Entreprendre Aujourd'hui n°136 novembre 2011
Entreprendre Aujourd'hui n°136 novembre 2011
  • Prix facial : 5 €

  • Parution : n°136 de novembre 2011

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Chambre de commerce et d’industrie du Luxembourg belge

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 60

  • Taille du fichier PDF : 8,4 Mo

  • Dans ce numéro : Altitude 500 se trouve dans le peloton de tête des producteurs européens de sapins de Noël. Rencontre avec Louis Brasseur, administrateur délégué.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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UTILE & AGREABLE Internet est partout Cela nous rend-il plus intelligents… ou plus bêtes ? 56 - Entreprendre Aujourd’hui N°136 - novembre 2011 L’évidence ne souffre aucune discussion, aucun questionnement : Internet est omniprésent à l’échelle de la planète. Cela nous a-t-il rendu meilleurs, plus malins, plus prompts à nous méfier, plus réactifs aux crises et bouleversements ? Ou est-ce devenu tellement commun que la magie de cette information multiple, rapide et tous azimuts s’est proprement banalisée ? Difficile à dire, finalement… Et si notre esprit et notre comportement social étaient totalement bouleversés avec Internet ? C’est la question que pose l’essayiste américain Nicholas Carr dans son dernier ouvrage récemment publié en français et intitulé : « Internet rend-il bête ? Réapprendre à lire et à penser dans un monde fragmenté » 1. Ou comment notre cerveau va s’adapter à cette nouvelle technologie... 1. Nicholas Carr, Internet rend-il bête ? Réapprendre à lire et à penser dans un monde fragmenté, Robert Laffont, 2011, 20 euros. Nouveau média, nouvelles perceptions Depuis l’apparition d’Internet, et singulièrement du moteur de recherche Google, nous avons tous consciemment ou inconsciemment confié une partie plus ou moins importante de notre mémoire à la Toile. Et plus globalement à toute une série de technologies dont nous ne savons plus guère nous passer, comme le GSM ou le GPS. Qui s’amuse encore aujourd’hui à mémoriser un numéro de téléphone ou à se rappeler un itinéraire quelconque ? Il faut le reconnaître, nous confions de plus en plus une partie de nos vies aux écrans qui nous entourent. Face à cette (r)évolution, l’essayiste américain, spécialiste des nouvelles technologiques, s’est interrogé sur l’impact d’Internet sur notre comportement et ses effets sur notre cerveau. Resterons-nous capables de nous concentrer ? Allonsnous perdre la mémoire ? L’éducation de nos enfants va-t-elle en être modifiée ? Autant de questions parmi d’autres que l’auteur aborde et qui mettent en lumière les changements qui se sont doucement opérés depuis une petite vingtaine d’années. Edifiant. Les médias agissent sur le système nerveux à l’apparition d’un nouveau média, on a naturellement tendance à s’attacher davantage aux contenus de celui-ci qu’au processus lui-même. Les débats récurrents sur la violence à la télévision ou la pornographie sur Internet, par exemple, reflètent à merveille l’approche que nous avons d’un nouveau moyen de communication. Au-delà, il est aussi des effets qui sont moins évidents à appréhender mais qui, au final, se révèlent bien plus importants que le contenu. Dans les années’60, le théoricien canadien de la communication Marshall McLuhan, le disait déjà : « Le medium, c’est le message ». Comme le rappelle en préambule Nicholas Carr, « les effets de la technologie ne se produisent pas au niveau des opinions ou des concepts ». Bien plus tôt, ils altèrent « peu à peu et sans la moindre résistance les schémas de perception ». Notre baladin en rajoute pour convaincre, mais l’idée est là. Les médias opèrent leur magie, ou leurs méfaits, sur le système nerveux lui-même ».
Et qui dit système nerveux, dit cerveau et neurones. Aujourd’hui, les spécialistes en neurosciences ont démontré la plasticité neuronale. Le cerveau a ainsi la capacité de se reprogrammer instantanément, en changeant son mode de fonctionnement. Et même si l’on ne connaît pas encore tous les détails de cette reprogrammation. « La plasticité neuronale est constamment en action, explique Mark Hallet, qui dirige la branche médicale de neurologie des National Institutes of Health. C’est ainsi que nous nous adaptons aux changements de situation, que nous apprenons des faits nouveaux, et que nous développons de nouveaux savoirfaire. » Et, chose intéressante, cette plasticité est l’état normal du système nerveux tout au long de notre vie. En simplifiant quelque peu, on peut dire qu’il n’y a pas d’âge pour apprendre. Durant toute notre existence, les neurones de notre cerveau créent en permanence de nouvelles connections qui nous permettent de nous adapter. « Neurologiquement parlant, nous devenons ce que nous pensons », résume l’auteur. Le cerveau aime être distrait En matière de communication, l’une des premières évolutions au Moyen-âge a été le passage de la lecture lue à voix haute à la lecture silencieuse. Une lecture profonde qui demandait de plus grandes capacités de concentration. Or, souligne Nicholas Carr, « il n’était pas facile d’acquérir cette discipline mentale. L’état naturel du cerveau de l’être humain, comme de la plus grande partie de nos parents dans le règne animal, est de se laisser distraire. Nous sommes prédisposés à déplacer notre regard, et donc notre attention, d’un objet à un autre, à capter le maximum de ce qui se passe autour de nous. Ce qui attire le plus notre attention, c’est le moindre indice de changement de notre environnement. » De ce point de vue, la lecture d’un livre relevait de la méditation et plongeait le lecteur dans une activité solitaire et unique. Selon les mots d’un chercheur en psychologie au King’s College de Londres, Vaughan Bell, « la capacité de se concentrer sur une tâche unique, relativement ininterrompue, est une anomalie bizarre dans l’histoire de notre développement psychologique ». Avec l’imprimerie, le livre allait connaître un essor formidable Sur la Toile, on ne le lit pas de façon méthodique (de ligne en ligne), mais selon un schéma qui ressemble grosso modo à la lettre F. pendant plus de 500 ans. Aujourd’hui, le livre est à la croisée des chemins avec le boom d’Internet et de l’électronique en général. « La révolution électronique approche de son apogée dans la mesure où l’ordinateur - sur un bureau, dans un sac ou dans la poche - devient le compagnon de chaque instant, et Internet notre média de choix pour stocker, traiter et partager l’information sous toutes ses formes, y compris le texte », pointe Nicholas Carr. Avec le Net, le temps que nous passons à lire des publications papier ne cesse de diminuer - l’imprimé traîne aujourd’hui loin derrière la télévision, l’ordinateur et la radio. Mais si nous passons moins de temps sur le papier, nous lisons avec les écrans qui se sont multipliés. Et devant cette débauche de supports électroniques, notre cerveau a de quoi se distraire et nous faire doucement perdre nos capacités de concentration. Une tendance à la facilité Avec le web, nous sommes dorénavant plongés dans ce que l’auteur de sciencefiction Cory Doctorow appelle un « écosystème de technologies d’interruption ». Dès que l’on surfe, on a rapidement tendance à cliquer de lien en lien et sauter de page en page. Et si vous vous échinez à écrire un texte, avouez que dorénavant vous cherchez l’expression exacte ou vérifiez une donnée via Google, tout en jetant un coup d’œil sur les news et/ou vos mails. Et en écoutant peut-être dans le même temps votre radio favorite. Et, dixit l’économiste Tyler Cowen : « Quand l’accès à l’information est facile, on a tendance à choisir ce qui est court, sympa et décousu. » La presse écrite s’est d’ailleurs mise à multiplier les articles courts, les graphiques et les encadrés, en délaissant dans le même temps les articles de fond. En d’autres termes, la lecture profonde qui fut notre quotidien durant des siècles est en train de laisser la place à une lecture rapide et superficielle. « Le Net n’attire notre attention que pour la disperser », observe Nicholas Carr. « En termes de temps, plus nous parcourons de pages de la Toile, moins nous lisons de livres ; plus nous échangeons de messages, de textes de plusieurs octets, moins nous composons de phrases et de paragraphes ; plus nous sautons de lien en lien, moins nous réfléchissons et méditons dans le calme ; de ce fait, les circuits qui desservent ces vieilles fonctions et ces activités intellectuelles désuètes s’affaiblissent et commencent à se démanteler. Nous acquérons de nouvelles compétences et de nouvelles perspectives mais nous en perdons d’anciennes. » Différentes études indiquent que lorsque nous sommes soumis à une multitude d’informations, comme avec l’hypertexte et ses nombreux liens, nous retenons et comprenons moins ce que nous lisons en comparaison d’un texte linéaire classique. Lecture rapide et superficielle Il semblerait donc que les technologies du multimédia qui sont si courantes sur la Toile limiteraient l’acquisition d’informations plutôt que de l’accroître. Et même si l’on se contente d’un texte, il apparaît qu’on ne lit pas de la même manière sur l’écran que sur le papier. Sur la Toile, on ne le lit pas de façon méthodique (de ligne en ligne), mais selon un schéma qui ressemble grosso modo à la lettre F. On jette un coup d’œil d’un trait sur les deux ou trois premières lignes et, ensuite, les yeux descendent un peu, balayent environ la moitié de quelques lignes et finissent par descendre sur la partie gauche de l’écran. En d’autres termes, on lit très peu sur Internet. En conclusion, si certains s’inquiètent, comme le neuroscientifique Michael Merzenich qui déclare qu’en pratiquant le multitâche en ligne, nous « entraînons notre cerveau à s’arrêter sur des conneries », ce qui pourrait avoir sur notre vie intellectuelle des conséquences « mortelles », d’autres sont moins lapidaires. Tel est le cas de l’auteur pour qui « il serait prématuré de sauter à la conclusion qu’Internet détruit notre sens moral, mais pas de dire que, comme le Net réoriente nos voies vitales et diminue notre capacité de contemplation, il altère la profondeur de nos émotions et de nos pensées ». Au bout du compte, « ce qui importe ce n’est pas que nous nous adaptions mais ce que nous devenons » et le risque existe que nous finissions de plus en plus à ressembler aux ordinateurs que nous avons créés que le contraire. Hélas… Valentin Tinclère Entreprendre Aujourd’hui N°136 - novembre 2011- 57



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