Direct Soir n°239 9 nov 2007
Direct Soir n°239 9 nov 2007
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°239 de 9 nov 2007

  • Périodicité : quotidien

  • Editeur : Direct Soir S.A.

  • Format : (210 x 280) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 2,4 Mo

  • Dans ce numéro : Angela Merkel la diplomate tranquille

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Tam Tam Branex Le tabouret qui fait du bruit Tabouret le plus populaire du monde, le Tam Tam est aussi l’un des symboles des années 1970, rondes, colorées, plastifiées. Surfant sur la tendance nostalgie et la vague « Austin Powers », la société Branex a remis au goût du jour, en 2003, cette chaise sans dossier. L’INVITÉ EST TOUJOURS SURPRIS DE S’ENTENDRE DIRE « ASSEYEZ-VOUS DONC SUR UN TAM TAM ». S’asseoir sur un instrument de musique ? Drôle d’idée. S’asseoir sur l’outil de communication qui préfigura, au début des années 1990, le succès du téléphone portable ? Encore plus drôle comme idée. Et puis il se voit indiquer le cylindre en plastique dur qui se propose d’accueillir son postérieur. L’invité est rassuré, heureux même de se projeter dans le passé par un simple mouvement de flexion : le tabouret Tam Tam est l’objet « seventies » par excellence, celui que possédaient de nombreux foyers français, qui voyaient dans le plastique le matériau de toutes les libérations, la réponse à leur frénésie de consommation, à leurs envies délurées de formes généreuses et rondes. Une nouvelle ère s’ouvrait, après les périodes allemande et hollandaise du Bauhaus et de De Stijl, fermes, carrées et froides. L’austérité de l’après-guerre laisse la place aux courbes. PLASTIQUE PARFAITE Henry Massonnet est l’auteur de cette folie. Trois bouts de plastique emboîtables qui devaient meubler les cuisines, salons, salles d’attente et chambres d’enfant.L’ingénieur-créateur fabriquait à l’époque des seaux et des glacières en plastique pour les pêcheurs. Pour parfaire l’ensemble, il imagine un siège pratique et léger. C’est le Tam Tam, tabouret économique en forme de clepsydre (horloge à eau) qui se monte en trois clics. Il le commercialise sous le nom de sa société, Stamp. Le produit est un succès,bien au-delà des utilisateurs de cannes à pêche. Des millions d’exemplaires s’écoulent à travers le monde. Henry Massonnet entre au Guinness Book des inventeurs. PHOTOS : BRANEX DESIGN/DR Directsoir N°239/Vendredi 9 novembre 2007 10 ÉCONOMIE DIDIER GAILLARD/OPALE Interview du SPÉCIALISTE Parler de l’objet n’est pas intéressant, ce qui l’est, c’est de parler de ce qu’on en pense, de la mémoire qu’on en a. Philippe Starck, designer français. LE PLASTIQUE, C’EST PRATIQUE Le produit bénéficie de la vague d’enthousiasme qui entoure le plastique, matière nouvelle qui prend place au cœur des cuisines (le fameux Formica) et sur tout nouvel ustensile : mixeur, grille-pain, etc. Il faut dire que le matériau est novateur : il semble inépuisable, et disposé à prendre toutes les formes imaginables. Chauffé, il se plie à toutes les techniques de moulage et permet des formes originales, produites en série pour un moindre coût. Déjà, en 1859, l’Autrichien Michael Thonet avait flairé la recette en inventant la chaise Bistrot (aussi appelé Thonet n°14), en bois courbé, facilement assemblable par des vis. Le premier, il démontrait que la production en quantité (50 millions d’exemplaires) pouvait être de grande qualité. Concernant le plastique, c’est le Danois Verner Panton qui, s’appuyant sur la chaise Zig-Zag de Gerrit Rietveld, a démontré en 1959 avec sa Panton Chair (en forme de vague), qu’il permettait de fluidifier les courbes. Le tabouret Tam Tam est discret et pratique. Démontable, il sert de range-tout pour la chambre d’enfant. A l’image de la chaise bleu et rouge de Gerrit Rietveld en 1917, fondatrice du mouvement radical De Stijl (qui n’utilisait que les couleurs fondamentales), le tabouret Tam Tam, tout en rondeur et en rebondis, orange ou vert, est le symbole des seventies. BRIGITTE BARDOT, ÉGÉRIE DU TABOURET Il ne manquait qu’une égérie pour porter au sommet un objet déjà plébiscité par les consommateurs. C’est Brigitte Bardot qui s’empare du cylindre. Une interview filmée la montre assise sur le fameux objet : le tabouret Tam Tam devient culte. Et son entrée, en 1970, au MoMa (musée d’Art moderne de New York) puis au musée des Arts décoratifs de Paris contribue d’autant plus à la renommée de l’objet. Mais le choc pétrolier de 1973 (les pays producteurs de pétrole décident d’augmenter considérablement le prix du baril) remet en question le boom de la matière plastique, fabriquée à partir de carbone fossile (le pétrole). Pourtant, le tabouret Tam Tam Ci contre, le modèle Yin-Yang. Ci-dessus, le Tam Tam Krystal Line. La transparence permet de deviner la structure du tabouret. 12 millions, c’est le nombre estimé de tabourets Tam Tam vendus depuis leur commercialisation en 1968. Jean-Philippe Delhomme – Illustrateur, auteur de « Design addicts » QU’EST-CE QUE LE DESIGN ? C’est un qualificatif qu’on impose à des objets qui sortiraient de l’ordinaire, plus intelligents que l’objet moyen. Beaucoup de ces derniers sont design. FAUT-IL ALORS OPPOSER DESIGN ET UTILITAIRE ? Ce ne sont pas des qualificatifs antagonistes. Des grands classiques du design sont des objets très utilitaires. Certains objets de designers sont extrêmes par le prix et simples par l’usage. Je pense notamment à « The crate » de Jasper Morrison (une simple caisse à vin,ndlr) qui coûte 1000 euros. L’utilité n’a pas de prix. Le prix, c’est la possibilité d’impressionner son entourage. DE QUI VOUS MOQUEZ-VOUS DANS VOTRE LIVRE ? Avant tout de moi-même, comme consommateur, de la capacité que nous avons tous d’être obnubilés par la nécessité de posséder un objet, qui peut être un tabouret comme un volant pour survit tant bien que mal à la crise. Il tombe simplement dans l’oubli par lassitude. En 1988, Henry Massonnet vend sa société, la production s’arrête. BRANEX ROUVRE LE DOSSIER Symbole à lui seul de ces années au design courbé et débridé, le tabouret Tam Tam n’a jamais vraiment quitté les foyers français, se troquant à bas prix sur les marchés dans les années 1990. Les designers des années 1990, Philippe Starck au premier rang, inventent un style plus épuré. On pense les années 1970 définitivement enterrées. C’était sans compter sur la découverte que fit, en 2003, Sacha Cohen, collectionneur d’objets design, dans l’arrière-boutique d’un ferrailleur : le moule n°169, celui-là même qui servait à fabriquer le tabouret Tam Tam. Décidant de relancer la production, il crée la société Branex. En un an, 170 000 exemplaires sont vendus. Le tabouret est réédité dans ses couleurs d’origine, auxquelles sont adjointes de nouvelles gammes. Comme l’avait fait Massonnet, Branex Design démul- sa Peugeot 206. En fait, je me moque des gens qui achèteraient un tabouret par exemple, en bon élève, parce que c’est dans l’air du temps. Design addicts rassemble les chroniques illustrées de Jean- Philippe Delhomme, publiées dans le magazine Architectural Digest entre 2004 et 2007. Une forme et des coloris typiques des années 1970. DR
PHOTOS : BRANEX DESIGN/DR PHOTOS : BRANEX DESIGN/DR - INFOGRAPHIE : DIRECTSOIR www.directsoir.net Les mutations du Tam Tam : table, lampe, ou muni d’un dossier… le tabouret est universel. tiplie l’objet : lampe, cendrier, table, tout est bon pour vendre du Tam Tam. Le tabouret, vendu 20 euros, s’installe de nouveau dans les ménages. Pas chez les étudiants, qui lui préfèrent les versions à 3,90 euros des supermarchés du mobilier. Pas non plus chez les bonnes familles, qui comprennent mal l’engouement autour de cet objet tout de même inconfortable. Mais chez les bourgeois-bohèmes, adeptes du beau inutile, heureux de pouvoir vivre par procuration dans l’époque qui les a vus naître, mais pas grandir. ■ *pour 2007 en pourcentage selon les styles. Source : IPEA-Tremplin 2006. DESIGN CONTRE DESIGN Branex décide aussi de s’écarter des codes couleurs originaux, et propose le Tam Tam en or, titane, jean, pailleté, fluo, chromé ou transparent. Surfant sur la mode des séries limitées, les seules permettant de vendre cet objet simple à un prix supérieur (60 euros), Branex édite ces nuances à 500 exemplaires. Une idée qui s’écarte du principe originel populaire de Massonnet, et remet en cause l’aspect pratique et économique de l’objet. S’appuyant sur l’adage qui veut que ce qui est rare est cher, le Tam Tam devient objet de collection. Et pose toute la problématique inhérente au design : le design doit-il demeurer la modélisation harmonieuse d’un objet en fonction de