Endemix n°14 mar/avr/mai 2016
Endemix n°14 mar/avr/mai 2016
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°14 de mar/avr/mai 2016

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Le Poemart

  • Format : (200 x 283) mm

  • Nombre de pages : 36

  • Taille du fichier PDF : 3,3 Mo

  • Dans ce numéro : comment financer la culture ?

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 26 - 27  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
26 27
Éric Dell’Erba/DR ENDEMIX n°14 mars - mai 2016 p.26 Focus m usique Le(s) P à KaNeka  : kezako ? Par Stéphanie Geneix-Rabault avec l’aide d’Honoré et Suzie Bearune Un cahier, un stylo, une démarche militante et engagée  : voici les principaux outils des premiers compositeurs du kaneka, courant musical emblématique du pays. Né au début des années 1980 d’une volonté d’exalter les langues et cultures kanak à travers la musique, le kaneka fait désormais partie du paysage acoustique de la Nouvelle-Calédonie, mais aussi du Pacifique, et suscite toujours un véritable engouement, trente ans après ses premières notes.
d Le kaneka émerge à la fin des années 1970-début 1980. Des musiciens engagés emblématiques tels que Théo Menango, Warawi Wayenece, Gilbert Kaloonbat Tein ou encore Kiki Karé pour ne citer qu’eux, chantent les revendications identitaires et culturelles du peuple kanak. À l’aube des années 1980, ces musiciens, qui n’ont jusqu’alors pas voix au chapitre, organisent des sessions musicales à la « tribu », dans les quartiers, salles et bars de la ville. Ces nouveaux espaces d’expression sont des lieux de rencontres, d’échanges, linguistiques et musicaux, qui nourrissent une jeunesse créative. Mais c’est à Nonhoué, du côté de Canala, il y a environ trente ans, que le terme kaneka sera officialisé. Lors des rencontres « Tradition et création » axées sur la musique de demain et la jeunesse du pays, les participants décident de combattre l’injustice, l’exclusion, la discrimination, les inégalités sociales et économiques, à travers ce courant musical. En langues kanak principalement au départ, puis en français et en anglais plus fréquemment aujourd’hui, les mélodies et rythmes traditionnels se mêlent au reggae, au blues, au jazz, au rock’n’roll et à bien d’autres styles musicaux du monde., 5 Le kaneka, pour nous, c’est avant tout un panier de richesses, en termes de contenus précieux Un essor médiatique considérable Il faut peu de temps au kaneka pour se lancer à plein régime  : « Les cassettes de Gurejele, Vamaley, Mexem ou Ok ! Ryos (…) parues en 1994 et 1995 s’écoulent à près de 10 000 exemplaires dans un pays qui compte alors environ 200 000 habitants » (Bensignor, 2013  : 87). Les productions Mangrove et le canal de Radio Djiido vont indéniablement concourir à son essor, avant d’être soutenu par les institutions culturelles du pays telles que l’Agence de développement de la culture kanak (ADCK) puis le centre culturel Tjibaou. En 1997, avec le tube « Océanie » de Mexem, le kaneka amorce une nouvelle ère  : celle d’une musique qui rassemble toute la Nouvelle-Calédonie. David Trouffier, l’associé d’Alain Lecante des studios Mangrove, rappelle que « c’est le premier album de kaneka aussi fédérateur. (…) Édou et Mexem amènent dans leurs chansons un vent de poésie qui crée le consensus dans toutes les communautés de Nouvelle-Calédonie. (…) Tout le monde avait la cassette, l’écoutait dans sa voiture. Les cartons de CD que l’on recevait le matin étaient livrés à midi et on se retrouvait tous les jours en rupture de stock. C’était extraordinaire ! » (Bensignor, 2013  : 89). L’écho de ce succès va se propager sur les ondes et lui confère une dimension internationale. Aujourd’hui, le kaneka est diffusé sur le réseau de NC 1 ère et d’outre-mer, mais aussi sur les ondes de Tiare.fm‐Le rythme des îles à Tahiti. Populaires dans tout le pays et l’Océanie, les scènes kaneka ne se comptent plus et traduisent bien l’engouement général du public pour ce courant musical. Le style kaneka ou le(s) kaneka ? Faut-il parler de kaneka ou des styles de kaneka ? Il existe effectivement une coloration singulière au kaneka, qu’on identifie dès les premières notes. On reconnaît aussi facilement celui du Nord, du Sud et des Îles, à travers la langue, les mélodies et textes d’inspiration, les instruments de musique traditionnels utilisés et les cellules rythmiques jouées. Le rythme du cada, frappé par les bwanjep, caractérise le kaneka du Nord ; tandis que les mélodies de waueng ou de kutera accompagnées par les ae-be, le paquet de feuilles, définissent plutôt le style de Maré. Mais pour Honoré Bearune, musicien nengone, ancien leader du groupe Nodeak, ces catégorisations ne font pas sens  : « La plupart des gens veulent toujours distinguer le kaneka du Nord, du Sud et des Îles. Mais pour nous, musiciens de kaneka, on ne se retrouve pas dans ces catégories. Pour nous, c’est avant tout un panier  : on parle plutôt de cenge (panier) ou de cengeni  : le panier de richesses, en termes de contenus précieux ». C’est dans cet ensemble que chacun va piocher  : les compositeurs ou groupes de musiciens s’inspirent des mélodies et des rythmiques puisées auprès des anciens, dans une démarche créative nouvelle. Et s’il fallait définir le(s) kaneka, ce serait plutôt, comme le précise Honoré Bearune, « un état d’esprit, une spiritualité »  : celle de transmettre et'C de partager aujourd’hui ces richesses musicales provenant du panier commun, en les redéfinissant en permanence à chaque création. Car dans la démarche créative, telle que la caractérise Honoré Bearune, « ce panier commun (…) est habité par un riche savoir musical qui vient des vieux. Ce sont ces savoirs que l’on partage. En tant que créateurs de cette musique kaneka, notre objectif c’est de mettre en valeur ce panier musical et culturel commun, de le partager avec la société et de le transmettre avec les autres, principalement les enfants, pour constituer un nouveau panier commun ». Alors le(s) kaneka, ne serait-ce donc pas plutôt un courant musical tissant un lien social d’un nouveau genre ? Connaissez-vous vraiment le kaneka ? 1 Qui a composé le titre « Océanie » ? 1- Mexem 2- Nodeak 3- Joséphine 2 Hûmaa-Gué est un groupe de kaneka originaire de… 1- Yaté 2- L’Île des Pins 3- Canala 3 Quel est le nom du groupe qui signifie « La vie d’amour » ? 1- We Ce Ca 2- Jèmââ 3- Roumadyval 4 Devinez qui je suis Pene nengone Ri nod, hna pina segu kei Wadrawa. Ri era, ci thuthuron ore hnazigu i Nengone. Ke roidi ri yelegu, ci tize ore « node ile ri eak »  : Kaledronia. Inu la ? Pene wiwi  : français Dans mon pays, Wadrawa est arrivé Dans mes chansons, je compose sur mon patrimoine de Nengone. Et pourtant, mon nom montre le pays d’ouest  : la Grande Terre. Qui suis-je ? Réponses  : 1.  : 1. Mexem/2./2. Vaté Yaté/3./3. Roumadyval/4./Nodeak Pour aller plus loin… Bensignor François (dir.), 2013, Kaneka  : musique en mouvement, Paris, ADCK-CCT-Poemart Jarno Stéphane, « Kaneka. Le son kanak », extrait du hors-série de Télérama Kanak, disponible en recherche sur www.telerama.fr « Le kaneka  : une cadence née des Kanak », Mwà Véé, Revue culturelle kanak, n°53, juilletseptembre 2006, Nouméa, ADCK-CCT ENDEMIX n°14 mars - mai 2016 Focus p.27



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :