Epoch Times Paris n°200 16 mai 2011
Epoch Times Paris n°200 16 mai 2011
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°200 de 16 mai 2011

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : Epoch Times France

  • Format : (285 x 430) mm

  • Nombre de pages : 16

  • Taille du fichier PDF : 3 Mo

  • Dans ce numéro : NTD, la diffusion en Chine d'une télévision indépendante menacée.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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16 Culture www.lagrandeepoque.com Entretien avec Hubert Reeves S'il y a un homme qui est continuellement d'actualité et qui sait y voir clair, c'est bien Hubert Reeves. La Grande Époque l'a rencontré dans le cadre de la promotion de son documentaire Du big bang au vivant. Après avoir visionné le documentaire Du big bang au vivant, on peut comprendre que bien des réponses à propos de l'humanité ont été trouvées, mais que bien d'autres sont à venir, des réponses qui seront de plus en plus stupéfiantes. Quelles sont les qualités primordiales que le scientifique doit posséder face à ce qui s'en vient ? Cela reste les mêmes exigences qu'autrefois : être prêt pour des choses étonnantes, des choses imprévues. Ne pas avoir de préjugés au départ, c'est-à-dire, ne pas chercher à confronter les idées qu'on a déjà. Il faut faire attention à cette question qui peut nous traverser l’esprit : « Qu'est-ce qui me ferait plaisir de découvrir ? » Il y a des idées qu'on aime, des idées qu'on n’aime pas, mais cela n'a aucune importance. Elles sont ce qu’elles sont. Je parlais un peu plus tôt avec quelqu'un qui me disait : « L'univers ne peut pas être infi ni, ça n'a pas de sens ». Je lui ai dit : « Cela dépend ce que veut dire ‘pas avoir de sens’ ». Si on découvre que l'univers est infi ni, cela n'a pas beaucoup d'intérêt que quelqu'un affirme que cela n'a pas de sens. Il y a cette intrusion des goûts, des affects dans la science. C'est important d'être lucide et de ne pas seulement pêcher dans les eaux des poissons qu'on a envie de prendre. Les scientifiques ont quand même leur côté affectif qui les guide dans leur quête. Où votre côté affectif vous guide-t-il ? Ce qui m'intéresserait de savoir, c'est si nous sommes seuls dans l'Univers. Y a-t-il des gens qui vivent sur les planètes et, si oui, se posent-ils des questions ? Il y a cette comparaison intéressante avec un avion. Vous voyez passer un avion dans le ciel, c'est un petit point lumineux et vous imaginez très bien qu'il y a des gens qui sont en train de prendre un repas à l'intérieur. On sent, quand on voit un point dans le ciel, que c'est habité. Il serait fascinant de découvrir qu'il y a d'autres formes de vie intelligentes qui nous regardent et qui se demandent les mêmes choses à notre sujet. Pourquoi tarde-t-on comme espèce à mettre à jour nos livres d'histoires, les nouvelles connaissances aux programmes institués, par exemple, par les écoles ? C'est certain que cela prend un certain temps à s'intégrer. C'était la même chose à l'époque de Galilée, il a fallu une bonne période de temps pour que les gens puissent se faire à l'idée que la Terre n'est pas le centre de l'univers. On parle de plusieurs décennies. C'est ce que Freud appelle le choc astronomique. Il y a aussi le choc psychologique, dont le travail de Freud, l'inconscient, etc. Nous ne sommes pas seuls à bord ! Cela a pris bien du temps avant d'actualiser le tout à la pensée humaine. Pourrait-on parler du choc écologique ? Là, c'est plus grave, il y a des délais. Quand on voit la détérioration de l'écologie, il faut faire vite si on veut prendre de revers cette détérioration. Vous démontrez une grande ouverture sur ce qui est à découvrir, entre autres, par rapport aux formes de vie intelligentes ailleurs dans l'univers. Est-elle aussi grande chez vos collègues ? Il y a de tout. C'est comme dans toutes les communautés humaines. Je lisais récemment un article d'un scientifi que connu qui se mettait en colère contre les gens qui prétendent que l'Univers pourrait être infi ni. Il y a bien des raisons qui pourraient justifi er que certaines personnes sont si offusquées à l'idée que l'univers pourrait être infi ni. Pourquoi certains trouvent-ils cela indigne ? D'un autre côté, il peut y avoir des scientifi - ques très religieux, comme il y a de parfaits athées. Il y a parmi eux des catholiques, des bouddhistes, etc. Il n'y a pas beaucoup de musulmans. Il y a comme une sorte de contradiction, il me semble, entre les certitudes imposées par l'Islam et l'attitude scientifi que, contrairement au bouddhisme. Y a-t-il des choses qui vous offusquent dans votre travail ? Votre ouverture d'esprit a-t-elle ses limites ? 16 – 31 MAI 2011 ● La Grande Époque « Être prêt pour des choses étonnantes, des choses imprévues, ne pas avoir de préjugés. » Getty Images Quand les gens ont des certitudes… J'aime bien l'adage qui dit : « Ça répugne à la raison ». Cela m'irrite quand je vois les gens qui veulent prouver, qui veulent vous amener vers l'idée qu'ils ont derrière la tête, autrement dit à leur propre façon de penser. Je n'aime pas la langue de bois. Tout se joue à comment on se situe par rapport à son ego, à l'idée d'avoir tort, comment on vit avec. On aime bien avoir raison. Presqu'à la mi-2011, quelles seraient les priorités humaines selon vous ? Sans conteste, résoudre la crise écologique. Stopper la détérioration planétaire. S'assurer que la vie va rester vivable, ce qui est loin d'être évident. Aujourd'hui, les menaces sont tellement graves qu'on peut s'inquiéter. Il est important de se mobiliser. Malheureusement, les sceptiques dans ce domaine sont souvent des incompétents. C'est capital qu'il y ait des hérétiques, mais on doit avoir des hérétiques compétents. Par exemple, les gens qui ont des opinons catégoriques sur le réchauffement climatique : c'est irresponsable, cela démobilise la population. Si les scientifi ques ne sont pas d'accord, les gens ne seront pas motivés à se mobiliser. Cela aggrave la situation. C'est suffi samment clair pour qu'il n'y ait plus de doutes raisonnables sur l'impact de l'humanité sur la planète, impact très négatif. Il y a de l'espoir, il y a du progrès, mais il faut faire bien et faire vite. Est-ce que de faire une découverte assez saisissante amènerait l'humain à sortir d'une léthargie, par exemple, si on peut prouver qu'il y a d'autres forme de vie intelligentes dans l'univers ? Cela aurait un effet intellectuel, philosophique, énorme, mais est-ce que cela aurait un effet sur le comportement, est-ce que cela empêcherait, par exemple, les ingénieurs japonais de construire des sites nucléaires sur des lieux hautement sismiques ? Je ne suis pas sûr. Malheureusement, ce sont des catastrophes qui font prendre conscience de l'essentiel chez l'être humain. S'il y a un accident à trois coins de rue, on se hâtera de placer un feu rouge. Pour le nucléaire, c'est la même chose. Si on regarde le passé de l'humanité, c'est par le malheur qu'on change de regard. Propos recueillis par Mathieu Côté-Desjardins



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