Entreprendre Aujourd'hui n°165 février 2015
Entreprendre Aujourd'hui n°165 février 2015
  • Prix facial : 5 €

  • Parution : n°165 de février 2015

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Chambre de commerce et d’industrie du Luxembourg belge

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 60

  • Taille du fichier PDF : 7,3 Mo

  • Dans ce numéro : rencontre avec Francis Wenkin, directeur d'Ardenne Volaille.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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ESPACE ENTREPRISES I RENCONTRE Entreprendre : Vous êtes allégrement passé du statut d’agriculteur travaillant quasi seul à celui de patron au sein d’une moyenne structure. On a l’impression que vous maîtrisez parfaitement cette évolution… Francis Wenkin : Cela ne s’est pourtant pas passé en une nuit, je peux vous l’assurer. Par contre, je me sens bien aujourd’hui dans ce métier, dans cette structure, avec ces défis. Entreprendre : Revenons au début de l’histoire… Il y a vingt-cinq ans, vous revenez à la ferme parce que vous avez le mal du métier, comme vous dites. Votre avenir, vous le voyez alors au milieu de vos bêtes, comme vos parents ? Francis Wenkin : Tout à fait… Comme beaucoup d’enfants d’agriculteurs, j’ai fait des études techniques (électromécanique et informatique,ndlr) qui étaient censées m’ouvrir des portes dans l’industrie. Mais j’avais trop la terre et la ferme dans le sang. Je quitte alors mon emploi et reviens à Assenois, entre Bertrix et Paliseul. L’exploitation familiale surtout axée porcs et blanc bleu ne m’offre cependant pas trop de solutions. Il me faut donc trouver de nouveaux débouchés… Entreprendre : Vous avez des idées… Francis Wenkin : Disons que j’ai surtout une idée : le commerce de volailles démarrées. C’est-à-dire la naissance et l’élevage jusqu’à cinq semaines. À cette époque, fin des années’80, l’habitude est encore forte, en milieu rural, d’élever quelques poules dans son jardin pendant l’été. Entreprendre : C’est comme cela que votre activité professionnelle prend son envol ? Avec l’abattage par vos soins en bout de course ? Francis Wenkin : Oui, aussi simplement que ça… Je me rends compte que les gens veulent élever des poulets, mais personne n’entend déjà plus les tuer, les plumer, les vider… Entreprendre : Dix ans plus tard, en 2001, vous êtes un petit acteur qui 8 - Entreprendre aujourd’hui N°165 - février 2015 collabore avec Le Moulin du Val-Dieu (fournisseur d’aliments pour la volaille,ndlr). C’est de cette époque que datent vos premiers contacts avec la grande distribution ? Peut-on supposer que c’est le tournant ? Francis Wenkin : Je pense… Il y a déjà alors en grandes surfaces un certain intérêt pour des produits issus de filières différentes. Le label terroir n’est pas encore valorisé, mais l’idée y est déjà. Colruyt, concrètement, recherche un producteur de volailles « qualité différenciée supérieure ». À trois, avec Val-Dieu et Upignac, on se lance dans l’aventure sans trop réfléchir. C’est notre créneau, « Dans 10 ou 15 ans, j’espère que mes fils auront définitivement pris la relève et que l’entreprise sera bien implantée dans les plats cuisinés. Je vois une augmentation des volumes de 50% dans les trois à cinq ans, avec évidemment des emplois à la clé. Je suis optimiste... » bien sûr, il nous reste toutefois à rencontrer les objectifs de notre client en nous pliant à ses exigences. Il nous faut aussi un nom, ce sera « Les élevages du Moulin de Val-Dieu ». Entreprendre : Aussitôt dit, aussitôt fait… Francis Wenkin : Pas du jour au lendemain, mais presque… Nos associés amènent la maîtrise des aliments pour l’un, l’image et les contacts pour l’autre, nous garantissons de notre côté le savoir-faire, l’élevage et l’abattage. Entreprendre : Votre principal client est immédiatement ravi de la collaboration… Francis Wenkin : Oui, il faut dire que l’engouement pour le produit est tout aussi immédiat. De 500 poulets par semaine au tout début, les ventes s’envolent rapidement. Très vite, nos installations se révèlent trop exiguës. On transforme, on adapte. Entreprendre : Le cahier de charges est exigeant ? Francis Wenkin : Clairement. Mais c’est ça qui fait le succès de la niche. Le qualitatif tient à la croissance des poulets que nous distribuons, à savoir une croissance dite intermédiaire arrêtée à 56 jours, contre 36 à peine pour le poulet standard. Puis, il y a l’alimentation, qui est aussi très stricte. Elle est par exemple 100% végétale, sans antibiotiques, ni coccidiostatiques. Enfin, il y a le bienêtre animal, qui nous tient particulièrement à cœur. Nous le garantissons par des conditions d’élevage drastiques. Nous prônons ainsi, entre autres, un maximum de 15 poulets au m² contre 25, voire plus, dans l’élevage industriel. Entreprendre : Un animal élevé dans de bonnes conditions est forcément meilleur au goût ? Francis Wenkin : Tout le monde s’en doute, mais un agriculteur comme moi y est d’autant plus sensible. Avant d’être patron d’entreprise, je suis d’abord et avant tout un fils de la terre. C’est notamment pour cela que j’ai toujours défendu l’intérêt d’une ventilation correcte des poulaillers, le recours à l’éclairage naturel ou l’accès des poulets aux parcelles extérieures. Pour certaines productions, il y a aussi le nourrissage au maïs… Entreprendre : En quinze ans, au-delà des chiffres et de l’évolution de l’entreprise en termes de taille, d’équipements et de mécanisation, qu’est-ce qui a fondamentalement changé par rapport au produit ? Francis Wenkin : Tout… Mais la demande elle-même a fortement évolué.
C’est étonnant, mais on pourrait presque penser que la ménagère a radicalement revu ses exigences en matière d’achats. Aujourd’hui, si l’on pouvait élever des poulets sans pattes, sans ailes, voire même sans tête, tout le monde serait heureux. Eleveur de blancs de poulet, voilà un métier d’avenir… comme ces producteurs d’œufs qui devraient essayer de faire des œufs carrés bien plus faciles à manutentionner ! Entreprendre : Vous avez trouvé la parade en multipliant les débouchés, produits et diversifications ? Francis Wenkin : Ça, c’est bien plus récent… mais très vrai quand même. Personne n’a jamais remis en cause la qualité du produit, ni l’engouement du consommateur belge pour la volaille. Par contre, le poulet entier n’est plus aujourd’hui le standard d’achat. Nous avons donc dû être imaginatifs. Penser pour les clients. Et, surtout, lui proposer des produits de plus en plus aboutis. Entreprendre : Le blanc, toujours le blanc, encore le blanc… Francis Wenkin : Oui… et plus encore ! Des escalopes de poulet, de la chipolata de poulet, des merguez de poulet, des burgers de poulet, des brochettes de poulet. Et puis, toujours les pattes, les cuisses, les ailes, le vol-au-vent… Sans compter les plats préparés qui sont aujourd’hui la nouvelle tendance. Entreprendre : D’où viennent les milliers de poulets que vous traitez par semaine ? Francis Wenkin : De la ferme Wenkin, déjà, c’est le fournisseur historique d’Ardenne Volaille. Mon frère jumeau, Jean-Claude, et mon fils aîné, Cédric, exploitent toujours la ferme familiale qui a, faut-il le dire, bien grandi. Maintenant, ce n’est pas suffisant pour répondre à la demande de nos clients, nous avons donc une vingtaine de fermiers indépendants qui travaillent sur base du cahier de charges établi. Entreprendre : Vous traitez maintenant plus de 35.000 têtes par semaine. Plus que vos objectifs, non ? Francis Wenkin : Nous avions en effet tablé sur une trentaine de milliers de têtes par semaine pour 2016. Or, si la demande se maintient, nous devrions arriver à 40.000 dès la fin de cette année. L’outil est là, bien dimensionné et performant, pour une demande qui ne fléchit pas… donc on poursuit. Chez Colruyt, on a notamment multiplié les chiffres par trois, alors qu’il y a encore d’autres marchés. Entreprendre : Le prix n’est donc pas un frein ? Francis Wenkin : Non, je crois que les gens ont compris l’intérêt de manger sainement et sont prêts à payer le juste prix ! Entreprendre : Et vous pensez qu’il y a encore des perspectives de déploiement ? Francis Wenkin : J’en suis convaincu. Parlant des clients et des produits. Côté clients, je ne vous cache pas que nous sommes actuellement très courtisés, même si Colruyt représente 50% de nos chiffres, le reste se partageant surtout entre Delhaize, Renmans et le Poulet d’Ardenne, à Bastogne. Côté produits, j’estime que tout est encore à faire. Le poulet restera le poulet, mais nous pouvons bien sûr le préparer de multiples façons. Par morceaux, en barquettes filmées, en map sous gaz, ou en plats mijotés, genre waterzoi, ou autres. Les habitudes de consommation ont changé, nous l’avons vu dans nos ventes. Désormais, nous devons absolument proposer des préparations… Entreprendre : La fraîcheur de vos produits reste aussi une marque de fabrique… Francis Wenkin : Bien sûr, mais c’est pour nous l’évidence… L’abattoir fonctionne trois jours par semaine, le lundi, le mercredi et le vendredi. On charge la nuit avec nos camions dans les élevages, l’abattage a lieu à six heures du matin… pour des livraisons, à flux tendus, dans l’après-midi ou en début de soirée. Entreprendre : Cette petite entreprise a tout d’une grande… Francis Wenkin : Oui, y compris l’espace. Petit à petit, on a aussi tout structuré, tout balisé, que ce soit commercialement ou administrativement. Ainsi, ma ESPACE ENTREPRISES I RENCONTRE femme, Véronique Lepage, n’est désormais plus seule à superviser la facturation, l’administratif, le financier et la RH. On s’est aussi largement impliqué dans l’ISO, avec maintenant l’objectif d’une certification 22.000. Vous voyez, on pense à tout… Entreprendre : Y compris à la transmission… Francis Wenkin : Oui, on y pense… L’aîné est, je l’ai dit, dans son élément au sein de la ferme familiale où je n’ai moi-même plus rien à voir. Le second, Jérôme (25 ans), est déjà mon bras-droit, c’est le futur directeur. Quant au dernier, Sébastien (17 ans), encore aux études, quelque chose me dit qu’il pourrait bien lui aussi un jour rejoindre l’aventure… Entreprendre : Etre gazelle, quand on ne vit que du poulet, ça fait quoi… Francis Wenkin : Ça réconforte. Ça fait plaisir. Ça montre que l’on suit notre parcours avec intérêt. Vous savez, je suis quelqu’un de simple, une simple reconnaissance me suffit donc… J’ai déjà été Godefroid, me voici Gazelle, demain je serai peut-être Coq ou Lion ! L’essentiel étant d’être reconnu pour ce que l’on fait. Car derrière moi, il y a une famille, une équipe, une entreprise, des gens proches qui se nourrissent aussi de telles récompenses. Ardenne Volaille SCRL Zoning Le Saupont Rue Prés de la Mercire, 3 6880 Bertrix (Belgique) Tél : + 32 (0)61 21 58 86 www.ardennevolaille.be Propos recueillis par Christophe Hay Photos : Jean-Louis Brocart Entreprendre aujourd’hui N°165 - février 2015 - 9



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