Entreprendre Aujourd'hui n°161 septembre 2014
Entreprendre Aujourd'hui n°161 septembre 2014
  • Prix facial : 5 €

  • Parution : n°161 de septembre 2014

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Chambre de commerce et d’industrie du Luxembourg belge

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 60

  • Taille du fichier PDF : 8,9 Mo

  • Dans ce numéro : rencontre avec Pierre Gobron, brasseur.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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ESPACE ENTREPRISES I RENCONTRE » > de temps à autre de bons produits qui ont un caractère, avec une amertume tranchée ou un fort degré d’alcool, des produits très originaux qui ont le mérite d’exister… mais dont les perspectives en termes économiques sont à mon avis limitées. Se faire plaisir est une chose, bâtir une entreprise est une toute autre réalité. Entreprendre  : « Lupulus just fabulus » (volontairement sans le o)… Votre bière est réellement fabuleuse ? Pierre Gobron  : Probablement pas… mais il faut savoir se démarquer. Le nom de la brasserie, et a fortiori de notre produit phare, Lupulus, vient du nom même du houblon, « humulus lupulus » en latin, que l’on pourrait traduire littéralement par petit loup humble  : notre identité, notre image, notre bière et notre brasserie ! Entreprendre  : Cette identité participe de votre succès… Pierre Gobron  : Ce n’est pas une certitude, mais nous y croyons. Vous savez, parmi les milliers de bières qui se partagent les marchés à travers le monde, la différence tient souvent (parfois) à peu de 8 - Entreprendre aujourd’hui N°161 - septembre 2014 choses. Comme le lutin a longtemps servi à asseoir la notoriété de la Chouffe, je suis certain que notre petit loup nous sert à nous différencier… ne serait-ce qu’au moment de l’achat ou de la commande au café. Entreprendre  : Après, c’est votre « science » qui fait le reste… Pierre Gobron  : Tout est histoire de goûts. Les miens sont peut-être en adéquation avec ceux du plus grand nombre. Maintenant, nous ne faisons pas du stout, de la brune moins digeste ou je ne sais quoi d’autre de très typé. La Lupulus, au départ, c’est une blonde. Or la majorité des gens aiment les blondes (rire)… alors autant leur faire plaisir tout en produisant quelque chose qui nous plaît aussi. « Quand on se lance à 25 ans, l’inconnu fait parfois peur. A 55, on appréhende les choses sous un autre jour, sans concession bien sûr mais avec les acquis du passé... » Entreprendre  : On dit que c’est une bière facile à boire… Pierre Gobron  : C’est vrai, elle a été pensée comme ça. Elle est sèche, légèrement ambrée, bien sûr refermentée en bouteille comme beaucoup de bières artisanales, mais sans aucun excès. Entreprendre  : Il est facile aujourd’hui de lancer sa bière, sa gamme, sa brasserie… Pierre Gobron  : Tout dépend des ambitions que l’on formule… Lancer son produit est en effet aujourd’hui à la portée de beaucoup de brasseurs ou d’apprentis brasseurs, mais la réussite ne se cache pas derrière tous les projets. Et je ne parle même pas ici des investissements conséquents en matériel, des marchés ou des multiples aspects techniques allant de l’environnement au commercial. Il faut savoir que le consommateur, en 2014, consent à se laisser tenter par des produits artisanaux… mais ne supporte pas être déçu par la qualité. Entreprendre  : Pas de place ici pour l’à-peu-près… Pierre Gobron  : Ah non… Les autorités ne concèdent aucune erreur ou approximation, ce qui est bien normal, et le consommateur, lui, se refuse à cautionner toute fluctuation gustative. Il veut de la constance. Il faut donc standardiser. On ne tolère pas les excès de souffre, les petits fautes de goût, le trop de ceci ou le pas assez de cela. Entreprendre  : C’est un métier… Pierre Gobron  : Absolument ! Et avant même d’envisager le moindre marché, le moindre succès, il faut que le produit soit parfait. Vous l’avez dit… l’art est difficile. Entreprendre  : Vous produisez aujourd’hui 8.000 hectolitres. C’est à la fois peu et beaucoup… Pierre Gobron  : Dans l’absolu, c’est très peu évidemment. Par comparaison, disons qu’à Achouffe ils font 90.000 hectos et, par exemple, 65.000 hectos à Orval. Cela étant, avec nos 8.000 hectolitres, nous sommes déjà une petite brasserie qui tire son épingle du jeu… Rappelez-vous que l’on vient du néant, le premier brassin ne datant que de septembre 2007. Entreprendre  : Vous profitez de votre nom - voire de votre renom - dans le milieu… Pierre Gobron  : Dire le contraire serait mentir, même si au final le consommateur n’achète ni un nom, ni une étiquette… mais bien un produit. Cela étant, on ne passe pas trente ans dans un milieu sans y avoir des amis, des filons. Et puis, la bière, avec le temps, c’est devenu une partie de moi-même. On dirait presque que je sens les choses, que j’anticipe aussi. Entreprendre  : L’expérience… Pierre Gobron  : Evidemment. À la production, outre le fait que j’aime toucher, comprendre, faire évoluer ou simplement faire corps avec le produit, le brassin, je peux dire que j’ai déjà quasiment tout connu. Je panique donc moins qu’hier. Je rassure aussi mon équipe. Et puis, je me suis entouré de jeunes, dont mes deux fils, Julien et Tim, qui sont motivés, constructifs et inventifs. Ils sont jeunes quoi. Avec les défauts de la jeunesse, notamment l’empressement qu’il me faut parfois tempérer, mais avec aussi toute l’audace qui m’a souvent manqué pour y aller franco. Entreprendre  : Vous vendez beaucoup à l’export. C’est une autre de vos bonnes recettes ? Pierre Gobron  : Nous vendons effectivement beaucoup en Italie, ainsi qu’en
France et en Suisse, avec d’autres marchés moins forts aux Pays-Bas, en Espagne, aux Etats-Unis, voire de manière sporadique en Chine et en Russie. La réussite sur de tels marchés est souvent le fait de bonnes associations avec des représentants ou des partenaires sur place… mais je crois aussi beaucoup au marché belge. Entreprendre  : Vous pensez, comme d’autres, que l’export pourrait à long terme ne plus être aussi porteur ? Pierre Gobron  : Je suis convaincu - et je l’ai d’ailleurs encore constaté tout récemment - que les Italiens, les Américains ou les Chinois sont aussi capables de faire de la (bonne) bière. Et ils en font ! Je pense donc qu’il n’y aura pas de place pour tout le monde. Entreprendre  : D’où l’idée de garder un œil sur le marché intérieur, voire l’exportation proche… Pierre Gobron  : C’est mon credo et c’est la raison pour laquelle nous sommes aujourd’hui aussi orientés vers le circuit des supermarchés et les commerces de proximité en Belgique. Entreprendre  : Vous cultivez aussi à dessein votre image artisanale… Pierre Gobron  : C’est une autre volonté que nous défendons. C’est d’ailleurs pour cela notamment que nous prônons envers et contre tout le format champenois ¾ litre. Entreprendre  : Lupulus étoffe aujourd’hui sa gamme. C’est une manière d’asseoir son développement… Pierre Gobron  : Convenez que rares sont les brasseurs monoproduit, à part peut-être Orval. Notre créativité rejoint l’envie de toucher d’autres clientèles, d’autres goûts. C’est de bon augure. De là sont nées, après la blonde des débuts, une brune qui tire 8,5°, une hivernale appelée « Lupulus Hibernatus », une fruitée du nom de « Lupulus fructus » (cerise/framboise), l’« Hopera », au houblon aromatique que nous destinons au secteur horeca et, cette année, une bière biologique, dans l’air du temps, la « Lupulus organicus ». Entreprendre  : Il en découle une croissance régulière qui a même atteint 25 à 30% par an ces 3 dernières années. Pas mal pour un projet que vous envisagiez au départ très raisonnable… Pierre Gobron  : Mes fils et moi sommes effectivement contents - un peu surpris même - par la tournure des événements. On ne va pas s’en plaindre et l’on met Julien, Pierre et Tim Gobron... une même passion pour la bière ! maintenant tout en œuvre pour nous donner les moyens de profiter le plus correctement possible de cette spirale… L’entreprise emploie aujourd’hui onze personnes, l’outil de production mérite toutefois plus d’attention et, surtout, plus de place. Entreprendre  : D’où les investissements qui ont débuté il y a quelques semaines et qui devraient vous permettre d’être encore plus performants dans les prochains mois ? Pierre Gobron  : Le nouveau bâtiment sera totalement opérationnel en 2016, mais on va petit à petit investir les lieux dès que ce sera possible. En choisissant de réinvestir les bénéfices des premières années, nous nous sommes donné les moyens de nos ambitions. Nous disposons pour l’heure d’une salle de brassage, de 14 cuves de fermentation, d’une ligne d’embouteillage, d’un laboratoire… mais ESPACE ENTREPRISES I RENCONTRE LUPULUS Brasserie « Les Trois Fourquets » SPRL Courtil, 50 - B-6671 GOUVY - Tél.  : 080 64 38 39 - www.lupulus.be l’outil que l’on va bâtir nous donnera réellement de quoi envisager l’avenir avec beaucoup d’espoirs. Entreprendre  : 2.400 m², une salle de brassage flambant neuve, une ligne parfaitement intégrée, des bureaux… Le rêve quoi ! Pierre Gobron  : Le rêve oui, même si le rêve je le vis déjà au quotidien, avec mes fils prêts à prendre la barre du bateau et cette petite équipe de jeunes, très volontaires, qui me ramène souvent trente ans en arrière. Vous savez, dans la vie, on dit souvent que le chemin compte davantage que la destination. Au fond, c’est vrai ! Vivre sa passion et de sa passion, entouré d’autres passionnés… pour des clients qui le sont eux aussi… c’est « just fabul(o)us », comme notre Lupulus ! Propos recueillis par Christophe Hay Photos  : Jean-Louis Brocart Entreprendre aujourd’hui N°161 - septembre 2014 - 9



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