Epoch Times Paris n°237 1er jan 2013
Epoch Times Paris n°237 1er jan 2013
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°237 de 1er jan 2013

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : Epoch Times France

  • Format : (350 x 510) mm

  • Nombre de pages : 16

  • Taille du fichier PDF : 7,6 Mo

  • Dans ce numéro : nouvelles génération Y, d'autres attentes, d'autres défis.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 6 - 7  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
6 7
6 International 1 – 15 JANVIER 2013 La mondialisation, source des inégalités ? Suite de la première page Par contre, l’augmentation des exportations de produits à forte compétence en Inde, comme les produits pharmaceutiques ou logiciels, renforce les inégalités. Ainsi, la composition sectorielle de la production est importante. Même sans la mondialisation, la transformation structurelle courante d’un pays en développement crée un impact considérable sur l’inégalité. Les pays agraires pauvres s’éloignent d’une faible productivité, mais le secteur agricole peu inégalitaire a une productivité élevée, sauf que la grande inégalité, entre l’industrie et les services, augmente l’inégalité globale indépendamment de la mondialisation. Dans les pays riches, le développement disproportionné du secteur financier, aidé par la mondialisation sans y être ancré, a rendu un petit groupe de gens extrêmement riches. Cette inégalité se maintient avec leur emprise sur la vie politique grâce au lobbying et aux campagnes de financement. En Chine, une partie de ladite richesse excessive des « princes » et d’autres parents de fonctionnaires du Parti communiste provient des sociétés de fonds propres, à l’exception de l’immobilier. En outre, le secteur financier chinois aggrave la répartition des revenus en sous rémunérant les dépôts bancaires des ménages ordinaires tout en se servant de cet argent pour des prêts bonifiés aux entreprises. Des opportunités pour les pauvres En général, l’impact de la mondialisation sur les inégalités d’un pays dépend du reflet de l’éducation de sa population, de son infrastructure matérielle, des conditions du marché du travail et des institutions. L’instruction permet aux travailleurs d’être plus flexibles pour s’adapter à la demande du marché, aux tâches et travaux. En Amérique latine, une région où l’inégalité est traditionnellement élevée, au cours des deux dernières décennies, la forte amélioration du niveau de l’enseignement secondaire public a permis d’augmenter le niveau de compétence des travailleurs pauvres. L’écart salarial avec les travailleurs plus aisés a commencé à se réduire, même dans une période d’expansion commerciale. Selon les estimations de la Banque mondiale, l’inégalité des chances se réduit dans certains pays d’Amérique latine, en partie grâce aux succès des programmes de transfert d’argent qui permettent aux enfants pauvres de poursuivre leurs études. Des études montrent que l’Amérique latine consacre désormais une part plus importante de son PIB aux 20% d’enfants les plus pauvres. L’amélioration des infrastructures comme les routes, les chemins de fer, l’électricité et les télécommunications permet aux pauvres vivant dans l’arrièrepays ou dans les régions rurales reculées, de bénéficier de l’expansion des emplois dans les secteurs mondiaux et ainsi de réduire les inégalités régionales et les inégalités ville-campagne représentant une partie importante de l’inégalité globale des pays développés. L’état du marché intérieur du travail détermine également la manière dont les travailleurs vont s’adapter. En Inde, par exemple, on sait que les employés du secteur de la fabrication, un secteur informel à faible productivité, subissent une grande partie du poids de la concurrence accrue du marché de la libéralisation du commerce de produits manufacturés. Beaucoup de ces travailleurs se retrouvent entassés loin des secteurs d’échanges commerciaux, habituellement dans des services de travailleurs autonomes. Et leur situation a accentué les inégalités dans ce pays où l’écrasante majorité de la maind’œuvre est informelle. Les quelques travailleurs relativement organisés en Inde s’en sortent mieux que les travailleurs du secteur informel. Toutefois, le mouvement syndical étant décentralisé et fragmenté, la capacité de négociation collective demeure affaiblie. Dans l’ensemble, l’apparition de pays en développement sur le marché mondial encourageant les exportations de produits à forte densité de main-d’œuvre a augmenté l’offre globale de main-d’œuvre. Parallèlement, la menace crédible des capitaux pour s’établir ailleurs – et externaliser – a augmenté le pouvoir La corruption dans le monde, largement banalisée ? Sanjay Kanojia/AFP/Getty Images Allahabad, le 16 novembre 2012. Une ouvrière indienne travaille sur un chantier de construction et porte des briques. Pranab Bardhan fait valoir que si la mondialisation peut créer de nombreuses difficultés pour les citoyens pauvres, elle offre également des opportunités que certains pays saisissent et d’autres pas. de négociation des entreprises, affaiblissant l’influence voire la viabilité des syndicats et générant ainsi une hausse des inégalités. Pendant longtemps, les syndicats des pays riches ont permis aux travailleurs de bénéficier d’une part du gâteau du marché des entreprises, mais avec une concurrence mondiale accrue, les revenus ont chuté. La part des travailleurs immobiles, généralement sous-qualifiés, a subi une baisse disproportionnée par rapport à celle des capitaux mobiles internationaux. Dans les pays qui disposent de syndicats centralisés, où les travailleurs ont un solide filet de bien-être ainsi que de bonnes possibilités de reconversion professionnelle, les travailleurs négocient mieux et s’opposent moins à la mondialisation, comme par exemple dans les pays scandinaves. Au contraire, aux États-Unis ou en Inde, les syndicats sont généralement antimondialisation, puisqu’ils ont des mouvements ouvriers décentralisés et des filets de sécurité inefficaces. Dans certains pays, la mondialisation conduit à une surexploitation des ressources locales écologiquement fragiles – les forêts, les zones de pêche, l’eau, et bien plus – dont dépend la subsistance des ruraux les plus pauvres. La sous-évaluation de certaines de ces ressources – les eaux d’irrigation en Inde, l’énergie en Russie, et les concessions forestières en Indonésie – est un facteur majeur dans l’épuisement des ressources, les intérêts nationaux étant souvent la cause de la poursuite de ces politiques néfastes. Généralement la mondialisation provoque beaucoup de difficultés pour les pauvres, mais elle offre aussi des opportunités que certains pays saisissent et d’autres pas, cela dépend en grande partie de leurs institutions politiques nationales et économiques. Le résultat est souvent complexe et presque toujours lié au contexte du pays. Les politiques de redistribution rencontrent souvent de sérieux obstacles qui sont nationaux – des propriétaires terriens, des politiciens et des bureaucrates corrompus et les riches bénéficiant d’avantages fiscaux – et la fermeture de l’économie ne réduit aucunement le pouvoir de ces puissants intérêts. Autrement dit, la mondialisation n’est pas toujours la principale cause de nos problèmes, contrairement aux allégations de ses opposants, tout comme elle n’est pas la solution unique à nos difficultés, contrairement aux prétentions venant de certains commerçants libéraux très enthousiastes. Pranab Bardhan est professeur d’économie à l’université de Californie, Berkeley. Il a publié 12 ouvrages dont le plus récent est Awakening Giants, Feet of Clay : Assessing the Economic Rise of China and India. Avec l’autorisation de Yale- Global Online. Copyright 2012, Yale Center for the Study of Globalization, Yale University. JACK PHILLIPS Angelos Tzortzinis/AFP/Getty Images Athènes, 30 novembre dernier. Les employés municipaux scandent leurs slogans s’opposant aux mesures d’austérité et aux licenciements prévus dans le secteur public. D’après un nouveau rapport paru début décembre sur la perception de la corruption, la Corée du Nord, la Somalie et l’Afghanistan, ravagé par la guerre, sont parmi les pays les plus corrompus au monde. Selon l’ONG Transparency International, les pays comme la Grèce et l’Égypte sont aussi identifiés comme gravement gangrénés. Finalement, peu de surprise dans ce nouveau classement, à l’exception des pays qui, ayant connu le Printemps arabe, sont aujourd’hui perçus comme davantage corrompus que l’année précédente. L’Égypte, actuellement dirigée par le Président MohamedMorsi, dont on sait que les protestations et les émeutes ont renversé le Président Hosni Moubarak, au pouvoir depuis longtemps, est tombée de la 112 e à la 118 e place. Le classement des pays corrompus réalisé par Transparency International repose sur les degrés de corruption observés dans les secteurs publics. Il ne se base pas sur une évaluation quantitative des incidents de corruption survenus dans les pays comparés. Néanmoins, le rapport souligne que la corruption demeure un problème persistant et généralisé à travers le monde. Dans un communiqué, Transparency International confiait : « La corruption détruit des vies et des communautés, elle sabote les pays et les institutions. Elle provoque la colère populaire qui menace de déstabiliser davantage les sociétés et exacerbe la violence des conflits ». Ce communiqué ajoute : « La corruption se reflète dans la souffrance humaine, avec l’extorsion de familles pauvres, obligées de verser des pots-de-vin pour accéder aux soins médicaux ainsi qu’à l’eau potable ». Sur les 100 points du classement, pratiquement les deux tiers des 176 pays comparés ont marqué moins de 50 points. « L’an dernier, le tollé croissant contre les gouvernements corrompus a chassé nombre de dirigeants de leurs fonctions. Cependant une fois la situation calmée, on se rend compte que les niveaux atteints par la corruption, les abus de pouvoir et les ententes illégales sont encore très élevés dans de nombreux pays », poursuit Transparency International dans son communiqué. Le Danemark, la Finlande et la Nouvelle-Zélande, qui se disputaient la première place du classement, sont perçus par leurs citoyens comme les pays les moins corrompus. Ils font un score de 90 sur 100. L’Australie, la Suède, la Norvège, le Canada et la Suisse font aussi un bon score. Les États-Unis sont 19 e avec 73 sur 100. En Europe, la Grèce occupe la dernière place du classement avec un score de 36 sur 100 et remplace la Bulgarie au fond du tableau. L’Union européenne et le Fonds Monétaire International ont par ailleurs accordé à la Grèce un certain nombre de prêts. L’Italie et la Roumanie sont également mal classées, marquant respectivement 42 et 44 points. En Amérique latine, le Venezuela est dernier, ne marquant que 19 sur 100, alors que l’Uruguay et le Chili font les meilleurs scores de la région, soit 72. Pour l’organisation, les mesures prioritaires de la lutte anti-corruption sont connues : une meilleure évaluation du lobbying, des financements politiques, une plus grande transparence dans les dépenses et les contrats publics. Cobus de Swardt, le directeur général de l’organisation déclare, dans un communiqué : « Les premières économies du monde doivent prêcher par l’exemple. Elles doivent faire en sorte que leurs institutions soient entièrement transparentes et que leurs dirigeants rendent des comptes ».
