Entreprendre Aujourd'hui n°139 mars 2012
Entreprendre Aujourd'hui n°139 mars 2012
  • Prix facial : 5 €

  • Parution : n°139 de mars 2012

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Chambre de commerce et d’industrie du Luxembourg belge

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 48

  • Taille du fichier PDF : 4,0 Mo

  • Dans ce numéro : De l’ossature classique aux parois d’un bâtiment sur plusieurs étages, le lamellé-collé permet(presque toutes les audaces… Rencontre avec Philippe Courtoy, Directeur général de Lamcol SA.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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26 - Entreprendre Aujourd’hui N°139 - mars 2012 ESPACE ENTREPRISES > ITINERAIRE » > Entreprendre : Cette fois c’est fait, vous raccrochez ? Serge Delaveux : Raccrocher ! Ça fait longtemps que la messe est dite. À mon âge, je laisse la place aux jeunes. Enfin, disons plutôt que je vais tout doucement lever le pied... Pour être plus clair, les trois mêmes personnes restent en fait en place, mais une rotation s’opère au sein de l’organigramme. Entreprendre : Et Grégory, votre fils, est officiellement appelé à vous succéder à la direction générale… Serge Delaveux : Oui, mais c’était jusqu’ici un secret de polichinelle. En intégrant l’entreprise, il y a onze ans, l’objectif était forcément celui-là. À ses côtés, c’est l’autre fidèle bras droit qui va poursuivre le travail entamé depuis bien longtemps. Pas de quoi révolutionner fondamentalement les choses, en fait… Entreprendre : Et pour vous, faire le grand saut ne sera pas trop difficile ? Grégory Delaveux : Dans la mesure où mon père lève déjà le pied depuis un certain temps dans la gestion quotidienne de l’entreprise, je ne vois pas en quoi cela pourrait constituer un bouleversement difficile à supporter. Depuis 2001, j’ai vécu la plupart des grandes mutations de l’outil sur le terrain avec le personnel. J’ai par ailleurs eu largement le temps d’apprendre le métier propre à l’entreprise et mes expériences professionnelles passées (un emploi à responsabilités entre les pools administratifs et techniques dans un groupe d’une vingtaine de restaurants londoniens,ndlr) me servent à manager les équipes. La transmission va s’achever concrètement sur papier, mais il y a longtemps que le processus est sur les rails. Entreprendre : En parlant de rails, Infrabel compte encore et toujours parmi vos plus importants clients ? Grégory Delaveux : C’est clairement le plus gros de nos donneurs d’ordres. Bon an mal an, je dirais qu’à lui seul ce partenaire représente une quarantaine d’emplois au sein de l’entreprise ! Oui, c’est énorme. Nous avons du personnel aux quatre coins de la Wallonie pour les besoins d’Infrabel, avec des équipes localisées à Aywaille, Charleroi, Namur et, bien sûr, ici à Marche-en-Famenne. Entreprendre : Bois & Travaux - de par sa taille et les chantiers qu’elle gère, « Nous sommes spécialisés dans les marchés publics, c’est une gymnastique intellectuelle particulière qui nous permet souvent d’être devant les autres au moment des soumissions… » que ce soit pour Infrabel, pour Ores, voire pour des administrations régionales, provinciales ou locales - fait un peu figure d’épouvantail dans ses métiers à l’échelle wallonne. Comment parvient-on à un tel résultat en deux décennies à peine ? Serge Delaveux : Il n’y a évidemment pas de secret. Un peu de chance, beaucoup de travail, de l’audace, une gestion rigoureuse, la recette est toujours la même… Si je jette un œil dans le rétroviseur, je me dis que j’ai aussi forcément dû avoir un fameux coup de pouce du destin, mais encore faut-il voir les clins d’œil que vous fait la vie. Mon départ à moi, ce fut de me spécialiser dans les marchés publics. Entreprendre : En’92, quand vous créez Bois & Travaux, ce n’est pourtant pas la gloire dans votre filière… Serge Delaveux : Non, vraiment pas. Imaginez-vous que le mur de Berlin est tombé quelques années auparavant et que la guerre en Yougoslavie vient d’éclater, autant de causes parmi d’autres qui font s’effondrer le marché du bois sur lequel repose mon business. Je suis marchand et j’exploite une scierie, c’est effectivement une période d’interrogations et de turbulences. Je sens que le vent tourne et qu’il me faut trouver un nouveau créneau. Entreprendre : C’est alors que le hasard vous sourit ? Serge Delaveux : Exactement. Et encore, pas comme je l’imaginais. On me propose, pour Infrabel, de me charger de la coupe de taillis le long d’une voie de chemin de fer. J’accepte ce contrat ponctuel en escomptant recycler le bois, mon métier. Ce que, bien sûr, je ne parviendrai pas à faire tant l’endroit est difficile d’accès et le bois de piètre qualité. Qu’à cela ne tienne, non seulement je mets à profit ce marché précis mais je découvre à ce moment une activité à développer puisque personne, ou presque, ne le fait. Entreprendre : Simple, mais efficace ! Serge Delaveux : Vous ne croyez pas si bien dire… Quatre ans plus tard, sur base de cette activité toute bête, l’entreprise s’est tellement développée qu’elle emploie à ce moment déjà… 48 salariés ! Pas mal, non ? Il faut dire que l’on ne s’est pas tourné les pouces et que l’on a usé de notre connaissance du bois et des arbres pour que l’entreprise monte en puissance. La cible : les marchés publics. L’idée : faire à grande échelle ce qui se faisait avant dans cette niche de marché de manière ponctuelle et artisanale. Entreprendre : Mais encore ? Serge Delaveux : Soyons clairs, des entreprises publiques de grande taille n’ont pas attendu que naisse Bois & Travaux pour entretenir les abords des voies ferrées et des routes. Ce qui est neuf, par contre, c’est l’idée d’externaliser en tout ou partie certains chantiers. Je saute sur l’occasion et décide de relever le défi, me plongeant à fond dans l’approche marchés publics. Entreprendre : Mais là encore, d’autres y avaient pensé avant vous… Serge Delaveux : Bien sûr… Et des entreprises fortement équipées, comme nous en connaissons notamment en Centre- Ardenne, sont d’ailleurs des partenaires historiques de la SNCB, d’Infrabel, d’Electrabel, du MET, du SPW… Mon idée est plutôt de proposer, à côté du service professionnel proposé par ces entreprises, un autre partenariat tout aussi professionnel dans des disciplines où il est moins besoin d’outillage conséquent et où le recours à d’autres qualités prévaut. Entreprendre : C’est notamment le travail en hauteur, les chantiers d’accès malaisé… Serge Delaveux : Vous y êtes ! Ajoutez-y d’autres disciplines plus orientées vers
les arbres, comme l’abattage, l’élagage classique et/ou la taille douce (c’est-à-dire moins agressive et orientée croissance majestueuse, en respectant l’architecture de l’arbre,ndlr), une technique cependant plus répandue dans les chantiers pour le particulier. Entreprendre : L’activité ne cessant de croître, vous avez donc un besoin récurrent de main-d’œuvre… Serge Delaveux : Exactement. Nous sommes alors au tournant 2000- 2001, nous manquons de place à Yvoir, où est née l’activité, et de bras pour mener à bien nos chantiers. C’est le moment de la reprise de l’ETA barvaudoise qui signe aussi notre déménagement dans le nord de la province de Luxembourg. Entreprendre : En reprenant cet atelier protégé, vous reprenez aussi ses activités historiques et son personnel. L’ensemble évoluera dans les années qui suivent sous une appellation davantage dans l’air du temps… Serge Delaveux : Oui, Belair est effectivement à la fois dans l’air du temps tout en laissant transparaître de façon subtile le(s) métier(s) de la structure. En même temps, je dirais que ce rachat répond à d’autres objectifs. D’une part, l’aspect social n’est pas absent de notre réflexion et, d’autre part, les activités des deux entreprises sont imbriquées et complémentaires. Entreprendre : Complémentarité et synergie, c’est bien vu… Serge Delaveux : Il faut savoir qu’une grande partie de l’activité de Bois & Travaux se déroule en période automnale et hivernale. Or c’est justement au moment de « notre » basse saison (donc printemps-été) que débute l’activité intense du métier d’entretien d’espaces verts, tonte et nettoyage que Belair prend en charge. La synergie entre les deux entités est donc évidente. Et les « pros » de l’une se muent, sans problème, en chefs d’équipe dans l’autre activité. Entreprendre : Par tâtonnements et inventivité, vous avez quasi créé vos niches de marché. Serge Delaveux : Presque, en effet. Sur base de la taille dans des endroits escarpés et difficiles d’accès, nous avons par exemple répondu à des appels d’offres concernant du « peignage de rochers », c’est-à-dire du nettoyage de parois à la main, voire avec un petit outil de type levier pour faire tomber les roches éventuellement instables. Nous avions du personnel rompu aux techniques de l’escalade et de l’alpinisme, il suffisait de répondre au cahier de charges. Entreprendre : Dans le même temps, vous êtes devenus des experts des marchés publics. Serge Delaveux : Ah ça, c’est vrai que notre expertise y est précieuse. Forcément, avec le temps, on s’habitue. Et on multiplie donc les domaines, que ce soit dans notre métier historique ou dans l’entretien des parcs, jardins et espaces verts, dans le lavage de vitres… On preste même, de temps à autre, à l’étranger, même si c’est négligeable en termes financiers. Entreprendre : Le marché des particuliers ne vous paraît pas intéressant ? Serge Delaveux : En parcs et jardins, tailles et tontes, si. Nous y réalisons 30% de notre chiffre d’affaires. Par contre, comme dans notre métier historique, nous multiplions ici aussi quand même les marchés publics parce que notre équipement le permet et que notre expérience de ces chantiers est « payante ». On gère aussi bien des communes rurales que des villes, par exemple, Marche-en-Famenne, Durbuy, Grâce-Hollogne, La Roche-en-Ardenne, Nassogne, mais aussi, notament, la ville de Louvain-la-Neuve. Entreprendre : Quel est le ratio valides – non valides au sein de vos deux entités ? Grégory Delaveux : C’est quasi 50-50. Avec toutefois une collaboration et une entente des plus cordiales entre tous. C’est une alchimie qui aurait pu paraître difficile à mettre en œuvre mais dont les résultats sont exceptionnels. Chez nous, il n’y a pas de handicapés assistés, mais des handicapés qui bossent et gagnent leur vie. C’est de l’intégration par le travail. « Aux quatre coins de la Wallonie, Bois & Travaux intervient pour des donneurs d’ordres importants qui sous-traitent une série de métiers très techniques, très lourds, très dangereux. C’est notre business… » ESPACE ENTREPRISES > ITINERAIRE Entreprendre : Qui se fait aussi de manière plus classique s’agissant de moins valides… Grégory Delaveux : Oui, nous avons des gens qui prennent en charge de très petits marchés de niches et d’autres qui prestent à l’année dans des entreprises avec lesquelles nous avons des accords de partenariat. Entreprendre : Le déménagement vers la capitale de la Famenne s’est concrétisé en 2007, c’était une nécessité ? Serge Delaveux : Oui, car l’exiguïté était réelle à Barvaux. Nous sommes ici parfaitement installés dans des infrastructures pensées pour nos métiers et bien situées sur un plan géographique. Entreprendre : La transmission arrive à un moment idéal pour une entreprise qui paraît avoir atteint une belle vitesse de croisière, disposer d’outils de premier ordre et être bien structurée. Comment voyezvous l’avenir ? Grégory Delaveux : Le travail ne manquant pas, mon défi sera surtout de trouver le personnel désireux d’emboîter notre pas. Je sais cependant que ce ne sera pas facile car les mentalités sont ce qu’elles sont et les métiers que nous proposons sont lourds, exigeants, voire dangereux. Je suis malgré tout plein d’espoir car nous sommes performants et il reste de nombreux marchés à explorer. Mon père peut souffler et envisager de passer de plus en plus de temps auprès de ses chevaux, la Maison Bois & Travaux est bien gardée. Propos recueillis par Christophe Hay Photos Jean-Louis Brocart BOIS & TRAVAUX SA – BELAIR ASBL Parc d’activités économiques de Aye Rue André Feher, 15 B-6900 Marche-en-Famenne Tél. : 084 24 58 58 Fax : 084 31 16 08 www.bois-travaux.be Entreprendre Aujourd’hui N°139 - mars 2012 - 27



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