Direct Soir n°685 22 jan 2010
Direct Soir n°685 22 jan 2010
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°685 de 22 jan 2010

  • Périodicité : quotidien

  • Editeur : Direct Soir S.A.

  • Format : (256 x 341) mm

  • Nombre de pages : 16

  • Taille du fichier PDF : 1,2 Mo

  • Dans ce numéro : Django Reinhardt, le génie du jazz

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 4 - 5  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
4 5
4 ÉVÉNEMENT EN COUVERTURE DJANGO, LE ROI MANOUCHE Ce virtuose de la guitare, artiste libre et inventeur du jazz manouche, aurait eu cent ans demain. Retour sur l’un des plus grands musiciens européens. La légende l’aura retenu : le petit Jean Reinhardt est né dans une roulotte. Enfant de la balle, habitué aux longs voyages propres à la culture tsigane de ses parents, c’est pourtant en Belgique qu’il aura, un peu par hasard, vu le jour. Par la suite, après divers déplacements en France, en Italie et même en Algérie, où sa famille trouve refuge pendant la Première Guerre mondiale, le petit Django se fixe avec elle dans les faubourgs de Paris, les fameuses Fortif’des portes de Choisy et d’Italie, réputées alors pour la présence de leurs inquiétants Apaches. Fréquentant assez peu l’école, le gamin, éduqué dans la tradition rom, découvre à dix ans et avec ravissement le banjo. Immédiatement, il décide de s’y vouer corps et âme : il s’écorche jour et nuit les doigts sur les cordes oxydées de l’instrument de son oncle. C’est en observant tout particulièrement les musiciens de passage au campement qu’il acquiert bientôt une dextérité hors du commun. Il se mettra par la suite, avec le même bonheur, au violon et à la guitare. L’enfant est si doué qu’à l’âge de 13 ans, il court déjà les cachets dans les bals de Paris. Sa réputation de jeune virtuose de musette grandit et, en 1928, l’accordéoniste Jean Vaissade lui permet d’enregistrer son premier disque. REPÈRES Django Reinhardt, avec ses frères lors d’une fête manouche. DR Django Reinhardt (1910-1953) UN HANDICAP SURMONTÉ Mais alors que le chef d’orchestre Jack Hylton, impressionné, l’engage dans sa formation de musique populaire, pour se produire à Londres, le destin frappe durement le jeune Django : sa roulotte prend feu et les fleurs en Celluloïd dont sa première femme fait le commerce changent l’incendie en un véritable sinistre, dans lequel Django perd l’usage de sa main gauche. Fina - lement, après une longue rééducation, il recouvre l’usage de l’index, du majeur et du pouce. Et c’est ici que commence la véritable légende de Django. Surmontant son handicap, le musicien crée une technique LOUSSON REINHARDT (1929- 1992) ➔ Fils de Django et de sa première femme, Florine « Bella » Mayer, Henri « Lousson » Reinhardt est le moins connu des trois descendants Reinhardt. Bien qu’il n’ait jamais enregistré d’albums à son nom, quelques enregistrements aux côtés de son père, ou avec son quartette, révèlent ses talents de musicien. On peut l’entendre notamment dans Love Is Here To Stay sur l’album Gipsy Jazz School- Django’s Legacy. exceptionnelle, fruit de sa rigueur et de sa volonté : il parvient à jouer avec deux doigts en moins. Non seulement il ne se décourage pas, mais en plus, il va donner naissance à une nouvelle musique. Car c’est à ce moment là qu’il découvre le jazz, cette étrange musique venue d’Amérique, encore confidentielle en Europe. La scène se passe en 1931 à Toulon, chez le peintre Emile Savitry. Reinhardt, émerveillé, découvre les microsillons de Louis Armstrong, Duke Ellington. Sa vie est chan- BABICK REINHARDT (1944- 2001) ➔ Demi-frère de Lousson, fils de Django et de Sophie Ziegler, Jean- Jacques Reinhardt