Entreprendre Aujourd'hui n°146 déc 12/jan 2013
Entreprendre Aujourd'hui n°146 déc 12/jan 2013
  • Prix facial : 5 €

  • Parution : n°146 de déc 12/jan 2013

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Chambre de commerce et d’industrie du Luxembourg belge

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 44

  • Taille du fichier PDF : 7,5 Mo

  • Dans ce numéro : rencontre avec Patrick Truccolo, Directeur de Le Trusquin, un laboratoire d’innovation utile aux entreprises comme aux publics moins favorisés.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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ESPACE ENTREPRISES > RENCONTRE Le Trusquin est un laboratoire d’innovation utile aux entreprises comme aux publics moins favorisés, ou moins chanceux, auxquels il se destine prioritairement… Rencontre avec Patrick Truccolo, Directeur Patrick Truccolo, un Directeur empreint de durable au sens large du terme, c’est-à-dire pensé pour que les générations futures vivent mieux... 6 - Entreprendre Aujourd’hui N°146 - décembre 2012 à l’heure de la mondialisation et de la finance, l’humain ne compte souvent que pour quotité négligeable dans beaucoup de « business model ». Grave erreur, bien sûr, puisque le savoirfaire, les compétences et l’âme de l’entreprise se trouvent justement dans cette ressource que l’on feint trop souvent d’ignorer, alors que c’est le contraire qui devrait être vrai. Au Trusquin, sur les hauteurs de Marche-en- Famenne, par vocation autant que par choix, on a fait le pari inverse, qui est de miser prioritairement sur l’humain, les spécialités ayant été approchées petit à petit et s’étant inscrites dans la stratégie dans un second temps pour faire de l’entreprise un tout assez cohérent qui joue un rôle formatif et intégrateur reconnu. Pas plus tard que la semaine dernière, la dynamique innovante a d’ailleurs encore été récompensée, Le Trusquin s’adjugeant un second prix wallon dans le cadre de l’innovation sociale pour sa nouvelle filière de formation autour d’un système innovant d’épuration d’eau, dénommé « phytoépuration ». Bingo ! Le laboratoire de réflexion et d’expérimentation marchois atteint donc ses objectifs, assumant son rôle d’intégrateur social tout en s’inscrivant, dans plusieurs de ses métiers, à la pointe de la technologie de l’innovation, référence parmi les organismes du genre et pôle de compétences au sein de ses filières, désormais ouvert aussi aux entreprises classiques. Incroyable parcours pour cette entreprise de formation par le travail (EFT) née, il y a une quinzaine d’années, de la volonté de quelques éducateurs d’offrir un tremplin à des jeunes en rupture, sans métier, sans toit et sans avenir. En quelques années, Le Trusquin a su répondre à ses objectifs de départ, emmenant dans son sillage des dizaines de jeunes « requinqués », mais non sans réfléchir à la pérennisation de l’outil que ses managers et formateurs ont réussi à positionner dans des métiers utiles, en pénurie, voire souvent à la pointe des besoins, bref en innovant. Aujourd’hui, Le Trusquin n’a pas oublié son vœu pieux d’offrir une première expérience de travail à des gens non ou mal scolarisés qui n’en ont jamais eue, le tout sur un vrai terrain d’exploitation, mais pas n’importe comment. Ici, quatre secteurs de formation sont privilégiés, qui allient qualité du cursus et humanité du lien social à récréer, et dont deux au moins sont novateurs, voire précurseurs. Rencontre avec Patrick Truccolo, Directeur, aussi socialement impliqué que conscient des défis auxquels doit faire face une entreprise comme celle qu’il gère, un peu seule dans la jungle d’une économie de marché…
Entreprendre : L’alliance entre social et résultats n’est-elle pas trop explosive ? On parvient à nouer les bouts ? Patrick Truccolo : Tout n’est pas forcément simple, mais on compose. On nous a pas mal critiqués au début, nous reprochant de faire du tort aux entreprises classiques non subsidiées, mais les choses se sont aplanies d’elles-mêmes parce que la réalité est toute autre. Entreprendre : Le contexte dans lequel vous évoluez n’est pourtant pas moins évident que celui qui prévaut au développement des entreprises traditionnelles… Patrick Truccolo : Bien sûr que non, ne serait-ce déjà que par le profil même de nos stagiaires, qui partent généralement du bas de l’échelle. Nous les formons pour l’essentiel en dix-huit mois, en les accompagnant autant au niveau professionnel qu’humainement parlant. Une fois formés, ils