En Route n°2015-03 mars
En Route n°2015-03 mars
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°2015-03 de mars

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Spafax Canada inc.

  • Format : (221 x 276) mm

  • Nombre de pages : 124

  • Taille du fichier PDF : 36,1 Mo

  • Dans ce numéro : dossier... une odyssée du vin grec.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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03.2015 enRoute.aircanada.com clockwise from top left In Ogimi Village, the longest-lived women in the world offer lessons on staying stylish; scavenging for seashells on the coast of Yomitan; cars are piled high for surfing at the Toya harbour; kids rock out on a hidden beach near Cape Kiyan. opening pages A moment of peace for performers during the harvest festival in Kunigami District; shutter-happy visitors snap up the sun and sand on Kouri-jima. en haut à gauche, puis dans le sens horaire Les femmes du village d’Ogimi, dont certaines sont parmi les plus âgées au monde, nous donnent une leçon de style ; à la chasse aux coquillages sur la côte de Yomitan ; le port de Toya est une destination de surf prisée ; un groupe de jeunes seuls sur le sable, près du cap Kian. en ouverture Jour de paix pour cette artiste, lors du festival des récoltes dans le district de Kunigami ; ça clique entre les visiteurs et ce paysage de Kouri-Jima.
It takes very little time in the port city of Naha to begin to fathom how different the remote archipelago of Okinawa is from the rest of the world. In the dark buzz of a subtropical evening, I feel like I’ve landed on a chunk of Hawaii that floated away on a wooden raft in the 1950s and got hooked on a string of rocks here in the East China Sea, nearer almost to Taiwan than Japan. On the monorail, I’m surrounded by Don Ho/Don Draper hybrids in aloha-style shirts called kariyushi; patterned with local lucky symbols, they’re standard office wear on the main island. Away from the electric signs of the Kokusai shopping strip, in a maze of narrow back streets, I duck past a red lantern and into a nameless restaurant. The matronly owner arches her eyebrows and wordlessly serves me fat pink slices of maguro sashimi, followed by a signature dish called goya champuru, a stir-fry of bitter melon, tofu and Spam. The Band-Aid pink colour and mechanically compressed texture is instantly recognizable, but this flash-in-the-wok treatment is a stunner. Soon she’s plucking out a tune on her sanshin – a traditional three-stringed instrument that sounds like a banjoukulele – squinting intently at sheet music despite there being no discernable beginning or end to the song. That plinky-plonk soundtrack, treble notes to match the bassy waves of the ocean, winds up following me throughout my trip. Zoom out on Google Maps, and this string of around 160 islands quickly disappears. Zoom in close with a visit, and you’ll discover a quirky place rich in cultural history, jungly wilderness and spectacular coastlines where teenagers get surf lessons and seniors collect seaweed, the ruins of 13th-century castles in the background. This was the Ryukyu Kingdom until the 1600s, when it was invaded by the feudal domain of Satsuma; it Dans la ville portuaire de Naha, on saisit très vite à quel point le lointain archipel d’Okinawa se distingue du reste du monde. Dans la griserie d’une soirée subtropicale, j’ai l’impression d’avoir abouti sur un pan d’Hawaii qui aurait dérivé sur un radeau dans les années 1950 avant d’échouer sur une chaîne de rochers en mer de Chine orientale, à mi-chemin entre Taïwan et le Japon. Dans le monorail, je suis entourée d’hybrides de Don Ho et de Don Draper en chemises quasi hawaïennes dites kariyushi, ornées de porte-bonheur locaux ; sur l’île principale, c’est une tenue de bureau normale. Dans un dédale de ruelles étroites à l’écart des néons de l’artère commerçante de Kokusai, je me glisse dans un resto anonyme à la lanterne rouge. L’imposante patronne hausse les sourcils et me sert sans mot dire un sashimi de thon rouge aux épaisses tranches roses suivi d’un plat typique du nom de goya champuru, un sauté de margose, de tofu et de Spam. La couleur rose diachylon et la texture comprimée de la simili-viande sautent aux yeux, mais son passage éclair au wok éblouit. La matrone joue bientôt un air sur son sanshin (instrument traditionnel à trois cordes dont le son rappelle un banjolélé) sans lever les yeux miclos de sa partition, même si la mélodie ne semble avoir ni début ni fin. Cet incessant tsing-tsing d’aigus accordés aux basses déferlantes de l’océan formera la trame sonore de mon séjour. Faites un zoom arrière sur Google Maps et ce chapelet d’une cent-soixantaine d’îles disparaît aussitôt. Zoomez-y comme visiteur et vous découvrirez un endroit unique, riche en histoire culturelle, en jungles sauvages et en côtes spectaculaires où les ados s’initient au surf et où les aînés récoltent des algues sur fond de ruines de châteaux du xiii e siècle. Le royaume de Ryukyu a subsisté ici jusqu’au xvii e , lorsque le domaine féodal de Satsuma l’a conquis ; c’est devenu il y a 150 ans la préfecture la plus méridionale du Japon. Une longue tradition d’échanges commerciaux avec la Chine et une partie de l’Asie du Sud-Est se ressent dans la nourriture, l’architecture et les arts. La présence militaire américaine, qui remonte à l’invasion dévastatrice de mars 1945, a ajouté une couche de kitsch troublant (et le Spam). Mais ce qui donne à cette destination baroque plus d’espace psychologique qu’elle ne pourra jamais en occuper sur une carte, c’est qu’à Okinawa on vit plus vieux, et surtout plus vieille, que partout ailleurs : quinquas et sexagénaires y passent pour des « bébés », et c’est à 97 ans qu’on fête le plus. Bien que je ne sois pas prête à passer l’arme à gauche, j’avoue approcher peu à peu du point de bascule entre jeune et jeune de cœur. Dans les prochaines décennies viendra le jour le jour maudit où l’on qualifiera mon allure de « guillerette » ou mon pas d’« alerte » (compliments que jamais une personne âgée ne fait à une autre). Heureusement, j’ai toujours cru que je ferai une vieille dame sensass. Mon survol du livre The Okinawa Program: How the World’s Longest-Lived People Achieve Everlasting Health – And How You Can Too me dit que je suis au bon endroit, et si je vis jusqu’à 100 ans j’aurai beaucoup à voir ici. Avant mon départ pour la campagne, mon hôte, Kazuya Oshiro, me sert de l’awamori, une eaude-vie distillée à partir de riz thaï à grain long et de koji noir qu’au goût on dirait vieillie sur un vieux bateau de pêche dans des jarres de terre cuite ayant contenu de la sauce soya. Il fait remarquer qu’Okinawa a son propre dialecte : en japonais, « délicieux » se dit oishii, alors qu’ici l’emploi de ma-san fera plaisir. Et les gens ont une attitude visiblement positive : quand je mentionne les 51



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