est très tôt initié par son père à la guitare et au piano. Babick démarre sa carrière à 20 ans et effectue de nombreux concerts à la fin des années 60, dont une tournée de 6 mois aux Etats-Unis. Son style et son talent se révèlent notamment dans ses compositions : Une histoire simple, All Love, Prétexte, Incertitude. Directsoir N°685/Vendredi 25 janvier 2010 « JE NE CONNAIS PAS LA MUSIQUE, MAIS ELLE ME CONNAÎT » LIDO/SIPA gée. Le monde de la musique le sera aussi. Officiant au Hot Club de France, créé par Charles Delaunay et Hugues Panassié, à la fin 1933, dans le but de propager le jazz dans l’Hexagone, il invente un genre nouveau, accompagné du célèbre musicien et violoniste bohème Stéphane Grappelli. C’est alors qu’il marie les accords du jazz aux mélodies de la tradition tzigane, pour faire naître ce que l’on a appelé par la suite le « jazz manouche ». DJANGO ÉLECTRIFIE SA GUITARE Composé uniquement d’instruments à cordes et sans batterie, une révolution dans les années 1930, son quintette remporte un succès mérité. On se l’arrache. En 1940, il s’aventure aussi à enregistrer avec un mini big band à majorité de cuivres, puis, après la guerre, il tentera de s’adapter à la « révolution » du be-bop. On verra même Django à la guitare électrique dont il aimait les nouvelles sonorités. Quelques semaines avant sa mort, en 1953, il avait enregistré avec la vague montante du bop en France, comme Maurice Vander, Martial Solal et Pierre Michelot… Une mort prématurée qui coupa dans son élan ce musicien exceptionnel, sans égal en France et en Europe. Autodidacte, il avait l’habitude de dire : « Je ne connais pas la musique, mais elle, elle me connaît ». Ses compositions, que l’on a qualifiées de « rêveries musicales », se sont imposées au rang de classiques, comme Minor Swing, Nuages, Manoir de mes rêves, Nuits de Saint-Germain-des-Prés. Pour aller plus loin et découvrir Django dans sa vérité, on lira avec profit la belle monographie que lui a consacrée le romancier Marc-Edouard Nabe, Nuage (Dilettante). DAVID REINHARDT ➔ Seul des neuf enfants de Babick à se lancer dans une carrière musicale, David, 23 ans, a joué dès l’âge 6 ans avec son père sur scène. Le jeune guitariste joue dans de nombreuses formations de jazz manouche, notamment au côté de Christian Escoudé dans son trio gitan. Il a aussi créé le David Reinhardt Trio et tend aujourd’hui à s’éloigner des lignes classiques du jazz manouche pour approfondir son propre style.
www.directsoir.net DATES CLÉS Concerts Votre agenda ➔ Le festival des Nuits manouches, inauguré mardi, déroule son programme jusqu’au 30 janvier à l’Alhambra de Paris. Plusieurs invités de marque et musiciens de talents y sont attendus, dont Raphaël Faÿs, SteeveLaffont et Yorgui Loeffler, qui se produiront entre le 23 et le 30 janvier. David Reinhardt (guitare électrique) est attendu le 28. ➔ Le Gypsie Planet se tiendra à Lyon le 29 janvier à la Bourse de Travail. David Reinhardt se produira à cette occasion aux côtés de Christian Escoudé. Ils auront comme invité Biréli Lagrène, guitariste surdoué de la communauté manouche. ➔ L’événement Django 100 est organisé à Grenoble ce week-end et à Paris le 14 mars prochain, au Théâtre des Champs-Elysées. Un hommage à Django Reinhardt par plusieurs guitaristes : Boulou et Elios Ferré, Romane, Angelo Debarre ainsi que de multiples invités. 1910 A Paris, la Seine est en crue, la Ville lumière subit de graves inondations. En Belgique, à Liberchies, ce 23 janvier, Jean « Django » Reinhardt vient au monde dans une roulotte. LA GRANDE FAMILLE DE LA MUSIQUE TZIGANE De l’Inde au flamenco Si le jazz ma - nouche est, à l’heure actuelle et depuis 50 ans, le répertoire le plus populaire associé à la musique tzigane, cette dernière, dont on fait remonter les origines au continent indien, rassemble une multitude de styles et d’instruments (violon, accordéon, clarinette, guitare, contrebasse, cymbalum, derbouka ou davul). Longtemps associé au joueur de violon, d’accordéon ou de guitare, le musicien tzigane est donc avant tout un virtuose multi-instrumentiste, à la mémoire impressionnante, qui a su adapter la tradition musicale de sa communauté d’origine à celles des pays qu’il a pu traverser. Ces communautés, qui se sont historiquement installées en nombre dans les pays DR 1930 Après sa grave brûlure, Django Reinhardt sort enfin de l’hôpital. Il n’en sort pas seul, une technique nouvelle de son invention, qui n’emploie que deux doigts de la main gauche,’accompagne. Un groupe de tziganes évangéliques. de l’Est, ont vu leur musique sortir du carcan folklorique dès la période romantique du XIX e siècle, avec des ambassadeurs tels que Franz Liszt ou Johannes Brahms, qui leur ont offert leur lettres de noblesse. UN PATRIMOINE VIVANT Art de vivre et du savoir-vivre, invitation au EN COUVERTURE 5 Les Nuits manouches réunissent quelques-uns des plus brillants successeurs de Django Reinhardt, tous guitaristes surdoués et inspirés. 1951 Le musicien, au sommet de son art mais épuisé achète une maison à Samois-sur-Seine en Seine-et-Marne, près de Fontainebleau. C’est un véritable renouveau : l’inspiration revient, son jeu est plus inspiré que jamais. métissage et aux rencontres, la musique est le véritable lien de ces voyageurs interprètes. Du très ancien patrimoine des musiques tziganes d’Europe centrale au Fla - menco (influencé par la rumba et la salsa), en passant par le jazz, ces musiques ne cessent de s’enrichir et d’évoluer. On y trouve des interprètes aussi divers que Biréli Lagrène pour la tradition, ou encore Sanse - verino et Thomas Dutronc pour les versions contemporaines et grand public. Valse, boléro, tango, rumba, les rythmiques du jazz manouche empruntent à tout ce qui, de prêt ou de loin, fait swinguer la musique. Virtuosité, improvisation et adaptation restent toujours associées à ces musiciens voyageurs, qui ont fait de la musique, art nomade par excellence, leur étendard. J.-C. VERHAEGEN/AFP DR VU PAR 100 ans après, les héritiers Une filiation toujours vivace Thomas Dutronc. ➔ Thomas Dutronc On ne présente plus le petit dernier de la famille jazz manouche. Il a su rafraîchir cette musique, grâce à son titre Comme un manouche sans guitare (victoire de la musique de la chanson la plus originale de l’année 2009) et a été adoubé par les piliers de la « Django Connexion ». Comme un manouche sans guitare, le live, Mercury. Biréli Lagrène Sans aucun doute le plus brillant des héritiers du grand maître. Biréli Lagrène est l’autre petit génie du jazz manouche, lui qui interprétait la musique de Django dès l’âge de 8 ans. Il a multiplié les collaborations avec, entre autres, Stéphane Grappelli, Benny Goodman ou Benny Carter. Gipsy Trio, Dreyfus Records. Boulou et Elios Ferré Tous deux fils de Matelo Ferret, compagnon de route de Django et membre du Hot Club de France, Boulou et Elios Ferré possèdent une culture et une technique musicales hors pair. Les frangins sont capables de passer de Bach au funk, dans des interprétations mâtinées d’accents gipsy. The Rainbow of Life, Bee Jazz. Sanseverino S’inspirant de la musique manouche de manière générale, il est tombé amoureux de ce répertoire et de celui de Django après un long voyage à l’Est. Sa musique est un véritable melting-pot allié à un swing imparable. Les faux talbins, Sony-BMG.



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :