Entreprendre n°291 juin 2015
Entreprendre n°291 juin 2015
  • Prix facial : 4,50 €

  • Parution : n°291 de juin 2015

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Lafont Presse

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 180

  • Taille du fichier PDF : 61,5 Mo

  • Dans ce numéro : les petits génies de la reprise.

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

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Enquête Ces fleurons qui quittent la France il N’y A jAmAis eu AutANt d’eNtrepreNeurs, eNCore vont sur la côte californienne et pour partie à New York. On note un phénomène d’emportement et d’accélération forte à ce niveau. Concernant ce qui procède aujourd’hui de l’internationalisation ou du transfert vers d’autres marchés et d’autres centres de décision qui sont devenus plus stratégiques pour les entreprises nées et développées en France, les exemples foisonnent  : Lafarge fusionne avec le suisse Holcim, Alcatel est racheté par le finlandais Nokia, Alstom power sest absorbé par l’américain GE. Ces trois exemples d’acquisition de fleurons historiques de l’économie et de l’industrie françaises par des grands industriels étrangers sont porteurs de sens. Pour Marc Lhermitte, la question est ensuite « de savoir comment cette fusion transporte ou transfère les centres de pouvoir ». « Généralement, affine-t-il, les acquéreurs ont un peu plus d’influence dans les centres de décision. L’acquisition faite par nos groupes français à l’étranger produira les mêmes résultats ». Comprendre cette mobilité La complexité du système est majeure  : chaque jour, de nouvelles lois rendent les mouvements plus compliqués. A cela s’ajoute une fiscalité, en particulier sur le capital, qui décourage sur le long terme les innovateurs et ceux qui créent. DPV nous confie en toute impunité  : « A mon sens, si vous avez le projet de créer, il est préférable d’aller dans un des pays limitrophes de la France ». Dans certains de ces pays voisins, explique-t-il, il n’existe pas d’impôts sur la plus-value ; dans d’autres, il n’y a ni plus-value ni droits de succession, ce qui permet une importante souplesse et facilité pour transmettre les biens ». L’ancien industriel invite à « se référer aux modèles belge, allemand ou anglais ». « Dans ces pays, argue-t-il, tout est mis en œuvre pour que la taxe sur le capital soit à un niveau acceptable. Je ne suis pas convaincu de l’efficacité du système de redistribution institué par nos énarques. A hauteur de 85%, il est, selon moi, confiscatoire. Je pense aussi qu’il y a énormément de gâchis. Dans les dépenses de l’Etat, le système des subventions est préjudiciable et fausse le jeu économique. On vous prend 100 euros dans la poche droite, puis on vous en redonne 20 dans la poche gauche par le biais d’une pure logique de clientélisme politique ». A titre d’exemple, les investissements doivent être pensés de manière à ce qu’ils soient véritablement économiques et rentables et non seulement pour percevoir des subventions. DPV ne mâche ses mots et déclare que « le système est gangrené par le politique ». « J’ai en tête les dates tragiques de notre histoire  : 1981, notamment, avec « En France, le temps de travail annuel moyen est de 1300 heures. Les Anglais et les Allemands sont sur une base de 1700 heures... » toute la modification du système fiscal contraire au capital ». « Le summum fut atteint, selon ses propos, avec la loi sur les 35 heures et les RTT à laquelle nous rajoutons aujourd’hui la pénibilité. Dans de telles conditions, il est difficile de créer de la croissance, donc de l’emploi en France. Au bout du compte, on a créé artificiellement des emplois via un système de redistribution et de subvention manipulé par les différents intervenants ». Sortir de la sinistrose et favoriser l’attractivité Ce n’est pas grâce à la politique durant les vingt dernières années que nous changerons la dynamique de l’emploi dans notre pays. Didier Pineau-Valencienne décrit une situation où « tout est plus compliqué et une certaine flexibilité insuffisante ». « Nous ne sommes pas dans un modèle économique favorable à la création d’emplois, poursuit-il. Force est de constater que nous travaillons moins en France que dans les autres pays. En France, le temps de travail annuel moyen est de 1300 heures. Les Anglais et les Allemands sont sur une base de 1700 heures, tandis que ce chiffre grimpe à 2200 heures en Suisse ». Les différences en termes d’ordre de grandeur sont considérables - l’heure effectivement prestée, charges sociales comprises, pour quelqu’un qui est peu qualifié et a 5 ans d’ancienneté coûte 34 euros en France contre 17 euros au Canada. Le travail nous coûte très cher car tout le système de redistribution du modèle social français est très coûteux. Quelle est la réponse de l’entreprise à cette situation ? Elle surinvestit en équipement, ce qui réduit les heures de travail. DPV prend l’exemple de Schneider, dont il fut le PDG  : « Le coût de la main d’œuvre dans le prix de revient était de 36%. Lorsque je suis parti, on était à 7% et, aujourd’hui, on avoisine les 5% ». Pour pouvoir rester compétitif sur le marché mondial tout en restant en France, l’entrepreneur modernise son appareil de production afin d’avoir le moins de main d’œuvre possible. « Cette théorie tue également l’emploi renforce-t-il. L’argent est réinvesti et redépensé dans les équipements qui eux n’ont pas de RTT ». Il est intéressant de s’attarder sur la catégorie des dirigeants internationaux exerçant notamment leurs fonctions dans des sièges internationaux en Europe. Nous avons une vraie question qui est celle de l’attractivité de la France, de Paris et des grandes métropoles pour les fonctions stratégiques. Marc Lhermitte admet que nous rencontrons un réel problème sur ce sujet. « C’est avéré au niveau de la concurrence fiscale et au niveau des coûts subis par un siège localisé en France par rapport aux différentes formes de siège qui peuvent être localisés dans le Grand Londres mais aussi à Dublin, à Luxembourg, à Amsterdam, à Francfort ou à Zurich ». Nous constatons des situations très différentes et les localisations des sièges sont de moins en moins motivées par une logique purement fiscale. Elles sont également de plus en plus attentives à la rémunération des dirigeants et des collaborateurs des sièges. C’est pour cette raison que sur ce sujet le Royaume-Uni « prend de l’importance et que l’attractivité du Grand Londres est croissante ». « C’est une donnée très nouvelle, affirme-t-il, qui va se renforcer avec la diminution ou la réduction de la possibilité de faire des sièges purement fiscaux ». A titre d’exemple, il ne sera désormais plus possible pour une grosse entreprise américaine de e-commerce de domicilier son siège au Luxembourg sans aucun collaborateur (ou deux ou trois afin de satisfaire l’obligation). 20 Entreprendre
fAut-il les gArder ! Tout ceci induit une réflexion sur la localisation des sièges dans des lieux ayant un sens économique pour l’entreprise, soit dans les grands pays d’implantation, soit dans des grandes capitales européennes et non des petites capitales fiscales. Nous observons incontestablement une dynamique très favorable au Royaume-Uni et au Grand Londres, liée à la façon dont les décisions se prennent (accessibilité, marchés financiers, prestataires de grande qualité, etc...). Marc Lhermitte fait le constat « d’une attractivité singulière pour le Grand Londres et particulièrement pour les nouveaux investisseurs en Europe - notamment pour les acteurs du numérique - issus de pays émergeants tels que la Russie ou l’Inde ». « Ils trouvent dans le Grand Londres une facilité et surtout une capacité à réduire le coût, voire à mieux rémunérer leurs cadres dirigeants avec des stocks options et des systèmes qui sont fiscalisés au taux normal en France ». Sur la catégorie des sièges des entreprises, il existe donc un véritable problème avéré qu’Emmanuel Macron a corroboré dans une interview accordée au Financial Times il y de cela quelques semaines. Le ministre de l’Economie relevait un problème sur la fiscalité et sur les sièges des sociétés. Le patriotisme économique a-t-il encore un sens ? Marc Lhermitte est affirmatif, « Tricoire, donc Schneider, à Hong Kong ou A-Systèmes, l’ETI française qui a la moitié de son Comex à Dubaï, est quelque chose de normal et de bon ». « Il est normal, commente-t-il, lorsque son marché n’est plus dominant en France ou dominé par le marché français, de se rapprocher, ne serait-ce que pour des raisons logistiques d’accès à des zones d’influence, de relais d’affaires situés dans d’autres zones du monde. Il faut conserver à l‘esprit les intérêts et l’histoire qu’ils ont encore en France ». DPV, de son côté, assume pleinement sa position et nous explique  : « Lorsque des jeunes me consultent pour savoir comment réaliser leur projet, je les invite à créer une holding au Luxembourg, en Hollande, en Belgique, etc... puis à développer une filiale d’exploitation en France ». « Ainsi, argumente-t-il, « la maison mère » bénéficiera de la fiscalité de nos voisins et ils n’auront pas de droits de succession ni d’impôt sur le capital. Rappelons que nous sommes les seuls à avoir un impôt sur la fortune. Ne me parlez pas de l’attractivité de la France  : si vous tenez compte de tous les paramètres fiscaux qui, cumulés, découragent l’investissement en France, l’investisseur en France est défavorisé - il existe une exception  : ceux, par exemple, qui créent une entreprise qui devient leur outil de travail, ils vivent alors dessus et leurs prélèvements fiscaux sont sensiblement réduits ». Comment imaginer et modéliser le changement ? Didier Pineau-Valencienne crie l’impérieuse nécessité « de revoir notre système fiscal qui est paralysant et démotivant et faire en sorte que l’impôt sur le capital soit comparable à celui de nos voisins ». Nous devons aligner notre fiscalité sur les pays qui nous entourent pour qu’elle soit compétitive. Elle nous empêche de prendre des risques, or c’est précisément l’acceptation du risque qui est créatrice d’emplois. L’analyse de l’ancien industriel est limpide  : la situation « suppose une révision de notre modèle social ». « Il faut imaginer, poursuit-il, la manière de financer un modèle quasi identique mais qui ne soit pas construit à partir des salaires. C’est là toute la difficulté si on souhaite conserver ce modèle. Sinon, il faut être beaucoup plus exigeant. Il faut Patrick Kron, le président d’Alstom, a lui-même apporté sur un plateau la cession du groupe aux américains de GE. un changement de mentalité de la part de nos compatriotes. Je pense que c’est en bonne voie. Mais il faut que ce discours politique soit entendu et accepté par tous afin que le pays comprenne que l’on ne peut continuer à fonctionner ainsi. Il faut aussi que les forces sociales évoluent. C’est la seule façon de s’en sortir si l’on souhaite créer de l’emploi en France et redynamiser l’économie. Nous ne pouvons pas être les seuls à prendre autant de congés tout en touchant autant que les autres ». Un changement profond de mentalité doit donc s’opérer supposant de sortir du système fiscal actuel et en particulier de la surtaxation du capital, tout en réinvestissant le travail comme valeur première. Les résultats obtenus par l’Angleterre, notamment au niveau de son taux de chômage, sont un exemple probant. Cela ne peut se concevoir sur la base du modèle français existant mais sur un modèle nouveau, axé sur la valorisation et la rémunération du travail. Didier Pineau-Valencienne ne renie pas pour autant l’impôt  : « Ceux sur les plusvalues et sur les successions ne me dérangent pas mais ils ne doivent pas être confiscatoires et rester compétitifs par rapport à ce qui se pratique chez nos voisins ». Sans même parler de l’ISF, qui reste malheureusement une exception française. Paradoxalement, ces handicaps ouvrent de belles prespectives de redéploiement industriel pour un gouvernement qui oserait s’y attaquer. Isabelle Jouanneau Entreprendre 21



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