Direct Soir n°320 25 mar 2008
Direct Soir n°320 25 mar 2008
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°320 de 25 mar 2008

  • Périodicité : quotidien

  • Editeur : Direct Soir S.A.

  • Format : (210 x 280) mm

  • Nombre de pages : 20

  • Taille du fichier PDF : 1,8 Mo

  • Dans ce numéro : Dalaï-Lama le défi du Tibet

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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Directsoir N°320/Mardi 25 mars 2008 4 EN COUVERTURE TANDIS QUE LA SITUATION AU TIBET EST TOUJOURS TRÈS TENDUE APRÈS LES AFFRONTEMENTS QUI ONT FAIT DE NOMBREUSES VICTIMES, LE DALAÏ-LAMA, 72 ANS, GUIDE SPIRITUEL DES TIBÉTAINS, EST MIS EN ACCUSATION PAR LE GOUVERNEMENT CHINOIS. IL EST AUSSI CRITIQUÉ PAR LA FRANGE LA PLUS RADICALE DE LA POPULATION. Dalaï-lama À l’heure des JO de Pékin A. BHATIA/AP PHOTO
N.DOCE/REUTERS www.directsoir.net Ce sont les manifestations les plus importantes depuis 1989, et peut-être la dernière occasion pour le dalaï-lama de voir couronner son combat pour la défense de l’identité culturelle de son peuple. Symboliquement, le mouvement a débuté le 10 mars dernier, date du 49 e anniversaire de l’exil de la plus haute autorité spirituelle au Tibet. Au départ simples défilés de moines bouddhistes dans les rues de Lhassa, les mouvements ont enflé lorsque des Tibétains, jeunes pour la plupart, ont rejoint leurs rangs. « On savait que l’événement allait prendre de l’ampleur », commente Luc Richard, journaliste et auteur de JO 2008 : pourquoi la Chine a déjà gagné (éd. Mille et une nuits, à paraître le 23 avril). Pour lui comme pour beaucoup d’observateurs, le peuple tibétain, sous la tutelle chinoise depuis 1959, subit depuis trop longtemps le joug de Pékin rendant le clash inéluctable. L’arrivée, il y a deux ans, d’un train reliant Pékin à Lhassa avait confirmé la réelle volonté de domination de la capitale chinoise sur cette province. Avec la venue des jeunes dans les manifestations, les événements ont pris un tour violent. Les forces de police chinoise et les Han (ethnie majoritaire chez les colons chinois) ont fait l’objet de lynchages. L’armée chinoise, présente au Tibet depuis l’instauration de la loi martiale en 1989 et composée essentiellement de Han, a paniqué et ouvert le feu sur les manifestants, provoquant la mort de nombreuses personnes. Le stationnement de chars autour des monastères et dans les rues de Lhassa, non loin des lieux où le dalaï-lama a reçu la formation monastique au cours de son enfance, a « tempéré » les manifestations. Mais le mouvement s’est propagé aux autres provinces du Tibet historique, comme celles du Sichuan ou du Gansu. « DU FAIBLE AU FORT » Les autorités chinoises, prises au dépourvu, accentuent depuis une semaine la répression de ces mouvements, d’autant plus inquiétants pour le régime qu’ils interviennent à cinq mois des Jeux olympiques. Et si numériquement, militairement et économiquement, les Tibétains semblent en position d’infériorité, ils déploient pourtant avec habileté une stratégie de « faible au fort ». Sous la figure tutélaire et charismatique du dalaï-lama, prix Nobel de la paix en 1989 et titulaire de la médaille du Congrès– la plus haute distinction civile américaine – ils s’attirent la sympathie d’une large partie de la communauté internationale. En témoignent ainsi les appels à la retenue, lancés par Washington aux autorités chinoises, la « profonde émotion » face aux événements exprimée hier par Nicolas Sarkozy, ou encore les réserves d’Hans-Gert Pöttering, le président du Parlement européen, à voir les pays membres de l’UE à participer aux JO de Pékin sans hésitation. Car le boycott des Olympiades apparaît aujourd’hui comme l’indicateur principal de la popularité de la cause tibétaine. A défaut de la reconnaissance de leurs revendications, l’échec partiel de ces JO serait une forme de victoire pour les Tibétains révoltés. On est cependant loin du boycott massif. Ni les Etats-Unis, ni l’Union européenne, ni la France, ni le Comité international olympique ne prônent cette extrémité. Mais au-delà du terrain médiatique, la crise tibétaine obéit à des crispations très profondes qui ne sauraient être dénouées par une mobilisation ponctuelle à l’occasion de ces Jeux olympiques. UNE CRISE DE FOND Le discours du dalaï-lama, le 10 mars dernier, a mis le feu aux poudres. « La langue, les coutumes et les traditions EN COUVERTURE 5 Alors que le gouvernement tibétain en exil a annoncé cette nuit un bilan de 140 victimes parmi les manifestants tibétains insurgés contre Pékin, la révolte se poursuit, notamment dans la province du Sichuan. A l’approche des JO qui débuteront dans 135jours, les autorités communistes veulent mater le mouvement très vite, et s’efforcent de mettre le dalaï-lama en porte-à-faux avec son peuple. Mais la vague monte toujours. C’est une crise « qui menaçait la Chine depuis longtemps » Des manifestants tibétains devant le bureau des Nations unies, à Katmandou, lundi dernier. disparaissent peu à peu (…), les autorités chinoises réduisent peu à peu les Tibétains à une minorité insignifiante dans leur propre pays (…), ils doivent maintenant vivre sous le joug chinois (…), qui participe au génocide culturel de la région », a-t-il déclaré. Le Premier ministre, Wen Jiabao, a aussitôt accusé le chef spirituel de « fomenter et organiser les mouvements de rébellion ». Des propos dont la vigueur traduit l’ampleur des problèmes. Au premier rang, « l’autonomie attribuée en 1965 au Tibet, [qui] n’est qu’une apparence », explique Luc Richard. En réalité, les régions de Chine sous autonomie sont celles qui sont le plus contrôlées par le pouvoir central, malgré l’éloignement géographique. Par ailleurs, le Tibet est l’une des provinces chinoises les plus pauvres. Même si elle bénéficie du boom économique chinois, la région en subit de plein fouet les répercussions. Sur les produits alimentaires, par exemple, les prix ont augmenté de 30 à 100% depuis quelques années. Les expropriations abusives ont également exacerbé les tensions entre les populations tibétaines de souche et les colons han. Encore aujourd’hui, le seul recours pour un Tibétain qui juge illégale son expropriation ou qui n’a reçu aucune indemnisation, est de porter une pétition à Pékin. Enfin, la discrimination à l’encontre des Tibétains de souche s’est Les Tibétains ont conscience que les Jeux olympiques leur ouvrent une vitrine énorme. Louis de Broissia installée sans bruit. « Pour la plupart des emplois au Tibet, il faut parler chinois, or une grande majorité des Tibétains ne le maîtrisent pas », indique Luc Richard. Et d’ajouter que « le niveau de compétences entre les Tibétains et les Han n’est pas le même, et ce sont ces derniers qui sont privilégiés ». LE DALAÏ-LAMA ET SON PEUPLE Dans l’univers théocratique du Tibet, le dalaï-lama est la seule autorité puissante de la région. Il existe entre les Tibétains et lui une relation particulière comparable à celle d’« un père et son fils », selon Luc Richard. Dans une province où 98% des gestes quotidiens obéissent à des principes religieux, les paroles du chef spirituel font référence. « Il a toujours prôné la non-violence, et sa menace de démission pour calmer les manifestants a eu un retentissement énorme dans la région », commente le sénateur Louis de Broissia (UMP), président du groupe parlementaire d’information sur le Tibet depuis dix ans. Considéré par les autorités de Pékin comme un sécessionniste, un séparatiste et, depuis quelques jours, un « terroriste », Tenzin Gyatso (nom laïc du dalaïlama) a en effet appelé à plusieurs reprises au dialogue. Les relations diplomatiques entre Pékin et les exilés tibétains ont repris en 2002, mais sont restées lettre REUTERS



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