Direct Soir n°346 14 mai 2008
Direct Soir n°346 14 mai 2008
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°346 de 14 mai 2008

  • Périodicité : quotidien

  • Editeur : Direct Soir S.A.

  • Format : (210 x 280) mm

  • Nombre de pages : 24

  • Taille du fichier PDF : 1,8 Mo

  • Dans ce numéro : Cannes 2008 : Sean Penn président du jury

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 8 - 9  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
8 9
8 LES DYNASTIES La famille Peugeot La passion de l’automobile A travers les siècles, les Peugeot ont su s’adapter aux bouleversements de leur époque et faire de la modeste entreprise familiale des débuts, lancée au XVIII e siècle par un meunier franc-comtois, un consortium présent partout à travers le monde. Une réussite qui doit beaucoup à la figure de l’un des représentants de la dynastie, Armand, qui le premier pressentit la révolution automobile. Quel est le point commun entre la tour Eiffel et les automobiles Peugeot ? Outre le fait que ce sont deux symboles de la renommée de la France à l’étranger, tous deux doivent aussi leur existence à l’Exposition universelle de 1889. C’est en effet dans les allées de la Galerie des Machines qu’Armand Peugeot, ingénieur centralien et héritier d’une longue lignée d’artisans et de manufacturiers, a l’intuition de sa vie. Alors qu’il expose un modèle de tricycle doté d’un moteur à vapeur, qui ne suscite pas de réel intérêt de la part du public, ce visionnaire découvre dans les allées de l’exposition les premiers moteurs « à essence de pétrole », mis au point par Gottlieb Daimler, et comprend que l’avenir de l’automobile réside dans cette invention. La prémonition d’Armand Peugeot est déterminante : sous son impulsion, l’entreprise familiale amorce un virage industriel depuis son fief franc-comtois. UNE LONGUE TRADITION Les racines de la famille Peugeot remontent au XV e siècle, mais la société Peugeot a été fondée au cours de la seconde moitié du XVIII e siècle par Jean-Pierre Peugeot, sous Interview DR une forme juridique plus proche de la manufacture de l’Ancien Régime que de la société anonyme actuelle. En 1810, les deux fils aînés du fondateur s’associent à un autre héritier d’une riche famille d’industriels pour créer l’entreprise Peugeot-Frères et J. Maillard- Salins. Au cours des années, elle développera différentes activités, depuis la teinturerie et la minoterie originelles jusqu’à la mécanique de précision en passant par la fonderie. Deux arrière-petits-fils du fondateur, Eugène et Armand, donnent un nouveau tour à la société Peugeot frères aînés à partir de 1865. Ce sont eux qui métamorphosent cette modeste compagnie familiale. A l’issue de ses études à l’Ecole centrale de Paris, Armand Peugeot part en Angleterre, berceau de la révolution industrielle. Il en revient conquis par la bicyclette, et malgré les réticences de son cousin Eugène, obtient d’en entamer la production dans les usines de la firme. Rapidement, il dote ses engins à roues d’un moteur.Après les déboires du « Ce sont des industriels, non des financiers » Alain Frerejean, auteur du livre « Les Peugeot : deux siècles d’aventure » ■ Trois éléments peuvent selon moi expliquer la réussite et la longévité de l’entreprise familiale Peugeot. D’une part, ses valeurs traditionnelles : les Peugeot sont des protestants luthériens de province. A ce titre, ils ont cherché, à travers les époques, autant à développer le patrimoine de la famille en vue de le transmettre aux héritiers, qu’à assurer la pérennité de l’emploi dans leur bassin 1,8 milliard d’euros est le budget annuel alloué à la recherche chez PSA (3,8% du CA de la branche automobile). Armand Peugeot (1849-1915). d’implantation local. D’autre part, ils ont toujours cherché à éviter les conflits internes à la famille et les guerres de succession. Ils ont longuement médité les erreurs d’autres dynasties, comme les Japy par exemple, qui à force de dissensions, ont laissé se disperser le capital de leur entreprise. Enfin, les Peugeot se sont distingués par une gestion prudente : ce sont des industriels, non des PHOTOTHEQUE MUSÉE PEUGEOT tricycle à vapeur,Armand mise tout sur le moteur à essence. En 1891, le premier quadricycle Peugeot à moteur à explosion s’élance sur les routes et rallie l’usine de Valentigney (dans le Doubs) à Brest, à une moyenne de 14 km/h. Une véritable performance pour l’époque, qui assure une belle renommée au constructeur automobile naissant. Malgré cela, Eugène Peugeot ne croit toujours pas à l’avenir de l’automobile et demeure hostile à l’idée d’en faire l’activité principale de l’entreprise.A la fin de 1895, le conflit est consommé. Armand quitte l’entreprise familiale avec ses brevets. Il crée en 1896 la Société des Automobiles Peugeot et rompt son association avec Daimler pour produire ses propres moteurs. Le succès est au rendez-vous : en 1897, Armand Peugeot vend 54 voitures, le triple l’année suivante, et plus de 500 en 1900. De son côté, le cousin sceptique, Eugène, prend Directsoir N°346/Mercredi 14 mai 2008 conscience de son erreur et reprend la production de quadricycles à moteur sous la marque Lion-Peugeot. Dans le même temps il cède peu à peu la main à ses trois fils, qui amorcent avec leur oncle un rapprochement devenu effectif en 1910, trois ans après la mort d’Eugène. NAISSANCE D’UN GÉANT Le groupe né de la réunion des deux constructeurs prend le nom de Société Anonyme des Automobiles et des Cycles Peugeot. Dès lors, l’automobile devient son produit phare, même si l’entreprise fabrique et vend d’autres produits (voir encadrés). Depuis le règne décisif d’Armand et Eugène, trois générations de Peugeot se sont succédé à la tête du consortium familial, jusqu’en 1965 et la constitution de l’entité PSA sous sa forme actuelle. Devenu un fleuron de l’industrie française et un motif de fierté nationale, Peugeot a pris place dans les familles françaises avant de partir à la conquête du monde. financiers. Ils ont également conscience de leurs limites et ont fini par admettre que le génie ne se transmet pas de père en fils pendant plusieurs générations. Ainsi, la décision de confier la direction du groupe à quelqu’un qui ne faisait pas partie du sérail, en 1965, a été bénéfique au groupe, dans un contexte de concurrence mondiale et de nouvelles technologies. »
www.directsoir.net En fonction des générations, on se souvient de la 202 d’avant-guerre, de la mythique 404 (la « Pigeot ») des sixties, de l’ultra-pratique 205 des années 1980. Maintenant, on rêve devant l’élégance de la 607 ou l’on s’offre une 307 SW pour sa petite famille. Aujourd’hui encore, l’esprit d’Armand Peugeot plane sur PSA, qui a racheté Citroën à Michelin en 1974. Si en 1967, l’entreprise fut dirigée pour la première fois par une personnalité extérieure à la famille, en la personne de François Gautier, les membres de la dynastie Peugeot continuent à garder la main sur les destinées de l’entreprise avec 30% du capital et la présidence du conseil de surveillance. Autres (transits temporaires) 31 500 Asie-Pacifique Amériques Afrique et Moyen-Orient 277 700 334 700 243 600 217 300 De la voiture à pétrole de 1891 à la 607, en passant par la mythique 404 des années 1960, Peugeot a pris place dans les familles françaises avant de partir à la conquête du monde. Dirigée par Christian Streiff depuis 2006, PSA s’inscrit actuellement dans un plan de relance de son activité, « CAP 2010 » – comme Client-Accélération-Produit – dont l’objectif est de vendre 4 millions de véhicules au tournant de la décennie, contre 3,43 millions aujourd’hui. Présent dans 150 pays du monde, réalisant plus du tiers de son chiffre d’affaires hors de l’Europe occidentale et forte de 208 000employeurs, PSA entend miser sur l’international, en particulier les marchés émergents (la Chine, l’Inde, le Mercosur). Mais aussi sur les véhicules écologiques aux faibles émissions de CO 2, sur lesquels travaillent intensément les chercheurs du groupe. Le Lion sochaldien n’a pas fini de rugir. RÉPARTITION DES VENTES PAR ZONE GÉOGRAPHIQUE* 748 700 1 574 900 ■ * 2007, en nombre de véhicules vendus. Source : Données PSA, février 2008. LA SAGA DE L’ÉCONOMIE 9 France Europe occidentale (hors France) Europe, autre ROGER-VIOLLET MARIO FOURMY/REA LES ACTIVITÉS DU GROUPE VOITURES Le Lion sous le capot ■ Depuis la prémonition décisive d’Armand Peugeot, l’automobile est devenue le cœur de métier de l’entreprise. En 1976, PSA acquiert 90% du capital de Citroën et devient PSA Peugeot Citroën. Deux ans plus tard, il rachète les branches européennes de l’américain Chrysler. Le groupe est actuellement dirigé par Christian Streiff. Arrivé en 2007, celui-ci a pour objectif d’atteindre en 2010 les 4 millions de véhicules vendus par an. Christian Streiff, PDG du groupe PSA. SCOOTERS Une évolution logique ■ On y pense moins, mais Peugeot est également un constructeur réputé de moulins de cuisine (à café, à poivre ou à sel). Une allusion aux origines de l’entreprise familiale, créée par un meunier et qui, très tôt, a compté des moulins à café dans la liste des produits qu’elle fabriquait. Clin d’œil ■ L’expertise de Peugeot en matière automobile et son passé de constructeur de cycles l’ont naturellement amené à se diversifier vers la production de deuxroues motorisés. PSA est aujourd’hui l’un des acteurs majeurs du marché français des scooters. Scooters électriques Peugeot. MOULINS La force du symbole sémantique également, puisqu’en argot, un moulin peut désigner un moteur. Aujourd’hui, cette activité ne dépend pas du groupe PSA, mais de l’entreprise PSP (détenue à 15% par la famille Peugeot), qui commercialise également de l’outillage sous le nom Peugeot. VÉLOS L’origine d’une vocation ■ C’est avec la bicyclette que Peugeot s’est lancée dans la production de moyens de locomotion. En 1882, l’entreprise tente avec succès la production en série du grand-bi, l’ancêtre de notre vélo moderne (une imposante roue avant sur laquelle était située la selle, et une toute petite à l’arrière, dont le seul rôle était d’équilibrer l’ensemble). Dans la foulée, Peugeot construit des tricycles, puis en 1885 des bicyclettes à roues égales et avec transmission par chaîne. Dans les années 1960, la marque au lion est toujours le premier constructeur de cycles français avec 400000 unités produites chaque année. Aujourd’hui, le nom de la marque est toujours présent sur le cadre de nombreux vélos, mais ceux-ci ne sortent plus des usines PSA : ils sont produits par des sous-traitants. Un vélocipède des années 1880.



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :