Epoch Times Paris n°197 1er avr 2011
Epoch Times Paris n°197 1er avr 2011
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°197 de 1er avr 2011

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : Epoch Times France

  • Format : (285 x 430) mm

  • Nombre de pages : 16

  • Taille du fichier PDF : 3 Mo

  • Dans ce numéro : prisons vénézuéliennes... un enfer où fusil et croix font la loi.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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4 International www.lagrandeepoque.com 1 – 15 AVRIL 2011 ● La Grande Époque Prisons vénézuéliennes : un enfer où fusil et croix font la loi Malgré la violence qui règne dans les prisons les plus meurtrières des Amériques, gangs de prisonniers et Église y assurent un ordre fragile. Si la paroi externe d’une prison vénézuélienne est très bien gardée, ce qui se trouve à l’intérieur des murs l’est tout autant. Seuls les acteurs changent. Ce sont les prisonniers, revolver, fusil d’assaut et grenade à la main qui jouent les geôliers dans les pénitenciers. Résultat, en 2010 l’Observatoire vénézuélien des prisons enregistrait 476 morts et 967 blessés pour une population carcérale d’un peu moins de 45.000 âmes. L’église est le seul endroit où l’on ne peut faire parler la poudre. À l’entrée du lieu sacré, une petite table bancale fait offi ce de kiosque de roches de crack où les pierres précieuses sont disposées avec style pour y être vendues. Un homme apparemment intoxiqué surveille son étal, tout en prêtant l’oreille à la cérémonie religieuse, Magnum reluisant à la main. « Gloire à Dieu… » Cris, faibles convulsions et murmures de louanges animent une atmosphère évangélique qui détonne avec l’air chargé d’effluves et de poussières fécales. L’église est un sanctuaire pour ceux qui veulent faire leur temps sans ennuis. Les actes de violence y sont formellement interdits par les « autorités » de la prison. Non seulement l’Église offre une protection, mais en être membre assure aussi une certaine immunité. Les membres de l’Église évangélique sont reconnaissables à la cravate qu’ils portent, sorte de visa offrant une garantie contre la violence. Diffi cile de dire si ces hommes se travestissent en croyant au profi t d’une certaine paix ou si leurs convictions sont sincères. Ici, tous les moyens sont bons pour survivre. La survie et la paix dépendent aussi du groupe qui dirige la prison. Plusieurs pénitenciers hébergent plus d’un gang, ce qui rend les affrontements inévitables. Lorsqu’il n’y a qu’un groupe, il est tantôt berger, tantôt cerbère. C’est le cas dans la prison Del Libertador (nom fictif). Deux hommes forts du même clan font la pluie et le beau temps dans ce pénitencier comptant plus de 2.000 reclus. « Nous cherchons à maintenir l’ordre ici, on évite à tout prix les morts. Cela nous assure que la Garde nationale n’entre pas dans la prison », raconte Milton, l’un des deux caciques. Le caïd, dans la jeune quarantaine et au look sportif, manie d’une dextérité innocente son Blackberry avec les mêmes mains de fer qui savent aussi bien commander la gâchette. Tout en décrivant l’âpreté de la vie carcérale, il fait aligner, dos à un mur criblé d’éclats de grenades, des prisonniers fraîchement arrivés. Se dessine derrière lui une scène d’épouvante. Un de ses hommes de main s’approche d’un « nouveau » et caresse son visage du bout de son pistolet, comme pour l’accoutumer au froid du métal. Mais le jeune ainsi tenu en joue ne fl échit pas, il en a manifestement vu d’autres. Son tortionnaire recule et pointe l’arme dans sa direction. Il ne bronche toujours pas. Si la scène surréaliste laissait présager une issue fatale, l’on comprend vite qu’il s’agit plutôt d’une brimade destinée à distinguer les braves des froussards et, surtout, à rappeler qui mène le bal. Malgré l’ignoble mise en scène qu’il vient d’orchestrer, le pran (le chef) parle presqu’en homme de paix. Il rappelle que la règle fondamentale qui régit l’endroit est le respect : « Si un prisonnier vole quelque chose à un autre, il faut l’avertir à coup de poignard ou à coup de feu, mais l’on tente de ne pas tuer, sauf si nécessaire… Parce que la Garde nationale… » La Garde nationale est le corps de police militarisée chargé de garder l’extérieur de la prison. Ses incursions à l’intérieur des murs sont rares, mais les pranes (les chefs) les redoutent. « Nous sommes bien armés, mais la Garde l’est encore Un mur mitraillé lors de combats confrontant les détenus à la Garde nationale. Les toits des pénitenciers pour survivre. mieux », raconte l’homme fort en pointant un mur mitraillé par des projectiles manifestement de gros calibre. En général, ce sont les détenus qui ont la haute main sur la direction d’un établissement. Face au chantage des armes et de l’argent, les fonctionnaires de l’État fi nissent souvent par courber l’échine et facilitent l’entrée d’armes et de drogues. « Tout cela entre par la porte principale », déclare le pran en esquissant un petit sourire narquois. La religion : une protection limitée Si la religion sert de refuge et de protection pour les prisonniers communs, elle peut aussi conforter un pran. Une drôle de cérémonie a lieu dans l’opulente chambre de l’un de ces derniers. Dans la cellule climatisée, munie d’un énorme écran plasma desservi par plusieurs centaines de canaux, un pasteur évangélique bénit les deux chefs qu’il semble investir d’une mission biblique. « Donne-leur la force pour qu’ils fassent le bien, protège ces hommes bons de toute mauvaise intention. » Celui qui fait la morale aux pranes, le pasteur José Argenis Sánchez, est un quadruple meurtrier qui a pris le rôle de berger alors qu’il purgeait une peine de 25 ans. Jean-Paul Saucier Calderón Jean-Paul Saucier Calderón Jean-Paul Saucier Calderón Homme armé, dans l'une des entrées de l'église de la prison Del Libertador (nom fictif). Après neuf années derrière les barreaux, il a obtenu une libération conditionnelle pour bonne conduite. « Ici, ce sont les pranes qui imposent la loi mais, parfois, ce sont des lois injustes. Dieu n’appuie pas ces règles. L’Église a donc le pouvoir de leur dire de ne pas mal agir. » Bien que l’Église et des chefs cherchant la paix permettent de survivre à une condamnation, cette sécurité n’est pas donnée à tous. Certains doivent se réfugier sur le toit d’un des pavillons. Peau tannée par le plombdu soleil, bouche cousue de fi celle pour montrer qu’ils sont engagés dans une grève de la faim qui les a déjà émaciés, ils exigent que l’État les transfère vers un pénitencier où ils seront victimes de moins d’inimitiés. Il n’y a pas que la violence qui guette les prisonniers. Le système carcéral souffre d’un surpeuplement sérieux. D’une capacité de 15.000 détenus, il en contenait près de 45.000 à la fi n de l’année 2010. Parfois, les prisonniers doivent « dormir » debout tellement l’espace est réduit. La surpopulation rend impossible la séparation des reclus selon la gravité des crimes commis ou reprochés. Petits larrons amateurs cohabitent donc avec meurtriers aguerris. Il doit bien y avoir des innocents aussi, puisque 70% des détenus n’ont pas encore été jugés. Les infrastructures sont gravement délabrées, les conduits d’eaux usées refoulent fréquemment les déjections humaines. Les cours des prisons ont l’allure de dépotoirs. Ce festin pour les mouches ne manque pas de les attirer. Elles affl uent en hordes qui forment des nuages porteurs de maladies et de bactéries auxquelles les reclus fi nissent rarement à s’habituer. Dur combat pour les droits des prisonniers Certaines ONG, tel l’Observatoire vénézuélien des prisons, luttent pour les droits des détenus. Mais cette lutte a un coût. Le directeur de l’organisme, Humberto Prado, a fait l’objet de plusieurs menaces de morts : « Ce sont manifestement des gens à qui mes activités font mal », affirme-t-il d’un ton réticent. Dans le milieu des ONG, on ne se gêne pas pour dire que Prado est menacé par l’État. Dans un pays politiquement polarisé comme le Venezuela, tout enjeu devient avant tout politique et la critique est rapidement assimilée à l’opposition. Depuis 2008, Prado fait l’objet de mesures provisoires édictées par la Cour interaméricaine des droits de l’homme. Ces dispositifs enjoignent l’État vénézuélien à protéger effectivement la vie de Prado en raison de son rôle de représentant des reclus de pénitenciers entiers. Il n’est pas le seul à être sous de telles mesures de protection de la Cour interaméricaine : la population entière de cinq pénitenciers est « protégée » par des mesures provisoires. En novembre dernier, la Cour faisait de la prison de Tocorón le cinquième établissement couvert par de telles mesures. Dans sa décision, le tribunal interaméricain a notamment reconnu que le lieu de détention était surpeuplé. Etant conçu pour recevoir 750 détenus, il en logeait plus de 3.200. La décision admet aussi qu’« entre le 27 et le 29 septembre 2010, une mutinerie causa la mort de 16 prisonniers en plus d’en blesser de 36 à 46. Au cours de cet évènement, des armes à feu ont été utilisées et on a aussi fait exploser huit grenades ». Malgré ces mesures de protection qui ont été appliquées à une première prison en 2006, et étendues à d’autres établissements depuis, l’État vénézuélien ne réussit pas à protéger adéquatement les prisonniers : en 2010, le nombre de morts a augmenté de 30% et celui de blessés de 52% comparativement à l’année précédente. La violence au-delà des prisons Loin des débats politiques et de la Cour interaméricaine, les grévistes de la faim veulent seulement être sauvés. Parmi ces hommes au destin incertain se trouve Marco, un jeune dans la vingtaine qui attend qu’on le fasse passer vers un enfer plus tolérable. Deux fils suturent ses lèvres derrière lesquelles se dessinent des dents rognées et noircies par les vapeurs de crack. Sa consommation lui a valu son séjour sur le toit : « Je devais 300 bolivares [70 $ au taux offi ciel] que je ne pouvais plus payer, on a donc voulu en fi nir avec moi, mais ici le toit me donne protection ». Au Venezuela, se coudre la bouche pour protester n’est pas un phénomène exclusif au milieu carcéral. Certains citoyens désespérés comme Franklin Brito, un petit producteur exproprié par le gouvernement Chávez, se sont cousu la bouche, dernier recours pour que leurs pétitions soient entendues. Brito est mort de faim le 30 août dernier. Quant aux parias des pénitenciers qui vivent sur les toits, il n’est pas rare qu’on réussisse à les liquider et qu’ils joignent, avec la bouche encore cousue, la pile de morts de la morgue de Bello Monte à Caracas. Plus de 400 corps y transitent par mois. Il y a des mois que les médias vénézuéliens ressassent la nouvelle, reprise dernièrement par les médias occidentaux : il est presque cinq fois plus probable d’être victime d’un meurtre au Venezuela que dans un pays en guerre tel l’Irak qui a sensiblement la même population. L’Institut national de statistiques a recensé plus de 19.000 homicides pour l’année 2009, ce qui veut dire que 52 personnes ont été assassinées chaque jour cette année-là, comparativement à la moyenne de 1,3 reclu par jour, pour l’ensemble des prisons vénézuéliennes, en 2010. Si les grévistes des toits rêvent de temps meilleurs dans un autre pénitencier, voire à la liberté, cela ne veut pas dire pour autant que la vie à l’extérieur soit une vie rêvée. JEAN-PAUL SAUCIER CALDERÓN
La Grande Époque ● 1 – 15 AVRIL 2011 Le TGV chinois sous le feu des critiques Le projet est stratégique pour la connexion des grandes villes chinoises. Pourtant, au sein même de l’appareil d’Etat chinois, les critiques sur les projets de ligne à haute vitesse se multiplient. Feng Peien, un membre du Congrès National du Peuple, a tiré la première fl èche publique lors d’une rencontre politique à Pékin, durant laquelle il a ouvertement remis en cause les bénéfi ces, coûts d’endettement, sécurité et processus décisionnels autour du projet de train à grande vitesse chinois. En 2010, l’Etat chinois a investi 700 milliards de yuans (environ 70 milliards d’euros) pour l’extension des lignes ferroviaires à grande vitesse, soit près de deux fois les investissements nationaux dans l’éducation et l’innovation. Pour Feng Pein, le coût réel de construction dépasse largement le coût offi ciel de 100 millions de yuans (10 millions d’euros) par kilomètre. La dette accrue par le ministère des Transports est donc particulièrement dirigeante, affirme-t’il. La ligne Pékin-Tianjin, la première en date, n’est par exemple non seulement pas capable de rembourser les investissements faits, mais continue de perdre 700 millions de yuans par an, dont 600 millions pour les seuls intérêts d’emprunt. Les prix des billets des TGV chinois sont au-dessus des moyens de beaucoup de Chinois, qui sont cependant obligés de les utiliser du fait de la fermeture des anciennes lignes bon marché. Résultat, un certain désamour pour ces trains trop chers. Un internaute raconte par exemple dans un de ses posts avoir été le seul passager de son wagon de PUBLICITÉ FRANCE seconde classe sur la ligne Shanghai- Hangzhou, et avoir observé que les wagons de première classe étaient tous vides. Les énormes investissements et les achats de terrain liés aux projets de construction ont également alimenté la corruption et les expulsions illégales. Liu Zhijun, l’ancien ministre des Transports, est aujourd’hui emprisonné pour s’être enrichi à hauteur de 150 millions d’euros dans ce projet. Limogé en février cette année, il laisse derrière lui un héritage de dette et de mauvaise gestion. www.lagrandeepoque.com AFP/Getty Images Durant son mandat, le réseau grande vitesse s’est considérablement accru, et doit atteindre les 13.000 kilomètres en 2012. Loin d’être une fi erté, cette excessive rapidité est pour Feng Pein une source d’inquiétude. Même si aucun incident n’est à ce jour à déplorer, les Les réactions en Chine après le séisme, le tsunami et l'accident nucléaire au Japon sont à la fois choquantes et humaines, dans un pays où les sentiments envers le Japon restent complexes. Les dévastations au Japon sont parfois devenues en Chine un prétexte pour affirmer la richesse chinoise à travers des initiatives philanthropiques spectaculaires. Mais l'impact le plus frappant du séisme japonais s'est manifesté quand les médias chinois d'Etat ont fait état non pas de la possibilité d'un nuage radio-actif au-dessus de la Chine, mais de rumeurs sur une contamination future des réserves de sel en Chine par l'exposition aux radiations des salines le long de la côte Est. Le fait que les médias d'Etat Chine 5 critères de qualité ne sont pas là, dit-il. Ailleurs dans le monde, les constructions sont plus lentes mais aussi plus fi ables et les rails soumis à des tests de charge répétés. Pas en Chine. « Nous ne pouvons vraiment pas garantir la qualité de notre travail de construction » s’inquiète une ingénieur d’une grande entreprise ferroviaire nationale cité par le China Economic Weekly. « Pour certains projets, les étapes d’étude, de conception et de construction sont faites en même temps. Pour certains projets, c’est pire encore car ils ne sont même pas passés par ces trois étapes. » Un autre ingénieur, aujourd’hui à la retraite, dit que de sa vie il ne montera jamais dans un train à grande vitesse fabriqué en Chine. Sa remarque a été largement citée dans les médias chinois. La conception, la construction, la supervision et la réalisation du TGV chinois ont été entièrement réalisées par le ministère des Transports, ce qui est en soi une autre source d’inquiétude au vu des performances passées du ministère. Si le précédent ministre est en prison, l’étendue des problèmes du TGV chinois commence seulement à se révéler, affirme Kato Yoshikazu, du Financial Times, « parce que le développement du réseau grande vitesse a été beaucoup trop rapide et n’a pas respecté les lois économiques – il est diffi cile [maintenant] qu’il soit profi table ». Le journaliste souligne également que le taux d’endettement du ministère est de 70%, ce qui pour une entreprise privée équivaudrait à la faillite. QUINCY YU ET JANE LIN Une rumeur sur du sel radioactif provoque une panique aient demandé aux téléspectateurs de ne pas s'inquiéter des futures réserves de sel a provoqué l'effet contraire : cela a déclenché une panique. Les Chinois se sont précipités pour acheter du sel dans plusieurs villes, ce qui a encore amplifi é l'effet de la rumeur. Ce spectacle, et surtout son ridicule, a dominé les discussions sur le site Weibo et sur la plupart des réseaux sociaux, et le personnel de Weibo a commencé à supprimer la plupart des tweets reliés à la rumeur dès qu'ils apparaissaient, augmentant encore la panique. Voici quelques tweets sauvegardés avant leur disparition : « Dans beaucoup d'endroits dans toute la province de Zhejiang aujourd'hui, depuis l'aprèsmidi jusqu'en soirée, une vague de panique a provoqué des achats de sel…Il faut que quelqu'un démente les rumeurs. » Lire la suite page 6



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