Entreprendre Aujourd'hui n°149 avril 2013
Entreprendre Aujourd'hui n°149 avril 2013
  • Prix facial : 5 €

  • Parution : n°149 de avril 2013

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Chambre de commerce et d’industrie du Luxembourg belge

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 44

  • Taille du fichier PDF : 4,2 Mo

  • Dans ce numéro : Rencontre avec François Ghigny, Green Europe.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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../ESPACE ENTREPRISES I itinéraire Entreprendre : En vendant des machines à coudre sur le net, vous faites un peu du neuf avec du vieux, non ? Jean-Claude Stecker : Pas tout à fait, même si on pourrait le penser… Vous savez, les machines d’aujourd’hui n’ont plus grand-chose à voir avec celles de nos grands-mères. De nos jours, ce sont de véritables condensés de technologie. Je ne dis pas qu’il faut des connaissances informatiques poussées pour les utiliser, mais les machines actuelles sont de véritables ordinateurs. Entreprendre : La couturière d’hier a donc fait place à un autre type d’utilisatrice… Jean-Claude Stecker : C’est une certitude. Le tournant a eu lieu au milieu des années’80. Imperceptiblement, une mutation s’est opérée dans le produit qui s’est sophistiqué. Dès le début des années’90, la machine classique, dévolue à la seule couture, a donc évolué. C’est devenu un objet ludique et créatif. Entreprendre : Vous avez immédiatement senti que le produit changeait… Jean-Claude Stecker : On y a cru rapidement, en tout cas. Mais la dynamique ne s’est pas enclenchée aussi radicalement auprès de la clientèle. Il a fallu dépasser les clichés. La mode du « do-it yourself » est pourtant passée par là. Des tas de loisirs créatifs sont devenus mode fin des années’90, début 2000. La machine à coudre a profité de cet engouement pour prendre place parmi les loisirs dits de plaisir. Entreprendre : Avant cela, c’était quand même un peu le creux de la vague pour le secteur, non ? Jean-Claude Stecker : Si, à tel point qu’il nous a fallu être inventifs pour tenir le coup. Evidemment, notre réputation nous a aidés. Il faut savoir qu’avant moi, mon grand-père, André Sauboin, puis mon père, Henri Stecker, ont toujours vendu et entretenu des machines à coudre. Cela fait aujourd’hui soixante ans que ça dure… Entreprendre : Avec des fortunes diverses ? Jean-Claude Stecker : Disons que c’est la conjoncture qui dicte en définitive toujours sa loi, mais après la guerre et 26 - Entreprendre Aujourd’hui N°149 - avril 2013 « La machine à coudre est un des rares appareils électroménagers pour lequel la clientèle a besoin de formation. Nous assurons donc la vente, l’information, l’entretien et, si le cœur vous en dit, nous proposons aussi des cours et des stages… » encore jusqu’à la fin des années’70, le commerce marchait plutôt bien. On faisait les marchés et on réparait les machines l’après-midi. Entreprendre : Les générations qui vont suivre n’embrayeront toutefois pas… Jacqueline Mary : Non, les modes de vie vont changer. De même que les habitudes de consommation et les envies de la clientèle. Pourtant, nous pensions, mon époux et moi-même, qu’il y avait encore un marché. En 1980, nous reprenons donc l’affaire familiale et, en 1985, on ouvre même une boutique dotée d’un rayon mercerie, avec une salle de cours parfaitement équipée pour initier la clientèle à nos produits. Entreprendre : Pari hardi ? Jean-Claude Stecker : Peut-être… Rétrospectivement, nous avons certainement été trop confiants. Car les ventes se tassent rapidement. Ce qui nous oblige à agrandir notre zone de chalandise... Pour la première fois depuis la guerre, le Centre-Ardenne ne suffit plus à l’entreprise. Je ne m’en fais pourtant pas trop. Je m’en vais simplement plus loin, toujours plus loin. Direction la Gaume, le Grand-Duché, la France… Entreprendre : Et ça marche… Jean-Claude Stecker : Moyennement. Au départ, j’escomptais renforcer mes chiffres et, au final, je suis déjà très heureux de stabiliser les choses. Entreprendre : Dans les années’90, les machines à coudre c’est un peu « has been » … Jacqueline Mary : Oui, il faut se résoudre à la sanction que vous soulignez. En tout cas en apparence… En effet, la révolution est amorcée. Nous le voyons, nous qui connaissons le métier de fond en comble, mais la conscientisation du grand public est encore peu perceptible. Entreprendre : Les marques vont alors révolutionner leurs produits et leurs gammes ? Jean-Claude Stecker : Oui, en profitant des innovations rendues possibles par l’informatique, la miniaturisation des logiciels… Du coup, la machine à coudre va se moderniser. Elle sera aussi brodeuse, connectable à un ordinateur… Des tas de choses vont être permises pour répondre à une nouvelle mode de l’aménagement de son intérieur. Entreprendre : Adieu donc la seule confection… Jacqueline Mary : Exactement… Et c’est peut-être là, d’ailleurs, qu’il faut chercher le salut du secteur. La machine a mué d’un objet de nécessité vers un achat plaisir. à l’instar de n’importe quel hobby, la machine à coudre s’est imposée comme un outil nécessaire pour s’adonner à des loisirs créatifs. Aujourd’hui, on estime même qu’une machine sert pour moins de 10% à la réalisation de vêtements, au reprisage ou à la couture traditionnelle. Et c’est ça qui va nous « sauver ». Entreprendre : Vous en êtes là quand la spirale du succès commence ? Jacqueline Mary : Pas tout à fait, mais les choses sont certainement moins engageantes qu’en 2012, par exemple. L’avantage des nouvelles machines, c’est non seulement qu’elles soient combinables, mais qu’elles s’adressent aussi à une autre clientèle. Les usines vont donc bien vite proposer d’autres produits pour des usages plus précis, comme les brodeuses, les surjeteuses, les recouvreuses, les ourleuses… En tout, on considère que l’éventail complet comprend six machines. Entreprendre : Et vous, quand voyezvous vraiment les choses bouger ? Jean-Claude Stecker : Pour tout vous dire, dès le lancement de notre site vi-
trine, fin 1999, nous sentons déjà un engouement qui nous paraît peu anodin. Je crée donc aussitôt une seconde plateforme destinée à la vente. Et puis, six mois plus tard, je fusionne les deux au sein d’une seule et même entité, www.stecker.be. Entreprendre : Et… Jean-Claude Stecker : Et la demande arrive, comme par miracle. C’est vrai qu’en tant que passionné d’informatique j’ai essayé de faire un site bien agencé où l’on trouve un tas d’informations, mais l’intérêt que cela suscite n’est pas sans m’étonner. Des demandes viennent de France, du Grand-Duché, des pays d’Outre-mer ou d’Afrique. Imaginez mon étonnement ! Entreprendre : Qu’est-ce qui vous différencie de la concurrence ? Les prix, le service, les marques ? Jean-Claude Stecker : Sans doute un peu l’ensemble… Surtout, la concurrence est alors quasi inexistante sur le web. Je suis pour ainsi dire le premier à m’être intéressé à ce marché sur Internet. Et ça, on dira ce qu’on veut, c’est idéal comme situation. Entreprendre : Mais il y a aussi autre chose… Jacqueline Mary : Oui, je pense que c’est notre service qui va payer. Très vite, on sent que la clientèle est attentive à la réactivité commerciale de notre petite entreprise. Pour nous, c’est tout à fait logique, mais il semble que notre approche du métier ne soit pas si courante que ça. Entreprendre : C’est-à-dire… Jean-Claude Stecker : Répondre rapidement aux demandes, solutionner de petits problèmes par téléphone ou par mail, dépanner les clients sans délais…, bref assurer un SAV de qualité n’est, semble-t-il, pas une philosophie si répandue qu’il n’y paraît. Entreprendre : Et comme le milieu est très fermé, cette notoriété va vous servir… Jean-Claude Stecker : Oui, la réputation de sérieux va se répandre comme une traînée de poudre. La France va très vite devenir notre marché, puis viendra l’Outre-mer. Dès 2005, on va même devoir engager car, à deux, on ne s’en sort pas. Et encore, les choses vont s’accélérer. Une employée pour l’envoi des colis, puis une vendeuse, du personnel dans l’atelier pour les réparations, un informaticien... Aujourd’hui, nous sommes 12 salariés pour 10 ETP. Entreprendre : En 2005, vous achetez un second bâtiment. Les affaires marchent décidément bien… Jean-Claude Stecker : Oui, c’est vrai. Et pourtant, j’ai un peu honte à dire que nous n’avons rien fait de magistral pour cela. Ces dix dernières années, nous avons simplement appliqué nos principes de compétence, de service et de qualité pour accompagner les ventes. On a bien sûr été obligés de grandir, et donc d’engager du personnel, mais nous avons surtout profité de l’effet boule de neige dû à Internet. Entreprendre : Une vision neuve du métier pour quelqu’un comme vous… Jean-Claude Stecker : On peut le dire… Evidemment, notre savoir-faire actuel repose sur soixante ans d’histoire familiale et, me concernant, une vie entière consacrée à la machine à coudre, mais c’est vrai que tout ceci est neuf. C’est un peu le miracle d’internet vu par la lorgnette d’une PME ardennaise... Entreprendre : Et la croissance se poursuit ? Jean-Claude Stecker : Oui, c’est à peine croyable, mais oui… On vend aujourd’hui près de 2.500 machines par an, dont 70% via Internet, pour un chiffre d’affaires global (en 2012,ndlr) de deux millions et demi d’euros. Entreprendre : Et qui achète toutes ces machines… Jacqueline Mary : Un peu tout le monde. On a même des hommes dans notre clientèle ! Cela étant, le public-cible est la femme de 33 à 77 ans. Une cliente qui se fait plaisir avec une machine pour ses loisirs. Elle optera d’abord pour un modèle de gamme moyenne, entre 500 et 700 euros, mais dans un second temps elle pourra consacrer jusqu’à trois mille euros pour une machine hyper sophistiquée (les modèles les plus chers coûtant plus de dix mille euros,ndlr). Entreprendre : Les forums de discussion et les cours d’initiation et/ou de perfectionnement, c’est du pain béni pour vous... Jacqueline Mary : La machine à coudre est un petit monde où il y a effectivement une certaine forme d’émulation. Par le biais des forums, on bénéficie - c’est vrai - d’une sérieuse publicité, mais le savoirfaire que nous avons développé depuis plus de vingt ans, notamment dans des sessions de cours qui plaisent, participe aussi à notre succès actuel. Entreprendre : Vous ne connaissez donc pas la crise… Jacqueline Mary : Les moments creux des années’90 nous ont appris à relativiser les succès comme les crises. On ne sait jamais de quoi demain sera fait même si la spirale positive que nous connaissons semble assise sur du solide. Cela étant, il faut se dire que si « la machine à coudre plaisir » est nécessairement un produit qui marche en période d’expansion, « la machine à coudre utile » est un produit qui a toujours marché en temps de crise. Entreprendre : Vous êtes donc sereins… Jean-Claude Stecker : La cinquantaine bien amorcée, je ne vois pas ce qui pourrait encore nous stresser. En une trentaine d’années, avec un produit sur lequel beaucoup n’auraient pas parié un kopeck, nous avons réussi à bâtir une petite entreprise florissante tout en multipliant nos chiffres par sept. Il y a pire comme parcours, non ? Et surtout, nous sommes restés nous-mêmes, honnêtes, serviables et commerçants. Entreprendre : La machine à coudre n’est donc pas ringarde… Jean-Claude Stecker : Sûrement pas… Foi de Stecker ! Propos recueillis par Christophe Hay Photos Jean-Louis Brocart ETS. STECKER SPRL Rue de la gare, 133 B-6880 Bertrix Tél. : 061 41 12 74 Fax : 061 41 40 54 www.stecker.be Entreprendre Aujourd’hui N°149 - avril 2013 - 27



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