Direct Soir n°661 9 déc 2009
Direct Soir n°661 9 déc 2009
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°661 de 9 déc 2009

  • Périodicité : quotidien

  • Editeur : Direct Soir S.A.

  • Format : (256 x 341) mm

  • Nombre de pages : 20

  • Taille du fichier PDF : 2,0 Mo

  • Dans ce numéro : « Loup » l'appel de la forêt

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 6 - 7  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
6 7
6 LE LOUP, CET INCONNU Avec « Loup », qui sort en salles aujourd’hui, le réalisateur et aventurier Nicolas Vanier remet à l’honneur un animal menacé, qui pendant des siècles a fasciné et terrorisé l’humanité tout en demeurant chargé de puissants symboles. Il est garou, méchant, diabolique, ennemi du genre humain, cruel avec l’agneau, le chien et le berger ; et pourtant il est aussi à l’origine, sous les traits d’une louve, de Rome, dont il nourrit le fondateur Romulus et son jumeau Remus. Etrange ambivalence de Messire Loup, à la fois considéré comme destructeur et bâtisseur. Ysengrin, animal roi des forêts septentrionales, de la Sibérie à l’Europe, a envahi depuis des millénaires les imaginaires et fonde généralement les mythologies païennes de toutes les cultures qui s’y sont succédé. Du Verwölf, loup d’origine germanique, à la louve élevant PARCOURS D’UN AVENTURIER N. VANIER EN COUVERTURE Un nouveau coureur des bois ➔ Après un voyage improvisé en Laponie et une première découverte du Québec en canoë, le jeune Nicolas Vanier se lance dans la vraie grande aventure : au cours de l’hiver 1983-1984, il effectue la traversée de la péninsule du Nouveau-Québec Labrador en traîneau à chiens. En témoigneront un livre, Grand Nord, et un film, Les coureurs des bois, réalisé pour France2. au bord du Tibre les enfants de Rhea Silvia, qui accoucheront de la première civilisation de l’univers, cette figure est omniprésente, plus que celle d’aucun autre animal, à l’exception peut-être de l’ours, son grand rival européen. IMAGINAIRE PAÏEN Haï ou admiré, le canis lupus est, dans tous les cas, craint. C’est cette frayeur qui fonde tous les rapports, si divers puissent-ils être, qui se sont noués avec lui par les différents âges. L’époque païenne, romaine ou N. VANIER E. LOMONACO/ROPI-REA barbare, qui réservait en général la cruauté aux seuls êtres humains (si l’on fait abstraction des absurdes jeux du cirque où l’on opposait bêtes féroces à bêtes féroces) fut plutôt amène et clémente avec le loup. Elle le confina aux forêts, nom- À la poursuite des pionniers ➔ En 1986, Nicolas Vanier entraîne son équipe sur la piste des pionniers de l’Ouest américain. Pendant un an et demi, du Wyoming au détroit de Béring, ils parcourent 7 000 kilomètres à travers les zones les plus sauvages des Rocheuses et de l’Alaska, accompagnés de chevaux, de chiens de traîneau, d’un radeau et deux canoës indiens. Le réalisateur en tirera trois films, dont le fameux Partage des eaux. PROD DB/MC4 PRODUCTIONS/DR Directsoir N°661/Mercredi 9 décembre 2009 breuses alors en Europe, et la cohabitation avec l’homme se déroulait sans problème majeur. Pour le christianisme, en revanche, l’idée est plus complexe : sans que la religion, qui donna au monde un saint François d’Assise – qui, dit-on, parlait au loup de Gubbio –, le persécutât, elle fut bien obligée d'admettre que le paganisme avait déposé une bonne partie de ses fantasmes et de sa sorcellerie dans la figure du loup. En quoi l’Eglise catholique le combattra comme une image démoniaque. Et dans la culture populaire, de Charles Perrault (Le petit chaperon rouge) à Sergueï Prokoviev (Pierre et le loup), en passant par Alfred de Vigny (La mort du loup) ou Alphonse Daudet (Le chèvre de monsieur Seguin), le loup est un personnage à part entière, symbole de la mort, reflet de la fragilité humaine, et que l’on rêve parfois d’apprivoiser. « REFLET DE LA FRAGILITÉ HUMAINE » La louve allaitant LA FIN D’UN MYTHE Mais ce qui causera le recul du loup et de sa fascination, c’est le défrichement des campagnes, du Moyen Age au XIX e siècle. Disparu en France, il est revenu il y a quelques années par l’Italie et peut-être bientôt par l’Espagne, non sans susciter l’inquiétude ou le courroux des bergers, insensibles aux charmes de la biodiversité et soucieux de préserver leurs cheptels des prédateurs. Nous avons transféré sur le loup, victime de sa ressemblance trop frappante avec nous-mêmes, notre propre cruauté, oubliant que sa naturelle sauvagerie le préservait, lui, de la perversion des « trop civilisés ». C’est aussi l’une des leçons de Nicolas Vanier qui, par le contraste de la beauté des espaces sauvages avec nos univers familiers, nous rappelle qu’« homo homini lupus » (« l’homme est un loup pour l’homme »). Remus et Romulus. En plein désert blanc ➔ De 1990 à 1991, l’explorateur effectue une traversée intégrale de la Sibérie, du sud au nord, pendant un an et demi. A travers 7000 kilomètres dans la taïga sauvage, de la Mongolie à l’océan Arctique, il alterne chevaux, traîneaux à chiens, rennes… et raconte son odyssée au cinéma dans Au nord de l’hiver. Puis en 2004, il réalise son premier long métrage de fiction, Le dernier trappeur. Un hymne aux grands espaces et à la vie sauvage, qui rencontra un vif succès en salles.
www.directsoir.net CHIFFRE CLÉS Le film En Sibérie, avec les Évènes, les rennes et les loups ➔ Les films de Nicolas Vanier sont à l’image de cet aventurier : singuliers et dénués d’artifices. Tourné dans les conditions du réel, Loup, comme Le dernier trappeur, son précédent long métrage, est un film sur le Grand Nord, cher à Nicolas Vanier. Ce dernier nous emmène cette fois dans les montagnes de Sibérie orientale auprès du peuple des Evènes, ANS. C’est à cet âge que 20 Nicolas Vanier effectue, en 1982, sa première expédition à pied sur les plateaux de Laponie. Vous connaissez bien les peuples du Grand Nord. Avez-vous une préférence ? Nicolas Vanier : Si les territoires du Canada, de l’Alaska et de la Sibérie se ressemblent beaucoup, l’évolution de leurs peuples originels varie aussi beaucoup. J’ai été très frappé par l’adaptation, nocive à mon sens, des Inuits et des Indiens américains au système que leur imposait l’Occident. Les Evènes, eux, ont eu la chance d’être protégés géographiquement. Il est quasiment impossible de les atteindre par voie de terre. Je suis tombé sur eux par hasard il y a vingt ans, en traversant la Sibérie du sud au nord, et j’ai été heureusement surpris de découvrir qu’il existait encore des peuples libres –même s’ils ne sont plus que 2000 individus–, qui n’avaient pas sacrifié leur mode de vie au progrès occidental. nomades éleveurs de rennes. Le jeune Sergueï est choisi par le chef du clan comme gardien de la grande harde des rennes. Seuls humains au milieu des animaux, Sergueï et sa promise, Nastazia, vont s’enticher d’une famille de loups, ennemis héréditaires des Evènes. Inspirée de son livre Loup, cette histoire d’amitié est avant 8600 Des éleveurs de rennes se prennent de passion pour leur ennemi : le loup. KM, soit la distance de L’Odyssée blanche, son épopée dans le Grand Nord faite en 1999 avec ses chiens de traîneau. Qu’est-ce qui les caractérise ? N.V. : Ils sont insaisissables, parce que toujours en mouvement. Ils migrent avec leur harde de rennes, qui est plus que leur trésor, qui est un peu leur chair, comme un enfant pour sa mère. Ils se transmettent cette harde de génération en génération, et c’est toute leur vie. Et le loup ? N.V. : Ils le haïssent parce qu’il attaque leurs rennes, mais il les fascine en même P.NORTH COOMBES EN COUVERTURE 7 tout l’occasion pour l’aventurier de filmer des paysages sublimes et inconnus et de donner une belle leçon d’humanité à notre civilisation consumériste. Entre scènes du quotidien et aventures extrêmes, rares sont les occasions au cinéma d’admirer une harmonie parfaite entre homme et nature. Loup, Nicolas Vanier, en salles. INTERVIEW NICOLAS VANIER, RÉALISATEUR DE « LOUP » « Un animal haï autant que fascinant » Histoire de rencontres, entre un aventurier et le Grand Nord. 3 ENFANTS. Nicolas Vanier est marié et père de famille. Quand il ne court pas le monde, il pose son équipement en Sologne. temps. C’est cette tension que j’ai voulu montrer dans le film. Le tournage n’a pas dû être évident… N.V. : Non, en effet, il a fallu créer de toutes pièces un village complet par – 55 °C de moyenne. Nous avons commencé en plein mois de janvier, autrement dit à la pire époque… Mais les Evènes étaient passionnés par notre irruption, tant sur le plan technique qu’artistique. Qui sont les acteurs ? N. V. : Pour la plus grande partie, ce sont des Evènes. Mais quelques Français – comme celui qui joue Sergueï, l’acteur principal – ont été recrutés pour leur ressemblance physique avec le peuple sibérien. Mais, plus loin que les acteurs, les Evènes sont avec moi les véritables artisans de ce film. C’est la harde de mon ami Nicolaï que l’on filme, c’est leur campement, ce sont leurs terres. K. WANDYCZ FOCUS Qui sont les Evènes ? Des chasseurs nomades Les Evènes, peuple de Sibérie. ➔ La nation évène est une des multiples branches des peuples chasseurs de Sibérie et de Mandchourie, connus sous le nom générique de « Toungouses » – même si, en fait, eux-mêmes ne se nomment jamais ainsi. Le terme « toungouse » est parfois opposé à « turque » et « mongole » comme branche de la famille altaïque. Connus du monde occidental depuis le XVI e siècle, grâce notamment au témoignage d’un pope orthodoxe, les Toungouses seraient apparentés à certains peuples « barbares » des grandes invasions de la fin de l’Antiquité, comme les Avars. En Chine, la branche mandchoue est notoire puisqu’elle a fondé deux dynasties dans l’empire du Milieu. Il est intéressant de remarquer, avec Alexandra Lavrilliers, spécialiste de ces peuples, que le mot « chamane » est venu de leurs langues, précisément du terme « saman ». Le mot qui désigne un genre de prêtre convoquant des esprits a eu un tel succès qu’il s’est par la suite répandu dans le monde entier. Les Toungouses, étendus sur un territoire gigantesque de 9 000 kilomètres d’est en ouest et de 3 000 kilomètres du nord au sud, ont subi les conséquences des colonisations russes et chinoises de la Sibérie, et surtout la cruauté du régime soviétique. Beaucoup se sont sédentarisés. Mais une petite proportion est demeurée nomade, comme les fameux Evènes de Loup, qui vivent exclusivement de l’élevage des rennes. Ces hommes-là refusent irrémédiablement de souscrire aux valeurs de la société marchande globale.



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :