Épicure n°4 décembre 2007
Épicure n°4 décembre 2007
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°4 de décembre 2007

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Éditions Épicure

  • Format : (150 x 210) mm

  • Nombre de pages : 32

  • Taille du fichier PDF : 8 Mo

  • Dans ce numéro : LRU et blocages des facs : sachez décrypter.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Vie universitaire N LRU et blocages des facs : tentative de décryptage À l’heure où nous bouclons ce numéro, une quarantaine d’universités sont agitées par un mouvement qui s’intéresse finalement peu au contenu de la loi LRU (Libertés et responsabilités des universités), mais discute d’une posture à adopter laissant peu de choix : contre, pas contre, blocage, pas blocage. Pour élever le débat, EPICURE vous propose de plonger un peu dans le texte et de lire entre les lignes du mouvement. ous pencher d’abord sur la méthode n’est pas inutile. Dans beaucoup d’universités, des votes ont eu lieu, parfois dans une transparence douteuse. On a pu voir des minorités remettre les résultats en cause lorsqu’ils étaient défavorables au blocage. Rarement l’inverse. On a vu également des AG refuser de voter à bulletin secret, pratique pourtant on ne peut plus démocratique qui permet de se prononcer en son âme et conscience, sans pression. Ou encore des votes sans carte, et évidemment des votes à main levée dans les AG de plusieurs centaines de participants… Quant à l’ordre du jour, il s’en tient généralement à l’alternative blocage ou non, en partant du principe que de toute façon la LRU est inacceptable. Quand on demande à certains participants de ces AG s’ils l’ont lue, a fortiori avec les outils permettant de la comprendre (ben oui, lire une loi ça s’apprend), autant chercher un Nobel de physique dans les tribunes du PSG… Beaucoup de « simples » participants à ce mouvement découvrent avec enthousiasme la liberté de dire non avec autant d’espace. Un enthousiasme qui se méfie surtout du pouvoir visible (le gouvernement, Sarkozy, les flics…) mais qui a peut-être aussi à apprendre sur les techniques d’« agit-prop » 6 { EPICURE #4 — décembre 2007 (agitation-propagande) et les ficelles qu’on tire dans son dos. C’est un vieux militant qui vous parle, qui a vu bourrer des urnes, voter trois fois les mêmes personnes sur une motion, enterrer des débats par la multiplication des commissions, vu des modérés empêchés d’intervenir en tribune, et des chauffeurs de salle faire habilement pencher les majorités… L’agit-prop a encore de beaux jours devant elle S’opposer oui, mais la méthode compte d’autant plus qu’elle préserve la légitimité et la crédibilité d’un mouvement. Elle permet aussi d’entretenir une lecture lucide des événements, de distinguer les lignes de forces, les enjeux politiques des organisations étudiantes, leurs éventuels porte-àfaux. Comme c’est le cas de la direction l’UNEF, qui n'a pu demander le retrait de la loi puisqu’elle l’a négociée l’été dernier, mais qui a appelé à la mobilisation avant d'être "rassurée" par Valérie Pécresse. On ne sait pas, à l'heure où nous imprimons, quelle sera la réaction de sa base suite à la rencontre entre son président et la ministre. Sur son aile droite évoluent les modérés de la Confédération étudiante et de la FAGE, PDE et la droite universitaire (UNI), qui soutient les mouvements anti-blocage. De l’autre côté se démène l’extrême gauche radicale, dont SUD-Étudiant, hyper-minoritaire dans les conseils, et qu’on a pu entendre demander la « suppression des conseils centraux » au profit « d’assemblées générales décisionnelles ». Ça sent le petit Robespierre. À noter aussi la grande nouveauté que constitue l’organisation de mouvements anti-blocage, phénomène rarement observé à cette échelle lors des précédents grands mouvements étudiants, de mémoire de pisse-copie (Internet joue évidemment un grand rôle). De leur côté, les présidents d’université, loin d’être de dangereux autocrates ultralibéraux (qualificatif tendance pour ostraciser sans débat), approuvent quasi unanimement la LRU, malgré l’adhésion d’une grande partie d’entre eux au SNESUP et à la CFDT ! Bref, pour essayer d’avancer, nous avons planché sur le texte et tenté d’en extraire pour vous l’essentiel, point par point, avec tout l’arbitraire qu’implique la démarche quand les pages pour le faire sont comptées.
Renforcement de l’exécutif En alignant le mandat du président sur celui du conseil d’administration, la nouvelle loi évitera des cohabitations stériles et des crises comme on a pu en voir dans certaines universités par le passé. Elle renforce également le pouvoir de l’exécutif, parce que cela ne sert pas à grand chose qu'un établissement se dote collégialement d’une stratégie si son président ne peut pas l’appliquer en raison des résistances de quelques UFR influentes. Nouveauté plus regrettable en revanche, le président n’est plus élu par les trois conseils mais par le seul CA. Plus d’autonomie pour recruter La loi élargit les possibilités de recrutement de personnel contractuel. Peut-on parler de précarisation ? Oui et non. Il faut savoir que les universités ont souvent des besoins dans des nouveaux métiers qui n’existent pas dans la fonction publique, ou qu’elles n’arrivent pas à pourvoir par les procédures de l’emploi public. Il ne faut pas toutefois que cela devienne la règle pour les emplois traditionnellement bien pourvus dans le cadre de la fonction publique. Justement, les catégories B et C ne sont pas concernées par ces dispositions, donc pas de souci de ce côté-là. La loi contient en outre un garde-fou puisqu’elle prévoit que les présidents ne pourront pas dépasser un certain plafond financier en matière de recrutement contractuel. La grande nouveauté, c’est aussi que l’université peut désormais recruter en CDI, ce qui était auparavant illégal (CDD seulement) : c’est un énorme progrès dans l’intérêt du salarié contractuel. Quant à la menace « d’arbitraire local » sur les recrutements enseignants éventuellement ouverte par la LRU, elle existe déjà ! Sauf que c’est un arbitraire collégial, celui des commissions de spécialistes chargées de recruter les enseignants. C’est d’ailleurs un secret de polichinelle : ces commissions sont souvent opaques (pas partout !), il y règne des luttes d’influence et des Que prévoit la « loi Pécresse ? » Une autonomie encadrée « L'établissement assure l'information régulière du ministre chargé de l'Enseignement supérieur et se dote d'instruments d'audit interne et de pilotage financier et patrimonial selon des modalités précisées par décret. (…) Les comptes de l'université font l'objet d'une certification annuelle par un commissaire aux comptes. » Article 18 de la LRU copinages bien éloignés de considérations scientifiques et encore plus de l’intérêt général. Le président, avec plus de pouvoir, pourrait enfin jouer un rôle d’arbitre efficace, notamment grâce à son nouveau droit de veto sur les affectations, une prérogative que détenait déjà le CA. Resserrement du conseil d’administration Fini les CA hyperlourds, où la prise de décision à 50 ou 60 était une vraie galère. Avec 20 à 30 membres, les réunions seront plus efficaces. En revanche, la proportion des personnels IATOSS et des étudiants diminue. Pour ces derniers en particulier, on aurait aimé que le discours sur la valorisation de l’engagement soit cohérent avec la réalité. Quant à la présence de personnalités extérieures (collectivités locales, entreprises), ce n’est pas une nouveauté et cela ne menace pas une assemblée toujours très majoritairement composée de représentants du personnel et des étudiants. Marginalisation du CEVU et du CS La modification des missions du conseil d’administration se fait au détriment des missions jusqu’ici dévolues au CEVU (Conseil des études et de la vie universitaire) et au CS (Conseil scientifique). Ils ne « proposent » plus mais seront « consultés » et pourront émettre des « vœux ». Autant dire qu’ils sont marginalisés. EPICURE #4 — décembre 2007 } 7



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