la fine pointe », estime M. Wakelam. Mais certains, comme le critique du NPD en matière d’acquisition d’ordre militaire, Matthew Kellway, sont d’avis que le Canada doit s’en tenir aux technologies existantes. « C’est une erreur évidente que de mettre en jeu l’argent des contribuables sur des projets de développement, parce qu’en fin de compte on ne sait pas s’ils vont fonctionner », affirme-t-il. C’est un point que soulèvent souvent les critiques des acquisitions ayant dérapé : plutôt que de gaspiller le budget militaire sur de nouvelles technologies, il vaut mieux acheter la meilleure solution disponible immédiatement qui a fait ses preuves sur le champ de bataille. Il s’agit là d’une des recommandations principales d’un rapport publié récemment par l’Institut Rideau et le Centre canadien de politiques alternatives au sujet de l’acquisition du Cyclone. Le titre du rapport, The worst procurement in the history of Canada (la pire acquisition dans l’histoire du Canada), est tiré d’une citation du ministre de la Défense, Peter Mackay. Les deux cercles de réflexion progressistes demandent au gouvernement de considérer d’autres hélicoptères sur le marché et de faire pression sur le fabricant Sikorsky. Transparence Plus important encore, affirme le coauteur Michael Byers, le gouvernement doit faire preuve de plus de transparence sur la question des acquisitions. La question de la transparence dans les récentes acquisitions a été soulevée par pratiquement tout le monde et par tous les rapports, dont deux vérificateurs généraux, le directeur parlementaire du budget, plusieurs cercles de réflexion et Randall Wakelam. Ce dernier dit être « absolument d’accord » quant au besoin de plus grande transparence. « Je crois que c’est un point critique », affirme Matthew Kellway. « Au bout du compte, on ne sait pas ce qui se passe dans les coulisses. » Tout cela prend une plus grande importance alors que le gouvernement amorce le plus vaste programme d’acquisition dans l’histoire canadienne, alors qu’il dépensera près d’un demi-trillion de dollars en vingt ans. M. Kellway affirme que même ce chiffre est artificiellement bas. « Nous savons que ce chiffre est infime en comparaison avec le vrai coût des dépenses. » Selon lui, le coût de chaque projet est toujours présenté trop bas, soulignant en exemple le cas des F-35. La semaine dernière, M. Kellway a fustigé la ministre des Travaux publics, Rona Ambrose, au sujet des acquisitions militaires. M me Ambrose a répliqué en vantant les avantages économiques de ces acquisitions. Cet échange a souligné un autre facteur qui complique les achats militaires : la politique et les retombées économiques. Afin de maximiser les retombées de ses acquisitions militaires actuelles, le gouvernement espère imposer une stratégie de dernière minute sur ses dépenses actuelles. Essai nucléaire nord-coréen : quelles conséquences ? Photo du MDN Conseils d’un groupe d’experts À cette fin, il a mis sur pied un groupe d’experts dirigé par Tom Jenkins, un conseiller spécial de M me Ambrose. Dans un rapport publié la semaine dernière, le groupe souligne que dans la plupart des acquisitions de matériel devant être finalisées ces prochaines années, le temps est le facteur crucial. Le gouvernement est déjà critiqué par des experts pour ne pas avoir établi de stratégie depuis le dévoilement de la Stratégie de défense Le Canada d’abord, qui annonce le besoin d’effectuer de nouvelles acquisitions, il y a maintenant quelques années. Le groupe d’experts suggère l’établissement d’une liste temporaire de secteurs industriels importants que les acquisitions devraient tenter de soutenir. Le rapport indique que les entrepreneurs de contrats en défense ont bien réussi, mais aucun d’eux n’aurait pu démarrer sans l’obtention d’un contrat du gouvernement. Cette préoccupation pour les retombées économiques cause des délais supplémentaires aux processus d’acquisitions. Tout comme les mesures mises en place pour s’assurer que les forces armées n’achètent pas le mauvais produit. M. Wakelam affirme qu’une des choses qu’il a apprises alors qu’il travaillait au sein du bureau d’acquisition est que le système entier est orienté afin d’éviter d’acheter le mauvais équipement. Ce système comprend de nombreux niveaux d’approbation et de révision, et ça prend du temps. Entre-temps, les exigences imposées aux commandants militaires ne cessent d’augmenter. Depuis la Guerre du Vietnam, les pertes humaines sont devenues intolérables et l’attrition une question de répulsion. La technologie avance à grands pas, avec des drones de la taille d’un insecte (développés par la Defense Advanced Research Projects Agency) et des exosquelettes robotiques autonomes développés par l’Université de Californie à Berkeley. Le Parlement étudie la question des technologies perturbatrices et la révolution dans les affaires militaires depuis au moins l’an 2000. Entre-temps, certains rapports suggèrent que l’équipement militaire est devenu tellement dispendieux qu’il va pousser le Pentagone à la faillite. Le programme d’Avion de combat interarmées avait été créé essentiellement pour rééquiper les flottes occidentales tout en évitant la spirale habituelle des programmes d’avions de chasse : les prix montent, les commandes baissent et les productions de masse ne peuvent atteindre leur rentabilité. Alors les prix montent encore, les commandes baissent encore. C’est un cercle vicieux. En somme, alors que la conduite de la guerre devient plus dispendieuse, les processus d’acquisitions d’ordre militaire s’étirent. Les délais occasionnent d’autres délais et les coûts augmentent. Alors que les solutions se font rares, une chose sur laquelle tous s’entendent est que le gouvernement doit mieux expliquer les achats militaires aux contribuables qui au bout du compte paient la note. Des questions à ce sujet envoyées au ministère de la Défense nationale ont été transférées à Travaux publics, avant d’être retransférées à la Défense. Une agente de relations publiques a indiqué à Époque Times qu’elle tentait de trouver quelqu’un pour discuter de la question. Affaires-stratégiques.info Réponse de Barthélémy Courmont, chercheur associé à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) et professeur à Hallym University (Corée du Sud) Vient-on d’assister à un énième essai nucléaire nord-coréen, qui sera condamné sans réelle suite ? Ou la situation est-elle cette fois différente ? Ce qui est différent cette fois, et très inquiétant, c’est la nature de l’engin explosif. D’après les sources officielles nord-coréennes, il s’agirait d’un engin de plus petite taille que les essais de 2006 et 2009. Ce qui signifierait, s’il ne s’agit pas d’un coup de bluff, que la Corée du Nord est en mesure d’équiper des missiles balistiques d’ogives nucléaires. Ce serait un nouveau pas vers la mise en place d’un arsenal. On s’interroge également sur le matériau fissile utilisé cette fois. S’il s’agit de plutonium, la quantité utilisée peut être un reste des stocks produits à Yongpyong. S’il s’agit en revanche d’uranium, cela signifierait que la Corée du Nord a produit ces matériaux en marge de son programme « officiel » (ce que soupçonnent certains enquêteurs de l’ONU qui se sont rendus sur place). Si tel est le cas, les incertitudes sont plus grandes que jamais sur les réelles capacités de la Corée du Nord. L’autre différence avec les essais précédents pourrait venir des réactions internationales. Les condamnations seront les mêmes qu’en 2006 et 2009, et il est difficile d’imposer plus de sanctions à Pyongyang. Mais compte tenu de la réaction de la Chine, qui a vivement condamné cet essai, on peut s’attendre à une participation plus active de Pékin dans les initiatives sur le nucléaire nord-coréen. La balle est dans le camp de la Chine qui ne peut rester silencieuse, au risque de s’exposer aux critiques des autres grandes puissances, Washington en tête. Cet essai n’est-il pas un signe de défiance de la Corée du Nord vis-à-vis de son voisin chinois, seul allié de poids de Pyongyang ? Où en sont les relations entre les deux pays ? Les relations sont excellentes au niveau économique et commercial, le retour en grâce de Jiang Song-taek, l’oncle de Kim Jong-un, marquant même une volonté de Pyongyang de « copier » le modèle de développement chinois. D’un autre côté, Pékin ne cautionne pas les gesticulations nucléaires de la Corée du Nord, et a condamné ce nouvel essai, comme les deux précédents. Une condamnation verbale, qui ne devrait pas s’accompagner de sanctions, mais qui est importante pour la Chine, désireuse de garder la main sur un dossier dont elle semble désormais être le principal arbitre. Il est en tout cas certain que ce nouvel essai confirme la volonté de la Corée du Nord de marquer son indépendance, y compris vis-à-vis de son principal (et seul) allié. La Corée du Sud semblait tenir ces derniers temps un discours plus offensif visà-vis de son voisin du Nord. Ces derniers évènements risquent-ils de précipiter les choses vers un affrontement ? Pas nécessairement. C’est surtout le gouvernement de Lee Myung-bak, qui arrive à son terme, qui s’est montré ferme sur le dossier nord-coréen. Park Gynhye, qui a remporté l’élection présidentielle de décembre, semble plus ouverte au dialogue. On peut d’ailleurs inscrire ce nouvel essai en partie dans la volonté de Pyongyang de faire pression sur le nouveau gouvernement sud-coréen, comme c’est souvent le cas. Il est en tout cas certain qu’un affrontement reste très hypothétique, compte tenu des conséquences néfastes pour les deux camps.



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