1 – 15 JANVIER 2013 International 7 Perte de confiance dans le système judiciaire en Ukraine ALINA MASLAKOVA KIEV, Ukraine – La confiance dans le gouvernement et le système judiciaire ukrainien a été dopée en 2005. Le Tribunal Suprême avait alors annulé les résultats d’élections décriées comme frauduleuses, et un nouveau gouvernement avait été élu après un examen très approfondi. L’appareil judicaire avait soutenu l’appel à la démocratie lancé par les manifestations de la Révolution Orange. Au cours des années qui ont suivi, les Ukrainiens ont perçu l’impunité accordée aux responsables et aux membres de leur famille par les tribunaux. Ils ont vu l’incarcération de la dirigeante de l’opposition, Yulia Timoshenko, considérée comme coupable d’abus de pouvoir de la part de l’actuel Premier ministre, Mykola Yanovych Azarov. La confiance dans le système judiciaire, en berne Selon un sondage mené par le département de sociologie du centre Razumkov, 55% des Ukrainiens ne soutiennent pas l’activité des tribunaux. Près de 28% des personnes interrogées ont déclaré soutenir certaines actions en justice alors que seulement 5% d’entre eux affirment être pleinement en accord avec l’activité des tribunaux. Andriy Bychenko, sociologue du centre Razumkov a déclaré que de nombreux Ukrainiens pensent que les tribunaux protègent les intérêts des autorités au détriment des citoyens ordinaires portant des accusations contre les autorités. « Même en présence d’une vidéo sur laquelle tout est dévoilé [un crime commis], si les officiels ou leurs enfants sont impliqués, en dépit de la pression sociale, finalement, aucun d’entre eux n’est reconnu coupable », a déclaré Bychenko. Le sondage a été reconduit chaque année de 2005 à 2012. Les élections ont redonné de l’espoir au peuple – la confiance dans le système judiciaire étant relativement élevée peu après la Révolution Orange de 2005, mais aussi après les élections fédérales de 2010. Les Ukrainiens espéraient une amélioration après chaque nouveau dirigeant, mais la déception a suivi et la confiance dans le système a décliné, a expliqué le sociologue. L’emprisonnement très controversé de la dirigeante de l’opposition, Yulia Timoshenko, et de son allié, Yuriy Lutsenko, n’a pas amélioré la réputation des tribunaux. « La grande majorité des citoyens ne croient pas que la loi a été violée uniquement par les représentants de l’ancien gouvernement. Ils pensent clairement qu’elle l’est aussi par les représentants vétérans du gouvernement actuel », a déclaré Bychenko. « Mon attitude envers les tribunaux est généralement négative », a déclaré Vyacheslav, entrepreneur de Kiev. Bychenko a expliqué qu’il est plutôt habituel pour les gens de ne pas se rendre devant les tribunaux, par défiance. Sergei Supinsky/AFP/Getty Images La dirigeante de l’opposition ukrainienne, Yulia Timoshenko, devant les tribunaux, le 11 octobre 2011. L’emprisonnement de Timoshenko est contesté. Il est considéré comme un abus du pouvoir judiciaire de la part de l’actuel Premier ministre. C’est un facteur contribuant au déclin de la confi ance dans le pouvoir judiciaire ukrainien. Un juge et sa famille décapités Le 15 décembre est une journée nationale en Ukraine au cours de laquelle sont fêtés les juges et le personnel judiciaire. Ce jour-là, le juge Volodymyr Trofimov, âgé de 58 ans, et trois des membres de sa famille ont été décapités. Ce crime épouvantable fait encore l’objet d’une enquête et le mobile n’a toujours pas été déterminé. Trofimov était aussi propriétaire d’une importante collection d’antiquités, et l’incident pourrait avoir un lien avec un vol qui aurait mal tourné. Le juge Serhiy Zubkov de Kiev a été assassiné en mars 2011. En 2006, le juge Victor Lopatsky a été la cible d’un tireur. Ses blessures n’ont pas été graves. Deux suspects évincés à la suite de la décision du juge dans une dispute de propriété ont été accusés de l’assassinat de Zubkov. Une campagne publique appelle à leur libération, pour affirmer que les accusations étaient fausses. Ruslana Lyzhichko, célèbre chanteuse populaire ukrainienne et victorieuse de l’Eurovision, s’est exprimée lors d’une conférence de presse tenue pour la libération de ces détenus. « Je me sens triste que ce mélimélo judiciaire soit devenu la norme en Ukraine. L’injustice est devenue affaire courante ». États-Unis : vers l’interdiction des armes d’assaut ? JACK PHILIPS Dianne Feinstein, sénatrice démocrate de Californie, a déclaré qu’elle présenterait au Congrès en 2013, une loi visant à interdire les armes d’assaut. Sa proposition interdirait la vente, le transfert, l’importation et la fabrication des armes d’assaut, ainsi que les magazines, les clips de munitions et de tambours contenant plus de dix coups. « Je tente de rassembler les soutiens pour la résolution au Sénat et à la Chambre des Représentants », a-t-elle affirmé, le 17 décembre dans une déclaration. Le terme « arme d’assaut » contient de multiples significations, et certains États ont leur propre définition, mais Dianne Feinstein a affirmé avoir à l’esprit une liste spécifique d’armes qui devraient être interdites. Il existe environ une centaine d’armes à feu que Feinstein tente de restreindre, dont des fusils semi-automatiques, des armes de poing et des armes à feu, sans nommer lesquelles. Ces armes se trouvent sur un magazine qui peut en proposer plus de dix séries. « Nous devons supprimer ces armes dangereuses de nos rues », a-t-elle ajouté. Mais son bureau a déclaré que la mesure protègerait les droits des chasseurs et des propriétaires d’armes privées, en n’incluant pas parmi les armes interdites, environ 900 d’entre elles, celles utilisées pour la chasse et le sport. Les armes antiques, se chargeant manuellement et celles qui sont totalement démilitarisées ne seraient pas non plus concernées. Plusieurs autres législateurs démocrates, parmi lesquels Chuck Schumer, sénateur de New York, soutiennent cette mesure. En 1994, Dianne Feinstein a épaulé le passage de la première interdiction fédérale des armes d’assauts, celle-ci a pris fin dix ans plus tard. Louie Gohmert, républicain, a déclaré qu’il s’opposerait aux tentatives démocrates sur le contrôle des armes. « Eh bien pour la raison invoquée par George Washington : ‘Un peuple libre devrait être armé’. Cela protège contre la tyrannie du gouvernement, s’il sait que l’armée la plus importante est le peuple américain », a-t-il déclaré au cours du programme télévisé Fox News Sunday. « Une fois que vous avez commencé à ouvrir une brèche, où allez-vous vous arrêter ? La loi contre les armes ne fonctionne pas », a-t-il déclaré. Dans le même temps, le président Barack Obama souhaite renforcer les lois du pays sur les armes, suite à la fusillade mortelle dans une école du Connecticut qui a tué 20 enfants. « Dans les semaines à venir, [Obama] utiliserait le pouvoir de son bureau pour engager le peuple et les législateurs américains, les responsables de la mise en application de la loi, les experts de la santé mentale, les éducateurs et autres dans un effort pour tenter d’empêcher ce type de terrible tragédie de se reproduire dans le Scott Olson/Getty Images Un fusil de style AR-15 sur le comptoir d’un magasin d’armes à Tinley Parldans l’Illinois, le 17 décembre dernier. futur », a expliqué aux journalistes Jay Carney, le secrétaire de presse de la Maison Blanche. « C’est un problème complexe qui demande une solution complexe. Pas une seule partie de législation, pas une seule action ne réglera totalement le problème », a déclaré Carney. « Ainsi, je n’ai pas d’agenda spécifique à vous annoncer aujourd’hui. Je voudrais simplement vous signaler ce que le président a déclaré sur les évolutions dans les semaines à venir et je veillerai à ce qu’il le fasse. » Obama a rencontré récemment les membres de son cabinet sur cette question, mais Carney n’a pas apporté de précision. Il a insisté sur le fait qu’il n’y avait pas de calendrier spécifique pour ce faire. La Syrie et la sémantique de la guerre civile JACQUELINE OUTKA La sémantique de la guerre a été entièrement débattue au cours des années – le terroriste d’un homme, tel qu’il se définit, est le combattant de la liberté d’un autre homme. Cette sémantique a toujours changé : dans une colonne de La Tribune de 1944, George Orwella écrit : « Lorsque la guerre [civile] espagnole a éclaté, la BBC a créé le mot ‘insurgés’pour les sympathisants de Franco. Cela signifiait qu’ils étaient des rebelles, et donnait à la rébellion une image respectable. » Actuellement, le courant a tourné et le mot insurgé – utilisé, par exemple, en référence aux combattants anti-américains en Irak – est devenu plus chargé négativement que rebelle. Tout comme le fait d’appeler les participants aux guerres par des noms différents influence nos sentiments envers eux, alors, la manière dont nous nommons chaque guerre, elle-même, est aussi très importante (par exemple, la guerre civile américaine au lieu de la guerre d’agression nordiste). Se référer à la « répression » d’Assad pour l’opposition syrienne, consiste à appeler l’aide, l’attention et la condamnation du monde ; appeler conflit, une véritable « guerre civile », comme les médias l’ont fait récemment, c’est sousentendre quelque chose de tout à fait différent. Sans mettre en avant l’une de ces deux descriptions, il est utile d’examiner, ce que signifie exactement ce dernier terme. Les guerres civiles sont généralement définies comme des guerres entre deux groupes ou plus au sein d’un État-nation particulier. Dans le cas syrien, les deux principaux acteurs sont le gouvernement et l’opposition. L’opposition est un organe complexe en lui-même, composé de nombreux groupes divers unis néanmoins, dans leur désir de renverser le gouvernement en place. Un expert a déclaré que l’État doit être une des parties prenantes dans une guerre, pour qu’elle soit considérée comme civile, mais dans la pratique, tout dépend des perspectives de chacun (ainsi, concernant la guerre civile américaine, les deux côtés se sont considérés comme un État – c’était la nature même du conflit). Les historiens comme John Keegan avancent que plusieurs conditions supplémentaires doivent être mises en place avant qu’une guerre soit considérée comme civile – y compris la présence d’uniformes – mais ceci est un minoritaire. Depuis le XX e siècle, la nature de la guerre civile a changé. Au cours des 100 années passées, les guerres civiles ont augmenté à la fois en quantité et en durée. Le résultat est que, paradoxalement, elles sont devenues à la fois plus et à la fois moins significatives. D’un coté, de nombreuses guerres civiles suivent leur chemin sanglant dans de petits coins oubliés du monde, la plupart des gens étant à peine informés. D’un autre côté, une caractéristique de la guerre civile moderne est l’interférence d’acteurs externes ; vous avez des armes d’un pays X et le soutien d’un pays Y, le pays Z menace d’envahir si tout n’est pas réglé en décembre. Et la classification d’un conflit particulier en guerre civile semble justifier la distance émotionnelle – « c’est leur combat, pourquoi devrions-nous être impliqués ? » – et les opérations clandestines (de type guerre froide) de la part des observateurs des nations étrangères. Dans le cas de la Syrie, l’utilisation du terme de guerre civile est devenue beaucoup plus commune ces derniers mois. Les Nations unies ont été parmi les premiers à utiliser le terme en juin dernier, et il semble maintenant être utilisé sans commentaires. On peut se demander, pourquoi soulever cette question ? La violence est la violence, et on pourrait mettre en doute que les civils syriens perdent le sommeil à cause des terribles jours et nuits des mordus de la politique internationale. Cependant, le fait que les acteurs internationaux jettent le mot pourrait être significatif pour le futur de la Syrie. Prenons la récente déclaration d’Assad selon laquelle il « vivra et mourra en Syrie ». Cette rhétorique vient en réponse aux offres, entre autre, de David Cameron de l’accueillir dans leur pays à condition qu’il appelle à un cessez-le-feu. La remarque d’Assad, au fond, joue la carte de la guerre civile contre l’occident – insistant sur le fait qu’il s’agit seulement d’un conflit syrien, et que personne d’autre ne doit intervenir. Cependant, Time a récemment rapporté que le Président Obama, à peine réélu, répond déjà aux appels pressants demandant s’il a prévu de modifier sa politique en Syrie – ou, en revenant à notre terme favori, d’intervenir dans une guerre civile. Ainsi, la sémantique de la guerre n’est pas que de la sémantique – et, si vous suivez la situation en Syrie, prêtez attention à chaque terme et ce que cela implique exactement. Jacqueline Outka est un contributeur de Foreign Policy in Focus. Pour en savoir plus : www.fpif.org Adem Altan/AFP/Getty Images Des enfants de réfugiés syriens attendent pour entrer en classe, le 27 novembre dernier, dans un camp de réfugiés à Kilis, dans le sud de la Turquie. Plus de 120.000 Syriens se sont rendus en Turquie pour fuir la violence mortelle qui a envahi leur patrie.



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :