Epoch Times Paris n°240 16 fév 2013
Epoch Times Paris n°240 16 fév 2013
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°240 de 16 fév 2013

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : Epoch Times France

  • Format : (350 x 510) mm

  • Nombre de pages : 16

  • Taille du fichier PDF : 10,5 Mo

  • Dans ce numéro : des rythmes scolaires réellement adaptés ?

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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12 16 16 – 28 FEVRIE IER 2013 Ville de Miró et de Gaudí, Barcelone est d’abord un grand port de la Méditerranée. Vue du large, elle ressemble à un éventail encaissé qui s’ouvre au fur et à mesure qu’on la pénètre. Son centre de gravité tient en son plus vieux quartier, le casco antiguo, celui où tout voyageur se glisse avec la sensation d’une étrange intimité qu’il partage avec tous ceux qui, comme lui, se laissent emporter par la foule qui envahit chaque jour la promenade de Las Ramblas. Las Ramblas, le cœur magnétique de Barcelone Mahaux Photography CHRISTIANE GOOR CHARLES MAHAUX Les ailes largement déployées, un ange noir, tacheté d’étoiles dorées, est assis sur un banc, également noir et pailleté d’étoiles. D’une main, il tient une partition ouverte ; l’autre main est posée sur le dossier du banc, comme si l’archange attendait que quelqu’un ose s’asseoir à ses côtés. Il ne bouge pas, pétrifié dans un mouvement qui semble s’être figé sur une note perdue. Le temps s’écoule et l’ange noir reste impassible, indifférent aux passants pressés qui interrompent pourtant leur course pour lui jeter un regard surpris. Soudain, une jeune femme s’aventure et vient s’asseoir sur le banc. L’ange sort alors de sa quiétude et dans un gracieux mouvement d’ailes, il se met à siffler une joyeuse farandole qu’il termine par un léger baise-main. Rougissante, la jeune femme le quitte sous les applaudissements de la foule, plusieurs pièces viennent tinter au creux d’une sébile déposée au pied du banc. L’ange noir a repris sa place, muré une fois de plus dans son silence, dans l’attente d’une nouvelle visite. Mahaux Photography Le pont en pierre sculptée de style néogothique qui sert aussi de passerelle dans la Carrer del Bisbe a été ajouté en 1928. Le pouls de la ville L’avenue populaire de las Ramblas est, dit-on, la promenade qui réunit le plus de statues vivantes au monde. On y rencontre entre autres Che Guevara, Charlie Chaplin, Sitting Bull, autant de gens du spectacle qui gagnent leur vie en se déguisant des pieds à la tête. Ainsi maquillés, ils s’installent sur une estrade et restent là, immobiles, des heures durant, jusqu’à ce que quelqu’un les félicite pour leur prestation. Quand ils entendent tomber une pièce de monnaie sur l’assiette, ils secouent leur apparente apathie et font un mouvement pour remercier la générosité de celui qui leur a offert une pièce d’argent. Ce ballet de saltimbanques et de musiciens de rue transforment l’avenue en un cirque improvisé pour le plus grand plaisir du public. Lieu incontournable de rendez-vous, Las Ramblas est devenu la carte postale de la ville. Pour comprendre l’importance culturelle du site, il faut se souvenir du sens et de la tradition que recouvre le mot paseo : promenade en fin d’après-midi où autrefois les hommes et les femmes se croisaient, échangeaient des œillades et même certains lançaient des piropos, ces compliments joliment tournés pour accrocher l’attention des jeunes filles timides. Aujourd’hui, les jeunes gens se rencontrent sur les bancs d’école et dans les discothèques, mais la tradition de la promenade demeure, le long de Las Ramblas. Le célèbre boulevard doit son nom à une petite rivière qui coulait jadis à cet endroit et que les Arabes, qui occupèrent un temps la ville, appelèrent ramia. Bordé de palais élégants et de demeures excentriques, il change de nom et de décor tous les cinq cents mètres. Rambla dels Estudis : des perroquets, des perruches, des tourterelles, des canaris et même des tortues. Rambla Sant Josep : des œillets et des roses, des hortensias et des frésias, de jolis bouquets ronds au parfum capiteux. Rambla