Entreprendre Aujourd'hui n°141 mai 2012
Entreprendre Aujourd'hui n°141 mai 2012
  • Prix facial : 5 €

  • Parution : n°141 de mai 2012

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Chambre de commerce et d’industrie du Luxembourg belge

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 44

  • Taille du fichier PDF : 15,8 Mo

  • Dans ce numéro : Rencontre avec Sergio Calandri, patron convaincu et convaincant d'Herbalgem, leader mondial de la production d’extraits naturels de bourgeons.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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UTILE & AGREABLE Le harcèlement n’est de fait pas quelque chose d’anodin qui peut (doit) être pris à la légère. Chacun selon son tempérament appréciera sans doute les situations à sa manière, mais toujours est-il que l’on ne saurait trop conseiller aux harceleurs comme aux harcelés de ne jamais prendre le fait comme quelque chose qui fait partie des conditions de travail, et donc du travail lui-même. En Belgique, il touche, estime-t-on, un travailleur sur cinq. Enorme, non ? Jugez un peu que 21,4% des salariés seraient concernés ! Femmes, étrangers, handicapés, subalternes… les harcelés sont nombreux et variés. Et il est donc de multiples causes de harcèlement au travail. Les cibles sont tantôt occasionnelles ou récurrentes, le harcèlement devenant prédominant ou sévère. 40 - Entreprendre Aujourd’hui N°141 - mai 2012 Un salarié sur cinq ! La question qui se pose, ou que l’on pose, en général au sujet harcèlement au travail touche aux raisons qui font que l’engrenage se met en marche. Qui se fait harceler ? Difficile à dire… N’importe qui peut devenir, demain, pour telle ou telle bonne ou mauvaise raison, la cible d’un harceleur. Et contrairement à ce que l’on imagine, ce ne sont pas spécialement les personnes les plus fragiles ou les moins affirmées qui se font harceler. Un cadre nouvellement promu, un jeune fraîchement embauché, une femme qui revient de congé de maternité, un salarié proche de la retraite, un employé handicapé, une jeune femme sortant de l’école avec un excellent diplôme, chacun peut se trouver en situation de harcèlement. Pourquoi ? Tout simplement parce que les raisons dudit harcèlement diffèrent, de même que les objectifs poursuivis par celui qui tisse petit à petit une sorte de toile autour d’une victime. Ici, ce sera pour prendre Harcèlement au travail Un salarié sur cinq en serait victime... Critiqué, raillé, moqué, ennuyé, sali pour, sur, ou pendant son travail, le harcelé est quelqu’un qui souffre, souvent en silence, dans son for intérieur, là où il se sent à l’abri. Mais cet abri est bien inconsistant face à la hardiesse, la rage ou la répétitivité des agressions. Car le harcèlement est avant tout une agression faite à une personne dans son intégrité d’individu, de travailleur… Et les cas de harcèlement, quoi qu’on en pense ou en dise, ne sont pas rares chez nous comme ailleurs. Nous sommes peut-être loin de ce que l’actualité plus ou moins récente nous a rapporté, notamment tout à côté de chez nous, en France, où des salariés, poussés à bout, n’ont pas hésité à mettre fin à leurs jours de manière à la fois violente et extrêmement médiatique, mais le harcèlement est une réalité aussi chez nous. Et il n’y a pas de petit ou de grand harcèlement. La chose est… ou pas ! une place, là-bas pour briller devant la hiérarchie, ailleurs pour profiter d’une personne et bénéficier de ses connaissances et/ou compétences, ailleurs encore il sera question d’influence, de chantage, de sexe, de violence, simplement de jeu parfois… Qui harcèle au travail ? De la même manière que le harcelé peut être n’importe qui, l’auteur du harcèlement peut lui-même être un employé lambda au sein d’une organisation. Notez qu’il poursuit souvent un but précis, avoué ou non, et qu’il est généralement bien intégré à l’entreprise. Là, on a ce que l’on appelle une caractéristique constante qui en dit long sur le reste. En effet, vous remarquerez qu’à l’exception du harcelé, personne ou presque ne remarque toute l’étendue du travail de dénigrement et d’abaissement fait par le « bourreau » sur sa victime. Mieux, le harceleur se sent tellement bien dans son environnement
qu’il est quasi en sécurité pour harceler sans être arrêté. Et aussi incroyable que cela paraisse, il se sent en parfaite confiance pour justifier ses comportements pourtant intolérables. C’est d’autant plus lourd et impensable lorsque la chose prend les traits de la conspiration. Dès lors, on fait face à une sorte d’omerta qui lie, et ligue, plusieurs (voire tous les) individus d’une même entreprise ou organisation contre une seule personne. Ce mode de fonctionnement organisé volontairement dans l’entreprise crée alors un climat délétère qui débouche parfois sur de véritables drames humains. Comment définit-on ce genre d’engrenage ? Aujourd’hui de plus en plus souvent traité et analysé par des psychologues dans le cadre du recours à la prévention au travail, le harcèlement n’est pas quelque chose que l’on avoue facilement. Comment admettre sans un travail sur soi-même que l’on est en effet victime de harcèlement ? Au travail, le harcèlement moral se définit comme plusieurs conduites abusives qui ont pour objet, ou pour effet, de porter atteinte à la personnalité, la dignité ou l’intégrité physique ou psychique de la personne. Et cela vaut tant lors de l’exécution du travail, que s’agissant de mettre en péril l’emploi de la personne ou de créer un environnement intimidant, hostile, dégradant, humiliant ou offensant, autant de comportements qui se manifestent notamment par des paroles, des intimidations, des actes, des gestes ou des écrits unilatéraux. C’est grave, sachez-le. Et sachez aussi que le harcèlement moral, comme le harcèlement sexuel d’ailleurs, sont interdits par le Code du travail et le Code pénal. Comment le harcèlement se manifeste-t-il ? La question relative aux conditions qui expliquent le harcèlement n’est pas une question appelant une réponse simple et univoque tant la variété des harceleurs dépasse l’originalité des méthodes de harcèlement qu’ils utilisent. Retenons toutefois que les femmes sont généralement plus exposées aux comportements méprisants et aux atteintes à la dignité, alors que les hommes sont plus souvent confrontés au déni de reconnaissance. On observe aussi trois types de comportements de la part des harceleurs lors de la mise en place de leur stratégie. Il s’agit premièrement de comportements méprisants, par exemple empêcher l’autre de s’exprimer, le ridiculiser en public… Ajoutez-y le fameux déni de reconnaissance, à savoir notamment critiquer injustement le travail de la victime, le charger de tâches inutiles ou dégradantes, le positionner dans un carcan où il ne pourra travailler correctement… Enfin, le troisième type de comportement est davantage porté sur l’attaque, fragilisant petit à petit l’autre par l’atteinte à la dignité, comme laisser entendre que le mental est dérangé, asséner des insultes et critiques obscènes et/ou dégradantes. Secteurs plus exposés Les spécialistes le disent, le harcèlement au travail concerne certains secteurs plus que d’autres. Les grosses structures et grandes entreprises sont plus exposées que les petites entreprises aux manifestations de harcèlement. Mais rappelez-vous qu’il n’y a pas de vérités sans exceptions. Et même si la tendance indique qu’il vaut mieux travailler dans une PME, voire une TPE, pour ne jamais être victime de harcèlement, les psychologues des services de prévention des risques en entreprises rappellent que des cas ont aussi été détectés dans de moins grosses organisations, y compris chez nous. Il n’empêche que la vérité des études ne peut être mise en doute et que des secteurs d’activité sont plus concernés que d’autres, peut-être tout simplement de par la personnalité des harcelés, leur précarité ou d’autres caractéristiques récurrentes. Les domaines en question sont l’hôtellerie et la restauration, l’industrie des biens et consommations, l’industrie automobile et le secteur de l’immobilier. Quant aux secteurs les moins concernés, ce sont la construction et les activités financières. Facteurs qui influencent le harcèlement… Les spécialistes du harcèlement remarquent aussi que certains facteurs augmentent considérablement le risque de harcèlement au travail. Ainsi, le croiriezvous, mais la manière dont les horaires de travail sont organisés joue un rôle important sur le risque de harcèlement. On constate par exemple que celui-ci est plus fréquemment identifié lorsque les horaires sont imposés par l’entreprise, les salariés travaillent plus que l’horaire prévu, le supérieur hiérarchique impose le rythme de travail, le rythme de travail entraîne une dépendance horaire vis-à-vis des collègues de travail, les salariés sont souvent perturbés par des interruptions, les salariés sont souvent amenés à se déplacer… Notons aussi que d’autres facteurs, ceuxlà plutôt liés à l’organisation elle-même, augmentent le risque de harcèlement moral, comme le manque de personnel pour venir à bout des tâches imposées, le manque de moyens techniques ou le manque de formation pratique et théorique. Que faire pour lutter ? De manière tout à fait méthodique et résolue, il convient avant tout de constituer une sorte de dossier dans lequel on va noter tous les agissements de la personne harcelante. Idéalement sur un carnet au jour le jour, de manière à avoir un document précis de la situation. Les plus futés parmi les harcelés, ou ceux qui auront le moins affaire à des harceleurs prévenants, garderont toutes les traces et signes des moindres faits à leur encontre, comme les messages, les mails, les SMS, les notes de service… Demander à un (des) collègue(s) de rédiger une note, un témoignage, voire une délation en bonne et due forme est souvent perçu comme un terrible élément à charge. Mais, comme la personne harcelante fait couramment peur, c’est plus compliqué qu’il n’y paraît. Si la situation s’enlise, voire au contraire s’envenime, il faudra aller voir un médecin et demander le cas échéant un certificat médical si le fait a des répercussions sur la santé physique ou mentale. Alerter le conseiller en prévention de l’entreprise, dont le rôle est de s’occuper de la santé des salariés, est évidemment une solution qui paraît toute indiquée, mais il conviendra là aussi que le harceleur n’ait pas d’emprise sur la personne. Et si les choses ne s’arrêtent pas là, le harcelé peut aussi prévenir l’inspection Contrôle du bien-être au travail, on conseille généralement de choisir cette voie interne avant d’aller au tribunal. Dernière solution : la fuite ! Enfin, la fuite est une autre alternative qui s’offre au harcelé. Certes, ce n’est pas la solution que l’on choisit avec panache, mais la fuite – en fait le départ de l’organisation - est parfois la meilleure des pistes de salut quand elle est possible. Le médecin du travail peut aider à changer de poste ou à faciliter une mutation. On vous l’avait dit, le harcèlement est un engrenage dont on ne sort pas souvent indemne. Il faut se battre et tenter de regagner l’intégrité physique et/ou morale qu’un individu mal intentionné est occupé à vous voler. C’est insupportable, n’est-ce pas ? Valentin Tinclère Entreprendre Aujourd’hui N°141 - mai 2012 - 41



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