Direct Soir n°744 16 avr 2010
Direct Soir n°744 16 avr 2010
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°744 de 16 avr 2010

  • Périodicité : quotidien

  • Editeur : Direct Soir S.A.

  • Format : (210 x 275) mm

  • Nombre de pages : 18

  • Taille du fichier PDF : 2 Mo

  • Dans ce numéro : D'hier à aujourd'hui, les soldats d'Hollywood

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 6 - 7  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
6 7
6 HOLLYWOOD EN COUVERTURE « Polemos est père de toutes choses », tenait déjà Héraclite il y a 2 500 ans. « Polemos », c’est-àdire la guerre. Ainsi, comme nombre d’industries modernes, le cinéma, particulièrement dans sa version hollywoodienne, a connu un essor inouï grâce aux liens noués avec les arcanes guerriers d’une nation militairement toute-puissante durant un siècle. Un mariage de raison entre les luxurieuses collines de Hollywood et Washington qui sera célébré dès la Première Guerre mondiale. INDUSTRIE DE GUERRE A cette époque, Charlie Chaplin et Douglas Fairbank parcouraient les Etats-Unis pour convain cre les Amé ricains de souscrire à l’emprunt de guerre. Toute la corporation soutenait la nation dans son effort. Les Etats-Unis dans leur ensemble ayant considéré dès l’origine le cinéma comme un moyen de souder le pays et de lui forger une légende, à destination des masses, l’armée prend vite l’habitude de collaborer matériellement à la production des films : ainsi, Naissance d’une nation de D. W. Griffith (1915) bénéficie des moyens de l’armée de terre américaine. Mais c’est surtout la Seconde Guerre mondiale qui est l’occasion de faire jouer à plein l’industrie hollywoodienne comme instrument de propagande, en réponse à l’utilisation massive des images par le régime nazi. Dès l’attaque de PearlHarbor, le président Roosevelt confie à Hollywood le rôle d’industrie « essentielle à la guerre ». James Stewart est envoyé au front, Ronald Reagan – alors acteur – parade en uniforme dans les films de la Warner tandis qu’Orson Welles apostrophe ses concitoyens dans le New York Post. La crème des réalisateurs est convoquée à la Maison Blanche qui leur passe commande de dizaines de films de guerre destinés à soutenir l’effort de la nation, et à prouver qu’elle est invincible. Jusqu’au Vietnam au moins, l’accord entre le gouvernement américain et l’industrie hollywoodienne est complet : celle-ci n’est en aucun cas forcée de se mettre au service du pays. Elle le fait volontairement dans un patriotisme traditionnellement Directsoir N°744/Vendredi 16 avril 2010 ARME DE COMMUNICATION MASSIVE Aux Etats-Unis, le cinéma est la poursuite de la guerre par d’autres moyens, et Hollywood a presque toujours été un acteur consentant de cette instrumentalisation. « Green Zone », avec Matt Damon, sorti mercredi, n’échappe pas à cette règle. REPÈRES 20TH CENTURY FOX/PROD DB/DR Le jour J ➔ Le Jour le plus long (The Longest Day), sorti en 1962, mobilisa des moyens colossaux. Tourné sous les ordres de pas moins de six réalisateurs (Ken Annakin, Andrew Marton, Bernhard Wicki, Gerd Oswald et Darryl F. Zanuck), il tente de reconstituer avec l’aide de l’armée américaine le déroulement des opérations le jour du débarquement allié en Normandie. Sorti en même temps en France et aux Etats-Unis, il connut un énorme succès et PROD DB/FIRST NATIONAL/DR 1 - Charlie Chaplin dans Charlot soldat. 2 - Matt Damon dans Green Zone. 2 - John Wayne dans Les bérets verts. remporta deux oscars. ZOETROPE STUDIO/PROD DB/DR L’enfer du Vietnam 1 ➔ Avec le célébrissime Apocalypse Now, de Francis Ford Coppola, culmine le grand cinéma indépendant américain, très critique vis-à-vis des guerres menées par la nation au nom de la liberté. Si c’est le Vietnam qui est filmé ici, quelques années après la fin de la guerre, il s’agit pourtant plus de la mise en scène du roman de Conrad, Cœur de ténèbres, qui dénonce la folie de l’époque coloniale en général. 2 3 « UN PATRIOTISME TRADITIONNEL » PROD DB/BATJAC J. BOLAND/UNIVERSAL STUDIOS américain. Frank Capra assure ainsi la direction des services cinématographiques de l’armée, John Ford couvre les opérations du Pacifique et George Stevens filme l’avancée des troupes en Europe. Hollywood sort la grosse artillerie. DE GUERRE LASSE Après la victoire, le feu ne diminue pas : Hollywood est dans sa plus grande période « kiss kiss bang bang » et produit des blockbusters à la gloire des Etats-Unis comme le fameux Jour le plus long. La fiction guerrière devient une spécialité de la nation victorieuse qui s’est ouvert les marchés européens avant de conquérir le reste du monde. Hollywood est la continuation de la guerre par d’autres moyens, surtout quand celle-ci est froide. Il s’agit alors de répandre, « l’American way of life » sur toute la planète. Mais les années 1960 voient la fin (provisoire) de ce modèle : la chute financière des majors, concomitante à la guerre du Vietnam, laisse la porte ouverte à un cinéma indépendant critique sur ladite guerre. A part dans le très chauvin Bérets verts de John Wayne (1968), le Vietnam ne sera évoqué qu’a posteriori et de manière très critique. Ce seront Apocalypse now, Full Metal Jacket et Voyage au bout de l’enfer. Une exception : We Were Soldiers (Nous étions soldats), avec Mel Gibson. Mais le président Reagan clôt cette période critique : dans les années 1980, les héros s’appelleront désormais John Rambo ou Jack Ryan. Dans la décennie suivante, c’est à nouveau la lune de miel entre les côtes Est et Ouest, avec notamment La chute du faucon noir pour les opérations de Somalie. Les années 2000 chanteront la lutte contre le terrorisme et la défaite de Bagdad, comme en témoigne cette Green Zone de Paul Green - grass, en salles depuis avant-hier. En terrain miné ➔ Avec Démineurs (The Hurt Locker) de Kathryn Bigelow, sorti en 2009, la profession a couronné le grand retour du film de guerre : six oscars, dont ceux du meilleur film et de la meilleure réalisation, pour récompenser l’histoire d’une équipe américaine de déminage, commandée par le sergent James. L’accent est mis ici autant sur les guerriers que sur les populations civiles et, évidemment, sur les horreurs de la guerre.
www.directsoir.net EN CHIFFRES Focus Le Pentagone et Hollywood, une longue histoire d’amour ➔ Dès 1950, le Pentagone ouvre un bureau de liaison à Hollywood chargé de détecter les projets intéressants et de surveiller ceux qui sont potentiellement dangereux pour l’image de l’armée. Il donne aussi son accord pour l’utilisation ou non des ressources de l’administration américaine. La collaboration devient plus houleuse avec la guerre du Vietnam, mais les années 1980 voient un nouveau rapprochement, qui s’accélère après le 11-Septembre. Des liens étroits se tissent entre l’industrie cinématographique et les 238 jours de tournage ont été nécessaires pour la réalisation d’Apocalypse Now. Le Pentagone lui ayant refusé son aide, Coppola a dû aller tourner aux Philippines, où l’armée locale lui a fourni du matériel et des hommes. Le cinéma français s’est curieusement assez peu penché sur les guerres du XX e siècle, qu’il a pourtant côtoyées. Pudeur, refus esthétique, manque de moyens ou controverses ? Les explications sont multiples. Si la Première Guerre mondiale a engendré Les croix de bois de Raymond Bernard (1932) et la sublime Grande illusion de Renoir (1937), c’est plutôt aujourd’hui qu’elle est évoquée, à travers Capitaine Conan de Bertrand Tavernier (1996) par exemple, ou La chambre des officiers, de François Dupeyron (2001). Des films très noirs, loin de la simplicité hollywoodienne, qui ne croient pas à la guerre en dentelle et ne célèbrent pas l’armistice de Rethondes comme une grande victoire sur la barbarie. Les films traitant de la Seconde Guerre mondiale sont encore plus complexes. Au-delà des comédies ultra-populaires (Papy fait de la résistance) et qui sont souvent un moyen d’évacuer le fond du sujet, peu nombreux sont les films qui évoquent les soldats autorités soucieuses d’améliorer leur image. Représentatif de cette collaboration étroite, Nous étions soldats, de Randall Wallace, avec Mel Gibson (2001), a été montré en projection privée à George W. Bush. L’aide accordée par le Pentagone lors du tournage d’un film est plus ou moins développée. En réalité, il existe trois degrés de coopération. D’abord la coopération de courtoisie (« Courtesy Cooperation ») qui se borne à une assistance technique et à une fourniture d’images (plans de sousmarins, de troupes en action, d’avions millions de 50,1 dollars, c’est ce qu’a rapporté à l’échelle mondiale Le jour le plus long, sommet en son temps de la coopération entre Hollywood et le Pentagone. Le réalisateur Pierre Schoendoerffer.français entre 1939 et 1945. La majorité des œuvres se concentre sur la Résistance : L’armée des ombres de Jean-Pierre Melville, adaptée de l’ouvrage de Joseph Kessel, La ligne de démarcation de Claude Chabrol ou La bataille du rail de René Clément. Il n’y a guère que le Paris brûle-t-il ? de ce dernier qui narre une partie de l’épopée de la France libre. Les films ultérieurs préfèrent le plus souvent se concentrer sur la collaboration, comme Le dernier métro de François Truffaut APESTEGUY/SIPA EN COUVERTURE 7 en vol…). Ensuite, la coopération matérielle (« Limited Cooperation ») pour laquelle, en plus de l’assistance technique, une autorisation de tournage est octroyée dans l’une des installations des forces armées et un nombre réduit de personnel est mis à disposition. Enfin, la coopération totale (« Full Cooperation ») où les forces armées fournissent, en plus de l’aide prévue par les deux premières coopérations, un nombre important de personnel (généralement des membres du contingent pour la figuration) et du matériel (armes, tanks, porte-avions...). soldats ont été mis à disposition 100 par la Pentagone pour le tournage au Maroc de La chute du faucon noir, de Ridley Scott, un des rares films de guerre à relater l’histoire d’une défaite tout en faisant l’apologie de l’héroïsme des forces spéciales américaines. ZOOM Cinéma français et mémoire des conflits ICON ENTERTAINMENT/DR Barry Pepper et Mel Gibson dans Nous étions soldats. Ci-contre, le Pentagone, à Washington. ou Au revoir les enfants, de Louis Malle. L’Indochine et surtout l’Algérie soulèveront, encore une fois, les passions. Entre RAS, d’Yves Boisset et Avoir vingt ans dans les Aurès, de René Vautier d’un côté et les films de Pierre Schoendoerffer de l’autre, les avis sont plus que tranchés. Certains dépeignent la saleté d’une guerre presque civile, d’autres montrent la grandeur d’officiers et de soldats français qui firent leur devoir dans l’honneur. Reste qu’avec L’honneur d’un capitaine, et Diên Biên Phû, Pierre Schoen - doerffer, reporter de guerre, demeure le dernier des cinéastes français à montrer véritablement la guerre sans avoir rien à envier, sinon les moyens peut-être, aux studios hollywoodiens. PLON VU PAR Jean Tulard* « Les documentaires sont toujours propres » ➔ « Il y a deux manières de concevoir l’adaptation de la guerre au cinéma : celle de Louis Lumière et celle de Georges Méliès. Le film de guerre selon Lumière est un documentaire. C’est la guerre elle-même portée à l’écran. Il la filme sur le terrain. Le film de guerre selon Méliès est une reconstitution des conflits en studio. La conception de Lumière est beaucoup plus authentique. Mais sur le terrain, la caméra n’est pas toujours là où se passe la bataille. On ne peut pas choisir ses angles, les images que l’on voit. De sorte que tout est confus. La supériorité de la conception de Méliès vient du fait que lors du tournage en studio on connaît déjà tous les tenants et les aboutissants de l’ensemble de la guerre. Dès lors, on peut placer la caméra au bon endroit. La reconstitution sera beaucoup plus intéressante. Quand on voit les documentaires de la Seconde Guerre mondiale faits en temps réel, sur le terrain, c’est toujours propre. Il n’y a pas de morts, pas de blessures. Une réelle censure est opérée sur ces films. Au contraire, dans les reconstitutions (comme Il faut sauver le soldat Ryan), on voit des obus emporter des bras, le sang qui gicle… Lorsque Méliès reconstitue la guerre, paradoxalement, on en comprend mieux l’horreur que dans les films de la réalité. » Historien et auteur du Dictionnaire amoureux du cinéma, Plon.



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :