Direct Soir n°93 22 jan 2007
Direct Soir n°93 22 jan 2007
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°93 de 22 jan 2007

  • Périodicité : quotidien

  • Editeur : Direct Soir S.A.

  • Format : (210 x 280) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 2,6 Mo

  • Dans ce numéro : Adieu l'abbé

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Directsoir t Lundi 22 janvier 2007 4 ACTU ÉVÉNEMENT ABBÉ PIERRE/Toute une vie au service des hommes L’abbé Pierre, fondateur d’Emmaüs, était une des personnalités préférées des Français. Retour sur une vie entièrement consacrée aux plus défavorisés. L’abbé Pierre est né le 5 août 1912 à Lyon, cinquième enfant d’une fratrie de huit. Son père, issu d’une famille aisée était administrateur de sociétés textiles. Catholique pratiquant, il se rendait tous les dimanches au chevet des clochards et leur servait des repas. C’est en accompagnant son père qu’Henri Grouès – futur abbé Pierre – découvre la misère à 11 ans. Quatre ans plus tard, au cours d’un congrès de jeunes chrétiens à Assise en Italie, il ressent ce qu’il a décrit comme « l’émotion indescriptible » de la révélation. Il décide de devenir moine, mais devra attendre l’âge de 17 ans et demi. « On me disait beau gosse, peut-être même un peu mondain, pourtant, le lendemain j’étais moine », confia-t-il. Sa fascination pour la vie de François d’Assise le conduira à entrer chez les Capucins, où il prendra le nom de « frère Philippe ». Il est ordonné prêtre en 1938. En avril 1939, il devient vicaire à Grenoble. La Seconde Guerre mondiale marque un tournant important de son engagement. Il est mobilisé en 1939. Après la défaite, il s’engage dans la résistance dont il devient une haute figure. Il contribue à la création des maquis du Vercors et de la Chartreuse. Il protège les réfractaires au Service du travail obligatoire (STO) et aurait aidé plusieurs juifs à traverser la frontière vers la Suisse. M. PELLETIER/CORBISierre, comme l’appelaient parfois certains proches, Pétait déjà mort une fois. L’émotion générale qui s’empare aujourd’hui des Français à l’annonce de la disparition de l’abbé Pierre me fait revenir en mémoire l’un des moments les plus forts de ma vie de journaliste. Le 12 juillet 1963, à l’embouchure du Rio de la Plata, entre Argentine et Uruguay, le feu prend à bord du paquebot le Ciudad de Asuncion au milieu de la nuit. Les passagers se jettent à l’eau. Quarante d’entre eux meurent, victimes de l’eau glacée. On récupère et on dépose, au milieu des KARÈNEBASSOMPIERRE En 1944, il rejoint Charles de Gaulle à Alger. Le nom d’abbé Pierre lui vient de cette époque de clandestinité. Après la guerre, il devient député de Meurthe-et-Moselle, et commence à s’impliquer pour les pauvres. Il fonde Emmaüs en 1949. La vente d’objets de récupération doit permettre de financer la construction de logements pour les déshérités. Pour attirer l’attention, il n’hésite pas à faire des plongeons spectaculaires, ou encore à passer à l’émission Quitte ou double, où il gagnera 254 000 francs. Son fameux appel de 1954, à Radio-Luxembourg, le met sur le devant de la scène. Cet hiver-là, des records de froid sont atteints, et la situation est catastrophique pour des milliers de mal logés. Il collecte 500 millions de francs de dons. Son initiative continue encore aujourd’hui à inspirer. Emmaüs, mouvement laïque, compte aujourd’hui 115 communautés en France, plus de 400 groupes dans une quarantaine de pays, des milliers de logements sociaux et des dizaines de structures d’accueil. Malgré l’âge et la fatigue, son engagement le conduira le 25 janvier 2006 à s’adresser aux députés pour leur demander de ne pas modifier la loi qui oblige les communes à construire 20% de logement HLM. Les Français l’ont élu dix-sept fois à la tête des personnalités les plus appréciées entre 1989 morts, l’abbé Pierre qui était venu visiter les communautés d’Emmaüs en Amérique latine. On s’aperçoit qu’il vit encore. A peine rétabli, il veut poursuivre son voyage. L’information fait quatre lignes dans les journaux, mais Pierre Lazareff, grand patron de France Soir, décide de m’envoyer immédiatement là-bas. – Vous êtes venu pour ça ? Je n’en vaux vraiment pas la peine, me dit cet homme au sourire modeste, à la sortie d’une église de Buenos Aires, où j’ai réussi à le retrouver. – Racontez-moi. – Il n’y a rien à raconter. Je monte tout à l’heure dans un avion en direction de Mendoza. Désolé, je n’ai pas le temps. – Puis-je vous suivre ? – Si vous voulez. Dans un petit appareil à hélices, assis aux côtés de l’abbé, je peux recueillir le témoignage de l’homme au visage penché, aux yeux doux, à la carrure fragile. J’avais appris, en arrivant en Argentine, qu’il avait non seulement survécu au drame mais avait sauvé deux personnes qui se noyaient. Il balaye tout cela d’un revers de main. Ce qui lui importe, c’est qu’il a failli passer de l’autre côté. – Dans le fleuve glacé, dans la brume, j’entends des cris autour de moi, j’ai voulu rassurer une femme, plusieurs et 2003. En 2004, il a demandé à être retiré de la liste des nominés pour laisser la place à « des plus jeunes ». Il considérait cet honneur « à la fois (comme) une arme et une croix », à l’image de ce qu’a été l’engagement de toute sa vie. L’abbé Pierre m’a dit : « La mort, c’est le voyage vers la lumière » enfants. Je n’éprouvais aucune peur, bien au contraire, je voulais mourir. Pour moi, la mort, c’est la sortie de l’ombre, le voyage vers Dieu et vers la lumière. J’en avais envie. J’ai dû perdre un peu connaissance. Quand on m’a extrait du groupe des victimes, j’ai pensé que, maintenant, j’avais de longues, longues années devant moi. Dieu avait sans doute pensé que je n’avais pas tout à fait achevé mon travail. A voix basse, avec cette retenue dans le verbe et ce choix de mots qui ne lui a jamais fait défaut (n’oublions pas la force de l’appel de l’hiver 54 : « Une femme vient de mourir, gelée, cette nuit à 3h00 sur le trottoir du boulevard Sébastopol »), l’abbé Pierre veut effacer ce qu’il appelle le « fait divers du paquebot » et m’explique que le geste d’Emmaüs est désormais imité dans plusieurs pays. Nous nous sommes souvent revus après ce dialogue au-dessus des prairies d’Argentine – en particulier à RTL, qui demeura sa radio d’élection. A chaque fois, il m’embrassait et, le regard complice, disait : – Ce n’était pas la peine de venir d’aussi loin. Et puis, avec le même sourire : – La prochaine fois, vous serez plus nombreux. PHILIPPELABRO C. CABROL/CORBIS
Certains visages ne s’oublient pas. Certains combats non plus. OUI, avec PERCE-NEIGE, je soutiens les personnes handicapées mentales. Je fais un don de : 20 € 40 € 80 € Autre :.. € Je désire recevoir gratuitement le dernier numéro de La Lettre PERCE-NEIGE. Je désire recevoir des informations sur le prélèvement automatique. Merci d’indiquer ci-dessous : Nom : Prénom : Adresse :. Code Postal |_|_|_|_|_| Ville : Informatique et Libertés : en application de la loi du 6 janvier 1978, vous pouvez accéder aux informations dans notre fichier vous concernant ou les modifier, en écrivant au siège de PERCE-NEIGE. Je recevrai un reçu fiscal me permettant de déduire 66% de la valeur de mon don, dans la limite de 20% de mes revenus nets imposables. Association loi 1901, reconnue d’utilité publique (décret du 25.11.76) Président : Christophe LASSERRE-VENTURA Merci de renvoyer ce coupon avec votre règlement à l’ordre de : PERCE-NEIGE, 102 bis, bd Saint Denis 92415 COURBEVOIE Cedex Tel : 01 47 17 19 30• www.perce-neige.org DS 07



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