Direct Soir n°352 22 mai 2008
Direct Soir n°352 22 mai 2008
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°352 de 22 mai 2008

  • Périodicité : quotidien

  • Editeur : Direct Soir S.A.

  • Format : (210 x 280) mm

  • Nombre de pages : 24

  • Taille du fichier PDF : 1,8 Mo

  • Dans ce numéro : Than Shwe, chape de plomb sur la Birmanie

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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4 EN COUVERTURE Le leader birman reçoit l’hommage de plus de 15 000 soldats des troupes nationales lors de l’inauguration officielle de la nouvelle capitale, Naypyidaw, le 27 mars 2007. THAN SHWE Souvent caché derrière des lunettes noires, le visage fermé, une arme à la ceinture et une veste bardée de décorations, le général Than Shwe apparaît très peu. A la tête du pays depuis seize ans, il dirige d’une main de fer une Birmanie rongée par la crise économique. Derrière lui, c’est une armée de 400000hommes et leurs familles (soit deux millions d’individus) qui jouissent de privilèges alors que 48 millions de Birmans subissent le fardeau de la flambée des prix et la privation des libertés fondamentales. MILITAIRE DE CARRIÈRE D’abord employé des postes, c’est à l’âge de vingt ans, en 1953, qu’il intègre la Tatmadaw, l’armée birmane, alors que l’ex-colonie britannique est indépendante depuis 1948. Than Shwe s’illustre dans le Département des opérations psychologiques de l’armée, un service créé pour écraser la minorité karen du pays qui lutte pour son indépendance. Au début des années 1960, ses « talents » dans ce domaine lui permettent de gravir les échelons de l’armée. En 1962, il aide le général Ne Win à s’emparer du pouvoir par un coup d’Etat qui met fin à une très brève période de démocratie. Pour le pays, c’est le début du régime appelé « La voie birmane pour le socialisme », qui correspond au début de l’isolement du pays sur le plan international. Than Shwe est élevé au grade de général en 1986. Deux ans plus tard, il est l’un des nombreux artisans de la répression des mouvements démocrates, qui se solde par près de 3000 morts. Ne Win perd la main et c’est le général Saw Maung qui prend la relève. Than Shwe est alors ministre de la Défense et bras droit du Directsoir N°352/Jeudi 22 mai 2008 GÉNÉRALISSIME DICTATEUR C’est dans les régions dévastées par le cyclone Nargis que la junte finalise samedi le référendum pour une nouvelle Constitution. Une parodie de démocratie dans un pays dévasté, réprimé et isolé. A sa tête, un homme énigmatique et impitoyable, que Ban Ki-moon, le secrétaire général de l’ONU, arrivé ce matin à Rangoon, va tenter de rencontrer. nouveau dictateur. Soucieux de susciter un élan nationaliste, le Conseil militaire choisit de changer le nom du pays et de sa capitale. La Birmanie devient l’Union du Myanmar et Rangoon devient Yangon. Ces mesures avalisées par l’ONU sont dénoncées par l’opposition du pays.Afin de tenter de trouver une légitimité, les militaires choisissent les urnes, mais les législatives de 1990 tournent au fiasco pour la junte. La Ligue nationale démocratique, menée par Aung San Suu Kyi, fille du leader de l’opposition des années 1950, remporte une large majorité des sièges. Mais
www.directsoir.net l’armée birmane refuse l’arbitrage des urnes. Elle annule les résultats, proclame la loi martiale et envoie Aung San Suu Kyi en prison. Evincé du pouvoir car responsable de cet échec électoral, le général Saw Maung est remplacé par Than Shwe en avril 1992. INFLEXIBLE GÉNÉRAL Lorsqu’il commence à exercer le pouvoir, Than Shwe donne l’image d’un homme de compromis. Il libère Aung San Suu Kyi des geôles birmanes et tente de lutter contre la corruption. Il autorisera même la Croix- Rouge et Amnesty International à entrer en Birmanie. Il laisse entendre que « l’armée ne gardera pas longtemps le pouvoir », permettant ainsi à la population de croire à un retour à la démocratie. Il transforme aussi le nom de la première instance du pays en « Conseil d’Etat pour la paix et le développement », moins agressif que l’ancien « Conseil pour la restauration de la loi et de l’ordre étatiques ». Mais moins d’un an après son accession au pouvoir, le jour de son soixantième anniversaire, le général Than Shwe promulgue un décret qui lui permet de se maintenir au pouvoir à vie. Partisan de la méthode dure, le leader ferme les yeux sur les exécutions sommaires qui déciment opposants et rivaux, voire les approuve. Quand ils ne sont pas éliminés, ces derniers tombent en disgrâce. Ce sera le cas de Khin Nyunt, Premier ministre et chef des services secrets birmans, évincé de ses fonctions en 2003. A ce moment-là, il était un des rares militaires à entretenir des relations avec la communauté internationale et à tenter de favoriser le dialogue avec l’opposition, Aung San Suu Kyi en tête, que le général déteste. Khin Nyunt est arrêté avec toute sa famille pour des « faits de corruption » et écope de quarante-quatre ans de prison. Les services secrets birmans sont remaniés et Than Shwe place son propre neveu à leur tête. Le généralissime applique cette stratégie pour toutes les formes d’opposition. C’est lui qui, une fois encore, comme en 1988, ordonne de réprimer dans le sang les manifestations des bonzes birmans en septembre dernier. Protestant d’abord THAN SHWE « EST OBSÉDÉ PAR LE NOMBRE 11 » contre la flambée des prix du pétrole à la mi-août, les moines bouddhistes, essentiellement regroupés dans les temples de Rangoon, ont commencé à défiler dans les rues. Et au début du mois de septembre, les manifestations se sont intensifiées car la population était venue rejoindre les bonzes dans les rues. Ce sursaut démocratique n’a été que de courte durée : les militaires ont quadrillé les rues et tiré sur la foule. Le bilan, toujours incertain même six mois après les événements, fait état d’une vingtaine de personnes tuées et de plusieurs milliers d’arrestations. On dit le général malade, probablement atteint d’un cancer. « Il n’y a pas une semaine où la presse d’opposition installée en Thaïlande n’annonce que Than Shwe est à l’article de la mort », souligne Olivier Guillard, chercheur à l’Iris (Institut des relations internationales et stratégiques). Selon certaines sources, il effectuerait chaque année plusieurs séjours dans un hôpital de Singapour. Entouré par sa famille, en particulier sa femme et sa fille, le généralissime est aussi très influencé par une cour d’astrologues et de numérologues qui l’entoure depuis seize ans. LA VILLE DES ROIS Si son prédécesseur Ne Win vénérait le chiffre 9, le général Than Shwe voue un véritable culte au nombre 11. C’est ainsi EN COUVERTURE 5 Le général Than Shwe lors d’une de ses très rares apparitions en public, dimanche dernier, dans un camp de rescapés près de Rangoon. qu’en écoutant les astrologues, il décide de changer de capitale, « placée sous de mauvais augures », pour la délocaliser au milieu de la jungle, à 350 kilomètres au nord de Rangoon. Le 11 novembre 2005, à 11 heures, 11 000 camions déménagent 11 ministères jusqu’à Naypyidaw, littéralement « la demeure des rois ». Véritable bunker sorti de terre, la nouvelle capitale administrative possède des dizaines de kilomètres de galeries souterraines, de larges avenues vides et des statues gigantesques, à l’effigie des rois birmans d’antan. Dans les couloirs de son bunker présidentiel, il se fait appeler « Bu Daw », un titre emprunté aux anciens souverains birmans. Il applique aussi son train de vie de souverain à sa vie familiale. Il dépense pour le seul mariage de sa fille une somme exorbitante, trois fois supérieure au budget de la santé en Birmanie. UNE NOUVELLE CONSTITUTION Quinze jours après le passage dévastateur du cyclone Nargis, le général en chef de l’armée n’a toujours pas répondu aux propositions d’aide faites par la communauté internationale. Sa seule apparition en public remonte à dimanche dernier, lors de la visite d’un camp de rescapés près de Rangoon. Aux yeux du monde entier, la mauvaise gestion des conséquences de la catastrophe a mis en lumière les incompétences du pouvoir en place. Quelques mois plus tôt, la répression contre les bonzes avait déjà entamé l’image du pouvoir. Sur le plan intérieur, Than Shwe fait des réformes de façade. Pour preuve, la nouvelle Constitution. Le texte prévoit d’ouvrir la « voie à des élections multipartites en 2010 », mais l’armée se réserve le droit de reprendre le pouvoir quand bon lui semble – officiellement si une menace pour l’unité du pays venait à se présenter. Si les événements récents ont fait apparaître quelques fissures dans le régime édifié par Than Shwe, le despote birman semble bien décidé a continuer dans son entreprise : maintenir son joug sur l’une des populations les plus coupées du reste du monde.



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