Entreprendre Aujourd'hui n°150 mai 2013
Entreprendre Aujourd'hui n°150 mai 2013
  • Prix facial : 5 €

  • Parution : n°150 de mai 2013

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Chambre de commerce et d’industrie du Luxembourg belge

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 52

  • Taille du fichier PDF : 6,6 Mo

  • Dans ce numéro : l’Excelsior Virton est en D2 et il a besoin de tous les Luxembourgois !

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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utile & agréable KRACH MACHINE La Bourse oU… la vie ? Parce que les marchés, aujourd’hui, c’est pire que la « jungle » ! Dans le livre « Krach Machine. Comment les traders à haute fréquence menacent de faire sauter la Bourse », les journalistes suisses Frédéric Lelièvre et François Pilet décrivent un univers de sciencefiction. Si ce n’est que c’est déjà la réalité d’une large part de la « finance » actuelle. « Je me souviens lorsque il y a vingtcinq ans, j’ai commencé comme commis de Bourse à Paris, le trader à haute fréquence, c’était celui qui calculait plus vite que les autres dans sa tête », rappelle Philippe Guillot, directeur à l’AMF (Autorité des marchés financiers) en France. Ce monde est aujourd’hui révolu. La Bourse est, en 48 - Entreprendre Aujourd’hui N°150 - mai 2013 Alors que les places financières sont de plus en plus interconnectées entre elles, elles sont également de plus en plus déconnectées de la réalité. Entre la finance et l’entreprise, ce n’est plus un fossé qui s’est creusé mais un gouffre sans fond(s). Avec le trading à haute fréquence, la Bourse est entrée dans une nouvelle dimension qui menace plus que jamais de déstabiliser l’économie réelle. effet, entrée ces dernières années dans une nouvelle dimension à des années-lumière du monde de la PME. à la vitesse de la lumière L’agent de change d’antan qui s’époumonait à la corbeille a disparu depuis longtemps – la corbeille aussi d’ailleurs – remplacé par des informaticiens, mathématiciens et physiciens. « Dans l’univers du trading à haute fréquence, une poignée de microsecondes suffit à transformer une transaction en un gain ou une perte », expliquent les auteurs. « Le commun des mortels perd ses repères temporels. Nouveaux maîtres du temps, les HF-traders travaillent en millisecondes et en microsecondes. Une seconde équivaut à 1.000 millisecondes, et un millions de microsecondes. En une milliseconde, il se passe 1.000 microsecondes. La nanoseconde, un milliardième de seconde, sert quant à elle de référence aux horloges du négoce à haute fréquence. À titre de comparaison, l’éclair d’un flash d’appareil photo ne dure que 1 milliseconde (ou 1.000 microsecondes). Une mouche fait battre ses ailes en 3 millisecondes. La Bourse NYSE Euronext permet à ses clients à haute fréquence de passer leurs ordres en 37 microsecondes, ou 0,037 milliseconde, soit 6.756 fois plus vite que le clin d’œil. » 1111r -1.1011P.
Sans intervention humaine ! Derrière ce trading à haute fréquence, ou high frequency trading, dans la langue de Shakespeare et du business, se profilent des algorithmes, affectueusement baptisés « algos ». Ces algorithmes sont « des programmes informatiques conçus dans le plus grand secret par une poignée de fonds spéculatifs et de grandes banques internationales qui ont pris le contrôle de la Bourse. Leurs logiciels de trading automatisés analysent d’immenses quantités de données et passent leurs ordres sans intervention humaine ». Et l’impact de ces programmes dédicacés à jouer à la vitesse de la lumière sur de grandes quantités d’actions est loin d’être anecdotique. Selon Frédéric Lelièvre et François Pilet, « ils sont à l’origine de 60% des transactions boursières aux Etats-Unis et 40% en Europe ». Imaginés pour gagner à tous les coups, ces algorithmes souffrent des travers de l’informatique : les bugs. Des bugs qui ont provoqué, si pas (encore) des paniques boursières, quelques frayeurs comme, le 6 mai 2010, lorsque la Bourse de New York a connu la plus violente baisse de son histoire, sans raison apparente. Le jour du « Flash Crash » Ce jour-là, à 14 heures et 42 minutes, le principal indice de la Bourse américaine s’effondre de près de 10% en cinq minutes, avant de se relever et de reprendre sa route comme si de rien n’était. Durant un quart d’heure, la Bourse s’affole : certaines actions voient leur cours plonger à zéro ; d’autres grimper à 100.000 dollars. « Le Flash Crash de 2010 est resté inexpliqué pendant de longs mois, avant que la commission boursière américaine, la SEC, n’en attribue la responsabilité à un petit gérant de fonds du Midwest. Une erreur de trading aurait provoqué une imprévisible réaction en chaîne. L’explication officielle n’a non seulement pas convaincu, elle n’a pas rassuré. Pour beaucoup, le Flash Crash marquait la première grande faille dans le système des traders à haute fréquence, mettant en lumière la fragilité indissociable de leur force. » « En dépassant le temps de réaction humain, les algorithmes sont capables de capter des revenus dans les plus infimes imperfections du marché, se glissant entre l’offre et la demande à des écarts toujours plus fins, là où personne n’était capable de les saisir jusqu’ici. Le revers de la médaille est que, en cas de problème, le temps qu’un humain lise le résultat sur son écran et il est déjà trop tard. Le ‘bug’, cet attribut consubstantiel de l’informatique moderne, prend dans cet univers-là une ampleur potentiellement désastreuse. Appliqué aux marchés d’actions, des devises ou du baril de brut, ce type de négoce, mille fois plus rapide qu’un clignement d’œil, n’affecte plus seulement le monde de la finance, mais l’ensemble de l’économie. » Un danger pour l’économie réelle Comme le souligne le journaliste économique Axel de Tarlé dans son dernier ouvrage, « La crise est finie », « la finance a fini par tuer la Bourse » et lors de ces krachs éclairs, ce sont « à chaque fois des centaines de milliards de dollars qui partent en fumée ! Franchement, ça fait peur. Qui peut accepter de jouer à la roulette russe avec ses économies ? ». Manifestement plus le petit épargnant qui a délaissé l’action incertaine pour le livret rassurant. Pas plus que les PME qui ne se bousculent plus pour une introduction en Bourse. En revanche, les fonds spéculatifs et les banques s’amusent davantage avec leurs nouveaux joujoux mathématiques qu’avec le financement des PME. La financiarisation de l’économie n’est ni neuve, ni récente. Cela fait déjà quelques décennies que l’actuaire a remplacé l’ingénieur. Et ce dans la plupart des domaines d’activités... Ne pas réagir trop tard ! La finance, et ses potentielles dérives, concerne essentiellement les grands groupes comme Apple, Amazon, Google et Starbucks qui méritent davantage des trophées pour leur génie en matière d’ingénierie fiscale que des prix pour leur engagement social et sociétal. Et savoir que ces sociétés sont régulièrement dans le collimateur du trading à haute fréquence - comme récemment Facebook dont les variations du cours en ont étonné plus d’un - n’est pas une consolation. Car si ces géants vacillent, c’est la Bourse qui risque de s’effondrer et de plonger le monde dans une crise dont personne ne peut prévoir l’issue. Car, si les régulateurs, tant européens qu’américains ont décidé de se pencher sur les traders à haute fréquence, ce n’est pas leur faire injure de supposer qu’ils risquent une fois de plus d’être un algorithme trop tard ! a Valentin Tinclère Entreprendre Aujourd’hui N°150 - mai 2013 - 49



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