Direct Soir n°247 21 nov 2007
Direct Soir n°247 21 nov 2007
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°247 de 21 nov 2007

  • Périodicité : quotidien

  • Editeur : Direct Soir S.A.

  • Format : (210 x 280) mm

  • Nombre de pages : 24

  • Taille du fichier PDF : 2,4 Mo

  • Dans ce numéro : Jacques Chirac mis en examen

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Directsoir N°247/Mercredi 21 novembre 2007 6 ENQUÊTE Hugo Chávez En quête de légitimité HUGO RAFAEL CHÁVEZ FRÍAS, 53 ANS, LIEUTENANT-COLONEL ET PRÉSIDENT DU VENEZUELA. L’HOMME FORT DU TROISIÈME PRODUCTEUR DE PÉTROLE MONDIAL A LANCÉ, DEPUIS SON ACCESSION AU POUVOIR EN 1999, UNE RÉVOLUTION SOCIALE ET ÉCONOMIQUE QU’IL DIT « BOLIVARIENNE ». IL EST AUSSI LA BÊTE NOIRE DE WASHINGTON EN AMÉRIQUE LATINE. G. BARTOLI/FEDEPHOTO
SIPA www.directsoir.net Le président vénézuélien a rencontré Nicolas Sarkozy hier à Paris. Une entrevue très attendue depuis qu’Hugo Chávez a annoncé qu’il s’impliquerait personnellement dans les négociations avec les Farc, organisation de forces armées révolutionnaires colombiennes se revendiquant comme marxistes et qui retiennent en otage, depuis plus de cinq ans, Ingrid Betancourt, la sénatrice francocolombienne. La déception domine. L’homme fort de Caracas avait en effet promis d’apporter une preuve de vie de l’otage. Mais à son arrivée, le président du Venezuela a dû admettre ne détenir aucune preuve. Juste une intime conviction : « Ingrid est vivante, j’en suis absolument certain », a-t-il déclaré à sa sortie de l’Elysée. Il a ajouté que le mouvement colombien s’était engagé par écrit à fournir la preuve tant espérée avant la fin de l’année. Hugo Chávez est réputé pour entretenir des contacts privilégiés avec Marulanda, le chef des Farc. Nicolas Sarkozy a fait de la libération de cette otage une priorité. La rencontre d’hier était très attendue mais suscitait beaucoup d’inquiétudes. Jesús Arnaldo Pérez, ambassadeur de la République bolivarienne du Venezuela en France, se veut rassurant : « Nous cherchons un dialogue politique », explique-t-il à Directsoir, et de poursuivre : « Vénézuéliens et Colombiens, nous sommes entre frères. » Le malaise est tout de même palpable. D’abord parce que l’incapacité des Farc, devenues au fil des ans un cartel de narcotrafiquants, à fournir une preuve de vie, n’est pas bon signe. Mais aussi parce qu’en cas de succès, Hugo Chávez pourrait bénéficier d’une aura sur la scène internationale qui lui fait aujourd’hui défaut, et que peu de pays – les Etats-Unis au premier chef – verraient d’un bon œil. VINGT-QUATRE ANS DE « SOCIALISME LATINO » Hugo Chávez préside aux destinées du Venezuela depuis le 2 février 1999. Né dans le sud du pays, le 28 juillet 1954, cet homme au sourire facile et charmeur, toujours habillé de rouge, est diplômé de l’Académie militaire du Venezuela. En 1983, il fonde au sein de l’armée le « Movimiento Bolivariano Revolucionario 200 » (MBR-200), d’orientation socialiste. Cet engagement politique explique sans doute son choix de suivre des cours de sciences politiques à l’université Simon- Bolivar de Caracas, où il obtient sa maîtrise en 1990. La geste chaviste commence deux ans plus tard. Le 4 février 1992, le groupe lance l’opération « Ezequiel Zamora » : un coup d’état destiné à renverser le président Carlos Andrés Pérez. Un échec sanctionné de deux ans de prison pour Chávez. Depuis sa prison, il appelle les Vénézuéliens à l’insurrection, dans une cassette vidéo qui sera diffusée en pleine nuit le 27 novembre 1992, au moment où les conjurés tentent un deuxième putsch. L’idéologie chaviste se dessine en fait à cette période, notamment grâce à sa rencontre avec Noberto Ceresole, idéologue argentin négationniste et proche de Robert Faurisson, qui sera un de ses proches jusqu’en 1999. ÉLU DÉMOCRATIQUEMENT Dans la deuxième partie des années 1990, le MBR-200 entreprend sa mutation et se dote d’une vitrine civile, le « Mouvement cinquième République ». Grâce à une campagne très axée sur sa propre personne, le lieutenant-colonel, qui a pour slogan « Fléau de l’oligarchie et héros des pauvres », séduit l’électorat populaire qui se sent exclu de la rente offerte par la manne pétrolière. Quelques mois après avoir prêté serment, Hugo Chávez met en marche « sa » révolution, en faisant adopter une nouvelle Constitution, qui autorise le chef de l’Etat à se représenter, mais limite le nombre de mandats à deux. C’est ce même texte qu’il cherche aujourd’hui à modifier pour rendre le nombre de réélections illimité. ENQUÊTE 7 Hugo Chávez a rencontré hier Nicolas Sarkozy à l’Elysée, pour évoquer le sort d’Ingrid Betancourt, otage des Farc depuis cinq ans. Médiateur officiel dans cette délicate affaire, le président vénézuélien n’a, pour l’instant, aucun élément nouveau à apporter, contrairement aux espoirs de la famille. Un baril à 100 dollars favorise « la politique chaviste, même si les autorités vénézuéliennes s’en défendent. » Hugo Chávez, lors d’un meeting pour la réforme constitutionnelle, le 14 novembre, à Maturin. Il ne faudra pas oublier le parfum de pouvoir personnel qui flotte autour de ce mixte de péronisme, de castrisme et parfois de quasi-fascisme. Bernard-Henri Lévy, à propos du régime Chávez, Le Point, 6 septembre 2007. UNE PERSONNALITÉ AMBIGUË L’ambassadeur du Venezuela en France, interrogé sur la personnalité du président Chávez, répond : « C’est quelqu’un de très humain, qui sent la douleur d’autrui. Il vous regarde dans les yeux, sincèrement, directement et ne vous oubliera pas s’il vous croise après des années à l’autre bout de la Chine (…). Il est loyal, sincère en amitié. » Une amitié dont témoignent l’affection et les intentions délicates qu’il a affichées pour des personnalités telles que le dictateur cubain Fidel Castro (qu’il présente comme un proche) ou Mahmoud Ahmadinejad, le belliqueux président de la République islamique d’Iran (qu’il qualifie de frère). Grâce à ses diatribes anti-Bush, Hugo Chávez a su se poser en champion de l’anti-américanisme, quand bien même ses concitoyens restent fascinés par le modèle culturel des Etats-Unis. Des récriminations qui ne se limitent pas au président Bush, que peu osent défendre, mais aussi aux « impérialistes » de toute sorte, comme les Espagnols ou ceux « qui ont assassiné le Christ et s’accaparent les richesses du monde ». Comprendre les Juifs. Les symboles choisis sont forts, comme la remise en cause du 11-Septembre : « Un avion se serait écrasé sur le Pentagone ? Mensonge ! ». Des positions qui ont marginalisé Hugo Chávez. Si bien que lorsqu’il lance, lors de la dernière assemblée générale de l’ONU, en référence à George W. Bush qui lui a précédé à la tribune, « Hier le diable est entré ici. Et ça sent encore le souffre aujourd’hui », on peut se demander s’il ne s’agit pas d’une note d’autodérision de la part de ce brillant orateur. L’HOMME QUI DIVISE SON PAYS Jusqu’à aujourd’hui, Hugo Chávez pouvait se prévaloir du soutien des classes populaires, dont la situation sociale s’est en partie améliorée grâce aux « missions » mises en place par le gouvernement, et aux pratiques clientélistes financées par un cours du pétrole au plus haut. C. ZAMORA/REUTERS



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