nous quittent alors pour rejoindre les filières classiques où ils feront les beaux jours des entreprises qui les engageront. Il n’y a donc plus aujourd’hui le moindre problème de cet ordre. Entreprendre : Parlez-nous des quatre axes de formation que vous proposez ? Patrick Truccolo : Historiquement, c’est la rénovation qui a lancé le projet Trusquin. L’idée, comme je l’ai dit, était de permettre à des jeunes placés de ne pas être abandonnés à l’âge de la majorité. Tout est donc parti d’une maison d’aide à la jeunesse, « Li Mohon », à Lignières, qui a voulu se soucier du devenir de jeunes sans attaches, à qui les éducateurs ont voulu donner quelques armes supplémentaires pour se lancer dans la vie. Entreprendre : Rénover une maison pour leur donner le goût du travail manuel dans le bâtiment. Belle idée… Patrick Truccolo : Oui, une sorte d’apprentissage professionnel par le biais de la rénovation. Et puis, les choses ont évolué parce que les formateurs et la direction de l’EFT (créée en 1995, c’était alors une pionnière,ndlr) se passionnaient pour des techniques innovantes quant au ESPACE ENTREPRISES > RENCONTRE « Au-delà de l’aspect économique qui vous préoccupe logiquement dans les pages de votre mensuel, nous ne sommes pas peu fiers d’afficher aussi des taux d’insertion convaincants de 50% ; ce qui, compte tenu des conditions et du passé de nos stagiaires en général, est une gageure… » bâti durable. L’éco-construction a donc suivi, nous en sommes aujourd’hui un représentant reconnu dont l’expertise est écoutée par bien des entreprises du secteur. La logique EFT s’est imposée à l’équipe qui avait rêvé le projet parce que celui-ci ne pouvait que reposer sur un véritable travail productif permettant de couvrir les frais non supportés par les subsides. Entreprendre : La clientèle des particuliers et des marchés publics a rapidement répondu à l’offre que vous proposiez ? Patrick Truccolo : Pas vraiment, on s’en doute. Les premiers clients étaient des convaincus, choisissant de recourir à nos services (pas moins chers et plus longs à mettre en œuvre,ndlr) parce que voulant apporter leur pierre à l’édifice social que nous bâtissions. La reconnaissance plus large ne s’est produite qu’avec la crédibilité acquise sur le terrain. Et plus nous maîtrisons de compétences, plus il est facile pour nous d’être reconnus. C’est un cercle vertueux qui nous permet d’avancer, notamment parce que l’on a choisi la spécialisation et l’innovation. Entreprendre : Cette démarche, d’abord laborieuse puis plus aisée, se retrouve dans vos différents métiers… Patrick Truccolo : Elle se retrouve en tout cas dans la ferronnerie d’art et du bâtiment, comme dans la gestion environnementale, deux secteurs formatifs qui nous permettent aussi de nous différencier de l’existant en proposant toujours des cycles très spécifiques dans des domaines qui ne le sont pas moins. à côté de ça, nous avons encore initié des modules en mobilité (chauffeurs de personnes/de biens) qui n’ont pas tout à fait un succès identique économiquement parlant. Maintenant, ils répondaient à un besoin criant sur notre territoire et s’inscrivaient donc dans la logique sociale qui nous guide, surtout par exemple pour l’(la) (ré)insertion des femmes. Entreprendre : Transport collectif des malades et autres ? Patrick Truccolo : Oui, c’est cela. C’est une formation qui répond à une demande que ne satisfait pas (plus) le service public, mais la rentabilité est évidemment loin d’être évidente. On a donc essayé d’élargir le champ d’actions en orientant, par la suite, cette formation vers les biens et services. En 2006, on a créé une coopérative titres-services classique, avec cette orientation formative particulière en sus, se disant que les résultats positifs d’un côté permettraient d’éponger les pertes enregistrées sur cette activité proprement dite. C’est peut-être curieux comme démarche mais, je le rappelle, nous ne sommes pas mus par un but de lucre. Entreprendre : En 2003, vous reprenez une structure semblable à la vôtre, active sur Dinant, notamment spécialisée dans la ferronnerie d’art et industrielle. Un choix social ou plutôt une diversification originale ? Patrick Truccolo : Chez nous, la dimension sociale n’est jamais absente. Cela étant, nous trouvions surtout regrettable de laisser partir un pôle de compétences. Nous avons voulu l’intégrer à notre offre. » > Entreprendre Aujourd’hui N°146 - décembre 2012 - 7



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