Direct Soir n°755 3 mai 2010
Direct Soir n°755 3 mai 2010
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°755 de 3 mai 2010

  • Périodicité : quotidien

  • Editeur : Direct Soir S.A.

  • Format : (256 x 341) mm

  • Nombre de pages : 20

  • Taille du fichier PDF : 1,9 Mo

  • Dans ce numéro : Reporter, un métier à haut risque

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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4 EN COUVERTURE JOURNÉE INTERNATIONALE DE LA LIBERTÉ DE LA PRESSE PROFESSION : GRAND REPORTER L’Unesco célèbre aujourd’hui la Journée mondiale de la liberté de la presse, au diapason de Reporters sans frontières qui, pour ses vingt-cinq ans, publie un album en hommage au travail de grands photoreporters. Retour sur ce qui fait l’essence d’un métier légendaire. Le journaliste américain David Rohde, en Afghanistan, en 2007. Le reporter du New York Times a été enlevé par les talibans fin 2008 ; il a réussi à s’échapper au bout de sept mois. « Albert Londres voulait être poète. Il le restera toute sa vie, à sa manière », écrit Pierre Assouline dans sa biographie de celui qui reste une référence pour les reporters. D’Haïti ou d’Afghanistan, du Tibet ou du Tchad, les grands reporters continuent de véhiculer les images et les histoires venues d’ailleurs, parfois au prix de leur vie. C’est « pour qu’on ne puisse pas dire qu’on ne savait pas », expliquait Patrick Chauvel lors de la sortie de son livre, Rapporteur de guerre (Oh Editions, 2003). Le photoreporter, qui a traversé à peu près toutes les guerres depuis la seconde moitié du XX e siècle, du Vietnam à l’Irak, veut « raconter l’histoire et les histoires à tout prix » INTERVIEW Gilles de Maistre est journaliste reporter d’images, réalisateur et producteur de cinéma. Il est l’auteur du documentaire-fiction Grands reporters, diffusé en décembre dernier sur Arte. DR (lire ci-contre). Pour ce faire, la liste des attributs requis n’est pas longue, mais elle est exigeante : du flair, des réflexes, de la chance, de la détermination. Encore faut-il ajouter une dose certaine de courage dans un métier où le risque est omniprésent. INFORMER À TOUT PRIX ? En France, les deux reporters de France 3 Stéphane Taponier et Hervé Ghesquière, enlevés le 30 décembre dernier, sont toujours retenus en Afghanistan. Un cas qui pose de nouveau la question : doit-on être prêt à tout sacrifier pour l’information ? Lors de la polémique déclenchée en janvier dernier, quand le gouvernement parlait « d’im- Quel sens donnez-vous à votre métier ? Faire vivre l’information le plus sérieusement possible. C’est important, car les gens oublient facilement ! Le drame d’Haïti a fait beaucoup parler, mais il y a malheureusement des situations de misère semblables un peu partout sur la planète. Il faut garder une constance dans l’information et éviter de rester dans le sensationnel. Dans votre documentaire-fiction Grands reporters, vous montrez TOMAS MUNITA/AFP prudence » au sujet des reporters enlevés, les journalistes, et parmi eux d’anciens otages, rétorquaient : « nécessité de l’information » … et nécessité du risque. « Etre enlevé, pour un journaliste en zone de conflit, cela fait partie des risques, au même titre que tomber d’un toit pour un maçon », réagissait Florence Aubenas, dernière otage française à avoir été retenue en Irak en 2005. Des risques à prendre, certes, mais qui doivent encore être dosés selon les tiers impliqués et l’objectif final. « Je m’en veux aujourd’hui d’avoir fait prendre trop de risques à mon équipe en 2001, lorsque nous sommes entrés les premiers dans les décombres des Twin Towers », témoigne par exemple Florence Schaal, journaliste reporter à TF1 pendant un peu plus de trente ans. 165 JOURNALISTES EN PRISON DANS LE MONDE Aujourd’hui, la question du risque se pose avec acuité dans les pays où le journalisme d’investigation est laissé pour « mort » par certains. « Personne ne veut mourir, alors personne ne dit rien », confiait un journaliste mexicain à une correspondante de Reporters sans frontières (RSF)*. Selon l’association, qui fête cette année ses vingtcinq ans d’existence**, en 2009, vingt-deux journalistes ont été tués dans l’exercice de leur métier ; on en compte déjà neuf en 2010. En outre, 165 journalistes sont emprisonnés dans le monde. Le classement mondial de la liberté de la presse en 2009 place le Turkménistan, la Corée du Nord et l’Erythrée aux dernières places. * A lire : « La liberté de la presse dans le monde » avec RSF dans Le Nouvel observateur du 19 avril. ** Album anniversaire Magnum Photos, 101 photos pour la liberté de la presse, préface de Robert Badinter, 9,90 €. Gilles de Maistre : « Il faut y mettre de la chair » les différents enjeux du métier… J’ai voulu présenter deux écoles de journalistes. D’une part, la dimension plus émotionnelle, le témoignage d’une situation à travers un personnage. D’autre part, l’enquête classique qui croise plusieurs regards, des témoignages et des analyses. La clé d’un bon reportage ? Il faut y mettre de la chair. Avancer avec détermination et patience… Rester ultraconcerné par ce qu’on voit, tout en mettant Directsoir N°755/Lundi 3 mai 2010 BERTRAND/NECO/SIPA VU PAR Patrick Chauvel, photoreporter « Saisir l’instant qui raconte » Le sens de ce métier ? Raconter à tout prix l’histoire et les histoires. Les caractéristiques d’un bon reporter ? Curiosité, discrétion, sens de l’analyse. Bref, être a l’écoute, transmettre l’émotion sans émotivité. De l’humour sans être cynique. Et une santé de fer, c’est plus commode. Et la rapidité ? Il y a des guerres partout, on a la sécurité de l’emploi, alors pourquoi se presser. Une guerre chasse l’autre. Une bonne photographie ? Saisir l’instant qui « raconte », en évitant de réveiller « l’artiste » qui sommeille en nous et n’a pas sa place dans une guerre. Face à la solitude ? On n’est pas seul, on est avec les Afghans, les Tchétchènes, les Américains, les Israéliens, les Palestiniens, les Apaches… Face au risque ? Le risque n’est pas un sujet de conversation. Il est présent, c’est tout. de la distance. Car l’émotion est une difficulté qui revient systématiquement : je suis habité, même hanté, par certaines histoires vécues en Somalie (1992-1993). Doit-on rapporter l’information à tout prix ? La prise de risques personnels est logique, mais elle ne doit pas se faire au détriment des autres personnes : techniciens, guides, chauffeur… Il faut pourtant continuer à travailler là où personne ne va, et l’Etat doit soutenir ce travail.
www.directsoir.net Walter Astrada, lauréat du prix Bayeux-Calvados 2009 Ce cliché de Walter Astrada, de l’Agence France Presse, a été récompensé par le prix Bayeux-Calvados 2009. Il est issu de son reportage « Madagascar, une crise politique sanglante », réalisé à Madagascar, en février 2009. La 17 e édition du prix Bayeux-Calvados des correspondants de guerre se déroulera du 4 au 9 octobre prochain. ZOOM Près de la moitié des journalistes sont des femmes Les femmes représentent aujourd’hui plus de 43% des journalistes – un chiffre en progression constante depuis dix ans. Cette évolution devrait se maintenir, puisqu’elles constitueraient actuellement 60% des effectifs des écoles de journalisme*… Pour Florence Schaal, reporter à TF1 pendant plus de trente ans, cette situation est avant tout due aux traits de caractère féminins : « Elles sont souvent plus dures au travail, plus consciencieuses, on apprécie leur courage et leur volonté. » Leur goût du risque est régulièrement reconnu par les personnes travaillant dans le milieu… Une caractéristique que l’on ne peut que reconnaître à ces femmes devenues « grands reporters ». DESTINS CROISÉS Parmi les plus jeunes, on peut citer la lauréate du prix Albert-Londres 2009, Sophie Bouillon, 25 ans, récompensée pour son reportage « Bienvenue chez Mugabe », paru dans le numéro Destins d’Afrique de la revue XXI. Parmi les reporters « mythiques », on peut citer l’ex-journaliste reporter d’images et documentariste française, DannLoustallot, l’une des premières femmes à s’imposer dans le métier en France dans les années 1970… Du massacre de Sabra et Chatila (Beyrouth, septembre 1982) à la deuxième guerre du Golfe (1990-1991), DannLoustallot a parcouru de multiples conflits et réalisé de nombreux documentaires. On peut également citer la photoreporter américaine Heidi Bradner, une des seules photographes à avoir suivi la gerre de Tchétchénie durant les dix années de conflit en particulier sur ses premiers et ses derniers mois. Ses images sont aujourd’hui publiées dans différents magazines internationaux (The New York Times Magazine, Geo, Time, Newsweek…). Enfin, il faut évoquer Sarah Caron, dont les photoreportages sont également publiés dans les plus grands titres internationaux. La journaliste de 32 ans a été lauréate de plusieurs prix (Master Class du World Press). Ses photos de Benazir Bhutto – prises en 2008 alors qu’elle s’était retrouvée assignée à résidence, dans la maison même de l’ancienne Premier ministre du Pakistan – ont fait le tour du monde. * Etude réalisée pour le Rapport sur l’image des femmes dans les médias (septembre 2008), présidé par Michèle Reiser. À suivre EN COUVERTURE 5 Au cœur de l’Afghanistan WALTER ESTRADA/AFP ➔ L’acteur et journaliste d’investigation anglais Ross Kemp présente une série documentaire « choc », tournée au cœur de la guerre en Afghanistan. Sur le terrain, Ross Kemp rejoint le premier bataillon du Royal Anglian Regiment de Sa Majesté avec qui il vivra pendant six mois, partageant le quotidien des soldats britanniques. Primé aux Bafta (l’équivalent des césars au Royaume-Uni) à plusieurs reprises pour ses séries documentaires, Ross Kemp a tourné dernièrement Au cœur des gangs et A la recherche des pirates. Le reporter de l’extrême, le 16 mai à 23h30 et 00h15, sur Direct 8. DIRECT 8 INTERVIEW Florence Schaal, journaliste « On n’en sort pas indemne » ➔ Comment définissez-vous votre métier ? Formidable, incroyable. Ce qui me frappe à chaque fois, c’est qu’on s’oublie soi-même face à des situations de terrain souvent difficiles à vivre. Car ce sont avant tout des histoires humaines que l’on rapporte. Ces événements sont parfois tristes, effrayants. A partir de là, il faut assumer ce que l’on voit et garder son rythme de travail, rester dans le concret. Notre premier réflexe doit être celui-ci : rendre compte, témoigner. Mais on n’en sort pas indemne. Quels sont vos souvenirs les plus marquants ? Les émeutes à Soweto (Afrique du Sud, 1990) sont les images les plus terribles que j’ai vues. La tragique et sanglante prise d’otages de Beslan, vécue en direct – pour les journaux télévisés de TF1 – pendant trois jours, a été une expérience extrêmement marquante. A Beslan, je me suis retrouvée à côté de mères qui attendaient leurs enfants. J’ai vécu ce moment et l’arrivée inquiétante des chars autour de l’école. Le plus terrible dans ces situations est de ne pas se laisser submerger par l’émotion. Comment garder les pieds sur terre ? Tout l’enjeu est de bien garder à l’esprit que l’on a qu’une vision fragmentaire de la situation puisqu’on est sur le terrain. Il faut aussi pouvoir raconter l’événement dans sa globalité et savoir expliquer pourquoi ce qu’on voit est en train de se passer. D’où l’importance d’être systématiquement relié à son équipe, restée au contact du monde extérieur.



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