Direct Soir n°355 27 mai 2008
Direct Soir n°355 27 mai 2008
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°355 de 27 mai 2008

  • Périodicité : quotidien

  • Editeur : Direct Soir S.A.

  • Format : (210 x 280) mm

  • Nombre de pages : 24

  • Taille du fichier PDF : 2,2 Mo

  • Dans ce numéro : Sydney Pollack disparition du réalisateur de « Out of Arica »

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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4 DOSSIER Martin Hirsch occupe le poste de haut-commissaire aux Solidarités actives contre la pauvreté depuis juillet 2007. MARTIN HIRSCH L’INSERTION À CŒUR Directsoir N°355/Mardi 27 mai 2008 Après six mois de concertation, la réunion finale du Grenelle de l’insertion se tient aujourd’hui, symboliquement quarante ans jour pour jour après les accords de Grenelle. L’objectif pour Martin Hirsch était de rendre plus souple et plus linéaire le parcours d’insertion professionnelle jusqu’à l’emploi durable. Pour le haut-commissaire aux Solidarités actives contre la pauvreté, les annonces du gouvernement qui en découleront auront valeur de test. Nommé le 18 mai 2007 hautcommissaire aux Solidarités actives contre la pauvreté, l’ancien président d’Emmaüs n’avait accepté d’intégrer l’équipe de François FIllon qu’à certaines conditions. Pour qu’il accepte d’y entrer, le Premier ministre et le chef de l’Etat lui ont en effet proposé de mettre en œuvre deux projets qui lui sont chers : le Revenu de solidarité active (RSA), ainsi que le « Grenelle de l’insertion », plus global, destiné à réduire la pauvreté en France d’un tiers d’ici à cinq ans. C’est donc une étape importante qui est franchie aujourd’hui avec la réunion finale. Tout l’enjeu pour le hautcommissaire est désormais de parvenir à la transposition des conclusions dans la loi et les règlements. LE DÉFI DU DIALOGUE Avec le Grenelle de l’insertion, dont le RSA est l’une des principales mesures attendues, Martin Hirsch a tenu le cap de la réforme même s’il a pu mesurer combien la tâche était semée d’embûches. Pendant six mois, représentants syndicaux, patronaux, élus et associatifs ont participé à l’élaboration d’un projet qui doit améliorer l’insertion des personnes en grande difficulté face à l’emploi.A raison d’une réunion par mois et d’une dizaine de rencontres décentralisées dans toute la France, Martin Hirsch et les présidents des trois groupes de réflexion (politique publique d’insertion ; mobilisation des employeurs ; évaluation des parcours d’insertion) ont « mis à plat ce qui se faisait en matière d’insertion et ce qui devait être amélioré », selon Nicole Maestracci, présidente du troisième groupe et de la Fédération nationale des associations d’accueil et de réinsertion sociale (FNARS), qui regroupe à l’échelle nationale 750 associations et organismes publics. « Le démarrage du Grenelle fut compliqué car au moment où nous nous mettions à la table des discussions, le gouvernement annonçait plusieurs réformes dont la fin des contrats aidés, alors que pour nous, associatifs, ils représentaient une base de l’insertion », rappelle-t-elle. Il a donc fallu toute la force de conviction de Martin Hirsch pour obtenir tant du gouvernement les moyens d’une vraie politique d’insertion, que des partenaires sociaux certaines concessions au réalisme budgétaire. BALISER LE CHEMIN DE L’INSERTION Le mécanisme du RSA vise à encourager la reprise d’activité en permettant aux
www.directsoir.net bénéficiaires de cumuler (en partie et de manière dégressive) salaire et minima sociaux pendant une durée pouvant aller jusqu’à trois ans. Schématiquement, il s’agit de rendre le retour à l’emploi financièrement plus attractif que le cumuldes aides accordées en situation de chômage. En somme, un remède aux fameuses « trappes à chômage » décrites par les économistes. Un système déjà expérimenté dans une quarantaine de départements et majoritairement approuvé par toutes les parties prenantes du Grenelle de l’insertion. Mais c’est la question du financement du RSA qui a placé Martin Hirsch dans une position délicate. Pour financer ce projet à l’échelle de la France, le gouvernement est prêt à investir de 1 à 1,5 milliard d’euros, soit moitié moins que la somme calculée par Martin Hirsch, qui estime le coût à 3 milliards d’euros. Par ailleurs, il a été imaginé de redéployer les fonds de la prime pour l’emploi (PPE), qui profite à 8,5 millions de personnes, pour dégager les fonds nécessaires. Beaucoup d’associations se sont opposées à cette méthode, considérant que l’on déshabillait Pierre pour habiller Paul. Plus critique encore, Patrick Savidan, président de l’Observatoire des inégalités, juge que « financer le RSA en puisant dans les revenus de foyers aux revenus modestes est une faute politique sérieuse ». Plus consensuelle, Nicole Maestracci précise que « le principe du RSA est accepté par beaucoup de personnes, mais compte tenu de l’extrême complexité du dispositif social, le RSA n’a d’intérêt que s’il s’inscrit dans une politique sociale plus large ». Pour Martin Hirsch, dont la démission avait été quasiment annoncée au moment de ce débat, pas question d’abandonner : la généralisation du RSA, prévue en 2009, est un projet qui lui tient à cœur et qu’il souhaite mener à terme. Comme il l’a Parcours NOUS ATTENDONS « MAINTENANT UN CALENDRIER PRÉCIS » 1963-1997 : ■ Martin Hirsch est né le 6 décembre 1963 à Suresnes. Normalien et titulaire d’un DEA de neurobiologie, il est admis à l’Ecole nationale d’administration en 1988. A sa sortie de l’école, il devient conseiller d’Etat. Il entre en politique en 1997 en devenant directeur du cabinet de Bernard Kouchner (secrétariat d’Etat à la Santé et à l’Action sociale), et conseiller chargé de la Santé au cabinet de Martine Aubry (ministère de l’Emploi et de la Solidarité). démontré à la tête d’Emmaüs pendant douze ans, Martin Hirsch est un obstiné. PLUS DE LISIBILITÉ Au-delà du débat sur le RSA, les différents acteurs du Grenelle sont parvenus à trouver des consensus qui devraient faciliter la prise en charge des personnes en difficulté face à l’emploi. La politique sociale issue du Grenelle devra se fonder sur le droit commun et non plus sur le droit spécifique. C’est-à-dire que l’ensemble des personnes en situation d’insertion (chômeurs de longue durée, Rmistes, parents isolés bénéficiant de l’allocation ad hoc) pourraient accéder au Service public pour l’emploi. Pour Martin Hirsch, il s’agit de « bâtir une politique d’insertion sur le droit commun et non sur les droits spécifiques, qui sous peine d’être protecteurs sont « relégateurs » ». Le manque de lisibilité de la politique d’insertion à la française est en effet un des facteurs qui expliquent une grande partie de ses échecs. Et Nicole Maestracci de souligner que ce sera « une sorte de révolution car l’usager, celui qui est sur le chemin de l’insertion, aura un référent unique, et bénéficiera d’une prise en charge en continu et de toutes les offres de formations possibles ». Mais cette proposition présente un risque politique. En effet, elle pourrait plomber les statistiques du chômage de manière significative, puisque certains Rmistes ainsi que les bénéficiaires de contrats aidés ne sont pas comptabilisés dans les chiffres du chômage. Il faudra donc une bonne dose de courage ou une excellente stratégie de communication pour faire passer une hausse soudaine des chiffres en plein débat sur le pouvoir d’achat. Autre mesure sur laquelle pourrait déboucher le consensus du Grenelle : la diminution des contrats aidés. L’objectif de départ, il y a P.AALLARD/REA 1999-2005 : ■ En 1999, Martin Hirsch devient directeur général de l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa). Parallèlement, depuis 1995, il est président de l’Union centrale des Communautés Emmaüs. En 2002, il est également président d’Emmaüs France mais démissionne en 2007 dès sa nomination au poste de haut-commissaire aux Solidarités actives contre la pauvreté, dans le gouvernement de François Fillon. DOSSIER 5 Martin Hirsch au Grenelle de l’insertion, à Lyon le 5 mai 2008. HALEY/SIPA 2005-2008 : six mois, était de créer un contrat unique d’insertion. Au final, sans aller jusqu’à ce contrat unique, deux contrats aidés sur sept devraient être conservés, l’un dans le secteur marchand et l’autre dans le secteur non marchand. Une décision que nuance Nicole Maestracci, pour qui « cette décision était déjà actée bien avant le Grenelle ». Au terme de ces six mois de discussions, Martin Hirsch et les différents acteurs du Grenelle s’accordent à dire « qu’un grand pas a été fait », même si le débat reste vif entre les différents interlocuteurs. Comme pour son alter ego de l’environnement, le Grenelle de l’insertion sera évalué selon les mesures concrètes qui seront prises. Martin Hirsch pourra alors juger de sa force de conviction et saura si son pari d’entrer au gouvernement en valait la chandelle. ■ Martin Hirsch quitte ses fonctions de président de l’Afssa en 2005 et réintègre le Conseil d’Etat. En 2006, parallèlement à ses fonctions de président d’Emmaüs, il fonde l’Agence nouvelle des solidarités actives. L’objectif est de mettre en œuvre des actions locales, expérimentales et innovantes de lutte contre la pauvreté, en partenariat avec les pouvoirs publics et les entreprises. Aujourd’hui, son ancien collaborateur Benoît Genuini est président de l’association.



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