Entreprendre Aujourd'hui n°146 déc 12/jan 2013
Entreprendre Aujourd'hui n°146 déc 12/jan 2013
  • Prix facial : 5 €

  • Parution : n°146 de déc 12/jan 2013

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Chambre de commerce et d’industrie du Luxembourg belge

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 44

  • Taille du fichier PDF : 7,5 Mo

  • Dans ce numéro : rencontre avec Patrick Truccolo, Directeur de Le Trusquin, un laboratoire d’innovation utile aux entreprises comme aux publics moins favorisés.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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UTILE & AGREABLE Le numérique fait aujourd’hui partie intégrante de notre vie quotidienne Alors, révolution permanente ou technologie invasive ? 40 - Entreprendre Aujourd’hui N°146 - décembre 2012 Depuis vingt ans, avec l’avènement d’Internet, la révolution numérique a bouleversé nos vies. Et elle est loin, très loin d’être achevée. Dans un livre qui vient de paraître, Cédric Biagini explique comment Internet et les nouvelles technologies ont colonisé nos vies. Edifiant… mais tellement vrai ! Faites l’exercice et vous verrez. L’air de rien, en moins d’une génération, notre vie a totalement changé. A la chute du Mur de Berlin, fin des années 1980, Internet, GSM, e-mail ou autre Smartphone étaient des termes totalement inexistants. Et aujourd’hui, aussi incroyable que celui puisse vous paraître, de New-York jusqu’en Oural, et des pays sous-développés jusqu’à la Silicone Valley, il semble que nous ne puissions plus vivre sans eux. Cette dépendance est de plus en plus contraignante, et pas seulement pour ceux que l’on appelle en bon anglais des « digital natives », c’est-àdire des natifs digitaux, baignant dans l’univers numérique depuis leur plus tendre enfance et abasourdis d’apprendre que leurs grands-parents ne disposaient pas nécessairement d’un téléphone. Désormais, qu’on se le dise, à l’exception de l’un ou l’autre Mohican qui traînerait encore par-là, c’est également vrai pour la génération née dans le papier et qui se retrouve plongée, qu’elle le veuille ou pas, dans un environnement de plus en plus électronique. Dans son livre, « L’emprise numérique » 1, Cédric Biagini analyse les effets de ce déferlement technologique qui bouleverse notre rapport au monde, aux autres et à nous-mêmes. Consternant. Une nouvelle religion : la technologie numérique « La révolution numérique est tellement (1)L’emprise numérique. Comment Internet et les nouvelles technologies ont colonisé nos vies, Éditions L’Échappée, 2012. rapide que même ceux qui ont un peu d’avance sont en retard ! », assène avec une pointe d’humour l’ancien directeur de l’Institut d’études politiques de Paris, Richard Descoings. En effet, l’avènement d’Internet a considérablement modifié nos vies tant privées que publiques, les deux se mêlant parfois au point de s’y perdre. Il s’agit bien d’un avènement à l’instar d’une nouvelle religion dont les fidèles se nomment fans et les prêtres gourous. Nous vivons actuellement une véritable « frénésie technophile » qui fait passer ceux qui ne s’y intéressent pas ou peu pour des vieux, des technophobes ou encore des réactionnaires. « L’utilisation du terme technophobe montre que toute critique des technologies est impossible puisqu’elle ne participerait pas du débat raisonné. Celui qui s’y livre serait en prise à des peurs irrationnelles, à des phobies qui relèveraient de la pathologie à soigner d’urgence », pointe l’auteur qui précise dans la foulée qu’il est ingénieur en mécanique de formation et ne peut donc pas être rangé au rayon des littéraires et doux poètes qui n’y entendent rien en matière de technologie. Le déferlement numérique n’épargne aucun pan de la culture ou de l’économie et les changements qu’il provoque sont beaucoup plus rapides qu’on ne l’imagine. Hier le disque et la photo, demain le livre « Cerné de toute part, le livre est sommé de rentrer dans l’ordre numérique », écrit Cédric Biagini. « Après le cuisant échec du livre électronique, lancé en fanfare au début des années 2000, les conditions semblent aujourd’hui réunies pour que
start-up, géants de l’électronique et multinationales du Web mettent fin au règne de ce petit ‘cube de papier’. Les laboratoires du futur, plus innovants que jamais, œuvrent de concert pour faire disparaître cet objet venu d’un autre âge, faisant figure de fossile à l’heure où la culture numérique s’impose partout et qu’une part croissante des activités humaines est transférée aux machines. » Si certains doutent que le livre électronique, baptisé également « e-book » ou « reader », sans parler de ses avatars commerciaux, puisse s’imposer au détriment du livre classique, qu’ils songent aux disques et photos d’antan et aux disquaires et magasins de photos aujourd’hui disparu. « Des oiseaux de mauvaise augure prédisent que dans les cinq ans à venir, la moitié des librairies françaises fermeront… », pointe l’auteur. Au-delà du fait qu’il est bien beau de disposer de 1.400 livres dans son Kindle – le livre électronique commercialisé par Amazon – alors que le lecteur moyen ne lit qu’une dizaine de livres par an (il a donc pour 140 ans de lecture devant lui et dans la poche !), ce nouveau support implique également une nouvelle lecture. Une lecture sans lecture La lecture numérique s’apparente, en effet, davantage à un zapping qu’à une lecture approfondie et linéaire telle qu’on la connaît avec le livre imprimé. D’autant que le livre électronique offre toute une série d’applications qui sont autant de distractions de la lecture. Et il est un autre changement qui s’est opéré avec la lecture numérique, et plus largement avec l’usage des nouvelles technologies : la perte de la mémoire. « L’accès instantané à une profusion d’informations ne rend plus nécessaire leur mémorisation. Les expériences sur les effets de Google menées par Betsy Sparrow, psychologue à l’université de Columbia prouvent que le simple fait de savoir qu’une information est disponible nous pousse à ne pas la mémoriser. Notre cerveau se contente de savoir comment la retrouver. » C’est bien pourquoi nous avons oublié pour la plupart nos numéros téléphones et les routes confiés respectivement à nos GSM et autres GPS. L’apparition de ces nouveaux supports permet également de mieux connaître et enregistrer à toutes fins utiles les habitudes du lecteur comme, par exemple, le passage le plus souligné d’un ouvrage, le temps de lecture de l’ouvrage ou encore le chapitre le plus téléchargé d’un manuel de management. Le boom des réseaux sociaux Aujourd’hui, le réseau est social ou n’est pas, tout simplement. Dans le chapitre qu’il consacre à Facebook, intitulé « Le meilleur des mondes », Cédric Biagini souligne avec une pointe d’ironie qu’alors que tous les démocrates s’élèvent devant la constitution du moindre fichier policier, aucun ne remet en cause Facebook. Sans doute parce que dans ce cas, chacun consciencieusement remplit sa propre fiche au jour le jour et comme le note un détective : « les gens racontent toute leur vie en détail. Et le plus fou, les informations sont exactes. La plupart des gens ne mentent même pas. » Le boom des réseaux sociaux et la quantité d’amis n’a guère multiplié les liens entre personnes, comme en témoigne ce « cas extrême mais significatif de cette dichotomie entre quantité de contacts virtuels et qualité des rapports entretenus : Simone Back, âgée de 42 ans, s’est suicidée à Noël 2010 après avoir envoyé un message à ses 1048 amis sur Facebook : ‘Pris tous mes médicaments, serai bientôt, morte bye bye tout le monde.’Aucun ne s’est déplacé, ne lui a téléphoné, ni n’a appelé les secours, alors que 148 commentaires ont été envoyés sous son post… ». Se réapproprier nos vies Qu’on le veuille ou non, que l’on soit fan ou pas, le numérique est aujourd’hui présent partout, tant dans notre vie privée que dans notre travail. Il ne tient pourtant qu’à nous de se réapproprier nos vies. Face à ce qu’il n’hésite pas à nommer « tyrannie technologique » et au « devenir humain », l’auteur conclut que « le pari est le suivant : soit nous pensons que la perfectibilité et l’incomplétude de l’humain seront compensées par un recours croissant aux technologies, lui permettant de s’affranchir de tout lien de dépendance envers les autres et envers les institutions (quelles qu’elles soient), soit nous défendons l’idée que seuls des changements d’ordre politique et social lui permettront de vivre librement et décemment. Cette seconde vision présuppose de continuer à croire dans les vertus de la vie en société de l’éducation, de la culture et de sortir d’une vision sombre de l’humanité. Il s’agit donc de renverser la tendance qui remplace le gouvernement des hommes par l’administration des choses ». Tout est dit ! Valentin Tinclère Entreprendre Aujourd’hui N°146 - décembre 2012 - 41



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