Endorphinmag n°33 sep/oct 2015
Endorphinmag n°33 sep/oct 2015
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°33 de sep/oct 2015

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : www.endorphinmag.fr

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 106

  • Taille du fichier PDF : 26,7 Mo

  • Dans ce numéro : le goûter indispensable quand on est sportif ?

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Fabienne SAVA-PELIOSSE 46 ans, mariée, deux enfants, éducatrice spécialisée. 1982 – Premier cancer des os à l’âge de 15 ans, opération et traitements par chimiothérapie et radiothérapie. Séquelles orthopédiques. 1999 – Ostéo scarmone, chimiothérapie et ablation d’un poumon en prévention. Sport impossible et douleurs insupportables à la cheville. 2004 – Pneumectomie 2005 – Amputation tibiale gauche et prothèse, à sa demande. Un mois après  : marche de nouveau, quatre mois plus tard  : ski de fond, vélo, escalade… Un sacré bout de femme ! » Fabienne SAVA-PELOSSE by Virginie SÉNÉJOUX Endorphinmag.fr (EM)  : Fabienne, pourrais-tu nous expliquer ton handicap suite à ton cancer et tes autres soucis de santé ? Fabienne Sava-Pelosse (FSP)  : A l'âge de mes 14 ans j'ai eu un ostéo sarcome (cancer des os assez rare) sur une cheville gauche. Fini le judo et la danse… mais en vie sur deux jambes. Je passe sur les années avec les opérations orthopédiques pour tenter de rétablir les effets secondaires des traitements de radiothérapie et chimio  : le sport comme thérapie. En 2004, j'ai fait une métastase sur le poumon droit de ce cancer. Mais avec un poumon tout est encore possible ! Je marchais à cette époque avec un clou plantaire dans le tibia pour soutenir des multiples fractures + botte orthopédique et béquilles puisqu’il n’y avait pas d'opération possible et surtout plus de sport depuis 4 ans (ou presque). Je prends donc la décision en 2005 pour une vie quotidienne normale de subir une amputation tibiale. A ce jour aucun regret, je voulais juste une vie plus adaptée et sans douleur  : je l'ai et plus encore… Depuis, chaque année je découvre une nouvelle possibilité de se déplacer, de se dépasser... de se faire Plaisir… (EM)  : Comment as-tu surmonté ces épreuves de la vie ? (FSP)  : En ayant en tête une seule devise "Carpe diem" glissé simplement par mes parents et je les remercie énormément… (Mes parents ont toujours aimé bouger et faire du sport). Après, beaucoup de personnes ne comprennent pas, en général, cette façon de croquer la vie, d'autant plus qu’avec tout mon passé ils pensent que je suis "fragile", sauf dans le milieu du "sport"… Qu'importe mon mari alpiniste/traileur à ses heures perdues, il est mon plus grand Fan et supporter ainsi que mes deux ados. (EM)  : Les médecins ne te donnaient plus espoir de faire du sport, comment as-tu combattu ? (FSP)  : Je ne me suis jamais arrêtée, je me suis adaptée à chaque situation, à chaque époque selon mes envies, mes possibilités, c'est une de mes raisons de Vivre… Faire du water-polo même plâtrée… de l'escalade avec une cheville bloquée, faire du vélo en botte orthopédique, tentée sa première randonnée à 1800 m après trois semaines avec un unique poumon… Rechausser des skis de fond 6 mois après une amputation. Tout cela en sachant toujours où étaient mes limites, idem actuellement. Certes je n’ai guère écouté les médecins, mais j'ai pris en compte leurs conseils et j'ai écouté mon corps. Chaque personne est différente, son seuil aussi, sa voie à tracer lui appartient. (EM)  : D’ailleurs quels sports pratiques-tu ? Photos  : P.COSTABADI et F. RIDA C’est lors d’un raid amazone, il a quelques années maintenant, que j’ai rencontré une femme incroyable, une femme avec un sourire radieux bien qu’elle n’ait qu’une jambe et un poumon ! Cette femme extrêmement courageuse, battante et optimiste est aujourd’hui à l’honneur dans notre rubrique interview. (FSP)  : Je fais de l’escalade, du vtt, de la course à pied, du snowboard, du ski de fond (un peu), de la marche rapide, de la randonnée (en altitude ou pas), de la natation, du surf (j'essaye à nouveau depuis 2014) et … bientôt l'athlétisme (clin d'œil à une raideuse) pour enfin avoir une technique de course ! (EM)  : Tu es douée, très douée en snowboard si mes renseignements sont bons ; N’as-tu pas été médaillée de bronze en 2011, à la 2ème coupe du monde de para snowboard cross à Orcières ? (FSP)  : En effet, je me suis lancée sur un coup de tête car il n'y avait pas de française représentée à cette époque. Cette étape de deux manches de world cup de snowboard adapté en border cross à Orcières, devant quatre américaines (dont la 3ème Médaillée aux J0 de Socchi) a été une surprise fort agréable, une reconnaissance, une sorte de rêve abouti. ENDORPHINMAG.FR N°33 - septembre octobre 2015 80 # INTERVIEW  : Fabienne SAVA-PELOSSE
Je n'avais jamais fait de border cross, je découvrais le snow depuis quelques mois, par un stage avec des champions Italiens, français, belges, tous amputés. J'ai eu cette immense chance d'être sur la 3ème marche quelques mois après mon 1er Raid à Mayotte. Un deuxième défi réussi. La 2ème manche au Canada en avril 2011, fut moins concluant car plus dur et un parcours immense  : le manque de technique m'a eue. A ce jour, je continue mais pour le plaisir, je ne peux pas être en compétition ou en défi tout le temps. (EM)  : Quel est ton sport de prédilection ? (FSP)  : La marche et la détermination. Mon plus gros souci dans le sport c'est une oxygénation optimale  : ce qui est difficile avec 60 à 70% de volume ! Ceci limite mes efforts, ma cadence et il faut composer à chaque fois pour s'adapter  : selon la chaleur, le taux d'humidité (La Guyane par exemple !) ou le vent au Maroc. Des exercices en yoga m'aident beaucoup pour optimiser ma respiration. (EM)  : Combien de fois par semaine t’entraines-tu ? (FSP)  : Deux à trois fois minimum (Soit du vélo, soit de la course/marche) plus un entretien physique journalier. Pour un défi à venir, j'augmente ma cadence d'entrainements et les récupérations. Ma botte secrète ? Un super chien à promener, à défouler. (EM)  : Peux-tu expliquer la raison pour laquelle toutes courses sont importantes pour toi ? (FSP)  : Sur le plan personnel, c'est une façon de se sentir vivre je pense, mais d'avoir aussi une hygiène de vie raisonnable, tout simplement. Par ailleurs, j'espère que le simple fait de ma présence puisse donner de l'espoir, du courage à d'autres en situation similaire devant des obstacles dans leur vie. (EM)  : En fin de compte tu repousses toujours tes limites ? (FSP)  : Oui depuis quelques années c'est le cas… et une envie d'arriver à atteindre mes premiers rêves  : gagner pour soi, pour le plaisir simplement. (EM)  : Est-ce que ta devise pourrait-elle être « mettre un pied devant l’autre et avancer » ? (FSP)  : Oui tout à fait elle me convient et en me connaissant, tu peux imaginer cela. A chaque pas de fait, tu peux envisager un autre etc… (EM)  : Qu’as-tu fait comme courses/raid ? (FSP)  : Mon 1er raid était en 2010 à Mayotte. Pour cela, j'ai couru mon premier 10km à Lyon et 13km à l'Urbain trail de Lyon, les manches de snowboard en World Cup en 2011 à Orcières et à Lake Louise (Canada), le raid amazone en 2011 en Guyane, la traversée des Carpates en VTT en juin 2013, et j'aurais dû faire la Slovénie en VTT en sept 2014 mais j'ai dû déclarer forfait à trois semaines du départ sur blessure, le raid La Saharienne en 2015 à Dakhla et la suite à suivre… (EM)  : Quel est ton palmarès, sportif ? (FSP)  : Jeune j'ai fait du judo en compétition j'ai adoré. J’ai touché à divers sports mais mon palmarès, c'est de m'être mis à courir à 42 ans pour tenter mon premier raid en 2010. Je n'avais pas couru depuis l’âge de 13 ans ! (EM)  : Qu’est-ce qui t’as le plus marqué dans le monde du sport ? (FSP)  : La tolérance et la solidarité quelque soit le niveau des unes et des autres. Certes sur la ligne de départ chacune à son challenge, mais après, nous sommes toutes là pour le même "trip" se dépasser, que cela soit en coupe du monde de snow ou en raid. D'ailleurs, je participe particulièrement à ces "raids" dans le monde des valides (en dehors du snowboard et de mon périple en vtt avec six personnes avec un handicap) car une alchimie se fait  : votre présence de compétitrice m'apporte la force d'aller au bout et vice versa. (EM)  : J’ai une image qui me vient tout de suite lorsque je pense à toi, c’est ton arrivée au run & bike lors du raid de la Saharienne à Dahkla en février dernier. Ce fut un moment fort, toutes les filles étaient restées pour t’acclamer ainsi que ta sœur, Edwige ; peux-tu nous dire, nous décrire, tes émotions lors de cette arrivée ? (FSP)  : C'est vrai une immense émotion ce jour-ci, car ce run & bike fut une étape marquante pour moi. Comme toutes, j'ai enchainé le parcours du combattant et le trail de nuit la veille, et la nuit je dois doublement me concentrer. Ces étapes ont "perturbé" mes appuis à cause du sable. Comme tu le sais, je ne veux rien lâcher et ce jour-là vers le km 9, je pense, ces appuis variés dans le sable tantôt dur tantôt ensablé ont eu raison de moi. Dans ma prothèse, je sentais des douleurs lancinantes à chaque pas, je contrôlais régulièrement de peur de me blesser (cela veut dire une impossibilité de chausser la prothèse par la suite). Mais pour autant je voulais aller au bout… comme toutes. Faire le choix de s'arrêter n'est pas simple qu a n d n ou s s o m me s "compétiteurs"… A 5km de l'arrivée, j'avais un dilemme  : Allez au bout ou se tenir à ma ligne de conduite ? Cette dernière c'est ne jamais franchir la ligne rouge  : ne pas se faire mal. Le staff et les docs ont attendus patiemment ma décision finale (Merci à eux). A cet instant, j'ai pris la décision d'être raisonnable mais en même temps cela a été mon premier abandon. J'ai laissé alors ma sœur partir à son rythme jusqu'à 200 m de l'arrivée et ensuite nous nous sommes perchées sur le 4X4 qui m'avait ramenée pour franchir les derniers kilomètres, même en marchant tranquillement, je ne pouvais pas. J'étais déçue de n'avoir pas pu aller au bout de cette étape et en même temps en accord avec moi  : pouvoir être là le lendemain, pour la dernière étape. Mais cela reste toujours un dilemme dans cet effort. Et oui, l'émotion fut bouleversante à cette arrivée  : je vous entendais au loin, je me doutais un peu et cette haie m'a bouleversée car vous étiez toutes là toutes aussi émues, toutes en tenue encore. C'est cela la magie d'un raid. Et bien sûr le lendemain, j'étais sur la ligne avec ma jambe de "fille" pour les derniers 6 km dans le sable après la descente en rappel du phare. (EM)  : Lors des courses quand il fait chaud, comme au Maroc, comment gèrestu la chaleur avec ta prothèse ? (FSP)  : Le souci avec une prothèse, c'est que tu es "enfermé" tout le temps dans des matières en silicones. Tu transpires assez vite. Pour ma part, c'est bien le cas et avec l'effort physique intense cela perdure. Aussi, je résous ce souci en étant toujours équipée d'une lingette pour sécher et du talc. Et dès que je sens que je "pistonne" dans ma prothèse, que mon maintien est différent  : je perds quelques secondes, voir trois minutes pour m'arrêter et essuyer, rechausser. Sinon, c'est un grand risque de se blesser, de provoquer des ampoules ou brûlure et là c'est la catastrophe ! D'ailleurs en équipe, c'est un entrainement que l'on a fait, surtout en terrain périlleux. Ensuite, le soir c’est une super hydratation avec de la « flammazine » ou lors d'ampoules de l'éosine. Et je m'hydrate beaucoup du fait d'avoir un seul poumon. (EM)  : Tu as plusieurs prothèses et depuis peu, une lame, que t’apporte-t-elle ? (FSP)  : Oui en effet, j'ai la chance de pouvoir avoir une sorte de "sponsoring" pour mes raids. Aussi j'ai un pied pour la marche en terrain accidenté (montagne ou chemin), pour l'escalade ; un pied très souple, pour me baigner et prendre une douche sur deux jambes ! ; un pied de fille pour mettre des talons. Et depuis peu en effet la dernière lame Flexrun de chez Ossür pour courir. Cette lame comme pour la course d'athlétisme m'apporte un confort de pas plus fluide. Le retour de dynamisme est assez important, du coup, le pas se déroule et rebondit plus aisément ce qui me permet de me concentrer sur mon souffle. De ce fait, je suis moins asphyxiée donc moins essoufflée, et plus "performante" avec cette lame. Je ne veux plus rien d'autre. Il me reste à envisager une technique de course pour le dénivelé, car la lame c'est mieux sur du plat ! (EM)  : Qu’as-tu envie de dire, de crier haut et fort ? (FSP)  : « On a qu’une vie, du moins on se rappelle que d’une », ma particularité dans une équipe fait qu’à ce jour je cherche toujours le bon binôme… cherche désespérément. (EM)  : Quel genre de « bon binôme » cherches-tu ? (FSP)  : Une personne qui est capable de me soutenir au bon moment mais aussi de me freiner au bon moment (pour ma santé), trouver le juste milieu mais qui n’a pas peur pour moi. J’aimerais une personne qui soit au-dessus de moi. (EM)  : Souhaites-tu ajouter quelque chose ? (FSP)  : Merci de toujours m'accueillir aussi facilement avec vos sourires, vos mains tendues, vos petits mots gentils, vos tapes dans le dos lors de nos raids communs. (EM)  : Fabienne, je suis toujours aussi émerveillée et remplie d’émotions quand on évoque ton parcours, au nom d’Endorphinmag, je te remercie de ce moment. ENDORPHIN ENDORPHINMAG.FR N°33 - septembre octobre 2015 81 # INTERVIEW  : Fabienne SAVA-PELOSSE



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