Entreprendre n°291 juin 2015
Entreprendre n°291 juin 2015
  • Prix facial : 4,50 €

  • Parution : n°291 de juin 2015

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Lafont Presse

  • Format : (210 x 270) mm

  • Nombre de pages : 180

  • Taille du fichier PDF : 61,5 Mo

  • Dans ce numéro : les petits génies de la reprise.

  • Prix de vente (PDF) : 1 €

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Enquête Ces fleurons qui quittent la France Alstom, Club med, AlCAtel, lAfArge... Nos dirigeA blèmes de coûts et de rémunération ». « Il faut à présent composer avec la qualité et non plus seulement jouer sur le volume, poursuit-il. La France était la 4 ème économie mondiale, elle occupe à présent la 6 ème place et bientôt la 10 ème ». Parmi tous les pays au monde, la France est celui où la capacité d’innovation est la plus grande. Ex-patron de Schneider, Didier Pineau-Valencienne indique « rencontrer beaucoup de jeunes qui, à titre individuel ou collectif, mènent des recherches pour trouver des solutions nouvelles, séduisantes et à valeur ajoutée ». « Ils sont, ou seront, les vrais créateurs de richesse, poursuit l’ancien Pdg de Bull, et c’est cela qu’il faut favoriser ». On observe en France une imagination fertile et une qualité de services correspondant à la demande particulièrement attractives. L’exode des entreprises françaises... Didier Pineau-Valencienne, l’ex-patron de Schneider, est prêt à aider le gouvernement pour stopper la fuite de nos fleurons. A la relecture des mémoires de Saint- Simon, Didier Pineau-Valencienne précise que la gouvernance sous Louis XIV et la domination de la cour sur l’ensemble de la société que l’on y dépeint lui rappelle étrangement le modèle actuel. « En effet, constate-t-il, nous avons peu à peu reconstitué une nouvelle cour s’appelant l’énarchie. Les énarques se sont désignés pour tout gérer, contrôler et distribuer. En France, la gouvernance telle qu’elle est organisée aujourd’hui est un facteur de paralysie et de sclérose du système ». Pour Marc Lhermitte, « les entreprises n’ont pas lâché ou abandonné la France ». Toutes les études sur les délocalisations qui ont fleuri au début des années 2000, destinées à faire peur, ont montré que les vraies délocalisations (fermer totalement une société en France et en ouvrir une exactement identique ailleurs) ne représentaient que 5 à 7% des effectifs industriels. « Le reste procédait de l’ouverture et de la dynamique des marchés des entreprises françaises, trop françaises à l’international et moins en France », analyse Marc Lhermitte. Faut-il légitimement s’inquiéter de l’ampleur du phénomène ? Didier Pineau-Valencienne se désole de la situation en France, où « nous cumulons tous les désavantages  : la fiscalité des personnes en première instance avec les impôts qui s’accumulent pour devenir finalement confiscation ». « Lorsque vous percevez un revenu important, explique-t-il, vous en reversez près de 85%. Tout ce qui est au-dessus de 50% est confiscatoire. Beaucoup de pays autour de nous l’ont compris ». L’attractivité de la France à long terme ne va pas dans le bon sens et cet état de fait perdurera tant que le système de taxation du capital sur les plus-values, les droits de succession et la taxation sur les revenus ne seront pas modifiés. La France n’est pas attractive car elle fait le contraire de ce que font ses voisins. Si tous les autres pays avaient le même système fiscal que la France, « DPV » est convaincu que « nous serions plus attractifs ». « Malheureusement, tous nos voisins ont compris et intégré qu’on ne crée de la richesse qu’avec des mesures favorables à la naissance et au développement du capital », poursuit-il. Ce constat est, selon cette fine larme de l’industrie, « fortement démotivant et décourageant ». L’ex-membre du comité exécutif du groupe Rhone-Poulenc se dit aussi désespéré par un double phénomène. « D’une part, la disparition du patrimoine qui part à l’étranger, parfois avec les hommes et parfois sans. La richesse constituée se dissout. D’autre part, et celui-ci est beaucoup plus dangereux, les centres de décisions se déplacent ». Il ne se passe pas un mois en effet sans qu’une grande société française soit rachetée par une société étrangère, son centre de décision quittant alors notre pays. « DPV » est lucide sur l’intention des sociétés étrangères  : « Elles font toutes les promesses possibles en s’engageant à développer en France ». « Mais il n’en est rien, affirme-t-il, ces sociétés emportent Didier Pineau- Valencienne  : « Lorsque les centres de décision s’en vont, ils ne reviennent jamais » toutes nos connaissances ainsi que nos brevets déposés pour les développer ailleurs. Il est plus facile, il est vrai, de les exploiter dans un autre pays que la France ». Les centres de décision de secteurs entiers ont disparu suite à la politique française de taxation du capital qui, de fait, renvoie à l’extérieur nos centres de décision, et par conséquent nos centres de développement et, à long terme, l’emploi. Didier Pineau-Valencienne poursuit son analyse, peu optimiste  : 18 Entreprendre
Nts doiveNt réAgir fACe à l’exode et Aux rAChAts « Nous observons également un exode des fortunes. Le patrimoine artistique qui, bien que n’étant pas soumis à l’ISF, est pris en compte dans les droits de succession. Ainsi, un nombre important d’œuvres d’art sont cédées lors de ventes officielles à l’étranger ». Le problème existe aussi sur une catégorie d’enseignants-chercheurs qui sont mobiles au plan international. Il s’agit typiquement d’acteurs qui publient dans les journaux de référence dans leur domaine au niveau mondial, susceptibles de se faire chasser par les grandes institutions. Marc Lhermitte identifie « un véritable « gap » salarial lié à la rémunération nette proposée dans certains pays qui valorisent beaucoup mieux le travail des chercheurs, comme les USA, et à une fiscalité sociale et un niveau de charges élevé ». C’est un problème très transversal de la France par rapport au Royaume-Uni ou à la Suisse. Ainsi, Emmanuel Macron essaye-t-il de trouver à travers la loi des dispositifs et des mécanismes permettant de valoriser la rémunération nette de ces chercheurs de haut niveau. Nous devons pouvoir rémunérer des chercheurs internationaux. L’auteur du baromètre de l’attractivité Ernst & Young précise que « l’étude tend à prouver que l’Île-de-France et certains pôles universitaires régionaux ont une véritable force de frappe mais reste cependant derrière le Grand Londres qui s’est positionné depuis une petite décennie devant le Grand Paris, cette situation écrasant et exagérant la question de la compétition et de la place de la France ». Dans ce contexte, le nombre de sièges sociaux au Royaume-Uni a été multiplié par deux en deux ans (de 29 à 57) alors qu’il était divisé par deux en France (de 23 à 11). Alors qu’il y a deux ans, cinq pays étaient à peu près sur la même ligne concernant l’accueil des sièges sociaux, l’Allemagne, les Pays-Bas, l’Irlande et la France qui font partie du top 5 ont perdu du terrain par rapport au Royaume-Uni qui a donc conquis une véritable part de marché. Marc Lhermitte reste positif. « La situation n’est pas inarrêtable mais il existe un vrai « trend ». Une forte proportion des entrepreneurs dont les entreprises peuvent atteindre une dimension mondiale partent assez naturellement aux Etats-Unis qui est composé de deux foyers principaux  : la Silicon Valley et New York. Marc Lhermitte précise que « le problème ne se réduit pas à une sorte de confrontation duale entre la France et la Silicon Valley ». « La question, poursuit-il, est très prégnante dans l’esprit des parties prenantes à Milan, Bruxelles, Amsterdam, Berlin et à Londres et pas seulement à Paris. Il y a un tel effet d’attraction de la Silicon Valley qui est à la fois le cœur industriel de cette nouvelle industrie et offre une facilité d’accession aux fonds de capital développement et aux fonds de capital-risque ». Les États-Unis encouragent une culture du financement de la start-up axée sur la valorisation du risque et le risque entrepreneurial plutôt que sur la rentabilité et l’EBITA, métriques très courantes en Europe. Il existe un mouvement qui emporte les start-upeurs français. Marc Lhermitte affirme « ne pas avoir à juger de la qualité, de la légitimité et de la loyauté de cette décision qui leur appartient, ce sont eux qui prennent le risque ». Il s’amuse de Niel et Mazzela fredonnant le slogan publicitaire « Reviens Léon, il y a les mêmes à la maison ». Il existe un véritable problème d’hyper domination des États-Unis et de quelques endroits en Asie en ce qui concerne les entrepreneurs du Net et de la Biotech dans une moindre mesure qui Michel Sapin et Emmanuel Macron sont prêts à prendre des décisions pour mettre fin à la fuite de nos fleurons.



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