ses nécessités pratiques, ou une démarche purement artistique ? Une question un peu ardue pour un simple tabouret, davantage habitué aux expressions autoritaires du genre « ne te penche pas, tu vas tomber ». Une question d’ailleurs résolue grâce à l’invention d’Alexis Tricoir, le « Tam Back ». Un accessoire qui transforme le tabouret en chaise : une feuille de polypropylène roulée en cône se glisse entre les deux parties avant de les emboîter, offrant ainsi un dossier au tabouret. Mais qui rend obsolète la remarque autoritaire précédemment citée. LES INTENTIONS D’ACHATS DE MEUBLES DES FRANÇAIS* Le revoilà en briquet. CONDÉ NAST ARCHIVE/CORBIS DESIGNC. KAISIN/COURTESY TOOLS GALERIE, PARIS BAUHAUS ET DE STIJL Les fondateurs ■ Impossible d’évoquer le design moderne sans passer par deux écoles fondatrices : l’allemande Bauhaus et la hollandaise De Stijl. La première débute en 1919, à Weimar. Courant artistique englobant design, architecture, mais aussi danse et photographie, le Bauhaus est l’expression de la modernité. La seconde, aux allures semblables, s’impose par sa sobriété. Sur le principe américain de la Ford T, produite en série, les designers vont standardiser leurs créations, pour produire des meubles simples, peu chers et modulables, aux formes géométriques. En imposant des codes précis (couleurs, usage du rectangle et des diagonales), ces deux écoles laissent peu de place à la folie créatrice et interdisent la pièce unique. Ils ont permis l’accès du grand public à un mobilier fonctionnel, mais aussi esthétique. LE STYLE « SEVENTIES » Couleurs et volupté Chambre d’enfant avec des meubles d’Eero Aarnio. ■ Tour à tour designer en série, créateur de pièces uniques, architecte, Philippe Starck est le plus connu des designers français. Depuis son succès dans les années 1980, Starck a fait de son nom une marque, à laquelle font appel les plus grands (Hôtel Costes, sièges sociaux d’entreprises, RATP). Avant tout connu pour la simplicité de ses objets épurés, il joue aussi sur l’opportunisme, mélangeant haute technologie et formes existantes, reprenant par exemple le style Louis XVI pour son fauteuil Louis Ghost. En réponse au tabouret Tam Tam, il a créé une lignée de tabourets comme la Tooth, en forme de molaire, et Bubu 1 er (vendu à 40 000 exemplaires par an, présent sur le catalogue d’une marque de vente par correspondance), qui reprend la forme de la molaire avec des formes géométriques : « Un produit équilibré qui va rendre le service qu’on lui demande (…) qui sera stable, léger, transportable en grande quantité ». ■ Jusqu’au 7 janvier 2008, les galeries nationales du Grand Palais à Paris accueillent une exposition amitieuse intitulée Design contre design. Elle propose aux visiteurs de découvrir « deux siècles de création », ÉCONOMIE 11 PHILIPPE STARCK Le design touche à tout Gérard Mialet et Jean Couacaud de la société XO, éditeurs de design, avec les produits phares dessinés par Philippe Starck. EN SAVOIR PLUS Une chaise réalisée selon un dessin de Gerrit Rietveld en 1918. ■ Omniprésence des couleurs, arrondi des formes et accessibilité des prix : les années 1970 n’ont a priori pas oublié que le design se devait avant tout d’être utile, agréable et populaire. La maîtrise de plus en plus perfectionnée du plastique permet de nouvelles possibilités. Tout ce qui est chaleureux et accueillant meuble les salons. Les fauteuils épousent la forme du corps assis (le fauteuil Œuf d’Arne Jacobsen, créé en 1958 ou la Ball Chair d’Eero Aarnio), les plastiques sont moulés d’un seul tenant, donnant l’impression de guimauves durcies (Original Panton Chair de Verner Panton en 1966) et des matières synthétiques reproduisent la douceur du duvet (grosses moquettes, velours lisses). L’EXPO À VOIR Design contre design Hairy Chair, une chaise faite avec du papier passé dans une déchiqueteuse. de la révolution industrielle à nos jours. Mais pas question ici d’une visite chronologique comme pourrait le proposer un musée traditionnel. Une exposition intelligente qui, pour une fois, ne ressemble pas aux couloirs d’un magasin de meubles. Design contre design, au Grand Palais, tous les jours sauf le mardi, de 10 h à 20h. Tarif : 10 € (réduit : 8 €). SOTHEBY’S/AKG-IMAGES JEAN-MANUEL SIMOES/FEDEPHOTO



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