de Canaletes : des piles de journaux, des guides de voyage, des livres anciens, des cartes postales et des calendriers. Assis à l’ombre des platanes, de vieux couples se rassemblent pour commenter toute cette foule qui défile, portée par le désir de voir mais aussi d’être vue, avant de s’abîmer, tout au bout de la promenade, dans la contemplation de la mer pointée du doigt par Christophe Colomb, dont la haute statue signale la fin du parcours de Las Ramblas. Tout bouge mais rien ne change À croire que le ressac de la Méditerranée pénètre jusqu’au cœur de Las Ramblas. Il est à peine 6 heures du matin, les ouvriers de la voirie ont noyé les trottoirs sous des trombes d’eau. La lumière est douce, l’air encore frais, et déjà la ville s’éveille. Au fil des heures, elle prend peu à peu les allures d’une ruche étourdissante avec cet écoulement incessant de véhicules et de piétons pressés qui la traversent de part en part, épousant, sur Las Ramblas, un mouvement calqué sur le flux et le reflux de la houle marine. Les kiosques à journaux n’ont pas fermé de toute la nuit, un oiseleur ordonne soigneusement ses cages de serins et de canaris, une fleuriste disparaît sous une brassée de roses rouges, les premiers touristes envahissent les terrasses pour y prendre leur petit déjeuner. Sur la droite, dans un renfoncement de la Rambla Sant Josep, un bourdonnement signale l’entrée des halles de la Boquería : cris des marchandes de poissons qui règnent sur une population de morues salées, de sardines fraîches et de mollusques encore vivants ; harangues des maraîchères qui rivalisent d’audace créatrice dans l’amoncellement des couronnes de fruits et de légumes. D’un étal à l’autre, les éclats de voix et de rires fusent dans un joyeux charivari. On échange les dernières nouvelles, on salue les habitués, on déguste un chocolat fumant accompagné de churros, ces longs beignets croustillants. Tôt dans la matinée, Barcelone vibre déjà d’une énergie toute contagieuse. Ici, on marche d’un bon pas, la ponctualité n’est pas un vain mot, les heures d’ouverture des magasins sont les plus étendues d’Espagne. Le temps est précieux, il est l’axe autour duquel la vie s’articule. Laborieuse de jour, fêtarde la nuit, telle est Barcelone qui ne sacrifie pas un instant de vie, même pour faire la sieste ! Il faut attendre le soir qui étend un voile paisible sur la ville pour prendre enfin le temps. Celui de flâner, le nez au vent, sur Las Ramblas, celui de se rencontrer sur les terrasses, à l’ombre des platanes, ou autour d’un pa ambtomaquet, morceau de pain légèrement grillé sur lequel on frotte une tomate additionnée de quelques gouttes d’huile d’olive et de sel. Cité mosaïque Aorte vitale de la capitale catalane, Las Ramblas sépare la vieille ville en deux pôles distincts et pourtant complémentaires, le Barrio Gótic et le Barrio Xinès. Ces deux quartiers ne sont que lacis de ruelles étroites qui invitent à musarder, à l’écoute des échos d’autrefois. Le premier, le Barrio Gótic, rassemble des palais et des églises érigées au Moyen-Age sur le site même de l’ancienne colonie romaine fondée par l’empereur Auguste. Ici, la puissance s’inscrit à même la pierre, en arcs surélevés, en gargouilles hautaines, en rosaces flamboyantes. La cathédrale domine tous les édifices monumentaux et institutionnels qui bordent l’enchevêtrement des venelles. Fameuse pour ses stalles, elle l’est encore davantage pour son cloître, véritable oasis de paix dans cette ville animée, avec son fouillis de palmiers et de magnolias, ses fontaines où s’ébattent des colonies de moineaux et puis, surtout, son troupeau d’oies râleuses. La tradition veut qu’elles soient toujours treize à veiller sur la cour, en souvenir de l’âge auquel mourut Sainte Eulalie, patronne de la cathédrale. Cet entrelacs de ruelles se prolonge jusqu’au pied de Santa Maria del Mar, une basilique d’un pur gothique catalan qui domine la Ribera. Au Moyen-Age, la mer arrivait jusqu’ici et le quartier a Mahaux Photography Le Musée Maritime abrite la reproduction du submersible construit en 1859 par Monturiol, le Ictineu 1, destiné à la pêche du corail. Il fut le premier navire à avoir la coque double. préservé la physionomie d’un village portuaire avec ses échoppes où alternent commerces traditionnels et boutiques de créateurs. Les noms des rues évoquent encore les vieux métiers : tanneurs, cardeurs, argentiers. C’est là aussi que s’est installé le musée Picasso, dans trois palais médiévaux qui abritent quelque cinq mille toiles. Le lieu idéal pour suivre le cheminement de sa pensée, ses bonds en avant, ses écarts, ses volte-faces. L’autre facette de Las Ramblas évoque également Picasso, car c’était jusqu’il y a peu encore, le quartier des prostituées, celles de la carrer de Avinyo qui ont inspiré le jeune peintre durant la période bleue des Demoiselles d’Avignon. Le Barrio Xinès n’a rien de chinois malgré son patronyme. On raconte que l’origine du nom remonte au début du XXe siècle. À l’époque, les inspecteurs de police du quartier malmenaient les voleurs qu’ils arrêtaient avec une petite pierre que l’on appelait la china. Aujourd’hui, le quartier a perdu son côté populaire et canaille, il recule devant les grues et les pelleteuses qui ont aéré ses ruelles, comme aspiré par l’attraction spectaculaire du musée d’Art contemporain, un paquebot de verre et de blancheur qui communique au quartier un souffle artistique futuriste. Ce n’est pas pour rien que le barrio Xinès est devenu le lieu de prédilection des artistes et des écrivains qui aiment à s’y retrouver, entre autres à la casa Leopoldo, tenue depuis 1929 par la même famille. Décors en bois, miroirs piquetés, murs d’azulejos jaunes et bleus, tables cerclées de zinc, tout y rappelle la belle époque que ne boudent pas les amateurs de design. Toute information complémentaire peut être obtenue sur le site très complet et bien actualisé www.barcelonaturisme.com Charles Mahaux, photographe. Christiane Goor, journaliste. Un couple, deux expressions complémentaires, ils fixent l’instant et le racontent. Leur passion, ils la mettent au service du voyage, de la rencontre avec l’autre.
16 – 28 FEVRIER 2013 Culture 13 Dans l’empire des Ténèbres Un poète chinois raconte les prisons chinoises MICHAL BLEIBTREU-NEEMAN Très jeune, comme la plupart des personnes de ma génération, j’ai lu des livres et notamment des témoignages sur la Shoah. Je connaissais alors les histoires et les détails sur les camps de concentrations, sur le mal… Mais ce mal, pour nous les jeunes, c’était : « La bête nazie du pays de là-bas » comme l’appelle Aharon dans Le Livre de la grammaire intérieure de David Grossman. Les nazis n’avaient rien à voir avec l’espèce humaine, c’était comme une sorte d’entité sans forme qui envahissait un moment notre planète. Puis la « bête » sans forme s’est révélée n’être qu’un tas de petits fonctionnaires très banals qui faisaient tout simplement leur travail, comme l’avait décrit la philosophe Hannah Arendt, suite au procès Eichmann, en 1961. Ils étaient tout de même des nazis, me disais-je en le refoulant au fond de ma mémoire. Quelques années plus tard, j’ai lu des témoignages de femmes en Amérique du Sud, j’étais de nouveau bouleversée et j’ai compris que le mal faisait partie de l’espèce humaine. Et que, banal ou monstrueux, ce mal, si on ne le dénonçait pas, risquait de nous contaminer tous, n’importe où et à n’importe quel moment. Aujourd’hui en Chine le mal prend un autre visage qui nous plonge dans la profondeur des ténèbres. Une mission déléguée « Que ce soit par l’écriture ou par des révoltes nous espérons tous que ceux qui sont de l’autre coté des hauts murs de la prison se souviennent de nous », a écrit l’écrivain chinois Li Bifeng, récemment condamné à douze ans de prison. Ces mots ont conclu la soirée Alerte organisée au palais de Tokyo à l’occasion de la parution du livre Dans l’empire des ténèbres, un témoignage exceptionnel sur les années passées dans les camps de concentration chinois, de Liao Yiwu, l’un des poètes contemporains chinois les plus importants. Li Bifeng « le champion des tentatives d’évasions ratées » comme en témoigne son ami Liao Yiwu, a été condamné pour avoir aidé Liao à s’enfuir de la Chine – le cynisme des régimes tyranniques expose ainsi ses dents aiguisées. Les mots de Li Bifeng ont conclu la soirée en nous déléguant, mais aussi à tous ceux qui connaissent le privilège de vivre en liberté, la mission de porter la parole des prisonniers de conscience, de mener le combat de ceux qui sont enfermés dans les ténèbres des oubliettes nommées tantôt centres de rééducation, camps de travaux forcés, goulags, ou dans leur version chinoise lao gaï. Et notre responsabilité consiste justement à raconter leur histoire. L’histoire de Liao Yiwu Voici maintenant l’histoire de Liao Yiwu. Il était une fois, un poète très connu, un poète épanoui. Il avait des parents, il avait une épouse qui l’aimait et il avait des copains pour partager ses idéaux. Et lui, il aimait la poésie, il aimait Bob Dylan, il aimait Baudelaire et par-dessus tout, il aimait la liberté. Le régime, que le monde croyait être en pleine évolution vers la démocratie, était en fait exactement le même que celui qu’avait connu son père trente ans auparavant : celui de la Révolution culturelle. Or voici qu’un jour, ce régime hypocrite, que le monde pensait très avancé, ayant trouvé notre poète trop libre à son goût, décida de l’enfermer pendant quatre ans dans un centre de rééducation, pour le motif d’« activités contrerévolutionnaires ». En effet Liao Yiwu, comme par prémonition, avait écrit un poème intitulé Le Grand massacre, juste avant que n’ait eu lieu le massacre de la Place Tienanmen. Dans un extrait du livre, il se souvient de ce moment : « […] Guidé par une intuition, j’ai choisi la chanson « Laissons l’amour remplir le monde » comme fond musical […] sur la pochette, il y avait la photo de nombreuses stars chinoises avec leur signature. Elles étaient toutes vêtues d’un T-shirt de la sainte colombe de la paix […] et avec cette prière poussiéreuse chantée par des voix d’enfants […] le massacre qui se déroulait dans la réalité prenait tout son relief et n’en paraissait que plus brutal et cruel. Au petit matin vers six heures, j’ai terminé la bande originale du poème Massacre ainsi que son accompagnement musical, et on a enregistré trois cassettes. Sur la pochette de chacune d’elle j’écrivis « le temps de l’insurrection » puis je l’ai donné à Michael. Impassible, je l’ai regardé ouvrir son grand sac à dos de vagabond pour y fourrer cette petite bombe […] » La vie de notre poète prend donc une autre direction et, en 1990, il est condamné au lao gaï. Enfermé là où la rééducation consiste à briser l’âme et la dignité humaine, il ne trouve qu’un seul moyen pour préserver sa liberté intérieure – l’écriture. Dans des conditions ahurissantes, entre « coups de poings et matraques électriques », des scènes de violence dont il est le témoin quand il ne les subit pas lui-même, Liao trouve le courage d’écrire son témoignage sur des bouts de papiers. Un document que Robert Badinter, ancien garde des Sceaux, a qualifié, lors de la soirée, être une œuvre qui prendra sa place parmi « les grandes œuvres de la littérature carcérale… Nous avons un grand poète, un grand écrivain dans la lignée de Soljenitsyne ». Liao raconte son enfer dans la geôle chinoise avec une violence déroutante, mais également avec lyrisme et humour. Car les Chinois qui veulent la liberté « sont obligés de se défendre contre le régime avec humour », explique Liao Yiwu. Et, il s’agit des régimes carcéraux « les plus barbares que l’on ait connus », atteste Robert Badinter. Liao raconte cet enfer destiné à briser l’être humain, où les détenus deviennent eux-mêmes bourreaux – la preuve ultime de la réussite opérationnelle du système carcéral des régimes totalitaires. Ainsi il décrit « les deux rouquins » qui purgent leur pénitence en assistant les gardiens. Ou encore, le chapitre dans lequel il présente avec humour ce menu de tortures que les détenus sont « libres » de choisir, exécuté par les chefs de cellules, à qui les gardiens confient la mission de semer la terreur et de réduire les détenus à l’esclavage. Liao raconte cette violation constante de la dignité humaine, mais aussi des moments rares et chaleureux où l’amitié et l’esprit humain