Entreprendre Aujourd'hui n°150 mai 2013
Entreprendre Aujourd'hui n°150 mai 2013
  • Prix facial : 5 €

  • Parution : n°150 de mai 2013

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Chambre de commerce et d’industrie du Luxembourg belge

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 52

  • Taille du fichier PDF : 6,6 Mo

  • Dans ce numéro : l’Excelsior Virton est en D2 et il a besoin de tous les Luxembourgois !

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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ESPACE ENTREPRISES I itinéraire « Le tourisme industriel a selon moi un intérêt dans la mesure où il consacre une histoire, des produits de qualité et une image forte comme celle de l’Ardenne. Nous, en plus, nous y ajoutons une notoriété que tout le monde connaît et qui véhicule le bon goût de l’Ardenne. Que demander de plus… » Entreprendre : Champlon Salaisons, en 1964, quand l’entreprise a été créée, c’était en fait le résultat d’une amitié entre la Flandre et la Wallonie… Jean-Marie Godfrin : Oui, tout à fait… Et c’est toujours le cas, d’ailleurs, tant dans les relations qui nous unissent avec Imperial Meat que parlant de notre clientèle qui est aussi, et largement, flamande. Pour faire court, nous dirons que l’idée est née de la rencontre entre Jozef de Spiegeleire, industriel gantois, et Alfred Grevesse, acheteur chez GB-INNO-BM. Une belle idée, pour un beau projet d’envergure qui va s’imposer commercialement grâce à une marque unique et forte : Marcassou. Entreprendre : Cette « usine » est le symbole de la mode ardennaise d’alors. Un des éléments de la réussite est là… Jean-Marie Godfrin : Oui, incontestablement… même si le développement de l’entreprise ne doit pas tout à notre positionnement et à notre marque. On le verra au fil de l’histoire, la réussite tient essentiellement à l’inventivité du management, à la rigueur de la production et à des choix stratégiques quant aux produits que nous avons toujours longuement mûris. Entreprendre : Quels sont, selon vous, les décisions qui ont permis à Champlon Salaisons de s’imposer sur la durée… Jean-Marie Godfrin : Il y en a eu beaucoup… Elles ont émaillé la vie de l’entreprise à tous niveaux sur les cinq décennies. Le choix de la marque a, bien sûr, d’emblée été porteur. Tout comme le fait d’avoir su imposer quelques produits qui ont fait notre renommée, notamment le Marcassou 225gr, un pur porc ardennais qui a évolué avec les goûts de la clientèle, le jambon d’Ardenne, la Noix d’Ardenne, les Marcachouffes, les Marcaboules, les Aperitivo… Entreprendre : Les années’80 vont 28 - Entreprendre Aujourd’hui N°150 - mai 2013 être déterminantes pour l’entreprise. C’est le moment d’un développement assez incroyable et d’une croissance étonnante de la production. Comment expliquez-vous cela ? Jean-Marie Godfrin : Je pense que l’arrivée de Paul Vandekerckhove n’est pas étrangère à cela. Il débarque en Ardenne au moment où l’entreprise fête ses vingt ans, avec de nouvelles idées, de nouveaux projets et l’envie de faire passer l’outil à la vitesse supérieure. Sans faire table rase du passé que l’on pourrait qualifier d’ère des pionniers, il arrive avec des process de production plus rigoureux, des connaissances pointues quant à l’agroalimentaire industriel, une envie de « dynamiser » les choses. Entreprendre : Et, comme par miracle, la production croît… Jean-Marie Godfrin : Il n’y a aucun miracle là-dessous, seulement du travail, une rigueur d’avant-garde, de nouveaux outils de production et une série de produits tout neufs, peut-être plus adaptés aux désirs d’une clientèle dont les exigences ont évolué. Entreprendre : S’ensuivent une série d’investissements conséquents, des extensions, l’engagement de personnel… Jean-Marie Godfrin : Et, surtout, un tonnage de production qui s’envole... En très peu de temps, on triple même les chiffres, passant de 1.000 à 3.000 tonnes. Evidemment, cette phase de développement ne tombe pas ainsi du ciel, elle répond à des investissements qui se succèdent entre 1985 et 2004. Entreprendre : L’entreprise connaîtra aussi, durant cette période d’expansion, une évolution tout court… Jean-Marie Godfrin : C’est encore vrai, Champlon Salaisons devenant - par la vente du Groupe Imperial Meat Products à Sara Lee - une unité du géant américain multimarque, multi-produit. Depuis, c’est le groupe Smithfield, le plus gros producteur mondial de porc, qui a racheté Imperial. Avec l’espagnol Compofrio, il a fondé Compofrio Food Group. Entreprendre : Cela nous éloigne cependant de vos évolutions sur le terrain… Nous parlions des différentes phases d’extension… Jean-Marie Godfrin : La première extension a eu lieu en 1985, elle a eu un impact direct sur notre production parce qu’il s’agissait d’apporter plus de stabilité à nos produits. Nous avons alors fait bâtir de nouvelles salles de maturation à l’hygrométrie régulée bien plus efficaces que celles dont nous disposions. Quatre ans plus tard, à mon arrivée ici, ce fut au tour des séchoirs. On construisit alors de nouvelles ailes, tant pour le séchage de nos produits que pour absorber les chiffres d’une production de saucissons en constante augmentation. Entreprendre : Et en 1995, grand chambardement, l’usine connaît une vraie révolution qui la voit s’étendre sur plusieurs milliers de mètres carrés. C’est alors que vous devenez la plus grosse usine de salaisons en Wallonie… Jean-Marie Godfrin : Je ne sais pas si c’est alors que Champlon Salaisons accède à cette position, tout ce que je sais c’est que l’extension de 1995 est importante parce qu’elle nous permet de réorganiser complètement l’ensemble de la production. C’est aussi l’époque où nous consacrons un espace « produits fleuris », vous savez les saucissons et autres salaisons recouverts d’une fine couche blanchâtre - de la moisissure - si caractéristique, au sein de l’usine. Entreprendre : Enfin, en 2004, dernière extension en date, l’usine se déploie désormais sur 15.000 m², dont 12.000 rien que pour la production. C’est énorme… Jean-Marie Godfrin : à l’échelle wal-
lonne et belge peut-être, mais nous restons un petit producteur à l’échelle européenne par exemple, et déjà au sein du Groupe Imperial d’ailleurs. Nous employons aujourd’hui 70 personnes pour quelque 3.000 tonnes de production par an, alors qu’avec les trois autres usines du groupe nous produisons près de 30.000 tonnes annuelles et employons 800 personnes. « Nous distribuons 70% de notre production en Belgique, le reste se répartissant essentiellement sur deux pays, à savoir l’Allemagne et les Pays-Bas… » Entreprendre : En charcuteries sèches, vous êtes quand même un acteur de poids… Jean-Marie Godfrin : Nous sommes une unité importante, mais il y en a beaucoup d’autres, surtout en Flandre, et principalement en région gantoise. Entreprendre : Qu’est-ce qui vous différencie de la concurrence ? Jean-Marie Godfrin : La variété de nos productions. La créativité dont nous avons toujours su faire preuve en lançant des produits correspondant aux attentes de la clientèle. L’envie de performances. Entré dans l’entreprise en 1989, je me remémore parfois le nombre de produits neufs que nous avons lancés, dont beaucoup avec succès, et je me dis que cela fait partie de la réussite, avec bien sûr toujours la marque. Entreprendre : Cette entreprise reste au fond à taille humaine… Jean-Marie Godfrin : Tout à fait. Elle est d’ailleurs peu automatisée par rapport à d’autres unités du genre. Et puis, il y a une sorte d’adhésion naturelle, voire viscérale, du personnel à l’entreprise qui est, à mon avis, à la fois rare et historique. Entreprendre : D’où l’idée de rénover les bâtiments de production des débuts pour en faire un musée, sorte d’espace de la mémoire industrielle où l’on pourra non seulement découvrir l’histoire de l’entreprise mais où l’on pourra aussi acheter les produits que vous réalisez… Jean-Marie Godfrin : C’est un peu la démarche, en effet. Nous sommes fiers de notre passé artisanal et industriel, comme de notre identité ardennaise et de la marque Marcassou. Le concept a été présenté lors de la conférence de presse lançant la Semaine de l’entreprise, fin avril (à lire l’article en page 21, sur le concept Visit’Entreprise). Cette fois, les choses sérieuses ont commencé puisque nous avons accueilli notre premier groupe de visiteurs, fin mai. Entreprendre : Une image idéale qui peut rejaillir en aval… Jean-Marie Godfrin : Nous le pensons… C’est à nos yeux une façon de fidéliser la clientèle parce qu’elle aura été touchée par notre démarche. C’est pour cela aussi que nous nous battons pour faire reconnaître l’IGP. Et c’est ce qui fait que nous soutenons tous les bouchers de l’Ardenne qui sont, je le rappelle, de formidables ambassadeurs de nos produits parce qu’ils sont, comme nous, amoureux du goût si caractéristique des salaisons ardennaises. Entreprendre : Eux se chargeant du local et vous rayonnant plus loin… Jean-Marie Godfrin : Exactement… Le petit (ou le moyen) boucher qui accueille le touriste et lui propose des salaisons de qualité fait autant pour nous que nous ne pourrions le faire nous-mêmes, y compris en termes publicitaires et de marketing. Car une fois rentré chez lui, à Bruxelles ou en Flandre, le consommateur enchanté par un produit labellisé « Ardenne » sera sans doute très enclin à faire confiance à nos produits qu’il trouvera en grande distribution. Entreprendre : Vous êtes donc pour l’union sacrée autour de l’Ardenne… Jean-Marie Godfrin : Bien sûr, nous avons tous beaucoup à y gagner car c’est une valeur qui a du sens, surtout aujourd’hui dans ce monde un peu déboussolé qui ne sait plus très bien où il va et comment. Nous devons juste être intransigeants quant à la qualité de nos productions. Entreprendre : La croissance à deux chiffres, c’est encore une réalité pour vos productions ? Jean-Marie Godfrin : En 2013, ce n’est plus le cas mais cela a longtemps été une réalité qui ravissait nos administrateurs. Aujourd’hui, avec le marché tel qu’il est, notamment agressé par le hard discount et les marques de distributeurs, nous sommes heureux de maintenir une croissance de 3%. Entreprendre : Avec des produits qui tirent quand même leur épingle du jeu… Jean-Marie Godfrin : Oui, le snacking, type Marcaboules ou Aperitivo, reste très porteur puisqu’on y a encore enregistré une progression de 15% en 2012. Bon an mal an, les snacks en question représentent quand même 30% de notre production, ce qui n’est pas rien (70% de la production totale est distribuée en grande distribution, sous diverses formes, en prêt à consommer,ndlr). Entreprendre : Et on peut encore innover, en 2013, dans les salaisons ? Jean-Marie Godfrin : Et pourquoi pas ? Innovation n’implique pas d’imposer des révolutions… On peut innover en relookant un packaging, c’est ce que nous venons de faire avec le Marcachouffe, ou en faisant évoluer les recettes, en reconditionnant le produit… Vous n’imaginez pas tout ce que l’on peut faire - et tout ce qui reste à faire - pour peu que l’on ait un bon produit, une bonne image, un bon process, bref que l’on soit performant et motivé… même, comme moi, à cinquante-six ans ! rat. Propos recueillis par Christophe Hay Photos Jean-Louis Brocart CHAMPLON SALAISONS - IMPERIAL MEAT PRODUCTS SNC Route de la Barrière, 72 B6971 - Champlon-Tenneville Tél. : 084 45 00 00 www.marcassou.be Entreprendre Aujourd’hui N°150 - mai 2013 - 29



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