Direct Soir n°357 29 mai 2008
Direct Soir n°357 29 mai 2008
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°357 de 29 mai 2008

  • Périodicité : quotidien

  • Editeur : Direct Soir S.A.

  • Format : (210 x 280) mm

  • Nombre de pages : 24

  • Taille du fichier PDF : 1,8 Mo

  • Dans ce numéro : Michel Sleimane, enfin un Président pour le Liban

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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4 EN COUVERTURE Michel Sleimane, ancien chef des armées et nouveau président de la République libanaise, au palais présidentiel de Baabda à Beyrouth, lundi dernier. L’accueil qui a été réservé dimanche à Michel Sleimane, ancien chef des armées et nouveau président de la République libanaise, lors de son arrivée au Parlement où il s’apprêtait à prêter serment, laisse deviner l’espoir placé en son élection. Les députés, qui venaient d’entériner son entrée en fonctions, se sont levés et l’ont applaudi à son entrée. Dans cette assemblée figuraient aussi de nombreux représentants étrangers : plusieurs ministres occidentaux, parmi lesquels le Français Bernard Kouchner, mais aussi Javier Solana, représentant de l’Union européenne en charge des Affaires internationales. L’Iran avait dépêché son ministre des Affaires étrangères, de même que la Syrie, dont les rapports avec le voisin libanais sont pourtant plus que froids depuis de nombreux mois. UN APPEL À L’UNITÉ Devant ce parterre pour le moins éclectique, Michel Sleimane a donc pris la parole, dans son nouveau costume de président de la République. Un rôle pour lequel il avait déjà été pressenti, mais qui n’a été officialisé et réellement investi que la semaine dernière, lors de la conclusion à Doha (Qatar) d’un accord censé mettre fin à dix-huit mois de crise institutionnelle et politique au Liban. Depuis la fin du mandat d’Emile Lahoud, en novembre dernier, le fauteuil de président était vacant. La séance parlementaire, censée lui donner un successeur,avait été reportée dix-neuf fois. L’accord de Doha prévoyait l’élection rapide de l’ancien militaire à la tête de l’Etat. Celle-ci est intervenue dimanche, par 118 voix sur 127. Directsoir N°357/Jeudi 29 mai 2008 MICHEL SLEIMANE LE PARI DE LA RÉCONCILIATION Le nouveau président libanais, élu dimanche et entré en fonctions lundi, a entamé hier une série de négociations avec la majorité soutenue par l’Occident, et l’opposition menée par le Hezbollah, afin de former un gouvernement d’union nationale à la tête duquel Fouad Siniora a été reconduit. Un objectif : la concorde nationale. Après sa prise de fonctions lundi et son entrée au palais de Baabda, où il a été accueilli par la garde républicaine et vingt et un coups de canon, le nouveau président a entamé hier des consultations de la majorité, soutenue par l’Occident, et de l’opposition, soutenue par la Syrie et l’Iran, en vue de former un gouvernement d’union nationale. Michel Sleimane doit au plus vite rapprocher les deux camps et la tâche semble énorme, tant les parties sont divisées. Le conflit avait d’ailleurs atteint son paroxysme lors
www.directsoir.net d’affrontements qui avaient fait plus de soixante morts au début du mois et pendant lesquels l’aéroport de Beyrouth était resté fermé plusieurs jours. « Le vainqueur est le Liban et le vaincu est la scission » a déclaré l’émir du Qatar, lors de la cérémonie d’investiture auquel il était invité, au titre d’hôte des négociations qui ont conduit à l’accord. George W. Bush, de son côté, a dit son impatience de voir s’ouvrir « une nouvelle ère de réconciliation politique ». Dimanche, lors de sa prestation de serment, le nouveau président a appelé à l’unité : « Unissons-nous, et travaillons en vue d’une solide réconciliation. Nous avons payé cher notre unité nationale. Préservonsla, la main dans la main. » UN HOMME INDÉPENDANT A 59 ans, Michel Sleimane dispose d’un certain nombre de cartes pour mener à bien sa mission. Son élection intervient un an après la victoire des forces régulières qu’il commandait face aux militants du mouvement islamiste prosyrien Fatah al-Islam, retranché dans le camp de Nahr al-Bared au nord du pays. Certes, lors de ces affrontements, les insuffisances, notamment matérielles, de l’armée libanaise ont éclaté au grand jour. Mais les soldats ont enregistré un succès et, surtout, ils ont bénéficié d’un soutien quasi unanime de la nation. Le Hezbollah, lui-même, avait qualifié de ligne jaune à ne pas franchir l’attaque surprise dont des militaires furent victimes et qui conduisit aux violents affrontements. Auréolé de sa victoire, Michel Sleimane apparaît aussi comme un homme indépendant. Nommé à la tête de l’armée il y a dix ans, à l’époque où le Liban était toujours sous tutelle syrienne, il a veillé à préserver la neutralité de cette institution,exhortant ses hommes à ne pas intervenir dans le débat qui, ces derniers mois, agitait le pays. « L’armée est ma vie, j’y suis attaché et je n’accepterai jamais de la voir divisée », a-t-il expliqué. Le 14 février 2005, alors que des centaines de milliers de Libanais, réagissant à l’assassinat de leur ancien Premier ministre Rafic Hariri, étaient descendus dans la rue pour réclamer le départ de la Syrie après vingt-neuf années de présence, le général Sleimane avait tenu l’armée à l’écart, refusant de réprimer le mouvement. Cette neutralité lui a valu le respect d’un grand nombre de ses compatriotes. « IL A DIT DES CHOSES QUE L’ON N’ATTENDAIT PAS » Pourtant, ses détracteurs lui reprochent d’être trop proche de Damas, lui qui, il y a quelques jours encore, recommandait de ne pas rendre la Syrie responsable de Les jeunes Libanais saluent Michel Sleimane, le 12 e président du Liban. tous les maux dont souffre le Liban. « Nous ne devons pas nous contenter d’insulter la Syrie, nous devons plutôt établir des relations équitables, comme deux Etats souverains », expliquait-il. Autre pierre dans son jardin, la passivité de l’armée lorsque le Hezbollah a pris le contrôle de Beyrouth ouest au début du mois. « Impliquer l’armée dans les troubles intérieurs ne servirait que les intérêts d’Israël », avait-il répondu. Dans ce contexte, comment faut-il interpréter les propos tenus par Michel Sleimane au sujet de la cour spéciale chargée de juger les assassins de Rafic Hariri ? Le nouveau Président a déclaré qu’il s’engageait à soutenir ce tribunal, qui lors de sa création avait dû faire face à une opposition soutenue par la Syrie et NOUS AVONS « PAYÉ CHER NOTRE UNITÉ NATIONALE. PRÉSERVONS-LA, LA MAIN DANS LA MAIN » EN COUVERTURE 5 l’Iran. S’agit-il d’un gage donné à l’Occident, d’un simple effet d’annonce ou d’une véritable volonté politique ? « Il a été bon, il a été honnête et, franchement, il a été courageux », a déclaré Bernard Kouchner, estimant que le nouveau président libanais avait dit « des choses que l’on n’attendait pas ». UN CHAMP DE BATAILLE Père de trois enfants, le douzième président du Liban est un chrétien maronite, conformément à la Constitution libanaise qui établit que le chef de l’Etat ne peut être issu que de cette communauté. Pour cet homme, qui a choisi en 1967 de porter l’uniforme, l’armée est aussi une question familiale : son père était membre des forces de sécurité intérieure. Réputé affable et doux, Michel Sleimane sourit peu. Dimanche, à la tribune du Parlement, lors de son discours, il a conservé un visage sérieux, presque sévère, conscient sans doute de la difficulté de la tâche qu’il se voyait confiée. Les nouveaux accrochages, intervenus lundi soir, entre des partisans de la majorité et de l’opposition dans un quartier de Beyrouth en sont une preuve. Mais au-delà de l’image d’un homme aux traits austères, qui a quitté l’uniforme pour un costume sombre et une cravate claire, la cérémonie d’investiture, dimanche, a aussi réuni dans la même assemblée des représentants européens et des dignitaires syriens et iraniens. Chacun bien sûr, pour afficher son influence. Dans cette grande partie qui se joue dans la région, le Liban fait figure de champ de bataille. Et les tensions entre les deux camps aiguisent les divisions du peuple libanais. S’il veut éviter l’éclatement de son pays, Michel Sleimane devra bien sûr se faire le rassembleur de cette population, mais peut-être aussi servir de pont entre deux conceptions qui s’affrontent et jouer, entre le monde occidental et l’axe syro-iranien, le pari de la réconciliation.



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