Direct Soir n°91 18 jan 2007
Direct Soir n°91 18 jan 2007
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°91 de 18 jan 2007

  • Périodicité : quotidien

  • Editeur : Direct Soir S.A.

  • Format : (210 x 280) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 2,4 Mo

  • Dans ce numéro : Simone Veil en mémoire des justes

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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Directsoir t Jeudi 18 janvier 2007 4 ACTU EN COUVERTURE SIMONE VEIL/Sentinelle de l’honneur La présidente de la Fondation pour la mémoire de la Shoah est cet après-midi au côté de Jacques Chirac au Panthéon pour honorer les Justes de France. Simone Veil n’oubliera jamais Auschwitz. Le souvenir reste à jamais gravé dans sa chair : matricule 78651. Elle en est revenue vivante en compagnie de sa sœur Madeleine. Sa mère n’en réchappa pas, emportée par le typhus au camp de Bergen- Belsen. Il n’est pas nécessaire de chercher plus loin ce qui a poussé Simone Veil, née Jacob en 1927 à Nice, à se battre depuis soixante ans pour qu’on n’oublie pas l’horreur des camps. « Je crois profondément que c’est Maman qui n’a jamais cessé d’être présente auprès de moi », explique-t-elle souvent. Nouvelle étape de ce chemin de mémoire : l’ancien ministre d’Etat est présente aujourd’hui au Panthéon au côté de Jacques Chirac pour rendre hommage aux Justes de France distingués par Yad Vashem. Simone Veil est très consciente du rôle joué par tous ceux qui ont caché des Juifs pendant la guerre, souvent au péril de leur vie. En 1943, munie de faux papiers, comme tous les membres de sa famille, elle devient Simone Jacquier pour échapper aux rafles. Son professeur de lettres classiques au lycée de jeunes filles de Nice, madame de Villeroy, la recueille, puis la cache. Simone, pour continuer à suivre les cours, utilise les notes de ses camarades, fait corriger ses copies par certains professeurs, et va même M. DANIAU/AFP PHOTO Simone Veil : « Une leçon qui doit rester » Est-ce que cette commémoration constitue un aboutissement ? C’est une reconnaissance qui devait venir et qui doit nous permettre de tirer la leçon de la générosité de tout ce qu’ont fait les Justes. Ils ont sauvé des gens et ils doivent rester un modèle de ce que peuvent faire des gens généreux. Ils ne supportaient pas qu’il soit porté atteinte à la vie, ou en tout cas que des gens soient déportés, maltraités, assassinés, simplement parce qu’ils étaient nés Juifs. Est-ce que c’est l’occasion de tourner une page ? Aucune page n’est tournée. C’est une leçon qui doit rester. Il était important de le faire, après que le président de la République a reconnu en 1995, la responsabilité de THOMAS LIARD,GUILLAUME ZELLER jusqu’à se présenter aux épreuves du baccalauréat en 1944, qu’elle obtient en dépit du contexte. Jusqu’au jour où, dans les rues de Nice, elle est arrêtée par les SS, avant d’être envoyée dans les camps. Mais entre-temps, Simone Veil a compris le sens du mot solidarité. « Pendant la guerre, c’est en France que l’on a été le plus fraternel », a-t-elle expliqué le 22 décembre dernier, à l’occasion de la présentation de l’hommage prévu aujourd’hui à 18 heures. En France, les trois-quarts des Juifs ont ainsi échappé à la déportation. Une proportion importante, quand on sait que 90% des Juifs polonais ou 80% des Juifs néerlandais ont disparu. Mais nul besoin pour la France de chercher dans ces chiffres une excuse. Si la cérémonie d’hommage a lieu, c’est pour saluer le courage des petites gens, de ces milliers de l’Etat français. Il fallait aussi que ce soit lui qui se trouve en position pour remercier les très nombreux Français qui ont aidé des Juifs. Que ce soient des Justes distingués par Yad Vashem, ou bien alors que ce soient des gens qui n’ont pas voulu faire les démarches pour avoir cette décoration. Il est nécessaire de montrer que tous les Français « n’ont pas été des salauds », selon vos propres termes ? Je me suis toujours opposée aux bruits qui ont couru pendant les années soixante-dix. Par exemple, le film Le chagrin et la pitié (Marcel Ophuls, 1969) montrait que tous les Français étaient des affreux. Pour moi, c’était manifestement héros anonymes qui ont fait ce qu’il fallait. Selon Simone Veil, « Il y a eu en France une grande solidarité, beaucoup d’enfants cachés qui, pour la plupart, ont été heureux, beaucoup de gens très simples qui ont sauvé des vies ». Ce sont ces personnes pour qui la plaque du Panthéon a été posée. « Pour que l’on n’oublie jamais ces heures noires de l’histoire de notre pays », mais que l’on n’oublie pas non plus ceux qui ont su y apporter un peu de lumière. faux. C’est pour cela que je n’ai pas pu m’empêcher de réagir très vigoureusement contre le film à l’époque. Et il me semble important aujourd’hui de remercier ces modestes héros, alors que seuls quelques-uns sont encore en vie. Il y a aussi quelque chose de personnel dans votre démarche ? C’est un hommage à ceux qui m’ont cachée, qui m’ont aidée quand j’étais encore lycéenne, ou qui en ont aidé d’autres. C’était aussi bien des gens très simples, que des gens très engagés sur le plan religieux. Je pense par exemple aux protestants du Chambon-sur-Lignon qui ont sauvé des milliers d’enfants juifs. Il y avait vraiment des filières organisées partout dans le pays.
www.directsoir.net Portraits de Justes Abbé René de Naurois : Le courage et la charité René de Naurois est né en 1906 en Haute-Garonne. Après la débâcle de 1940, il participe en tant qu’aumônier à de nombreux mouvements étudiants et monte une cellule de résistance à Toulouse encouragé par son évêque, Mgr Saliège, éminente figure de la résistance dans le Sud-Ouest. C’est dans ce cadre qu’avec plusieurs compagnons il organise en 1942 une filière d’évasion pour des juifs menacés d’arrestation. Il les accompagne lui-même sur le glacier d’Argentière (Haute-Savoie) et les fait passer en Suisse. Menacé par la police de Vichy, il rejoint l’Angleterre en passant par l’Espagne et débarquera sur les plages de Normandie à Ouistreham le 6 juin 1944 avec les 177 Français engagés dans le commando Kieffer. Compagnon de la Libération, l’abbé René de Naurois a été reconnu comme Juste parmi les Nations en 1989. Un arbre à son nom a été planté dans les allées de Yad Vashem (Jérusalem) en sa présence. René de Naurois est mort en janvier 2006. Il repose avec ses compagnons du Jour J au cimetière de Ranville (Calvados). DR COLL. PARTICULIÈRE/R. BELBOCH/DR Roger Belbéoch, policier : L’abnégation dans l’ombre En 1941, Roger Belbéoch est un jeune policier de 21 ans affecté au 12 e arrondissement de la capitale. Membre d’une cellule de la Résistance, il se tient informé des opérations menées contre les Juifs. Le moment venu, il déchire les lettres de dénonciation, fait prévenir les personnes menacées d’arrestation et fabrique de fausses pièces d’identité pour leur permettre de s’enfuir. Dénoncé par un collègue puis torturé, il gardera le silence sur ses contacts au sein de la Résistance. EN COUVERTURE P.WOJAZER/REUTERS Chambon-sur-Lignon : L’honneur d’un village Dès 1942, les habitants de Chambon-sur-Lignon (Haute-Loire) se mobilisent pour cacher des Juifs dans leurs maisons, dans les institutions publiques de la commune ou dans les forêts alentour. Les habitants fournissent également de faux papiers d’identité aux Juifs persécutés pour leur permettre de fuir à l’étranger. Grâce à la mobilisation de toute la commune, on estime que 3000à 5000 personnes ont été sauvées. Un jardin et une stèle honorent les habitants de Chambon-sur-Lignon au mémorial de Yad Vashem, à Jérusalem.



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