Direct Soir n°318 20 mar 2008
Direct Soir n°318 20 mar 2008
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°318 de 20 mar 2008

  • Périodicité : quotidien

  • Editeur : Direct Soir S.A.

  • Format : (210 x 280) mm

  • Nombre de pages : 24

  • Taille du fichier PDF : 2,8 Mo

  • Dans ce numéro : Yves Leterme nouveau Premier ministre belge

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Directsoir N°318/Jeudi 20 mars 2008 6 EN COUVERTURE YVES LETERME, VAINQUEUR DES ÉLECTIONS LÉGISLATIVES BELGES AU MOIS DE JUIN 2007, DEVIENT PREMIER MINISTRE APRÈS NEUF MOIS DE CRISE POLITIQUE. DISCRÉDITÉ DANS LES SONDAGES, L’EX-AUTONOMISTE FLAMAND DOIT TOUT FAIRE POUR ÉVITER L’IMPLOSION DU ROYAUME. Yves Leterme Le défi de l’unité H. VERGULT/AFP
E. VIDAL/AFP www.directsoir.net Les négociations auront duré jusqu’à la dernière minute, mais Yves Leterme a finalement réussi à former une coalition capable, sur le papier, de prendre les rênes d’un royaume fragilisé par neuf mois de crise politique ouverte et une ligne de fracture profonde entre Flamands néerlandophones et Wallons francophones. Autour du CD&V (« Christen-Democratisch en Vlaams »), le parti de culture flamande et d’obédience chrétienne-démocrate qu’il dirige, il a pu réunir quatre mouvements, des socialistes aux libéraux, qui doivent maintenant apprendre à gouverner ensemble. Mardi matin, après une nuit harassante, il a pu annoncer que les différentes tendances étaient parvenues « à un bon accord de gouvernement, avec des mesures équilibrées ». Le défi est d’envergure pour le nouveau chef du gouvernement qui, avec ses alliés indépendantistes de la Nouvelle alliance flamande (NVA), avait remporté les élections législatives de juin dernier sur un programme à forte tonalité autonomiste, mais qui depuis affiche un discours favorable à l’unité. Après avoir prêté serment, le gouvernement devra bénéficier du vote de confiance du Parlement, prévu samedi. NEUF MOIS DE CRISE Il aura fallu près de trois trimestres et deux démissions pour qu’Yves Leterme parvienne à constituer une coalition apte à diriger le pays. Chargé en juillet par le roi Albert II de former un gouvernement après sa victoire aux élections législatives, Yves Leterme n’avait pu y parvenir, en raison de l’opposition ferme des francophones, farouchement opposés à l’octroi d’une dose d’autonomie à la Flandre dans le cadre d’une réforme de l’Etat. Premier échec pour l’impétrant, qui remet sa démission le 23 août. Fin septembre, le roi lui demande à nouveau de former un gouvernement. Le 1 er décembre, Yves Leterme jette à nouveau l’éponge, alors que la tension entre Flamands et Wallons a atteint son paroxysme au cours du mois de novembre, lorsque les partis flamands se sont attaqués à certains droits des francophones de la région bruxelloise. Ce n’est que le 25 février que les partis flamands et wallons se sont mis d’accord sur une plate-forme minimale, reportant à plus tard la négociation des points qui fâchent. Une étape sera franchie aujourd’hui, mais les forces d’Yves Leterme sont comptées : il n’a guère le droit à l’erreur, et il le sait. Son propre parti, le CD&V, ne lui a accordé que jusqu’à mijuillet pour parvenir à un consensus sur les réformes à entreprendre. DES BASES FRAGILES Outre les difficultés qu’il a rencontrées pendant ces neuf mois de latence, le nouveau Premier ministre compte déjà plusieurs lignes au passif de son bilan. L’opinion n’a pas oublié ses positions explicitement favorables à l’autonomie de la Flandre, et les francophones, qui représentent 40% de la population, demeurent très méfiants, d’autant plus qu’en dépit de son évolution vers le consensus, Yves Leterme a multiplié les faux pas. Comme le 21juillet dernier, jour de la fête nationale, lorsque, sommé de chanter en français l’hymne national belge, il avait entonné la Marseillaise plutôt que la Brabançonne, dont il connaissait seulement la version flamande. S’il a reconnu son erreur, Yves Leterme a mis au défi ses compatriotes francophones d’interpréter sans erreur la Brabançonne en flamand. Au-delà du gag, ses propos stigmatisant « l’incapacité intellectuelle » des Wallons à apprendre le flamand restent dans les mémoires et ont contribué à entretenir sa réputation d’homme inexpérimenté et peu diplomate. Enfin, le chef EN COUVERTURE 7 Yves Leterme doit devenir aujourd’hui Premier ministre du royaume de Belgique. Sa prestation de serment vient mettre fin à près de neuf mois de crise politique. Le spectre de la scission entre la Flandre et la Wallonie semble repoussé. Mais le nouveau chef du gouvernement sait que seule une politique économique, sociale et culturelle ambitieuse peut faire renaître la cohésion nationale. Je vais essayer de faire « de la politique autrement » Yves Leterme (cravate bleue) au parlement belge, avec (de gauche à droite) Bart Somers (Open VLD), Etienne Schouppe (CD&V), Elio Di Rupo (PS), Didier Reynders (MR) et Joëlle Milquet (CDH), à Bruxelles, le 18 mars 2008. du gouvernement vient de connaître de très sérieux ennuis de santé. Victime d’une hémorragie interne et d’une pneumonie, il a dû être hospitalisé au mois de février et a encore été hospitalisé pendant 24 heures il y a une semaine. Cinq mouvements composent la coalition d’Yves Leterme. Trois partis francophones : le Mouvement réformateur, le Parti socialiste et le Centre démocrate humaniste (CDH). Deux partis flamands : les libéraux de l’Open VLD et les chrétiens-démocrates du CD&V, dont il est le dirigeant. DIFFICILE TRANSFORMATION Au lendemain de ce dernier séjour à l’hôpital, Yves Leterme manifestait son désir de voir évoluer le regard des Belges à son égard. « Je vais essayer de faire de la politique autrement, disait-il. En recherchant plus d’équilibre, de sagesse, de calme, mais évidemment toujours avec le même enthousiasme et le même dévouement. » Un credo manifestement sincère, mais qui ne semble pas encore convaincre. Un sondage, publié lundi dans La Libre Belgique, fait déjà peser de lourds nuages sur l’avenir politique du gouvernement Leterme, alors même qu’il n’a pas encore commencé à exercer le pouvoir. 92% des Wallons, 86% des Bruxellois et… 55% des Flamands déclarent ne pas faire confiance à leur nouveau Premier ministre. Résultats aussi radicaux qu’intéressants, qui démontrent qu’Yves Leterme ne saurait être considéré comme l’homme des Flamands contre les Wallons. Au contraire, une partie de l’opinion flamande favorable à l’autonomie estime qu’il a rompu avec ses engagements de campagne, et souhaite voir ses problèmes résolus à l’échelle régionale, et non étatique ou européenne. Etrange paradoxe auquel est confronté le nouvel homme fort belge, fils d’un père wallon et d’une mère flamande, qui pourrait incarner à merveille l’unité belge, mais qui reste prisonnier d’une image quasi-nationaliste. Chacun se souvient en effet de son apparition, au soir de la victoire électorale devant les armes flamandes – un drapeau jaune frappé du lion noir – plutôt que devant l’étendard belge. L’URGENCE ÉCONOMIQUE ET SOCIALE C’est sans doute à sa capacité à dynamiser rapidement l’économie belge que sera mesurée la compétence du Premier ministre. Le défi est de grande ampleur car il recouvre en large partie le défi national. Si le royaume de Belgique, dont l’acte de naissance remonte à 1831, a toujours connu les séparatismes, les difficultés économiques ont continuellement contribué à les attiser. C’est à nouveau le cas avec la crise actuelle, puisque les Flamands favorables à la scission dénoncent une Belgique à deux vitesses : la Flandre dynamique et prospère, et la Wallonie, en proie au chômage et aux difficultés économiques. Ils refusent, de manière explicite ou sousentendue, de financer le retard de la région francophone. Mais ce retard mérite T. DIRVEN/REPORTERS/REA



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