Epoch Times Paris n°196 16 mar 2011
Epoch Times Paris n°196 16 mar 2011
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°196 de 16 mar 2011

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : Epoch Times France

  • Format : (285 x 430) mm

  • Nombre de pages : 16

  • Taille du fichier PDF : 3 Mo

  • Dans ce numéro : la Chine fait son trou en Amérique du Sud.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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10 Nature www.lagrandeepoque.com 16 – 31 MARS 2011 ● La Grande Époque Le Bois de Vincennes à Paris abrite de nombreuses essences d’arbres. Une étude se penche sur l'impact du changement climatique sur l'arbre de vie Le changement climatique du XXI e siècle pourrait-il altérer la forme de l'arbre de vie ? D'après une nouvelle recherche fi nancée par l'UE, ce n'est pas forcément le cas. Une analyse haute résolution des arbres évolutionnaires révèle que malgré que l'arbre s'affi ne en raison du changement climatique, il ne perdra pas toutes ses branches, ainsi sa structure d'ensemble demeurera la même. 20% à 30% des espèces mondiales pourraient disparaître Présentée dans la revue Nature, l'étude a été en partie fi nancée par le projet Ecochange qui a obtenu 7 millions d'euros au titre du domaine thématique « Développement durable, changement mondial et écosystèmes » du sixième programmecadre. Le groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) estime qu'environ 20% à 30% des espèces mondiales pourraient courir un risque d'extinction si le réchauffement planétaire dépasse les 2,5 °C. S'il atteint les 3,5 °C, le GIEC pense que 40% à 70% des espèces pourraient disparaître. Ce qui préoccupe les chercheurs est que le changement climatique pourrait déclencher une perte déséquilibrée de la diversité si les extinctions ne sont pas distribuées de façon aléatoire à travers l'arbre de vie. À l'aide de six modèles de distribution d'espèces, quatre scénarios d'émissions et trois modèles climatiques mondiaux de haute résolution, l'équipe a modelé les impacts potentiels du changement climatique au cours des décennies à venir sur 1.280 végétaux, 140 mammifères et 340 oiseaux d'Europe. 3% des espèces vivant depuis toujours sur Terre sont encore en vie « Afi n de faire la distinction entre les extinctions résultant du changement climatique et celles qui devraient survenir normalement, nous avons créé des scénarios d'extinction aléatoires normaux comme témoins », explique Wilfried Thuiller du Centre national de recherche scientifi que (CNRS) en France, auteur principal de l'étude. Contrairement aux théories passées, l'étude a démontré que même si l'arbre se rétrécit d'une façon ou d'une autre, la structure demeurera intacte sans aucune perte majeure de la biodiversité. Des pertes majeures auront lieu seulement si des « branches » localisées sont entièrement éliminées. « Et cela, car les espèces vulnérables n'ont ni moins de parents, ni de plus proches parents que les clades restants », écrivent les auteurs. « Les baisses dans la diversité phylogénétique seront plus marquées dans le sud de l'Europe, et des bénéfi ces sont attendus dans les régions de latitude ou d'altitude élevée. Toutefois, les pertes ne seront pas compensées par des bénéfi ces et l'arbre de vie fait face à une tendance vers l'homogénéisation à travers le continent. » Instant terrestre www.instanterrestre.com Malene Thyssen/wikipedia La forêt des Ardennes. La disparition des espèces à travers l'histoire de notre planète n'est pas récente. L'étude montre que la disparition des espèces à travers l'histoire de notre planète n'est pas récente ; le changement va de pair avec l'évolution. À peine 3% des espèces vivant depuis toujours sur Terre sont encore en vie. Le problème principal, toutefois, est que l'activité humaine accélère ce processus. Les experts commencent tout juste à penser qu'il est possible qu'une nouvelle extinction de masse, telle celle déclenchée par la disparition des dinosaures il y a 65 millions d'années, soit en cours. La perte des parties spécifiques de l'arbre plus dangereuse Alors que les prévisions pour le nombre d'espèces en disparition en raison du cours actuel du changement climatique n'étaient pas matérialisées dans l'étude, les données semblent alarmantes dans le sens où nous devrions réprimer cette menace et assurer la viabilité des espèces. Miguel Araújo de l'université d’Évora et du Museum National des sciences naturelles à Madrid, en Espagne, affirme : « Que les extinctions aléatoires à travers l'arbre de vie soient moins dangereuses ou non que les extinctions dans des parties très spécifi ques de l'arbre ne dépendent que des niveaux du changement climatique – si l'extinction est modérée, la perte des parties spécifi ques de l'arbre peut être plus dangereuse que les extinctions dispersées, seulement si cela affecte le potentiel de l'évolution sur Terre. Mais si les extinctions atteignent un niveau observé lors des épisodes d'extinctions de masse, alors un modèle plus étendu d'extinctions peut être catastrophique car il compromet l'avenir de trop nombreux groupes biologiques ». La différence de cette étude est que cette équipe s'est penchée sur les effets du changement climatique dans les groupes phylogénétiques plutôt que dans les groupes taxonomiques. Alors que ces derniers fournissent des informations clés sur les relations évolutionnaires, ils se fondent également sur la forme et la fonction et sont moins précis lors des prévisions des évolutions futures. Les groupes phylogénétiques en revanche sont entièrement basés sur la relativité évolutionnaire entre les espèces. Cordis Rideau de la pensée Après la pluie incessante liée à la mousson et dans la touffeur tropicale, le sol imbibé libère son humidité dans un lambeau de brume. C’est alors que la forêt dense du Tonkin, au Vietnam, se pare d’un voile cotonneux, comme par pudeur, laissant cette impression agréable et légère d’avoir levé son intimité. Prenons soin, comme la nature, de vivre d’instants présents car notre esprit est trop souvent envahi de souvenirs et préoccupé par l’avenir. Nous sommes alors incapables de goûter la simplicité du monde alors qu’elle est toujours présente derrière le rideau de la pensée. Texte et photo de Stéphane Cabaret wikipedia
La Grande Époque ● 16 – 31 MARS 2011 Le palais de l'empereur était le palais le plus magnifi que au monde. Il était entièrement fait de la plus fi ne porcelaine. Dans le jardin, on pouvait admirer les fl eurs les plus merveilleuses ; et afi n que personne ne puisse passer sans les remarquer, on avait attaché aux plus belles d'entre-elles des clochettes d'argent qui tintaient délicatement. Ce jardin magnifi que s'étendait si loin que même le jardinier n'en connaissait pas la fin. En marchant toujours plus loin, on arrivait à une merveilleuse forêt. Et cette forêt s'étendait elle-même jusqu'à la mer, bleue et profonde. De gros navires pouvaient voguer jusque sous les branches où vivait un rossignol. Il chantait si divinement que même le pauvre pêcheur, qui avait tant d'autres choses à faire, ne pouvait s'empêcher de s'arrêter et de l'écouter lorsqu'il sortait la nuit pour retirer ses fi lets. — « Mon Dieu ! Comme c'est beau ! » Les nuits suivantes, quand le rossignol chantait, le pêcheur répétait à chaque fois : — « Mon Dieu ! Comme c'est beau ! » Des voyageurs de tous les pays venaient dans la ville de l'empereur et s'émerveillaient devant le palais et son jardin ; mais lorsqu'ils entendaient le rossignol, ils disaient tous : — « Voilà ce qui est le plus beau ! » Lorsqu'ils revenaient chez eux, les voyageurs racontaient ce qu'ils avaient vu et les érudits écrivaient à propos de la ville, du palais et du jardin. Mais c’est le rossignol qui recevait les plus belles louanges et les poètes réservaient leurs plus beaux vers pour ce rossignol. À travers le monde entier, des ouvrages le mentionnaient. Quelques-uns parvinrent un jour à l'empereur. Celui-ci s'assit sur son trône d'or, lut et lut encore. À chaque instant, il hochait la tête, se réjouissant à la lecture des éloges qu'on faisait sur la ville, le palais et le jardin. « Mais le rossignol est vraiment le plus beau de tout », y était-il écrit. L'empereur s'exclama : — « Quoi ! », « Mais je ne connais pas ce rossignol ! Y a-t-il un tel oiseau dans mon royaume, et même dans mon jardin que tout le monde connaisse et je n'en aurai jamais entendu parler ! » Il appela donc son chancelier et lui demanda : — « Il semble y avoir ici un oiseau des plus remarquables qui s'appellerait Rossignol. On dit que c'est ce qu'il y de plus beau dans mon grand royaume ; alors pourquoi ne m'a-t-on rien dit à ce sujet ? » — « Je n'ai jamais entendu parler de lui auparavant », dit le chancelier. « Il ne s'est jamais présenté à la cour ! » — « Je veux qu'il vienne ici ce soir et qu'il chante pour moi », dit l'empereur. « Le monde entier sait ce que je possède, alors que moi-même, je n'en sais rien. » — « Je n'ai jamais entendu parler de lui auparavant », redit le chancelier. « Je vais le chercher et je vais le trouver ! » Mais où donc le chercher ? Le chancelier parcourut tous les escaliers, les salles et les couloirs, mais aucun de ceux qu'il rencontra n'avait entendu parler du rossignol. Le chancelier retourna auprès de l'empereur : — « Ce qui est écrit dans le livre doit sûrement n'être qu'une fabulation. Votre Majesté impériale ne devrait pas croire tout ce qu'elle lit ; il ne s'agit là que de poésie. » — « Mais le livre dans lequel j'ai lu cela, m'a été expédié par le plus grand empereur du Japon. Ainsi ce ne peut pas être une fausseté. » — « Tsing-pe ! », dit le chancelier, qui s'empressa de faire des recherches avec la moitié des gens de la cour. Ils se mirent tous à rechercher car l'idée de recevoir le bâton ne leur plaisait guère. Finalement, ils rencontrèrent une pauvre fillette aux cuisines. Elle dit : — « Rossignol ? Oui, je le connais. Il chante si bien ! Chaque soir, j'ai la permission d'apporter à ma pauvre mère malade quelques restes de table ; elle habite en bas, sur la rive. Et lorsque j'en reviens, fatiguée, et que je me repose dans la forêt, j'entends Rossignol chanter. Les larmes me montent aux yeux. C'est comme si ma mère m'embrassait ! » Le chancelier lui dit : — « Petite cuisinière, je te procurerai un poste permanent aux cuisines et t'autoriserai à t'occuper des repas de l'empereur, si tu nous conduis auprès de Rossignol. Il doit chanter ce soir. » Alors, ils partirent dans la forêt, là où Rossignol avait l'habitude de chanter. Tandis qu'ils allaient bon train, un bœuf se mit à meugler. — « Oh ! », dit un gentilhomme. « Maintenant, nous l'avons trouvé. Je l'ai sûrement déjà entendu ! » — « Non », répondit la petite cuisinière, « c’est le bœuf qui meugle. Nous sommes encore loin de l'endroit où il chante ». Puis, un âne se mit à braire dans un pré lointain. Et le moine du palais s'exclama : « Merveilleux ! Là, je l'entends. Cela ressemble aux grosses cloches du temples ». — « Non, c’est un âne ! », dit la petite cuisinière. « Mais je pense que bientôt nous allons l'entendre ! » À ce moment, Rossignol se mit à chanter. — « C'est lui », s’exclama la petite fille. « Écoutez ! Écoutez ! Il est là ! » Elle montra un petit oiseau gris qui se tenait en haut dans les branches. — « Est-ce possible ? », demanda le chancelier. « Je ne l'aurais jamais imaginé avec une apparence aussi simple. Il aura sûrement perdu ses couleurs à force de se faire regarder par tant de gens ! » La petite cuisinière l’appela : — « Petit rossignol, notre gracieux empereur aimerait que tu chantes devant lui ! » Le rossignol lui répondit : — « Avec le plus grand plaisir », il chanta et ce fut un vrai bonheur. — « Mon excellent petit Rossignol », dit le chancelier, « j'ai le grand plaisir de vous inviter à une fête ce soir au palais, où vous charmerez sa Gracieuse Majesté Impériale de votre merveilleux chant ! » — « Mon chant s'entend mieux dans la nature ! », mais je vous accompagne volontiers. Au palais, tout brillait sous les feux de milliers de lampes d'or. Les fl eurs les plus magnifi ques furent placées dans les couloirs. Et comme il y avait là des courants d'air, toutes les clochettes tintaient en même temps. Au milieu de la grande salle où l'empereur était assis, on avait placé un perchoir d'or, sur lequel devait se tenir Rossignol. Toute la cour était là. Tous avaient revêtu leurs plus beaux atours et regardaient le petit oiseau gris, auquel l'empereur fi t un signe. Le rossignol chanta si magnifi quement, que l'empereur en eut les larmes aux yeux. Elles lui coulèrent sur les joues et le rossignol chanta encore plus merveilleusement. Cela allait droit au cœur. L'empereur fut ébloui et déclara : « Le Rossignol doit porter au cou une pantoufl e d'or ». Rossignol répondit : « Merci Majesté, mais j’ai déjà été récompensé : J'ai vu les larmes dans vos yeux et c'est pour moi le plus grand des trésors ! Oui, j'ai été largement récompensé ! » Là-dessus, il recommença à chanter de sa voix douce et magnifi que. Les dames tout autour, les plus diffi ciles à contenter, disaient : — « C'est la plus adorable voix que nous connaissons ! » Puis, se prenant pour des rossignols, elles se mirent aussi à chanter. Les serviteurs et les femmes de chambres montrèrent eux aussi qu'ils étaient joyeux. Le rossignol amenait beaucoup de bonheur. À partir de là, Rossignol dut rester à la cour, dans sa propre cage, avec, comme seule liberté, la permission de sortir et de se promener deux fois le jour et une fois la nuit. On lui assigna douze serviteurs qui le retenaient grâce à des rubans de soie attachés à ses pattes. Il n'y avait absolument aucun plaisir à retirer de telles excursions. Un jour, l'empereur reçut une caisse, sur laquelle était inscrit : « Le rossignol ». — « Voilà sans doute un nouveau livre sur notre fameux oiseau ! » Il s’agissait d’une œuvre d'art placée dans une petite boîte : un rossignol mécanique qui imitait le vrai, mais tout serti de diamants, de rubis et de saphirs. Aussitôt qu'on l'eut remonté, il entonna l'un des airs que le vrai rossignol chantait, agitant la queue et brillant de mille refl ets d'or et d'argent. Autour de sa gorge, était noué un petit ruban sur lequel était inscrit : « Le www.lagrandeepoque.com Le Rossignol et l’Empereur de Chine Rossignol philomèle. rossignol de l'empereur du Japon est bien humble comparé à celui de l'empereur de Chine ». Tous s'exclamèrent : — « C'est magnifi que ! » Et celui qui avait apporté l'oiseau reçut aussitôt le titre de « Suprême Porteur Impérial de Rossignol ». — « Comme ce serait plaisant de les faire chanter ensembles ! » Et ils durent chanter en duo, tandis que le vrai rossignol chantait à sa façon, l'automate, lui, chantait des valses. « Ce n'est pas de sa faute », dit le maître de musique, « il est particulièrement régulier, et tout à fait selon mon école ». Alors l'automate dut chanter seul. Il procura autant de joie que le véritable et s'avéra plus adorable encore à regarder. Il brillait comme des bracelets et des épinglettes. Il chanta le même air trente-trois fois sans se fatiguer. Les gens auraient bien aimé l'entendre encore, mais l'empereur pensa que ce devait être au tour du véritable rossignol de chanter quelque chose. Mais où était-il ? — « Mais que se passe-t-il donc ? », demanda l'empereur. Personne n'avait remarqué qu'il s'était envolé par la fenêtre, en direction de sa forêt verdoyante. Les courtisans grognèrent et se dirent que Rossignol était un animal hautement ingrat. — « Le meilleur des oiseaux, nous l'avons encore », dirent-ils, et l'automate dut recommencer à chanter. Bien que ce fût la quarante-quatrième fois qu'il jouait le même air, personne ne le savait encore par cœur. C'était un air très diffi cile. Le maître de musique fi t l'éloge de l'oiseau et assura qu'il était mieux que le vrai. — « Voyez, mon Souverain, empereur des empereurs ! Avec le vrai rossignol, on ne sait jamais ce qui en sortira, mais avec l'automate, tout est certain : on peut l'expliquer, le démonter, montrer son fonctionnement, voir comment les valses sont réglées, comment elles sont jouées et comment elles s'enchaînent. » — « C'est tout à fait notre avis ! », dit tout le monde, et le maître de musique reçut l’ordre de le présenter au peuple le dimanche suivant. Le peuple était en liesse, comme si tous s'étaient enivrés de thé, et tous disaient : — « Oh ! », en pointant le doigt bien haut et en faisant des signes. Mais les pauvres pêcheurs, ceux qui avaient déjà entendu le vrai rossignol, dirent : — « Il chante joliment, les mélodies sont ressemblantes, mais il lui manque quelque chose, nous ne savons trop quoi ! » Contes et légendes Wikipédia Le vrai rossignol fut banni du pays et de l'empire. L'oiseau mécanique eut sa place sur un coussin tout près du lit de l'empereur, et tous les cadeaux que ce dernier reçut, or et pierres précieuses, furent posés tout autour. L'oiseau fut élevé au titre de « Suprême Rossignol Chanteur Impérial » et devint le numéro un à la gauche de l'empereur. L'empereur considérant que le côté gauche, celui du cœur, était le plus distingué, et qu'un empereur avait lui aussi son cœur à gauche. Une année entière passa. L'empereur, la Cour et tous les Chinois connaissaient par cœur chacun des petits airs chantés par l'automate. Mais ce qui leur plaisait le plus, c'est qu'ils pouvaient maintenant eux-mêmes chanter avec lui. Les gens de la rue chantaient : — « Ziziiz ! Kluckkluckkluck », et l'empereur aussi. Oui, c'était vraiment magnifi que. Mais un soir, alors que l'oiseau mécanique chantait à son mieux et que l'empereur, étendu dans son lit, l'écoutait, on entendit un « cric » venant de l'intérieur. Puis quelque chose sauta : — « Crac ! » Les rouages s'emballèrent, puis la musique s'arrêta. L'empereur sauta immédiatement hors du lit et fi t appeler son médecin. Mais que pouvait-il bien y faire ? Alors on amena l'horloger, et après beaucoup de discussions et de vérifi cations, il réussit à remettre l'oiseau dans un certain état de marche. Mais il dit que l'oiseau devait être ménagé. À partir de là, on ne put faire chanter l'automate qu'une fois l'an, ce qui était déjà trop. Puis, cinq années passèrent, et une grande tristesse s'abattit sur tout le pays. L'empereur, qui occupait une grande place dans le cœur de tous les Chinois, était maintenant malade et devait bientôt mourir. L'empereur, froid et blême, gisait dans son grand et magnifi que lit aux grands rideaux de velours et or. Toute la cour le croyant mort, s'empressa d'aller accueillir le nouvel empereur. Les serviteurs sortirent pour en discuter et les femmes de chambres se rassemblèrent autour d'une tasse de thé. Le pauvre empereur pouvait à peine respirer. C'était comme si quelque chose ou quelqu'un était assis sur sa poitrine. Il ouvrit les yeux, et là, il vit que c'était la Mort. Elle s'était coiffée d'une couronne d'or, tenait dans une main le sabre de l'empereur, et dans l'autre, sa splendide bannière. De tous les plis du grand rideau de velours surgissaient toutes sortes de têtes, au visage parfois laid, parfois aimable et doux. C'étaient les bonnes et les mauvaises actions de l'empereur qui le 11 regardaient, maintenant que la Mort était assise sur son cœur. — « Te souviens-tu », disait la Mort. Puis, elle lui raconta tant de ses actions passées, que la sueur en vint à lui couler sur le front. L'empereur protestait : — « Cela je ne l'ai jamais su ! ». « De la musique ! De la musique ! Le gros tambour chinois, pour que je ne puisse entendre tout ce qu'elle dit ! » Mais la Mort continua de plus belle, en faisant des signes de tête à tout ce qu'elle disait. — « De la musique ! De la musique. Toi, cher petit oiseau d'or, chante donc, chante ! Je t'ai donné de l'or et des objets de grande valeur, chante. » Mais l'oiseau n'en fi t rien. Il n'y avait personne pour le remonter, alors il ne chanta pas. Et la Mort continua à regarder l'empereur avec ses grandes orbites vides. Et tout était calme, terriblement calme. Tout à coup, venant de la fenêtre, on entendit le plus merveilleux des chants : c'était le petit rossignol, plein de vie, assis sur une branche. Il était venu lui chanter réconfort et espoir. Et tandis qu'il chantait, les visages fantômes s'estompèrent et disparurent, le sang se mit à circuler toujours plus vite dans les membres fatigués de l'empereur, et même la Mort écouta et dit : — « Continue, petit rossignol ! Continue ! » — « Bien, me donnerais-tu le magnifi - que sabre d'or ? Me donnerais-tu la riche bannière ? Me donnerais-tu la couronne de l'empereur ? » La Mort donna chacun des joyaux pour un chant, et Rossignol continua à chanter. Il chanta le tranquille cimetière où poussent les roses blanches, où les lilas embaument et où les larmes des survivants arrosent l'herbe fraîche. Alors la Mort eut la nostalgie de son jardin, puis elle disparut par la fenêtre, comme une brume blanche et froide. — « Merci, merci ! » dit l'empereur. « Toi, divin petit oiseau, je t'ai banni de mon pays et de mon empire, et voilà que tu chasses ces mauvais esprits de mon lit, et que tu sors la Mort de mon cœur ! Comment pourrais-je te récompenser ? » — « Tu m'as récompensé », répondit Rossignol. « J'ai fait couler des larmes de tes yeux, lorsque j'ai chanté la première fois. Cela, je ne l'oublierai jamais. Ce sont là les joyaux qui réjouissent le cœur d'un chanteur. Mais dors maintenant, et reprend des forces. Je vais continuer à chanter. » Il chanta, et l'empereur glissa dans un doux sommeil, doux et réparateur. Le soleil brillait déjà par la fenêtre lorsque l'empereur se réveilla, fort et en bonne santé. Aucun de ses serviteurs n'était encore venu, ils le croyaient mort. Mais Rossignol était toujours là et il chantait. L’empereur lui dit : — « Tu resteras toujours auprès de moi ! Tu chanteras seulement lorsqu'il t'en plaira, et je briserai l'automate en mille morceaux ». — « Ne fais pas cela. Il a apporté beaucoup de bien, aussi longtemps qu'il a pu. Conserve-le comme il est. Je ne peux pas nicher ni habiter au palais, mais laisse-moi venir quand j'en aurai l'envie. Le soir, je viendrai m'asseoir à la fenêtre et je chanterai devant toi pour que tu puisses te réjouir et réfl échir en même temps. Je chanterai à propos du bonheur et de la misère, du bien et du mal, de ce qui, tout autour de toi, te reste caché. Un petit oiseau chanteur vole loin, jusque chez le pauvre pêcheur, sur le toit du paysan, chez celui qui se trouve loin de toi et de ta cour. J'aime ton cœur plus que ta couronne, même si la couronne a comme une odeur de sainteté autour d'elle. Je reviendrai et chanterai pour toi. Mais avant, tu dois me promettre. » L'empereur lui répondit : — « Tout ce que tu voudras ». — « Je te demande seulement une chose : ne dit à personne que tu as un petit oiseau qui te raconte tout. Tout ira beaucoup mieux ainsi. » Puis, Rossignol s'envola. Lorsque les serviteurs entrèrent, croyant constater le décès de leur empereur, ils se fi gèrent, stupéfaits, et l'empereur leur dit : — « Bonjour ». Conte d’Andersen



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