triomphent. Un de ces moments est celui où il rencontre le gardien intellectuel qui admire ses poèmes « quelqu’un me tendit une main chaleureuse comme un chien qui guide un aveugle… « J’ai lu beaucoup de vos poèmes ils sont remarquables » ». Comme d’autres prisonniers de conscience, Liao se trouve dans la même cellule que des voleurs et assassins, et certains condamnés à mort. Il n’est pas étonnant que le régime ait mis tant d’effort et de menaces pour que le manuscrit ne voit pas le jour. Liao nous révèle le rouage secret de ce système totalitaire. Dans une des scènes, onirique et réaliste à la fois, Liao nous donne des frissons. Dans les crépuscules de la conscience, abattu sur son lit de torture « Chang le mort » raconte le trafic d’organes mené par le Parti assisté par le système médical : « quelques heures plus tard, j’ai pu sentir une aiguille se planter dans mon bras. Elle semblait aussi épaisse qu’un verre à liqueur et a rapidement viré au rouge... je me suis réveillé et je me suis rendu compte qu’ils étaient en train de me prélever du sang… J’ai senti mon corps sombrer puis de nouveau flotter… J’ai quand même pu apercevoir brièvement une blouse blanche, c’était celle d’un médecin ». En liberté Et voilà qu’au bout de quatre ans notre poète se trouve enfin en liberté. Une fois dehors il découvre que le monde a changé. Sa femme l’a quitté, ses copains d’autrefois aiment moins la liberté, en tout cas, ils préfèrent la course effrénée après l’argent, celle qui fait oublier les barreaux qui enferment leur esprit. « Quand j’ai quitté la liberté pour entrer en prison, on peut dire que dans la bouche des Chinois, il y avait partout la démocratie, les idéaux ; et quand j’ai quitté la prison pour revenir dans la société, c’était plus simple, il y avait l’argent, l’argent et l’argent », ditil en réponse à la question de Pierre Haski, cofondateur et collaborateur du site Rue 89, qui lui a demandé si « le retour à la liberté n’était pas plus cruel que la privation de la liberté ». Dans la schizophrénie des régimes totalitaires, ses seuls amis, raconte Liao, étaient les policiers. Les autres étaient trop occupés à gagner de l’argent. Le même policier avec qui il avait passé des nuits à boire et à parler était aussi celui qui était venu chez lui, entouré de renforts pour confisquer son manuscrit. En 1995, Liao recommence son livre. Mais un an après, la police revient et retrouve de nouveau son manuscrit. Pour la troisième fois Liao Yiwu réécrit son témoignage. De nouveau, il est menacé par les autorités qui font tout pour que son témoignage ne soit pas publié à l’étranger. Entre retourner en prison et vendre son âme – comme l’a fait le dernier prix Nobel de littérature, Mo Yan, afin de récolter les honneurs – Liao décide de s’enfuir de Chine. En 201, il arrive en Allemagne qui lui ouvre ses bras et où il reçoit le Prix pour la paix des libraires allemands. Liao Yiwu est enfin libre mais son histoire ne s’achève pas ici. Elle s’achèvera le jour où il pourra lire sur la place Tienanmen son poème Massacre, en présence de ses amis Li Bifeng et Liu Xiao Bo ainsi que des milliers d’autres prisonniers politiques, humiliés et torturés dans les ténèbres des geôles chinoises. Ne l’oublions pas. Extrait : Le grand massacre (...) Le pouvoir, c'est avoir la victoire éternellement. Mais la cendre morte peut à nouveau redevenir incandescente, brûlante pour d'autres générations telle la faible lumière précédant l'aube éclatante. Et maintenant rien, un point de lumière. Aucune lumière au centre du pouvoir communiste. Notre cœur tout noir, devient aussi brûlant qu'un grand feu engloutissant tous les cadavres. Un jour nous pourrons exister. Le gouvernement qui nous dirige, disparaîtra un jour. Mais maintenant, ce jour finissant n'a pas un rayon de lumière (...) Poèmes de Prison, Editions L'Harmattan, 2008, traduction Shanshan Sun et Anne-Marie Jeanjean Dans l'empire des ténèbres de Liao Yiwu, traduit par Marie Holtzman, Gao Yun, Marc Raimbourg, postface d'Herta Müller, François Bourin, Éditions Les Moutons noirs, 672p.



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